II. — L'action du Parlement de Toulouse
Zèle catholique du Parlement de Toulouse. — // instruit neuf procès. — Il enjoint au Présidial de Montpellier de sévir. — Le juge-mage Pierre de la Coste. — Quatre procès à Montpellier. — Exécution capitale de Guillaume Dalençon et d'un artisan. — Commissaires du Parlement à Montpellier et dans la région. — Décrets de comparution dans les villages. — Exécution en effigie de Gassin et de sa femme. — Deux procès au Parlement de Toulouse.— Les réfugiés à Génère. — Rancunes accumulées. — Libération de Tévêque Pellicier. — Imminence du confit.
Pendant que l'Evêque était incarcéré, c'est le Parlement de Toulouse qui prit en mains plus que jamais la défense du catbolicisme. Mais il est à regretter pour l'histoire que les causes déférées à la Chambre criminelle de cette Cour ne soient que signalées par de brefs arrêts, soit provisionnels, soit définitifs, bornés au nom de l'inculpé et à la substance
puis bailli di' Sauve. Elle épousera en secondes nocos Francesco Lomelino, frère de Carlo (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1608, f° 974 v°). Il leur avait constitué une dot de 1.000 livres à chacune [Ibid., reg-. de
Quanta ses fils, on les retrouve : César, marié à Sauve (L. Guiraud, Le Procès, etc., p. 05) ; Ilermion, gendarme sous le comte de Tende (Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1568-1570, 1"° 327 v°) ; Astérion, seigneur des Kstagnols près Pérols [Ibid., reg. de 1571, t'° 493, et min. de- Pierre Martin, étude Cornier, reg. de 1574, f° 122).
1 Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 333.
Soc. ARcn de Montpellier.
de la décision. C'est là ce qui explique la sécheresse et le laconisme de rénumération suivante, pleine d'intérêt néanmoins, puisque aucun de ces noms de réformés montpelliérains n'avait été indiqué jusqu'ici. Il a été groupé autour de chacun, quand la chose était possible, les indications tirées d'autres sources
Charles Drouilloles ou Brouilles était membre certainement de la famille à laquelle appartenait le professeur Seuron 1. La Cour du Gouverneur de Montpellier avait instruit son procès, mais le prévenu était incarcéré à la Conciergerie du Palais ta Toulouse, lorsque le Parlement ordonna, le 14 mai 1551, à la Cour de Montpellier d'informer sur la vie et la réputation des témoins à confronter avec l'accusé -. Il n'est plus ensuite question de celui-ci.
Pierre Sanrdvy, général à la Cour des Aides en 1551, était de eette famille auvergnate, établie à Montpellier, et dont plusieurs membres ont déjà paru dans cette Étude. Le 18 octobre 1551, le Parlement lui enjoignit de se présenter à nouveau devant lui dans la huitaine, sous peine d'y être contraint par la force 3 : il était donc en liberté;
Jean Campagnan, armurier, était en 1551 incarcéré à la Conciergerie de Toulouse « pour le faict de la relligion»*. Le 24 décembre, le Parlement ordonna que deux femmes seraient récolées et confrontées avec lui. Je consigne les noms de celles-ci, ne pouvant dire si elles étaient témoins ou inculpées : Jeanne Clergier, femme de Philippe Remy, et Isabelle Boulanger, femme du notaire Guillaume Baillet 5.
Guillaume Philippi, chanoine de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier. Par sa famille, dont j'ai parlé à propos de l'historien, sou frère 6, par ses grades et qualités, car il était, en
1 Voir p. 66 et sa note 1.
- Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. .'!<i.
;t Ibid., reg. 38.
4 Contrat du 27 mai 1606 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg, de 1GÛG, f° 487).
5 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 39. 0 Chroniques et Documents, pp. 7 et suivantes.
LES omr.iNF.s DU protestantisme 115
même temps que chanoine, procureur du roi à la Cour des Ai. des *, ce personnage était fort en vue. Il se trouvait même assesseur des Consuls, dont son père était le premier. Comme tel, il suivait les affaires de la ville2, et probablement intriguait contre l'Évêque, ce dernier ayant pris l'initiative du procès des chanoines en cumul d'emplois 3. Le Parlement l'avait consigné à sa disposition et, vu sa qualité ecclésiastique, le renvoya, par arrêt du 24 décembre 1551, devant le vicaire de l'Évêque *. Il sortit indemne de la poursuite, car on le revoit procureur et chanoine jusqu'à ce que, sans bruit ni éclat, il disparaisse du Chapitre, pour mourir, trente-cinq ans après, calviniste comme il vivait dès lors.
Jean Grand (ht Rye ■"', simple serrurier, était détenu à la Conciergerie de Toulouse, lorsque, le 10 février 1552, le seul arrêt connu de son procès citait à quinzaine pour témoins, sans spécifier s'ils sont à charge ou à décharge : fr. Campas, carme de Montpellier: la contre-basse de l'église Saint-Firmin de cette ville; Mallefosse, bassinier aux Augustins; Guilleminet, notaire de Montpellier; fr. Bernard, augustin de Montpellier 6. A noter ici que le dernier nommé est ce « gaillard déterminé » dépeint deux ans plus tard par le bâlois Félix Platter comme participant à de nocturnes expéditions d'anatomie 7.
