‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 30 sur 110 · I. — Le rôle de Claude Baduel · texte numérisé non relu

I. — Le rôle de Claude Baduel

Baduel, agent principal du calvinisme dans le Bas-Languedoc : à Nimes, pais à Montpellier. — Le Collège de Nimes et l'antagonisme de Baduel et, de Bigot. — Leur querelle se poursuit à Montpellier pendant la régence de Baduel à V Ecole-Mage. — Le théâtre en est V Université de Médecine. — Progrès de la Réforme dans cette Ecole. — Ses adhérents professeurs : Scuron, D. Foh~ tanon, Rondelet. — Election de Jean Bocaud et conflit aigu qu'elle déchaîne. — Rôle de Baduel dans la querelle. — Triouiphe du monopole, de la laïcisation et du parti réformé.

En réalité les Articles, le Catéchisme, la Confession de foi datent du premier séjour de Calvin à Genève ; mais le bannissement qui le termina le *2't avril 1538, fut une entrave certaine à la prépondérance du réformateur. Farel en jugeait ainsi, quand il écrivait, le 21 février 1541, aux pasteurs de Bienne, en leur montrant Genève comme « l'Eglise d'où viendra une ruine ou une édification admirable pour tous, surtout pour les Français »'. Dès que, sur le rappel du Conseil de cette ville, Calvin y eut, le 13 septembre suivant, opéré sa rentrée, une impulsion puissante fut donnée à tous.

Pour le Bas-Languedoc, spécialement la région qui répondait encore à la sénéchaussée de Beaucaiiv ou Nimes, le meilleur intermédiaire do cette action réfléchie, méthodique et habile fut un humaniste de haute réputation, Claude Baduel, appelé à fonder le Collège ou Université de Nimes -,

La création de ce Collège avait pour but, selon une affirmation postérieure et intéressée passée dans un document

1 Herminjard, Correspondance, fie, i. VII, p. 33. - Sur ce Collège voir : J. Gaufres, Claude Baduel, etc. ; e1 A. Puech, Les Nimois à la Renaissance.

officiel, «de soullaiger noz bons et loyaulx subjectz du pais de Languedoc dez grands fraiz qu'il leur convenoit 1ère a envoyer leurs enfans aux universités lointaignes. pour en icelles apprendre les lettres»1. Mais le dessein caché des Nimois semble bien avoir été de constituer, à côté des Universités montpelliéraines, une école préparatoire d'arts libéraux dans les mômes tendances confessionnelles. Ils avaient clairement manifesté celles ci en 1537 au moment de l'incident Pécolet -. Aussi la défiance que montra alors le précenteur Robert de La Croix, fut partagée ensuite, à propos du Collège, par les catholiques informés. Le Parlement de Toulouse n'enregistra, le 20 décembre 1539, les lettres-patentes d'érection que « avec toutesfois modification de ne lire ne interpréter publiquement les epistres de Sainct Pol et autres livres de la saincte Scripture et foy. catholique »3. Et si, au nom de l'Evêque de Nimes, le prévôt de cette Église offrit volontiers 200 livres tournois pour l'entretien du Collège, ainsi que le roi l'avait prescrit1, ses collègues de l'épiscopat adoptèrent et lui suggérèrent une autre ligne de conduite, comme il sera dit 5, carie choix du personnel entretenait leur défiance et la justifiait amplement.

Claude Baduel, fils d'Antoine, cardeur, et de Jeanne Pascal, était né à Nimes vers 1505. Clerc solu, il obtint en 1527 le prieuré de Sainte-Eulalie de Raxis, et on le dit alors u studiens ». Marguerite de Navarre, qui venait à Nimes de temps en temps voir sa belle-sœur, Clarisse'', dut s'intéresser à ce laborieux, l'attirer à -Paris ; en tout cas, elle le recommanda chaleureusement aux Consuls, quand il fallut un principal pour le Collège, à la création duquel la savante

1 Lettres-patentes du 26 octobre 1542 (Ménard, Histoire de Nisme.s, t. IV, Pr., p. 150).

2 Voir § ii et Ménard, op. cit., pp. 131, 133, 134, 138, 140.

•"' Invent. somm. des Arch. dép. : Haute-Garoniie, R, ], p. 201.

