I. — A l'Untveksité de Médecine
lié formes opérées en là 26 el 1527 et réaction qui les suit. — Trois eus d'hérésie; historique et issue des procès. — L'opposition catholique, traditionnelle, locale. — Destruction d'une croix champêtre et son rétablissement sous le nom de Belle-Croix.
Les premières manifestations du luthéranisme à l'Ecole de Médecine se mêlent et se confondent avec des questions de méthodes et de personnes qui obligent à revenir ici, bien que très rapidement, sur les incidents d'un conflit déjà étudié par des historiens locaux, mais dont le sens véritable leur a souvent échappé1.
En 1526 venait d'être nommé procureur des étudiants Jean Trémolet, qui, à ce titre, inaugurait un nouveau registre-. Il commence par y dessiner deux cœurs enlacés et percés de trois flèches, avec la devise : Marcescit sine adversario virtus'6. Et voilà qui dénote une atmosphère de lutte. Trémolet s'avoue l'élu d'un parti. Aussi se voit-il refuser par un de ses conseillers l'étendard de l'Université; l'abbé des étudiants le considère comme un ennemi et, avec l'aide d'écoliers en droit, l'agresse par deux fois violemment, excès qui amène la déposition de cet abbé4. Or la cause de la querelle est implicitement indiquée par le règlement que promulguèrent, le 11 octobre suivant, les docteurs et les étudiants, pour exiger tant de l'abbé que du procureur des garanties de probité, de moralité, de travail, et supprimer l'usage de mener solennellement et bruyamment aux mauvais lieux les nouveaux immatriculés 5.
1 A. Germain, La Médecine arabe et la Médecine g recque à Montpellier; La Renaissance à Montpellier. — Ch. Revillout, Les Promoteurs de la Renaissance à Montpellier. Cet auteur cependant (p. 379) fait une timide allusion au conflit religieux.
- Ai-ch. de la Fae. de Méd., S, 2. — «Item ego procuratoi- emi alium librum Universitatis » (f° 5).
3 Ibid., f° 3 v°.
4 lbid., f°s6, 9 et 14.
5 Document publié par A. Germain (La Renaissance, etc., p. 138).
Albert Pelletier, successeur de Trémolet, accentua cette attitude et y fut probablement servi auprès des autorités par les excès mêmes de son parti à propos de la fête des Rois 15-27, où la moralité, dont le sens parait énigmatique, mit en scène «le personnage de Testât d'église»1 et peut-être le pouvoir royal répfesseur. Le 25 mai suivant fut donc voté un statut plus radical encore, qui supprimait la charge d'abbé, le saul des béjaunes, les banquets immodérés et autres dissolutions; et ce fut à Pierre Trémolet, recteur de la Part-Antique, le parent, le parrain scolaire de Jean, et non pas à l'Evèque ou au Gouverneur, conservateurs-nés de l'Université, qu'on s'adressa pour les l'aire confirmer-. Enfin, à l'Hôtel de Ville, devant le consul Raymond de Farges, fut passé un accord consacrant la suppression du roi du carnaval3. Aussi la fête des Rois se réduisit-elle en 1528 à un repas confortable, où régnèrent le calme, la décence, la cordialité*.
Comment donc s'attendre au brusque changement de scène qui se produisit peu après? En quatre mois se succèdent cinq procureurs5; trois étudiants sont traduits en justice6; on élit un abbé, Claude de Montmerault7; on s'efforce de rétablir le saut proscrit8; les professeurs interviennent; à la
1 « Item pour aultre s petis misteres, comme le Chapeau du Prince divin, tant pour les Roys, pour le personage nommé Tout, que du personage Foie putressance (?; que personage de l'Estat d'église • Arch. delà Fac. de Méd., S, 2, f° 24). Dans ce compte, approuvé par Florimond, on tomve aussi mentionnés deux miroirs pour les Innocents e1 un instrument m pour gecter le sang».
2 Document publié par A. Germain (La Reuaissaifc, etc., p. 139). — Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 86 v°.
3 Ibid., f°79v°.
4 Arch. de la Fac. do Méd., S, 2, fos 4.") v" el 46. — Ces documents ont. été puliHés par A. Germain (La Renaissance, oie, pp. 153-155), lequel a daté de 1527 ce banquet, sans remarquer qu'il a eu lieu sous le procureur Mussard (20 octobre 1527-27 mars 1528), el (pie le texte porte : « anni a Christiana redemptione 1527 ».