Pierre Dumas était greffier des États de Languedoc. Le procureur général au Parlement le poursuivait pour cas d'hérésie et excès, c'est-à-dire à raison de sa fonction. Il était arrêté dans Toulouse. Dans son procès on voit, le 23 janvier
1 Le 20 mars 1514, il passait son baccalauréat en droit canonique (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70). Il fut nommé procureur-général à la Cour des Aides en 1560 (D'Aigrefeuille, t. Ier, p. 599).
- Arch. mun. de Montpellier, CC, Comptes de 1551, fos 30 et 37.
J L. Guiraud, Le Procès, etc., p. 36.
4 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 39.
5 « Jehan du Ray, sarralier » (Arch. mun. de Montpellier, CC, guidon de 1549, sixain Saint-Firmin, f° 82 v°). — Plus tard, on trouve la maison d'un Jean Rye à Durfort (Arch. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1594-1602, f° 92).
6 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 40.
7 Félix et Thomas Platter à Montpellier, pp. 91 et 93.
1552, impliqués un de Chaume, garde de Montpellier, et Guillaume Gaprerie, jadis juge du Petit-Scel de cette ville. Ils sont convoqués à venir répondre personnellement au procureur général à toutes fins et conclusions qu'il voudra prendre contre eux. Trois témoins sont cités : Antoine du Solier, confroniable à Dumas; Catherine Teyrand, chambrière de la femme du sieur de Lagriffoul de Rouergue; et Thomas, serviteur de Chaume f Le 14 mai 1552 fut rendu un arrêt de plus ample informé ou, sinon, de relaxe -, et, en effet, le 11 juillet suivant, le relaxe fut prononcé 3.
Me ailles du Temple rappelle par son nom l'Etienne du Temple, d'Orléans, étudiant de l'Université de Médecine, si compromis en 1528. Gilles se qualifiait clerc du diocèse de Grasse l, et il était serviteur, c'est-à-dire commis, du banquier Vincent Nonly, qui va suivre. Détenu à la Conciergerie de Toulouse, il était prévenu d'hérésie et l'objet d'un procès extraordinaire 5. Le 5 février 1552, le Parlement décidait de le confronter dans la huitaine avec trois témoins: Simon Godail, marchand d'Ouveillan ; François de Luvera, marchand de Montpellier, et son patron Noaly 6. Puis, le 16 septembre suivant, un arrêt ordonna de l'élargir sur caution, en attendant plus ample information ". Juste un an après, ce Gilles du Temple, comme procureur de François de La Chaume, clerc de Bourges, se présentait au vicaire et officiai Jean Lebas et réclamait [jour son mandant une place au Collège Saint- Sauveur. Bien qu'il exeipât d'un bref pontifical, Lebas reconduisit très énergiquement 8. Du Temple se lit immatriculera
1 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 40. — Sur Guillaume de Chaume, garde de la Monnaie, et la dame de Lagriffoul, sa soeur, voir chap. V £ i et n.
2 Ibid., reg. 42.
3 Ibid., reg. 43.
4 Réquisition e1 protestation du 18 septembre 1553 (Arch. de l'Hérault, <;, not. .lu Clergé: Guill. Baillet, reg. de 1551-1554, f°102). — Voir p. 11.
5 Voir p. 1 17.
u Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 40. " Ibid., reg. 43.
8 Voir note 4.
l'Université de Droit le 17 janvier 1554 ', et devint ensuite procureur à la Chambre des Comptes. Ce clerc se maria avec une montpelliéraine -.
Vincent Noaly était clerc également, mais du diocèse de Lyon, possédant la vicairie perpétuelle de N.-D. de Mérignon au diocèse de Reims, et en même temps citoyen et banquier de Montpellier. Le 6 avril 1548 il résigna, d'ailleurs, ce bénéfice 3. En rapports d'affaires avec le Chapitre Cathédral, il lui réclamait une dette, que Pellicier insista pour lui faire payer4. L'Evêque voulait sans doute avoir les coudées franches avec lui. Et, de l'ait, le 23 mars suivant, on voit Noaly déjà « arreste sur la garde du Palays » a Toulouse, mais la décision le concernant renvoyée jusqu'après le procès de Tulles du Temple 5. L'issue de celui de Noaly dut être aussi favorable: ils se l'ont immatriculer ensemble a l'Université de Droit de Montpellier. '
Fulcrand Amat fut, a la requête de Guillaume Pellicier et après informations, ajourné, le 1er août 1553, à comparaître devant le procureur général (\yi roi au Parlement i;.
