‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 27 sur 110 · III. — A l'Université de Droit · texte numérisé non relu

III. — A l'Université de Droit

Rivalité des deux Universités aggravée par la question confessionnelle. — Invasion simultanée de la Réforme, sous Secondin Bonnuil à l'Université de Droit, et sous Jean Caperon à la Faculté de théologie. — Incident à Notre- Dame-de- Londres et conseil tenu éi l'Evêché. — Indices d'une, réaction catholique, suivie d'une réaction protestante.

Ce n'est pas de la première infiltration luthérienne à Montpellier par l'Université de Médecine que date la rivalité entre cette école et celle de Droit. Déjà un texte rapporté par M. Germain à l'année 1502'' nous montre les légistes disposés

1 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1541, f° 16.

2 Lettre du 29 août 1561 de R. de Mandagout àd'Anduze (Bibl. publ. de Genève, ML, 121, f° 81).

3 Liste des pasteurs par Colladon (Ibid., Corresp. ecclés. île 1560-1561 (l b), f» 103.

4 Léon Ménard, Histoire de Nismes, t. IV, Pr., p. 6.

5 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1546, f° 23. Cf. Command. de 1549, f° 15.

6 A. Germain, La Renaissance, etc., p. 30, note 1. — Je fais, d'ailleurs, toutes réserves utiles au sujet de cette date.

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à répondre aux attaques scéniques dirigées contre eux par les médecins et, trente ans après, ces derniers s'armaient à leur tour très sérieusement afin de riposter par la force aux quolibets de leurs camarades, dédaigneusement traités de « legulei »*. Mais bien certainement l'Université de Droit fut la dernière accessible au mouvement de la Réforme et l'antagonisme s'en accrut. Malheureusement la pauvreté des textes en cette période ne permet de déductions acceptables que par la portée des noms de recteurs et d'étudiants.

L'année 1536 étant celle de l'érection du nouveau Chapitre Cathedra], ce fut peut-être un hommage à lui rendre que de choisir le recteur parmi ses dignitaires : Bernardin du Ranc fut élu et le chiffre, soit des immatriculés, soit des bacheliers, est le plus fort de toute la période2. Mais il ne décèle rien de particulier.

Tel ne fut point le rectorat suivant, exercé par Secondin Bonnail, neveu d'un ancien évêque de Maguelone et chanoine de cette Eglise, devenue celle de Montpellier3. En 1526, chargé comme syndic d'une poursuite contre le procédé de nomination de l'évêque afin de revendiquer le maintien du privilège électif, il avait transformé cette opposition de principe en question personnelle et déversé sur Pellicier le Jeune beaucoup d'injures *. (Juelques années après on le voit insulter encore son évêque en plein Chapitre5. Enfin, en 1555, il résigne son canonicat et ses collègues font difficulté pour accepter son successeur (!. Notoirement, en outre, toute la famille Bonnail embrasse le calvinisme : Fulcran devient l'un des deux premiers surveillants établis à Montpellier; Guillaume est militant des guerres de religion; Jacques Salamon dit

1 Arch. do la Fac. do Méd., S, 2, f° 130 v°. Cf. A. Germain, La Renaissance, etc., p. 72, note 1.

2 Voir p. 25.

3 Voir p. 5.

4 L. (uiiraud, Le Procès, etc., pp. 14 et 15. - Ibid., p. 39.

6 Arch. de l'Hérault, G, IV, 18, fos 56 v° et suivants.

d'Assas est un champion de la Réforme dans le milieu médical '.

D'ailleurs, autour de Secondin Bonnail se groupent, en 1536, bien des noms significatifs, révélateurs. C'est le professeur Nicolas Sanravy ou Saint-Ravy -, dont tant de parents se signaleront par leurs opinions. Ce sont les bacheliers, élèves personnels de Sanravy pour la plupart : Etienne Ranchin^, Pierre Bossuges 4, Jean Philippi 5, et ce mystérieux Paul Le Comte dont il a été question déjà6. Ce sont les étudiants Guillaume d'Airebaudouze d'Anduze7 et les deux Pierre Malpel ou Maupeau8, autant de frères de futurs ministres, tous eux-mêmes par la suite réfugiés à Genève.

Simultanément, à la Faculté de Théologie, annexée à l'Université de Droit, le doyen est ce Jean Caperon ou Chapayron, prieur des Dominicains de Montpellier et maître très éminent9, mais qui ostensiblement, à l'heure où il faudra rejeter toute dissimulation, passera au protestantisme 10. Et, fait inusité, sous sa direction trois immatriculés seront promus pour lire, c'est-à-dire enseigner, les évangiles n.

1 II en .sera question en leur lieu.

2 Arch. de l'Hérault, G, IV, 70, passim.

3 Ibid., 22 novembre 1537.

4 Ibid., 26 décembre 1537.

5 Clrroiiiques et DocuHients, p. 8.

b Voir p. 47.

1 Immatriculé dès le 21 novembre 1536 (Ibid.).

* Voir chap. IV ^ n.