4 Délib. du Conseil de ville du 12 juillet 1540 (Ménard, op. cit., t. IV, p. 162).

5 Voir chap. IV g i.

6 A. Puech, op. cit., p. cxliii.

62 LA nÉFOIHIE A MONTPELLIER

princesse avait contribué de son influence. Le 8 septembre 1539, la Ville envoya donc chercher Baduel à Paris ; moins de vingt jours après, il était rendu à destination '.

il n'entre point dans le cadre de ces Eludes de retracer les débuts du Collège de Nimes ni d'appuyer en cet endroit-ci sur les motifs qui en 1542 y firent appeler un autre homme célèbre, Guillaume Bigot, et peu après mirent aux prises les deux professeurs en une « guerre collégiale » demeurée fameuse. Ce qu'il importe seulement, c'est d'établir les relations du pédagogue avec Montpellier et de constater l'influence qu'il y a incontestablement exercée.

Que Baduel, futur ministre, ait cru, dès son arrivée au Collège de Nimes, devoir s'y faire apôtre, c'est ce dont il convient lui-même pour les deux ou trois premières années, celles qui précédèrent l'arrivée de Bigot-. Précisément à cette époque, il se maria, et voici qui commence à nous intéresser. Car Isabelle Bozel, d'Aiguesmortes, avec laquelle son contrat fut dressé le 17 avril 1542, avait pour père noble Rostang Bozel et pour mère Marguerite Malpel 3. Or les Malpel ou Maupeau étaient une famille montpelliéraine dont le nom reviendra souvent dans les pages suivantes. Elle avait fourni un chanoine à Montpellier, un autre à Nimes, elle donnera des réfugiés à Genève et un de ses premiers diacres à l'Eglise calviniste de Montpellier, tous, d'ailleurs, sortis des Universités de cette ville4. Immédiatement on voit un lien établi, et ce ne fut point le seul.

Le disciple, l'admirateur, l'ami de Claude Baduel qui a pris heureusement le soin de recueillir et conserver un grand nombre de ses épîtres latines5, Jean Fontaine, n'a pas suppléé les dates qui leur manquent au moins quant à l'année, et je ne serai pas toujours à même de le faire pour celles qui

1 A. Puech, op. cit., p. xcv, note 2.

2 Lettre de Baduel à Mélanchthon de juin 1550 (J. Gaufrés, op. cit., p. 228).

a Ibid., pp. 330, 339 et 340.

4 Voir chap. IV § n.

b Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ms. 1290.

IFS ORIGINES Di; PROTESTANTISME 63

intéressent le sujet. Il est cependant certain que quelquesunes sont antérieures à la venue de Baduel à Montpellier et, au moyen de la qualité de ses correspondants, contribuent, pour une bonne part, à expliquer son appel.

Au Collège de Nimes, en 1546, la guerre s'était rallumée violente entre Baduel et Bigot et, comme le premier semble avoir été vaincu soit par la maladie, qui le tenailla toute l'année scolaire1, soit par l'opposition suscitée contre lui, il cherchait, pour la seconde fois, une situation ailleurs. Afin d'obtenir un tel professeur, les Consuls de Montpellier résilièrent le contrat d'engagement d'Episcopus, et confièrent l'Ecole- Mage à Baduel. C'était le 16 octobre 1546, deux jours avant la rentrée accoutumée. Il y resta jusqu'à pareille date en 1547, s'il faut en juger par ses quittances-.

Que fut cette année de régence ? Une fuite de Nimes après la défaite, un échec honteux à Montpellier, où il ne rallia que huit auditeurs, ne pouvant donner le nom d'école à un si petit nombre d'élèves, dans lequel il faudrait encore comprendre ceux qu'il avait amenés de Nimes. Mais ces assertions éma-

1 A. Puech, op. cit., p. cxm, note 1.

2 Commandement de Monsr Baduel, régent des escolles de la ville. — Led. jour (21 janvier 1546 a. st.), lesd. seigneurs Consulz ont commandé aud. de La Volhe, consul et clavere, des deniers de sa recepte payer aud. Mons1' Baduel la somme de vingt cinq livres tz. Et ce pour ses gatges que la Ville luy donne pour sa regeance des escolles de lad. ville et pour le premier cartier de la présent année, escheu le jour du moys de , promettant iceulx consulz aud. clavere et sond. commis fere allouer lad. partie sur les deniers de sa recepte. Et ainsi l'ont juré. A ce presens comme dessus. Et moy Boschonis. » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1546, f° 45. — Suit la quittance de Baduel du 9 février 1546 (a. st.).

