‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 3 sur 110 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

partagé avait été notre XVIe siècle : on le traitait un peu en pavent pauvre, qu'honore parfois un regard distrait ou distant. La thèse de Mr Buisson fut un événement. Peut-être les maîtres officiels avaient-ils quelque crainte de remuer des cendres chaudes encore de passion et de haine; pour ces temps troublés, le silence semblait la seule forme du patriotisme. Peut-être reculèrent-ils devant l'immensité de la tâche ou l'indifférence des esprits: comme la mode, la science a ses caprices. Peut-être aussi l'exemple de l'Allemagne appliquée à l'étude de ses origines nous avait-il poussés à rechercher les nôtres... Seuls, quelques érudits avaient réagi. Les uns avaient publié des mémoires ou des lettres du temps, matériaux précieux de toute recherche. Les autres avaient ébauché des études de détail. En réalité, soit ahsenee de méthode, soit pauvreté de documents, l'œuvre constructive restait à faire. Nous étions en retard.

Il est vrai, sur ce domaine, la pensée protestante avait pris les devants. Dans cet oubli presque général, elle s'était souvenue. Par pieté filiale, par souci de la vérité, dans l'intérêt même de ses controverses, elle n'avait cessé de regarder vers ses origines. Elle pouvait s'enorgueillir, et avec raison, de cet admirable Corpus des Réformateurs où des savants de notre Strasbourg avaient fait revivre Calvin. Elle avait provoqué des recueils comme celui de MMrS llaag ou des éditions comme celle de YHistoire ecclésiastique. Surtout, depuis 1852, autour du Bulletin du Protestantisme fiançais s'était groupée toute une équipe, disons mieux, toute une école. Faire la lumière sur la Réforme, réfuter les accusations, redresser les préjugés, réparer les injustices, tel était son but ; et, pour l'atteindre, elle avait compris que s'imposaient d'abord la recherche, la publication, la critique des documents. Que le Bulletin ait rempli sa tâche, qui en douterait? Le parcourir, c'est reconnaître la fécondité de son labeur et la richesse de ses découvertes. Mais avait-il toul dit? Son œuvre était-elle définitive ? Si sincère qu'il fût, cet efforl même se montrait parfois inquiétant. Il prenait des allures de bataille. Çà et là perçait la pointe des vieilles rancunes ou l'aspérité rugueuse des polémiques. La lâche était aisée de dénoncer, dans le camp adverse, des livres qui ressemblaient moins à une histoire qu'à un pamphlet. A leur tour, des esprits critiques

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