■"■ Après Claude Mussard : Jean de Cadenet, Philibert de la Mare, Marcel Verla, Jean Myaulays.
6 11 va. être question de ce triple procès d'hérésie. ' Arch. delà Fac. de Méd., S, 2, f° 54. s Ibid., f° SC» v".
Cour du Gouverneur, au Parlement de Toulouse, au Conseil d'Etat s'ouvre une ère de procès, de poursuites : le trouble est à son comble. Que voir en tout cela ?. Certes, la régularité si désirable des études et la plus vulgaire morale se réunissant pour commander toutes ces réformes, elles auraient pu suffire à les dicter. Néanmoins, j'estime qu'il faut y reconnaître l'esprit modeste et austère, les tendances graves et studieuses qui, de prime-abord, caractérisèrent les novateurs religieux. Avec les noms des personnalités citées, qui notoirement plus tard figureront dans les rangs des protestants, le triple procès d'hérésie alors poursuivi l'indique sans incertitude. Les étudiants en médecine qui en furent l'objet, sont :
1" Etienne Florimond. Originaire des Gouttes, au diocèse de Lyon, il s'était fait immatriculer le 27 octobre lobs, choisissant pour «père», c'est-à-dire pour maître et protecteur, parrain scolaire, Pierre Trémolet1. Mais il s'attarda fort longtemps à l'Université, ce qui pourrait s'expliquer par la présence d'un parent dans la ville-; huit ans après, il n'étail encore que «scolasticics»3. A la rentrée de 1526, il fut nommé conseiller du procureur Pelletier1. Florimond fut « prins comme hérétique, trouvé saysy de plusieurs livres et escritures de la secte luterienne »5.
2" Guillaume Carvel, quelquefois dit Le Carvel. 11 était né au diocèse de Coutances. il fut d'abord clerc et, comme tel. avait obtenu le bénéfice de Saint-Nazaire de Ladarès, au diocèse de Béziers, qui lui fut disputé, mais finalement attribué0. Dès le mois de décembre 1525, on le voit à Montpellier
1 « Ego Stephanus Floriinondus, do Guttis, diocosis Lugdunensis » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 57).
- Au compoix Saint-Paul de 1478 (Arch. mun. do Montpellier, CC), mais postérieurement à son établissement, on trouve comme propriétaire un ci Jehan de Florimont, prebstre •>.
;i Statut du 11 octobre 1526 publié par A. Germain (La Renaissance, etc., p. 138;.
I Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 21.
5 Inventaire de 1583 (Cartulaire de l'Université de Montpellier, i. II, p. Mo .
II Aiivi du 17 février 1523 [Arch, du Pari, de Toulouse, 19, I'" 358).
se faisant immatriculer sous le patronat de Scuron '. Il est aussi procureur du Roi à la Chambre des Comptes2, de création récente. Or. «led. Garvel fut constitué prisonnier pour crime d'heresie luterienne par autorité de la Cour du Parlement » 3.
3" Etienne du Temple. Du diocèse et de la ville même d'Orléans, il fut immatriculé seulement au printemps de 1528'* et sut conquérir du premier coup par sa culture, surtout sa connaissance du grec et du latin, l'admiration de ses condisciples 5. Sur son action les documents retrouvés ne donnent pas de détails, mais le lieu de son origine et la date de son arrivée sembleraient des indices qu'il put rencontrer, puis faire connaître Calvin. Quoi qu'il en soit, c'est peu après que, sur l'injonction du Parlement de Toulouse, la Cour du Gouverneur procéda aux arrestations des inculpés et à la saisie de leurs papiers'1. Ils furent incarcérés à Toulouse: Garvel, en qualité de clerc, au Palais épiscopal ; les autres, aux Hauts-Murats. Ensuite ils furent renvoyés à l'Inquisiteur de la foi à Toulouse, assisté d'un vicaire de l'Evêque de Maguelone. La cause de Garvel se compliquait grâce à ses
1 « Ego Guilielmus Carvelus, diocesis Constanciensis, cepi studere in medicina in liac Universitate Montispessulani anno Domini millésime» (piingentesimo XXV0 mense decenibris... Et eligo niilii in patrem magistrum nostrum magistrum Johannem Scuroncin, doctorem dicte 1 niversitatis » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 82 v°).