Tous ces cas avaient été déférés au Parlement île Toulouse soit par appels relevés soit en vertu des anciens ('dits, mais la plupart, en réalité, auraient du venir à la Cour du Gouverneur de Montpellier, puis au Présidial qui la remplaça. Cependant il put y avoir tant flottement du l'ail même de cette transformation judiciaire que collusion entre certains juges et les poursuivis. Si bien que le sénéchal-présidial de Montpellier, qui devait en dernier ressort connaître des «cas, crimes et delictz de hérésie», selon l'édit de juin 1551, et « faire punition desd. hérésies, escandalles et aultres crismes contenuz
1 Arch. «le l'Hérault, <i, IV, 70.
- Jeanne Auriac, fille* d'un notaire (Arch. do l'Hérault, G, nol. du Chapitre : Jacques Barthélémy, reg. 243, f° 4-46).
;! Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Baillet, reg. de 1548, t'° 5.
4 Délib. du Chap. cathédral du 20 octobre 1551.
•'• Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 41.
6 Ibiri., reg. 40.
aud. edict », avait, à la fin de 1553, borné toute son action à instruire quelques procès sans les juger, à en juger quelques-uns sans les exécuter *. Tout au plus avait-on brûlé des bibles dans les rues -. Cette conduite des magistrats montpelliérains fut dénoncée et leur valut, à peu de jours d'intervalle, deux formelles injonctions d'agir sans plus de retard. L'auteur de la dénonciation fut-il le juge-mage :î ? Les récusations dont on le voit l'objet depuis cette époque *. son zèle manifeste ne sont pas pour démentir l'opinion. Pierre de la Goste appartenait à une famille montpelliéraine d'humble origine5. Son père et homonyme avait occupé le même office'1, mais l'âge du fils ne lui permit point de succéder directement ". Par sa charge et celles de sa parenté8, il exerça nécessairement une influence marquée sur la répression des calvinistes. Sur requête donc de son procureur général Sabatier, le Parlement de Toulouse enjoignit, vers le 10 décembre 1553, au Gouverneur de Montpellier ou son lieutenantcriminel, de procéder à ce qui restait à exécuter contre quatre prisonniers détenus à Montpellier. Pour cela il leur donnait un délai unique d'un mois, et il exigeait d'être informé par eux de l'exécution !l. Le Présidial vit-il dans cette injonction une illégalité, un empiétement sur les droits que lui conférait
1 Voir p. 119, noie 1.
- Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 28.
:; Crespin ledit formellement [Histoire des Martyrs, t. III, p. 352).
1 Délib, du Conseil de Ville, passi») .
'-' Son ancêtre, en 1135, était « maistre Johan de la Coste alias de Bras, liarbié de Santa -f- » (Areli. niun. de Montpellier, CC, compoix Sainte- Croix de 1435, f° 44 v°).
0 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Baillet, reg. de 1547, fu 80 v°.
7 Provisions, le 1 1 septembre 1540, de juge-mage de Montpellier pour ni'' André d'Exea, en remplacement de Pierre de Costa (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits, lettres-patentes, etc., reg. 1903. f° 197 v°).
8 Guillaume, son frère, était juge des baronnies ; Antoine Robin, mari de Delphine de la Coste, sa sœur, était juge ordinaire; Bertrand Sabatier; autre beau-frère par alliance avec les Séguier, procureur général au Parlement de Toulouse.
'•' Voici le texte de cet intéressant arrêt :
redit de juin ? Il est permis de le déduire des lettres adressées par le roi»aux mêmes Gouverneur et lieutenant-criminel, le 23 décembre 1553. En un langage sévère, elles appréciaient la conduite des juges de Montpellier, et, tout en dessaisissant à nouveau le Parlement, prescrivaient à la Cour de Montpellier de procéder aux exécutions et d'activer les autres causes '.
C'est donc sous une pression venue du dehors, celle du Parlement et eelle du roi, à la limite du délai imparti et dans les conditions que je vais déterminer, que se sont produites les exécutions capitales, juridiques et réelles, pour cause d'hérésie enregistrées par l'histoire. S'il y eut deux victimes, une seule était destinée au supplice, et certainement elle le dut à sa qualité et à son rôle.
« Veu le procès faict par le gouverneur ou lieutenant criminel au gouvernement de Montpelier a André Borgoing, natif d'Orléans, Guillaume Dalehcon, libraire de Genefve, Arnauld Aynnier et Pierre Borgas, prisonniers es prisons dud. Montpelier, chargez de crime d'heresie, envoyé el mis devers la Court par iceulx officiels, ensemble la requête par le procureur gênerai du Roy, baillée aux fins y contenues, la Court a enjoinct et enjoinct ausd. gouverneur et lieutenant criminel diligemment procéder au surplus de ce que reste contre lesd. prisonniers et autres complices (pie se treuveront chargez de faict et intelligence resultans dud. procès, et certefier dans le mois icelle Court de ce qu'il/, auront faict » (Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 47, moisissure à la date, mais aux environs du 10 décembre 1553).