Commandement du 24 mars 1546 (a. st.), pour deuxième trimestre finissant le 16 avril suivant (Ibid., f° 85). — Autre commandement du 4 avril 1547, pour ce même trimestre, et quittance (Ibid., Command. de 1547, f°5). — Commandement du 7 octobre 1547, pour le troisième et le dernier trimestres, et quittance du 14 octobre (Ibid., f° 11).

Par tous ces actes se trouve confirmé un document du 18 mai 1547 où Baduel est qualifié « me es arts, recteur de la ville de Montpellier» (J. Gaufrés, op. cit., p. 340).

f)4 LA RÉFORME A MONTPELLIER

lient de Bigot1, son adversaire acharné ; et, bien qu'avancées deux ans après dans un livre, c'est-à-dire au grand jour de l'opinion publique locale, à même de les contrôler et qui ne les a pas démenties, elles appelleraient peut-être des réserves. Il faut donc écouter l'autre partie.

Dans une épître, celle-ci document secret, destinée à plaider sa cause auprès de Jean de Mansencal, premier président au Parlement de Toulouse et juge entre Baduel et Bigot, le premier montre les élèves de son rival « s'en volant » de l'étude de la philosophie à celle de la médecine, de Nimes à Montpellier, et là corrompant aussitôt la jeunesse et. dans cette Université si bien ordonnée, livrant une guerre acharnée aux docteurs, les plus savants des hommes -.

Si suspectes qu'on tienne les affirmations passionnées des deux adversaires, ce qui s'en dégage avec certitude, c'est que Montpellier fut le théâtre, en 1547, d'une phase de la querelle de Baduel et de Bigot ou, plus justement, de l'antagonisme de deux systèmes d'éducation : l'éloquence élégante de l'humanisme, amoureux de la forme, et l'inflexible et rude logique de la vieille scolastique, ou enfin de l'opposition irréconciliable des deux cultes en présence : le calvinisme qui attaque habilement et comme à la dérobée, le catholicisme qui se défend et maintenant avec vigueur. On voit aussi que cette lutte eut pour arène encore l'Université de Médecine, pour militants, d'un côté, les docteurs de l'Ecole, de l'autre les étudiants, ou, du moins, la majorité de ceux-ci.

Quand Baduel écrivait avec une satisfaction mêlée d'admi-

1 G. Bigot, Christidnœphilosophisepraeludium, p. 22. Cf. Gaufrés, p. 320.

2 Voici le texte même de Baduel : « Deinde secuta est Monspessulan. [scolaml in qua h;ec secta Bigotiana ab studio philosophie ad medicinam ita advolavit, ut statim non diu in ea commorata et iuventutem corruperit et academiam medicoruni optime constitutam conturbavit, acerrimumque bellum cum doctoribus doctiss. hominibus susceperit » (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, f°4 v°. Cf. la traduction-paraphrase de Gaufres, op. cit., p. 137). — Baduel revient à la charge dans une lettre au même président Mansencal (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, f° 3 v°.Cf. Gaufrés, op. cit., p. 302).