2 Chroniques et Documents, p. 332.
3 Inventaire de 1583 [Carlalaire de l'Université de Montpellier, I. II, p. 30).
I Sa matricule est placée sur le registre entre le 13 et le 29 avril 1528 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 95 v°). Mais il était venu en janvier (Voir note suivante).
5 « Mgr. Stephanus du Temple, vir profecto literarum omnium peritissimus, grsece e1 latine lingue numquam ignarus, ex Genabo oriuntus (sic) el diocesis ejusdem, quam Aurelianensem dicunt, venit die januarii », note le procureur des étudiants (Arch. delà Fac. de Méd., S, 2, 1° 43). — Postérieurement le premier des mots soulignés a été biffé, ci le second remplacé par semper.
II Pour ces procès voir : Chroniques el Documents, I-YII, pp. 331-336 et Cartulaire de V Université de Montpellier, i. Il, pp. 30-33.
multiples qualités : clerc, étudiant, procureur du roi à la Chambre des Comptes, dont il joua avec habileté et persévérance. Il sut, d'abord, mettre sa personne à l'abri : échappé du Palais épiscopal de Toulouse, il fut repris et enfermé à la prison des Haut-Murats; mais, en vertu de lettres de chancellerie évoquant sa cause au Conseil du Roi, il s'en fit ouvrir les portes par un certain La Font, lieutenant du viguier d'Albi, que, pour ce fait, le Parlement de Toulouse décréta d'arrestation. Libre, Carvel attaqua la procédure du Gouverneur de Montpellier et la valeur d'un monitoire obtenu du légat d'Avignon. Les trois causes d'hérésie avaient été rendues connexes et déférées à l'Evèque de Maguelone. Finalement, à la suite de multiples arrêts, celui du 7 septembre 1529, rendu par le Conseil d'Etat, ordonna que tous les excommuniés seraient absous. Ainsi le pouvoir civil tint en échec la juridiction spirituelle de l'Inquisiteur et de l'Evèque. A l'Ecole de Médecine, il est possible, mais il serait trop long ici de suivre la répercussion de cette procédure compliquée sur la lutte acharnée, aux péripéties nombreuses et si diverses, même violentes *, que se livrèrent les deux partis à propos de la suppression ou de «la résurrection de l'abbé», du saut des étudiants, des repas d'inauguration ou réception, enfin des représentations scéniques du carnaval. Au-dessus de ces questions il faut voir celles des usages anciens intentionnellement invoqués2, des coutumes religieuses suppri-
1 Je renvoie au Liber Procuratorum (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2) et, aux publications citées de MM. Germain et Revillout.
2 « Anno Dominimillesimo quingentesimo vigesimoS0 Joanncs de (iasches dit le Bon, Tholosanus, creatus fuit procurator antiquissime ac syncerissime Universitatis medicinalis Montispessulani in festo divi Luce, ut moris es1 o (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 01). — Le 28 octobre suivant, le saut est îétabli « consuetudine antiqua » (Ibid., f° 01 v°. Cf. f° 07). — Le 13 décembre de la même année, « secundumantiquamconsuetudinem » [Ibid., f° 70 v°. Cf. A. Germain, La Renaissance, p. 00, note 1). — « Secundum antiquam consuetudinem »- Ibid.. f° 73 v°). — Le 0 juin 1529, le banquet d'inauguration du procureur Etienne Jean est décidé, « ne in indissuetudinem (sic) redderetur quod a nostris pricis (sic.) tam bene observatum fuil » (Ibid., f° 82). — « Le jor que l'un voulel joyer a la loange de nos enciens >> [Ibid., f° 11l' v°). — Voir note suivante.