1 « Combien que... vous deusies cognoystre, juger et dessider desd. matières [cas, crismes et delietz de hérésie] et faire punition desd. hérésies, escandalles et aultres crismes contenuz en nostred. edict, neaulgmoingz nous avons entendu que vous, ayans faict le procès a plusieurs hérétiques et mal sentens de la foy et, iceulx instruict, mys en estât de juger, aves, suivant led. edict, jugé aulcungz ; toutesfoys, au moyen des appellations intergectées de vous sentences etjugemens, aves différé procéder a l'exe- (pition d'iceulx, et des aultres aves différé donner et pronuncer vosd. jugemens et par ce lesd. crismes et delietz demeurent- impugnis. A quoy nous desirons estre promptement pourveu, et vous mandons.... que.... a l'instruction desd. procez... vous procédez, et au jugement..., procédant et faisant procéder a l'exeqution des jugemens et sentences qui ont esté et seront par vous données, etc. — Donné à Fontainebleau le vingt troysiesme jour de décembre l'an de grâce mil cinq cens cinquante troys, etc. » (Arch. inun.de Montpellier, Grand Thalamus, f° 289, art. 503).
Grâce à l'arrêt cité plus haut ', je suis à même d'indiquer les noms des quatre condamnés qu'il visait.
André Boargoing était originaire d'Orléans. Serait-ce quelque liaient y\u ni vernais François Bourgoindit d'Agnon, admis en 1545 ministre à Genève \ C'est lui qui semble répondre au portrait de cet homme de condition de fort lionne mine et bien vêtu, dont parle Platter -.
Guillaume Dalençon '•' était un transfuge du clergé. Originaire de Montauban, selon les renseignements tournis par Grespin et de Bèze, il ne semble donc point à identifier avec un personnage de mêmes nom et prénom dupliqué en 1551- 1552 avec son père Jean, avocat à Rouen, dans une affaire de vol de vaisselle au couvent des Gordeliers de Paris *. Pourtant il faut tenir compte de la vie errante menée par Guillaume, le condamné de Montpellier, qu'on sait avoir fait plusieurs voyages de propagande avant d'avoir été linalement arrêté dans cette ville ; et ce vol de vaisselle dans un couvent par un avocat cacherait-il un délit de religion qu'on n'en saurait être (donne. Quoi qu'il en soit, l'ex-prètre Guil" laume Dalençon, venu pour répandre des livres et. comme tel. qualifié « libraire de Genefve ». avait été, assure Grespin. « trahi et livré par faux frères ». Il était resté longtemps en prison, avait été, le 16 octobre 1553, solennellement dégradé par l'autorité ecclésiastique, le représentant de l'Evèque présidant 5, et livré à la justice séculière, qui l'exécutera, on a vu pourquoi, seulement le 6 janvier suivant.
1 Voir p. 118, noir il.
- Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 65.
:; Voir : Grespin, Histoire des Martyrs, éd. Benoît, I. II,, p. 34. — Félix et Thomas Platter à Montpellier, pp. 62 et (51 et suivantes. — Histoire ecclésiastique, t. 1er, p. 111. — L'orthographe Da/euron étant consacrée par l'usage, je la maintiens, quoique d'Alençon soit plus normal.
'' Arch. Nat. , V5, 32 : arrêts des 24 décembre 1551, 30 janvier et 7 avril
5 C'est à tort que Félix Platter montre comme présidant à la dégradation l'évèque Pellicier, encore détenu à Beaucaire le 3 mars 1555 (Arch. de l'Hérault, (i, IV, fos 74 et suivants).
Arnaud Aynnier e1 Pierre Borgas complétaient le nombre des condamnés visés. Dans l'un d'eux, il faut voir le tondeur de drap mentionné par Platter, Crespin et de Bèze. Et il est vraisemblable qu'il s'agit du premier. Dans le second, en effet, qui échappa à toute répression, comme on peut inférer du silence des documents, n'y a-t-il pas lieu de reconnaître un personnage qui avait été le protégé de BadueJ \ Ecrivant de Nimes a Scuron et à Bocaud, l'humaniste Le leur adressait comme un homme qui unissait la culture intellectuelle à la piété évangélique, et se montrait désireux de chercher à Montpellier une situation de précepteur '. Deux ans après, Baduel, encore a Nimes, recommandant au président Mansencal un procès du même personnage, déclare qu'il s'adonnait à la médecine2. Or le nom3, la profession, les
1 « Qui hastibi t-eddet gallus est Bithurigensis, ita studiosus literarum optimarumque artium ul in eius ingenio non minus pietas quam elegântia doctrinae vigeat » (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ms. 1290, f° 87, lettre à Scuron du 9 septembre [1518J.
« Iste lionio, natione gallus, civitate Bithurigensis, ita in literis insiitutus ut cum humanitate atque elegântia literaram pietateni christianam- 4110 modestiam conittnxerit : eo autem consilio istuc ail vos proficiscitur, ul vos cognoscat hacque in civitate aliquandiu maneal » (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, ms. 1290, f° 72, lettre à Bocaud sans date;.
- (( Ex hoc autem génère ac numéro studiosorum hominum est iste gallus ipii duos ab hine annos ex Gallia Monspesulum se contulit, ni in florentiss. civitate medicinœ operam daret. Attulit secum ducentos coronalos, ex quibus centum et viginti mutùo chirurgo cuidani dédit, cum apud 011m habitaret et in gravem ac diuturnum morbuni incidisset, ex quo nondum plane est liberatus. Accepit ab eodem syngrapham. Postea, cum chirurgus, accepta iam pecunia, in eo curando negligentior videretur, mercedem curationis tractationis eam persolvit quam alter postulavit » (Bibl. du Musée Calvet à Avignon, 111s. 1290, f° 37, sans date).
