CHAPITRE III DIFFUSION DE LA RÉFORME
Jusqu'alors les idées de la Réforme avaient pénétré à Montpellier par des voies diverses et isolées : étudiants en médecine, venus qui de France, qui des Flandres, pour la plupart gradués de Paris, où, dès 1523, Guillaume Farel avait fondé secrètement son groupe évangélique; autres étudiants fournis par l'Allemagne et la Suisse et placés ainsi sous l'influence de Luther ou d'Erasme, d'Œcolampade, de Bucer, d'Amerbach ; jeunes Montpelliérains, partis pour acquérir au loin une culture qu'ils jugeaient insuffisante dans leur ville, ensuite rapportant dans leurs foyers un bagage et un prestige de science, des goûts d'humanisme, les enseignements des évangéliques et leur zèle de néophytes ; pédagogues ambulants, condescendant par devoir autant que par nécessité au rôle de maîtres de grammaire pour se faire les apôtres de la foi nouvelle. Il en résultait une somme d'efforts individuels capable de produire un résultat appréciable déjà. Mais cette action cachée, niée devant le péril, — par là si malaisée à saisir pour l'historien, — demeurait le secret d'un petit nombre, d'une élite tout intellectuelle. Elle ne prévalait en rien ni dans les lois ni dans les coutumes contre la solidité du culte établi. Et, si dans les centres scolaires on pouvait plus ou moins agiter les questions du jour, discuter les dogmes, différer sur la discipline, blâmer les pratiques et dénigrer le clergé, extérieurement, à part quelques actes isolés aussitôt réprimés, tels que la croix rompue ou le scandale de Londres, tous restaient soumis aux observances catholiques. Pour se propager dans le peuple, pour le gagner suffisant-
nient et se montrer au grand jour, il faudra que la Réforme soit en mesure, dans une organisation puissante, de lui présenter un corps de doctrines arrêté, une morale codifiée, surtout un culte réglé. Avec le calvinisme se produira cette évolution.