mées ou maintenues selon les procureurs : messe et absoute générale pour les défunts en l'octave des Trépassés ', salut et sermon à Notre-Dame la vigile de l'Epiphanie -, messe du jour des Gendres3. On doit également tenir compte de tous ces indices : moralités soit agressives contre le catholicisme, comme en 1527*, soit en sa laveur, ainsi qu'en 1533, où figurèrent peints c< le mirouer la Foy et aultres ehozes pour les jeux » 5 ; sentences d'allures catholiques ostensiblement adoptées par certains procureurs6, et jusqu'au démenti puéril
1 Le ? novembre 1528, sur la proposition du procureur Jean de Gasches» les étudiants décident « quod eunduni eral ad missamin ecclesia béate Marie Carmelitarum, sub pena antiqua », c'est-à-dire le payemenl d'une amende de cinq sols un bacat, exigible par l'abbé Arch. de la Fac. do Méd., S, 2, f° 64). Kl, île fait, « in crastinum IIII01' Coronatorum celebrata fuit missa in ecclesia Carmelitarum pro defunctis, in cujus fine facta fuit generalis absolutio pro defunctis, ut moris est » [Ibid., f° 04 v°). — En loi",), « pro celebrando mortuorum exilio in ecclesia Carmelitarum >> [Ibid., f° 87 v°).
- Rien on 1530, 1531, niais la cérémonie reprend on 1532 [Ibid., f° 127). — En 1533, elle est ainsi mentionnée; « Die octava novembris fuil celebrata missa, ut mûris est, in templo Augustinencium (sic) in commemorationem oi salutem anime medici a tonsore cesi » (Ibid., f° 140 v°). — Do même, « sicut mos est », en 1535 (Ibid., f° 159).
- Dans un compte du procureur Rondelet pour la fête dos Rois 1531. il mentionne : « Pro salutatione in Nostra Domina » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 99). — Le 4 décembre 1533, on élisait un roi, « dummodo débite et honeste et complète suam perficerel dignitatem e1 adimplendo pactum sequentem, scilicet la coullation, les trompettes, les menestriés, le salut, les- torches, et c'est la vigille des Roys » (Ibid., f" 143. Cf. A.Germain, La Renaissance, etc., p. 158).
3 « Item Carmelitis pro defunctorum orationibus factis die Cinerum », note en 1532 le procureur Ferrand (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, t'° 1 12 v°).
— Cf. sous Perdrier même cérémonie en 1533 (Ibid., f° 132>, et smis Veyrier en 1534 (Ibid., f° 140).
4 Voir p. 40, note 1.
■' Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 129 v°. Cf. A. Germain, La Renaissance, etc., p. 156.
,; François Bertrand, du 27 novembre 1531 au 19 février 1532 : « 4- Maria » (Arch. delà Fac de Méd., S, 2, f°s 107, 108 v°, 109 \", 110 v° et 111). — Jean Fayan, du 26 mai au 19 octobre 1535, termine les actes de sa charge par cette formule : « Lans supéris regnantibus in secula seculorum» (Ibid., f" 124). — Léonard Veyrier, du 20 octobre 1533 au 1!) octobre 1534, inaugure les siens par un beau « Jhesus Maria » (Ibid., f" 139).
donné à l'éloge scientifique d'Etienne du Temple1 ; ou bien, en sons inverse, le retour de Guillaume Garvel, sa carrière -, son influence3; enfin l'intervention ecclésiastique puis personnelle de Guillaume Pellicier, sur laquelle j'aurai à m'expliquer4. Le faisceau de tant d'indices manifeste bien que le mobile le plus puissant, le plus réel 5 de la lutte, c'était la Réforme pénétrant dans le milieu médical par les étudiants du dehors, mais s'y heurtant aussi au catholicisme traditionnel de ceux de la ville et de la région ,!.
Il semble également difficile de ne point attribuer à la même cause de conflit la destruction, antérieure au début de l'année 1535, d'une croix champêtre dans la banlieue de
1 Voir p. 42, note 5.
- Fait bachelier soit le 6 octobre 1531 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 95 v»), soit le 3 décembre 1531 (Ibid., S, 5, p. 8). — Qualifié déjà licencié le 8 février 1532 [Cartulaire de l'Université de Montpellier, 1. Il, p. 33). — Fait docteur le 5 mars 1532 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 5, p. 11).
3 Le 10 mai 1531, il signe une délibération qui décide de transférer la caisse de l'Université de l'église Saint-Firmin au domicile du procureur des étudiants (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 101); et le 23 octobre il approuve les comptes, à titre donc de conseiller (Ibid., f° 104).