;! c< Petrus Burgetius, dioceseos Catalaunensis », porte une matricule du 6 novembre 1548 à l'Université de Médecine (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 241 v°). — « Pierre Burges », figurant dans une liste d'étudiants en médecine du 17 avril 1550 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Baillet, reg. de 1550, f° 83 v°). — On conçoit que Baduel aura pris le nom patronymique de celui qu'il recommandait, sans doute d'après un rapport verbal, pour la mention du lieu d'origine : « Burges = Bouigvs ». J'ajoute, enfin,~~qu'à partir de ce moment, on voit à Montpellier une famille Burgues, dont une impasse garde encore le nom.
l'2"2 LA RÉroRME A MONTPELLIER
dates *, les circonstances - concordent entièrement pour permettre de nommer Pierre Borgas ou Burgues comme le dernier des condamnés de 1553, le seul échappe a l'autodafé.
Le samedi 6 janvier 3 1554 fut le jour désigné pour l'exécution des sentences : de mort pour Dalençon, d'amende honorable pour les deux autres, lesquels devaient, en outre, assister au supplice du premier. Le récit d'un témoin oculaire en fournit les détails. L'après-midi le cortège se mit en route pour le lieu ordinaire de ces exécutions, qui garda longtemps le nom de portalière des Masques, c^est-à-dire des sorciers. Voisin du couvent des Dominicains, il répond a peu près aujourd'hui à l'extrémité de la rueCarré-du-Roi. Un homme portait Dalençon sur ses épaules; suivaient l'homme bien velu et le tondeur de drap en chemise, avec une hotte de paille liée sur le dos. Comme au procès, leur attitude différait : le premier ne cessait de chanter des psaumes; les deux autres reniaient leurs croyances. Mais bientôt la scène changea. Car Dalençon. arrivé au bûcher, s'assit, ola lui-même et rangea ses vêtements jusqu'à la chemise avec autant d'ordre que s'il devait les remettre. Puis il adressa à ses compagnons des exhortations si fortes que la sueur perlait en grosses gouttes au front du tondeur, malgré la saison et son costume. Alors les chanoines qui l'entouraient, montés sur des mules, l'avertirent d'en finir. Dalençon, allègre, prit place au centre du bûcher, assis contre le poteau que traversait la Corde à nœud coulant destinée à l'étrangler. Le bourreau la lui mit au cou. lia ses mains sur sa poitrine, amoncela autour de lui les livres religieux apportés de Genève, cependant qUe le supplicié se tenait calme, résigné, les yeux au ciel. Enfin il
1 Pierre L>urguos riait à Montpellier do 1518 à 1550 an moins, et les lettres de Baduel, espacées de deux années, remontanl an séjour à N'inies, la dernière est antérieure au mois d'août 1551 (Voir p. 110).
2 Burgues, couvert par la protection de Mansencal et peut-être encore maladif, évite l'exécution. — Sa culture se montre dans l'emploi du génitif diorexeos au lieu du diocesis habituel.
:! Four cette date, j'adopte la leçon de Platter, conforme au calendrier. Le détail, qu'il ajoute, du repas des Rois la confirme encore.
alluma le bûcher. Des que les flammes atteignirent les livres, l'exécuteur tira sur la corde ; la tête de Daleneon tomba sur sa poitrine, il ne fit plus de mouvement. Peu à peu le corps se réduisit en cendres, à la vue des deux autres condamnés, debout au pied du bûcher.
Alors ils furent ramenés à l'Hôtel de Ville. Devant l'église voisine, celle de N.-D. des Tables, une estrade était préparée, que surmontait une statue de la Vierge Marie, (l'est là que devait avoir lieu l'amende honorable. La foule attendit longtemps les ileux condamnés. Un seul fut amené, car le tondeur, revenant sur son abjuration, avait refusé toute autre peine que le supplice capital. Seul donc le gentilhomme, son cierge allumé à la main, agenouillé sur l'estrade, adhéra aux formules que lisait un notaire et, à ce prix, obtint la vie sauve; mais Platter assure qu'il fut envoyé aux galères pour y être nos aux fers.
Le mardi suivant, qui était le 9, le tondeur de drap fut étranglé et brûlé comme Daleneon, mais il souffrit encore davantage, car le patient n'était pas complètement étranglé et la pluie empêchait le bois de s'enflammer. De la paille lut apportée du couvent voisin et le bourreau envoya chercher en ville de la térébenthine.
La coïncidence avec ces supplices d'un orage le (i janvier, de la pluie le !), put impressionner certaines personnes, mais Platter, qui s'en fait l'écho, n'en alla pas moins, avec ses compatriotes et coreligionnaires, tirer le gâteau des Rois deux fois et danser avec entrain. 11 est à croire que d'autres prenaient plus sérieusement le douloureux spectacle, et que le Présidial en fut confirmé dans sa modération.