,J Acte du 26 avril 1537 (A. Germain, La Reaaissaace, etc., p. 163).

"' Voir chap. III £ ni.

11 <( Ego frater Andréas Vinotus, ordinis fratrum Béate Marie de Monte Carmelo provincie Narbone et prior conventus Divionis, fui metriculatus sic) et ad legenda evangelia promotus in aima Universitate Montispessulani, sub reverendo domino rectore domino Secondino Bonaldi, promittendo et jurando, more Universitatis predicte, actus meos peragere ac lecturam meaiii continuare sub reverendissimo domino decano Facultatis théologie, magistro nostro, magistro Johanne Capperonis, pâtre meo, ordinis predicatorii, anno Domini niillesimo quingentesimo trigesimo septimo et die xvii* novembris. — A. Vinoti. » (Arch. de l'Hérault, (î, IV, 70).

Le 10 décembre fr. Pierre Vanet, augustin de la province de Bourgogne,

O-i LA REFORME A MONTPELLIER

Enfin, à peine le recteur Secondin Bonnail venait de sortir de charge se produit un incident significatif, quoique les circonstances n'en soient point détaillées. Il était prieur de N.-D. de Londres', bénéfice important du Chapitre. Or, le 16 mai 1538, « à la réquisition des paroissiens de Londres », fut tenu devant Guillaume Pellicier un conseil de théologiens où ne figurent ni Gaperon, malgré sa réputation établie, ni aucun religieux de son ordre. Si l'objet de la délibération n'est pas spécifié, la conclusion l'implique : ne pas user d'excommunication, mais de prières et de réparation, telle qu'une procession envers Dieu-. Pour que les paroissiens aient pris l'initiative de dénoncer un scandale, qui a dû être public, puisque la réparation le sera, — peut-être une prédication suspecte ou une destruction sacrilège, — il faut ou bien que ce scandale soit le fait du prieur ou bien qu'il ait été toléré par celui-ci. Pour l'évêque, je reviendrai sur l'incident.

Il faut le répeter : dans cette période de début, où les doctrines évangéliques et luthériennes s'insinuent à Montpellier, comme ailleurs, le plus discrètement possible, sauf quelque fait violent isolé, on ne peut guère s'attendre à recueillir que i\<>± indices, et ceux-ci révélateurs surtout par leur concomitance ou bien par une corrélation avec des certitudes antérieures ou postérieures. Sans donc prétendre échafauder sur

ayant pour parrain ou maître Michel Augier, «lu même ordre, et le 22 décembre fr. Jean Ginon, des FF. Prêcheurs du couvent de Carpentrasi prennent le même engagement (Ibid.).

1 L. Guiraud, Le Procès, etc , p. 39.

5 « Consilium tentum ad requisitionem parroehianorum de Lundris. — L'an mil cinq cens trente huict et le seziesme de mai, dans la maison episcopalle et par devant révérend père en Dieu Monseigneur l'Kvesque de Montpelier, a esté tenu le conseil, ou estoyent presens frères Michel Augerii, Jacques Couard, Bernard Calvet, de l'ordre de saint Augustin, Henry La Loue et Jaquet, carmes, messieurs de Luvera, Lasseti, docteurs. Christophori Dauchonis, licencié, qu'a esté proposée la requeste baillée par les parrochiens de Nostre Dame de Lundres, sur laquelle a esté oppiné et conclud que l'on doibt procéder par prières, oraisons, processions et aultres suffraiges envers Dieu et non point user d'excommunienient, ains de certaines deprecations in nomine Domini ». lArch. de l'Hérault, (1, not. de L'Evêché : Darles, reg. de 1529-1541, f° 156).

eux des hypothèses ingénieuses, c'est un devoir d'information que de signaler tous ces indices.

Elu par les étudiants recrutés en 1537, le recteur de 1538 fut encore un chanoine destiné à abjurer le catholicisme, Vincent de Rocheblave. Mais, au contraire, celui de 1539, maintenu en 1540, s'en montra toujours un des plus fermes champions : ce chanoine François de Lauzelergues, qui était aussi prieur de Saint-Bauzille de Putois, était ou deviendra prédicateur de mérite. Or, il y a coïncidence de dates entre son rectorat franchement catholique et la régence cà l'Ecole- Mage de l'augustin Pierre Goste, à la suite du désaccord entre Charnier et ses élèves. Il semble donc qu'un mouvement général de réaction se soit dessiné à ce moment, et ceci confirme d'autant plus l'idée d'invasion préalable en 1537 et 1538. En sens contraire, la continuation de la charge de recteur à Bernardin du Ranc de 1542 à 1546, qui, pour une année, peut être attribuée à la peste, est à rapprocher du maintien, grâce au contrat signé le même mois de février 1542 par les Consuls avec Episcopus, de ce dernier personnage à la direction de l'Ecole-Mage. Partout alors d'analogues oscillations confessionnelles témoignent d'une période de gestation et d'approche.

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