4 Voir chapitre IV § i.
5 Car, sous la rivalité des méthodes, quant à la médecine arabe ou greccpie, ou celle des personnes, — entre, par exemple, le jeune et brillant Scuron et Gilbert Grit'fi, cette «Teste meure » jouée par les étudiants en 1534 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 143 v°), parce qu'il était affligé de « certain catharre donnant du cerveau,., a l'occasion de sa dicte ancienneté, aux parties de sa face et membres desservans a la pronuntiation de la parolle )> (Arch. do l'Hérault, G, not. de l'Evêché : Darles, reg. de 1529-1541, f° 81 v°) — , c'est la querelle du conservatisme moyenâgeux et de la science nouvelle qui se déroule, ce sont les champions à l'Ecole soit du luthéranisme soit du catholicisme qui sont encore en présence.
0 La chose appert non seulement de la provenance des étudiants, mais encore de ce détail que la moralité ou sotie La Résurrection de l'Abbé, jouée le 17 janvier 1529, par réaction contre les adeptes de la Réforme et en plein procès de Carvel, comprenait comme conclusion « sentent iam quandam ydiomate communi compositam, que àstantes ad tantum risum provocavit, ut inter comedendum se putarent reges adductos ad deserendum comestionem » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 73. Cf. A. Germain, La Renaissance, etc., p. 65, note 4).
Montpellier accomplie << par feu Marc Philieres et ses complices » et en remplacement de laquelle l'Evêque et le Gouverneur, c'est-à-dire les conservateurs mêmes de l'Université de Médecine, commandèrent, le 9 mars, au sculpteur Claude de La Porte un calvaire connu depuis sous le nom de Belle-Croix1. Mes recherches en vue de l'identification du meneur et du théâtre de cet attentat sont demeurées vaines. Mais je crois devoir signaler: 1° une certaine analogie entre le nom du premier et celui d'un étudiant en médecine d'Autun, Philibert de la Mare2, qui fut procureur des étudiants entre deux autres ultracatholiques, du 7 avril au 16 juin 1528 3, à l'époque même où commençait le triple procès d'hérésie *, où l'abbé était rétabli 5; 2° le rapprochement de dates k faire entre l'exemple de l'attentat nocturne de la rue Saint- Antoine à Paris, le 2 juin 1528°. et la destruction répétée de la chaire de l'abbé à Montpellier, opérée la seconde l'ois nuitamment les premiers jours de septembre, et qui donna lieu à une sévère recherche du coupable soupçonné et à un procès à Toulouse7; 3° la situation commune sur un point culminant de la grand'route de Nimes à Montpellier, en vue de cette dernière ville, du «saut des étudiants8» et de la Belle-Croix 9. La fameuse chaire, qui
1 Arch. de l'Hérault, G, not. de l'Evêché : Darles, reg. de 1529-1541, f° 106.
2 Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 93. Cf. ibid., S, 2, f° 52.
3 Arch. delà Fac. de Méd., S, 2, fos 52 e1 suivants.
4 Voir p. 41 et Chroniques et Documents, p. 331.
5 Claude de Montmerault fut élu abbé le 0 juin 1528 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f° 54), et le 16 Philibert de la Mare était remplacé comme procureur par Marcel Yerla, « qui saltum... restaurare satagebat » et, prétendait l'un de ses adversaires, se serait, seul opposé « cathedrœ abbatis extirpande e1 protinus eruende » {Ibid., f° 86 v°).
11 Une statue de la Vierge Marie fut mutilée.
7 Arch. de la Fac. de Méd., S, 2, f"s 57, 65 v°, 67 \° Cf. A. Germain, La Renaissance, etc., p. 64, note 1.
8 Vente du 25 mai 1424 (Arch. de l'Hérault, <s not du Clergé' : Jean de Bancharceye, reg. 10, f°217v°).
M Dite » au puech des Baucels », terroir de Mauguio (Voir note 1). — Cf. Félix el Thomas Flatter à Montpellier, p. 24.
était de pierre ', se serait-elle appuyée à la croix, entraînée avec elle? En attendant qu'une certitude en un sens ou l'autre se fasse jour, il devenait intéressant d'attirer l'attention sur ces coïncidences.