ration : « Academiam medicorum optime constitutam », l'expression dans sa bouche était justifiée. En 1547 on n'en était plus à la pénétration signalée de 1526 à 1534. Lentement, sûrement, automatiquement pourrait-on dire, l'infiltration s'était produite. Le recrutement cosmopolite des écoliers avait bien pu y contribuer : de Bâle, le Mécène des étudiants, Amerbach, y dirigeait des sujets1 ; les Flandres et l'Allemagne fournissaient toujours leur contingent ; surtout la France du nord, du centre, de l'est en envoyait2, tels ce Philibert Sarrazin, déjà gagné à la Réforme3 et qui sera bientôt le médecin dévoué de Calvin et de Viret4, ou Guillaume Saint- Ravy. fils de Nicolas, de même réfugié à Genève5. A ce contact, les montpelliérains Guillaume Rondelet, Jean Bocaud, Adam Maupeau. Jean Blazin sont devenus avérés partisans des nouvelles doctrines. Or, peu d'années s'écoulant, ces jeunes recrues forment la pépinière des professeurs. En 1539 leurs voix ont déterminé le triomphe de la candidature Scuron au cancellariat '■. Au seul point de vue déjà de la carrière, n'est-ce pas du protestantisme, le vainqueur probable avec de tels atouts, qu'ils ont le plus à espérer? Leur succès et son triomphe ont partie liée. D'où la main-mise méthodique sur l'enseignement soit par le recrutement des professeurs, soit parleur monopole sans tempérament.

Pierre Trémolet a-t-il été une des conquêtes de la Réforme? Son rôle dans l'affaire des statuts de 1526-1527 peut le faire penser ". La chose est certaine pour le successeur à sa chaire,

1 Voir p. 56 et Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, passim. — On peut même dire que cette ville a été, à cette époque, une des plus grandes pourvoyeuses de l'Université de Médecine de Montpellier.

2 Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, passim.

3 Immatriculé le 11 janvier 1539 (Ibid., f° 171). — E. Doumergue, Jean Calvin, t. III, p. 372.

4 Corpus Reformatorum, t. XX, p. 252 ; t. XXI, pp. 69, 649, 813. Cf. E. Doumergue, op. cit., t. III, pp. 511 et 512.

5 Immatriculé le 2 novembre 1539 (Arch. de la Fac. de Méd. S, 19 f° 181 v°). — Reçu bourgeois de Genève le 17 octobre 1555 (A. Covelle, Le Livre des bourgeois, etc., p. 244). C'est de lui qu'il est question en 1553 (Corpus Reformatorum, t. XIII, p. 512).

,; Voir p. 66.

7 Voir p. 40.

Soc. Arch. r>E Montpellier. r>

ce Jean Drouilloles dit Scuron dont le nom, le mérite, la renommée remplissent pins d'un quart de siècle.

D'où lui vint l'initiation ? Ses origines ', son cursus scolaire sont languedociens. Mais celui-ci, compris entre 1514 et 1521, coïncida avec la présence d'Etienne Florimond à l'Université de Médecine3. D'autre part, dans la période où Scuron enseigne sans interruption, de 1525 à 1532, s'il est remarquable, ainsi que l'a déjà constaté M. Revillout, qu'il est choisi pour «père», c'est-à-dire pour maitre et patron, para peu près tous les étudiants venant de l'étranger ou du nord, il ne l'est pas moins qu'il en soit de même de la part de ceux que compromettent leurs opinions religieuses, par exemple : Guillaume Carvel, Imbert Pécolet, Etienne du Temple. Est-ce uniquement à sa juste réputation, à ses goûts d'hellénisme qu'il faut attribuer cela? On aura quelque peine à l'admettre, quand on constate que presque systématiquement aussi les préférences des écoliers espagnols et méridionaux vont à Gilbert Griffi. Surtout on voit Scuron l'objet d'une coalition adverse des anciens régents royaux, soit pour une chaire de 15-29 à 1534*, soit pour le cancellariat en 1539 5.

1 Voir sur ce personnage : Ch. Revillout, Les Promoteurs de la licitaissance, etc., où l'auteur a produit d'intéressants documents confirmés parles miens. Ce nom de Drulholes, Drouilles, Trouilles, s'est conservé souslaforme : Dreuille. Mais c'est la branche ou la famille et non pas l'individu seulement qui se distinguait parle surnom de Scuron, Escuron, Esquiron. Originaire d'Anduze, elle se composait alors de trois enfants de Jean : le Jean (pii nous occupe ici; Louis, établi marchand à Montpellier ; Françoise, qui avait épousé un Blazin, de cette dernière ville. Elle jouissait d'une certaine aisance (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. de 1541, f° 101. Cf. Guillaume Baillet, reg. de 1550, f° 70).