Probablement pour ce motif, le Parlement de Toulouse ne se désintéressa pas d'une répression pour laquelle il tenait suspecte la justice locale. 11 résolut donc d'envoyer deux de ses membres enquêter sur place : c'étaient Guérin d'Alzon et Pierre Pappus. Un décret de comparution lancé le 26 février 1554 permet de juger des progrès du calvinisme dans les villages. On voit donc que cette citation atteignit :
A Mireval : Michel Pinarel, bayle ; me Jean, ancien régent d'écoles à Villeneuve.
A Villeneuve : Jacques Barbier ou un Jacques, barbier ; André, serviteur de Jacques Goupiac.
A Montbazin : me François Cabilhard.
A Gigean : me Jean Bozas, pré Ire.
A Poussan : Dominique de Narbonne, seigneur du lieu; André- Suard, bayle ; 111e Jean, régent d'école; un carme qui s'y était retiré, lï. Bernard ; Pierre Dardé, Jean David, Jean ( îorbeau, habitants.
A Montagnac : le receveur des deniers royaux ; Passerieu et Gornilhon, couturiers.
A Pézenas : la femme de Martial Golin, potier.
Enfin, sans désignation de lieu : Maysset, serviteur d'Hébrard, marchand de Montpellier ; le sieur de Montlaur le jeune ; André Benezet ; me Pierre Tinel '.
On aura pu le remarquer, certains ajournes ont une désignation non pas nominale, mais descriptive : la femme de Golin, le receveur de Montagnac, et de celui-ci on précise qu'il est un peu boiteux. De cela on doit conclure, me semble-t-il. qu'ils avaient été dénoncés pour leurs propos. Les commissaires du Parlement, en arrivant dans un lieu, avaient soin de faire publiera son de trompe l'ordre que chacun révélât les luthériens qu'il connaîtrait. Mais ces mesures répressives semblent avoir provoqué de nouveaux incidents. J'ai raconté ailleurs le tumulte du lundi de Pâques a Poussan - : il eut pour effet de porter au triple le nombre des inculpés pour cette localité a, et de valoir au bayle Suard la condamnation à une amende honorable, sans préjudice d'autres poursuites à l'occasion des « parolles hérétiques prétendues avoir esté dictes en aultre lieu et temps » c'est à dire la première luis. Pour Dominique de Narbonne, spectateur complaisant de la scène, il fut frappé d'une amende : 500 livres pour le roi. 100 a des œuvres pies 4.
1 Arcli. du l'art, de Toulouse, chambre criminelle, i-eg. 48. - Voir i». 78.
:; Arch. du Pari, de Toulouse, chambre ri-iinimdlo, reg. 49, arrêt du 16 juillet 1554.
4 Ihid., reg. 50.
Revenons a Montpellier, où le commissaire désigné par le Parlement de Toulouse arriva le 23 mars 1554. Le lendemain eut lieu une exécution, mais en effigie seulement et qui finit sur un éclat de rire '.
René Gassin et Marguerite Pellicier, réfugiés déjà en toute sécurité à Genève, comme il a été dit-, en furent les objets. Car Flatter a commis une erreur en disant les condamnés sœur et beau-frère de l'évéque de Montpellier -. Au contraire, l'éditeur de ses mémoires sur Montpellier avait soupçonné une vérité bien prouvée par le document décisif que j'en apporte et qui est le payement de certains frais relatifs à cette exécution 3. Avec le récit oculaire de Félix Flatter, il permet de reconstituer la scène. Elle comprit deux actes. D'abord un défilé à travers les rues de la ville, où, au son des trompettes et sous l'escorte de sergents, deux mannequins de bois, habillés, étaient traînés sur la elaie. Ensuite l'autodafé, qui eut lieu en plein centre de ville, sur la Flace dite des Cévenols, aux alentours de laquelle se groupaient tous les marchés de l'alimentation. Mais, lorsque le feu atteignit le chaperon de Marguerite Pellicier, il gonfla le vêtement de telle sorte que celui-ci s'enleva dans les airs, en excitant l'hilarité de tous.
A la même action des commissaires du Parlement, il faut vraisemblablement rapporter le procès du maçonnais Guillaume de Contour, alors grenetier du grenier à sel de Narbonne, mais qui intéresse plutôt Montpellier. Car, cédant sa
1 Félix et Thomas Flatter à Montpellier, p. 73.
2 Voir pp. 106 et suivantes .
3 Le 24 mars 1.^54 la Ville payait 4 livres tournois à un menuisier : « Et ce pour l'eschaffault pour exequter Roullet et les trois pilliers a mètre les membres et une potance a mètre la leste dud. Rollet. Et aussi pour avoir faict la clede, pillier et boys pour brusler en effigie et trainer par la ville m* René Gassin et sa famé » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1553, f° 65 v°). — Le même jour, autre payement de 6 livres 15 sols « pour la fasson et forniture du boys des effigies de monsieur Rem'- et sa famé, et pour les trompetes et sergens » (Ibid., f° 69 v°).
Dans le « Roullet » écartclé, il faut reconnaître ce fils d'un boulanger dont Félix Platter vit le supplice, le 22 juillet 1553, pour crime de droit commun [Félix et Thomas Flatter à Montpellier, p 56".
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chargea son rèré Etienne, il lit créer en sa propre laveur un office de contrôleur général à Montpellier. La condition était que Guillaume serait reconnu catholique U Or, emprisonné pour hérésie, il fut l'objet, le 23 octobre 1554, d'un arrêt d'élargissement en attendant plus ample information -, et dès le 11 juin suivant il versait le prix de l'office :{. Guillaume de Contour fera par la suite acte très ostensible de calvinisme4.
Biaise Reynauld ou Reynaud •"> avait ajouté à son cas d'hérésie des outrages au magistrat montpelliérain, le juge ordinaire Robin, de la sentence duquel il appela au Parlement de Toulouse. Cette Cour mit à néant l'appel de l'inculpé, prisonnier à la Conciergerie, et, le 20 février 1556, le condamna au bannissement pour deux années, ce qui semble se rapporter au « cas » d'hérésie, mais auparavant à être, dans les prisons de Montpellier, battu de verges jusqu'eà effusion de sang, ce qui se j'apporte à « l'excès », c'est à dire l'outrage au magistrat 6.
Jean Amat, de Villeneuve lez Maguelone, poursuivi tant à la requête de Guillaume Pellicier que du procureur général au Parlement, fut, en mai 1557, l'objet d'un arrêt de cette Cour ordonnant aux parties, sous peine de forclusion, de produire dans trois jours ce que bon leur semblerait7. Son inscription comme étudiant à Genève en 1563 s témoigne à la fois que la prévention était fondée, et qu'il s'en tira sans perte de la vie.
1 Voir note 3.
"- Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 50.
3 Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides : renvois, évocations, offices, reg-. de 1554-1558.
4 Chronicités cl Documents, p. 203.
5 11 sera question plus loin d'un Louis Reynaud, étudiant à Genève. Un Jean Reynaud figure dans une liste d'étudiants en médecine du "29 octobre 1547 (Arch. de l'Hérault, not. du Clergé : Guill. Baillet, reg.de 1547, f° 123 v°). Un des correspondants de Baduel s'appelle « Reginaldus ».
,! Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 57, arrêt du 20 février 1555 (a. st.)
7 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 57, date moisie et jjassim. Cf. Arch. de l'Hérault, B, 30, f° 99 v°.
8 Le Livre du Recteur, p. S.
Jehannotte Blancard, dont, le 12 juillet 1559, un arrêt du Parlement ordonna de vendre les biens à la suite de bannissement de Montpellier pour cause d'hérésie1, est assurément la femme que vise, aux environs de cette date, ï Histoire ecclésiastique. En 1558 des prédicateurs calvinistes ayant, dans l'église Saint-Denis, une des paroisses de Montpellier, traité de superstitions certaines coutumes de l'Eglise catholique, un religieux y fut appelé pour réfuter leurs opinions. C'est au cours d'un des sermons de ce dernier qu'une auditrice, se levant, l'apostropha du nom de blasphémateur et sortit de l'église avec ostentation -. La famille Blancard occupait à Montpellier au XVIe siècle un rang honorable, et fournit un magistrat au Présidial, qui était protestant3.
Une autre catégorie de réformés montpelliérains, dans la période des origines, est constituée par les réfugiés. On conçoit que la liste complète n'en saurait être dresséeà cause de la dispersion possible. Il est probable néanmoins que la plupart se sont dirigés vers Genève. De ceux qu'on y voit fixés par l'Iiabilanage ou la bourgeoisie4, je vais donner le relevé et, dans la mesure où les documents trouvés me le permettront, je joindrai à chaque nom les commentaires qu'il comporte.
Colloml), couturier, reçu habitant en 1550.
Jean Canredon, reçu habitant le 24 août 1553.
Pierre Bastier, i il s de feu François, reçu habitant en 1553 et bourgeois le 30 janvier 155(3. D'une famille de marchands montpelliérains, il avait été chanoine de Maguelone dès l'âge de dix ans, assure-t-il, et de fait on le retrouve dans le Cha-
1 Arch. ila Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg 6-1. Cf. reg. 63, passim.
- Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 248.
3 Pierre, conseiller depuis 1581 (D'Aigrefeuille, 1. Ier, p. 631). Il fut de la commission nommée pour s'aboucher avec les catholiques (Délib. du Conseil de Ville du 31 décembre 1595).