2 Sa matricule est du 10 octobre 1514 ; il y choisit pour patron Antoine Dupuy, « magistrum nostrum » (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 38 v°). — Sa licence, où le candidat signe : « J. Scuronus », est du 15 janvier 1520 (a. st.) et son doctorat du 4 février suivant (Arch. de la Fac. de Méd., S, 5, p. 15).

3 Voir |>. 41.

4 Arch. de l'Hérault, <'., not. de l'Évêché : Darles, reg. de 1529-1541, 1° 113 v°. — Invent, sorrim. des Arch. dép. : Haute-Garonne, B, l,p. 180.

5 Arch. de l'Hérault, G, not. do l'Evêché : Darles, reg. de 1529-1541, f« 228 v°.

Ces régents étaient le doyen Jean Falcon, le chancelier Gilbert Griffi et Pierre Laurent dit de Sainte-Catherine, les deux première, d'ailleurs, médecins estimés, mais vieillis maintenant le forces, de méthodes, d'idées. Successivement ils furent iffemplaeés par Antoine Saporta1, Denis Fontanon -, GuillaJne Rondelet3. Or, des quatre professeurs royaux. Saporjl étant un marran*, les trois autres furent les correspondants, les amis, les coreligionnaires de Baduel. A Scuron, en le «comblant d'éloges, il adresse un malade carpentrassi£P Recommande un de ses élèves qui va étudier la médecine «qu'il voudrait faire pourvoir d'un préceptorat0. A Fonta^n il parle de Rondelet, venu àNimes soigner l'œil du petit P^re Baduel et qui a passé la nuit chez l'humaniste ". Et, comme, sans doute dans la chaude effusion de cette rencontre, on a tout oublie jusqu'au malade, il réclame à Rondelet lui-même l'ordonnance non formulée8. Les lettres se

mMtiplieiTt ensuite avec une connaissance plus intime et par le'fait de circonstances qui seront relatées en leur lieu.

Par tout cela il est aisé de juger que Baduel dut être accueilli à Montpellier avec sympathie dans ce milieu médical qui, par lui et par Philibert Sarrazin, soit même directement !l, w.renait contact avec Genève et spécialement avec Calvin.

1 Succédant à Griffi en 1539, après beaucoup de difficultés (Arch. de l'Hérault, G, not. de l'Évêché : Darles, reg. de 1529-1541, foa 81 v°, 115, 145 v» et 227).

2 Succédant à Fàlcon (Arch. de l'Hérault, G, IV, 68-69 : mise en possession du 10 avril 1542).

3 Succédant en 1545 a Laurent de Sainte-Catherine (Ch. Revillout, Les Promoteurs, etc. p. 339).

4 On appelait ainsi les familles réfugiées d'Espagne et qui conservaient, mêlées au christianisme, des pratiques d'origine juive ou musulmane, sur lesquelles les frères Platter ont donné de curieux détails.

~> Bibl. du Musée Calvet à Avignon, dis. 1290, f° 82. « lbid.\ f° 87.

7 Lettre du 1er juin, 1546 sans doute, car Baduel ne paraît pas encore connaître Rondelet (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ras. 1290, f° 106). — Lettre à Rondelet (Voir note suivante).

8 Lettre du 5 juin, à dater de 1546 aussi (Ibid., f° 96 v°).

9 Les annotateurs du Corpus Reformatorum ont mis au 8 février 1564

fiS LA RÉFORME A MONTPELLIER

Aussi, durant le séjour de Baduel à Montpellier, se passa l'incident le plus marquant de la lutte entre les deux cultes à l'Université de Médecine, c'est-à-dire le remplacement de Fontanon, mort au printemps de 1547. Deux candidats étaient en présence : le montpelliérain Jean Bocaud, que nous verrons adepte hardi du calvinisme, et le provençal Honorât Duchasteau ou Gasteïlan, tous deux élèves de l'Ecole. Le choix des régents royaux se fixa sur le premier. Il pouvait se justifier par l'antériorité de l'inscription et de l'enseignement i et sans difficulté fut sanctionné par l'autorité du vicaire épiscopal - ; mais il mécontenta un très grand nombre d'étudiants. Deux partis se formèrent : l'un élut procureur Adam Maupeau, parent par alliance de Baduel ; l'autre obtint du Juge-mage de Montpellier une sentence cassant Maupeau, qu'il remplaça par Louis Guérin. Celui-ci publia un violent factuin contre les régents ;!.

Scuron était parti pour Toulouse, et Baduel y usait de son inlluence sur le président Mansencal pour lui dénoncer la « sec ta Bigotiana », émigrée à Montpellier4. Quand le chancelier revint, il se fit remettre le livre des matricules et pré-

(l.XXI, [>. 813) la lettre non datée de Calvin aux médecins de Montpellier, ,-i suite de l'intervention de Sarrazin (Ibid., t. XX, p. 252). Or, en en rapprochant le texte d'un passage de la Vie par Colladon (Ibid., t. XXI, p. 69), il nie parait vraisemblable que cette lettre doit être reportée à l'année 1 540 .

1 Jean Bocaud fut immatriculé le G octobre 1532 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 11), l'° 127); Honorât Duchasteau, le 24 novembre 1544 (Ibid., fa 204 v"i. — Le doctorat de Bocaud est du 15 décembre 1540 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 5, p. 47) ; celui de Duchasteau, du 15 décembre 1544 (Ibid., p. 67). — L'enseignement de Bocaud remonte à 1541 (A. Germain, La Médecine arabe, etc., p. 261); celui de Duchasteau datait de 1540 même (Ibid., p. 262).

- Arch. de l'Hérault, G, IV, 68-69: lettres du 20 avril 1547 du vicaire de l'Evêque, alors absent.

:; Four les détails de toute cette affaire, je signale les syndicats du 29 octobre 1547 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guillaume Baillet, reg. de 1547, f° 123 v°) et du 18 novembre 1547 (Ibid., f° 125), qu'a ignorés M. Revillout.

1 Voir p. 04, note 2.

tendit recevoir les étudiants hors de la présence de leur procureur, en leur imposant le serment de n'exciter aucune sédition contre les régents1. Mais un arrêt du Parlement, le ■23 août 1547, cassa la nomination de Bocaud et ordonna un nouveau concours, dont il réglait les conditions de publicité.

Recommencé, ce concours ne satisfit pas davantage les étudiants, qui chargèrent Guérin de l'attaquer devant le Gouverneur de Montpellier. Ge procès se fondait sur la faveur évidente accordée, disait-on, à Bocaud qui avait pris ses points à la dérobée, s'était vu conseiller par les régents pour la manière de les traiter, avait obtenu une prorogation indue de temps, tous procédés inverses ayant été employés à l'égard de son concurrent, vie plus idoine», le mieux suivi de tous les professeurs. Aussi l'installation de Bocaud avait-elle été en quelque sorte clandestine. Le nombre des étudiants qui souscrivirent cette requête : soixante-dix-neuf, semble bien exclure de leur part l'idée de coterie et la rejeter plutôt du coté des régents calvinistes et de leurs adhérents, car ils en avaient. Même les esprits étaient désormais si montés que la violence s'en trouvait déchaînée : des écoliers avaient été blessés; l'un d'eux, encore malade, voulait rentrer chez lui et fut rapatrié aux frais de l'Université-2. Du Gouverneur il y eut appel à Toulouse, et Scuron et Bocaud, ajournés en personne, durent se choisir des substituts le 24 décembre. Le chancelier songeait-il même à se ménager un asile, quand il invoquait, en vue d'un congé un peu long, le motif d'eavoir esté expressément mandé de par la Royne de Navarre pour servir son cartier suyvant son estât, laquelle se trouve pi mile présent, ainsy que luy a esté refferé, en griefve disposition »3 1.

Or, ni par ses idées ni par ses actes, Baduel n'était resté étranger à ce débat. Son opinion sur le monopole de l'ensei-

1 Sur celle affaire des matricules voir : Ch. Revillout, Les Promoteurs etc., ]>. 351.

- Voir p. 08, noie 3.

;î Ai'ch. de l'Hérault, G, IV, 08-69 : actes du 2-4 décembre 1547.

gnement n'est pas douteuse : soit dans les discours de ses élèves nimois inspirés et corrigés par lui, soit dans son règlement pour le Collège en 1548, soit dans une lettre au conseiller Pierre de Mal mont, il préconise ce régime et condamne celui des concours ou «disputes», usité dans le Midi1. En l'espèce, il était contraire aux nombreux élèves de Bigot et acquis à la cause de Bocaud, son correspondant et ami2. C'est pourquoi on le voit s'employer auprès du président Mansencal contre les étudiants de Montpellier3. Et de l'ait son intervention a dû contribuer au résultat final obtenu. Car le procès à Toulouse durait toujours entre les régents royaux, d'une part, et les écoliers de l'autre, associés à Duchasteau ainsi qu'à cet Antoine Griffi, qui était neveu de l'ancien chancelier et jadis mis par lui en avant. Les premiers sentirent le besoin de grouper autour d'eux leurs partisans *, puis, quand les plaidoiries eurent été faites les 22 et 23 septembre 1550 aux Grands-Jours de Béziers, de se décider à transiger. L'arrêt judiciaire du 31 octobre fut la consécration d'un tel accord 5. 11 était des plus importants par ses conséquences.

La charge de procureur des étudiants et leur bourse spéciale se trouvaient supprimées. Quatre conseillers, choisis dans leur sein mais par le collège des docteurs, représenteraient leurs intérêts. D'autre part, un marchand, habitant de Montpellier, tiendrait labourse commune. Au seul chancelier était réservée la faculté de délivrer les lettres attestatoires de matricule et de grades. C'était donc le triomphe de l'autorité professorale sur les droits séculaires des étudiants, et aussi la complète émancipation de l'Université de Médecine à l'égard de l'Eglise catholique.

1 J. Gaufres, Claude Baduel, pp. 173 et suivantes, 153 et 149.

2 De Nimes il lui écrivait pour lui recommander un de leurs coreligionnaires (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ms. 1290, f° 72) dont je m'occuperai plus loin (chap. IV § n) sous le nom de Pierre Borgas ou Burgues.

3 Voir p. 64.

4 Syndicat du 17 avril 1550 (Arch. de l'Hérault, (1, not. du Clergé: Guill. Baillet, reg. de 1550, f° 83 v°).

5 Voir pour la transaction : Ch. Revilloul, Les Promoteurs etc., p. 354 ; e1 pour l'arrêt : A. Germain, La Renaissance etc., p. 143.

La dernière étape, bientôt franchie, fut certainement l'aboutissement de nouvelles tractations, où, comme toujours, les considérations d'intérêt personnel primaient assez volontiers les principes. A Duchasteau et à Griffi les vainqueurs de 1550 firent leur part, afin que tous ensemble souscrivissent le statut du 2 juin 1554, si contraire aux traditions de l'Ecole. Tandis que celles-ci avaient interdit très formellement le monopole ', tout à l'inverse les professeurs de 1554, songeant, y disaient-ils, non seulement au présent mais à l'avenir, décrétèrent que désormais la liste des maîtres en possession du droit d'enseigner serait arrêtée aux neuf régents existant alors, même réduite à huit par la mort du premier d'entre eux; et que les élections seraient laites uniquement par le Collège ainsi formé2. Qui désormais aurait protesté contre cette prétention? Les étudiants n'avaient plus d'organe propre; l'Évêque, conservateur-né des privilèges de l'Université, se trouvait incarcéré durement à Beaucaire. La confirmation royale vint apporter sa consécration au statut d'oligarchie et de monopole.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'insister pour faire ressortir les avantages possibles et les inconvénients certains, au point de vue professionnel, d'un rouage; qui manquait ainsi de souplesse. Par la répartition entre les régents des revenus de l'Université, on assurait leur subsistance, on encourageait leur recrutement. Mais par la fixation du nombre on s'exposait à écarter des capacités. Surtout on livrait sans merci l'Ecole à l'influence, à l'exclusivisme d'une coterie : arme dangereuse, habilement maniée alors par les calvinistes, mais qui pourra un jour se retourner contre euxmêmes.

1 Ce principe avail été formulé dès 1181 par Guillem VIII, seigneur de la ville (Liber instrument, memnr., p. 409).

- Astruc a publié le document [Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de Médecine de Montpellier, p. 126).

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