4 Leurs noms ayant été, soit dans Le Livre des Boxrt/eois, soit dans les registres des archives d'Etal, relevés à mon intention par M. l'archiviste Dufour-Vernet, les dates serviront de références sans répéter.
pitre de Montpellier. Mais, ayant embrassé la Réforme, et ne voulant « participer plus aux abus papistiques, ce qu'il ne pouvoit faire sans danger de sa vie, sinon qu'il se séparât de la compagnie desdits chanoines de ladite église, à cette cause ayant abandonné tous moyens et commodités de vivre qu*il pouvoit avoir en ce pais [de Languedoc], il se seroit retiré en la ville de Genève, vivant et entretenant soi et sa famille par le labeur de ses mains, non sans plusieurs adversitez qui accompagnent l'état et la vie des hommes en terre étrangère». Mais, lorsque Montpellier fut réduit sous la domination protestante. Bastier s'empressa d'y revenir *< avec son petit ménage », et, se souvenant à propos de son titre de chanoine, se ht attribuer une des pensions de 200 livres assignées par les Etats protestants sur les biens du Chapitre, violemment saisis, aux membres de ce Corps qui abjureraient la foi catholique. 11 en jouit les années 1562 et 1503. Puis survint la restauration, cette pension fut perdue, et l'on peut se douter que Bastier omit tic nouveau les obligations de son soi-disant canonicat. En revanche, il se souvint de ses prérogatives d'ancien pensionné, lorsque la deuxième guerre de religion replaça Montpellier au pouvoir des calvinistes. 'Les Etats tenus en 1507 dans cette ville ayant rétabli la pension pour les chanoines non réconciliés, il se hâta pour l'obtenir- de faire valoir tout ce que je viens de l'apporter et son titre de diacre, certifié' par le ministre Formy ',
Mie/tel Manni, reçu bourgeois de Genève le 19 avril 1555, était fils de feu Etienne et apothicaire. Nous le retrouverons ministre à Montpellier même, où sa famille, bien posée, fut toujours très dévouée au protestantisme.
Etienne Devaux ou mieux de Vaux, reçu habitant le 10 septembre 1555 et bourgeois l'année suivante.
Matthieu, Candillac, reçu habitant en mai 1550.
Amand Corneyret, fils de Nicolas, reçu bourgeois le 16 juin
1 Ait, talcs el mémoires de la cille de Montpellier 'Annuaire de l'Hérault, année 1906, p. 36).
Les trois frères Malpoil, alias Malpel ou Maupeau : Adam, Etienne ef Pierre, reçus ensemble bourgeois ie 1er décembre 1556, sont particulièrement intéressants. Voisine de l'église Saint-Firmin, leur famille y possédait son tombeau, et naguère on a retrouvé dans le sol de cette église disparue la pierre tumulaire de l'un de ses membres, qui était mercier4. Noble François Maupeau, bourgeois de Montpellier, etPerrette Robert avaient eu. outre leur fille Marthe, huit fils, dont la destinée est indiquée par la comparaison des testaments de leurs père et mère, à vingt ans d'intervalle-. C'étaient :
Adam, qui étudia la médecine3, se vit choisi dix ans après comme procureur par la l'action protestante lors du débat Bocaud-Duchasteau 4. Docteur en médecine, il devint ministre à Genève.
François suivit la carrière du droit et l'ut immatriculé à Montpellier le 12 mars 1547 5. Nous le retrouverons diacre, puis ministre.
Antoine fut chanoine de Nimes, et plus tard ministre dans la région, à Pompignan.
Des deux Pierre qui se tirent immatriculer ensemble à l'Université de Droit le 8 janvier 1537°, l'un était alors moine à Saint-André de Villeneuve lez Avignon, et se retira ensuite dans sa famille à Montpellier ; l'autre, chanoine de Montpellier, est le réfugié à Genève, mais il regagna sa ville natale.
Etienne, le troisième reçu bourgeois, demeura à Genève et y fut rejoint par le suivant.
1 Cette pierre a été offerte par M. le comte de Laistre à la Société Archéologique de Montpellier (Voir comptes-rendus au t. IV de la 2e série, p. 424, séance du 13 février 1909).
- Testament de François Malpel du 13 août 154G (Arch. de l'Hérault, O, not. du Clergé : Guill. Baillet, reg. de 1546-1547 f° 184). — Testament de Pierrette Robert du 2 novembre 15G6 (Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1566, f° 393).
:i Immatriculé le 18 mai 1537 (Arch. de la Fac. deMéd., S, 19, f° 158); bachelier le 14 mars 1543 n. st. (Ibid., S, 5, p. 62).
4 Voir p. 68.
5 Arch. de l'Hérault, G, IV, 70.
t; Ibidem.
Soc. Arch de Montteiuer. 9
Louis, reçu bourgeois le 22 novembre 1505, était mercier.
Enfin Jean, dont il n'est pas autrement parlé, et qui mourut d'assez bonne heure, laissa une fille, Agnès, que sa grand'mère et son oncle le ministre de Montpellier marièrent, le 14 avril 1562, au pasteur Michel Béraud '.
On voit quel appui la Réforme trouva dans cette famille. Il en l'ut de même à l'égard de celle Ou suivant.
Pierre de Trinquaire, qui fut reçu bourgeois le 0 avril 1557. II ('tait fils de feu noble Jean. C'était un transfuge du clergé. Chanoine de la Cathédrale, il s'était signalé par ses menées d'usurier, son opposition à l'Evéque, son appel contre lui comme d'abus2. Il exerça le rectorat à l'Université de Droit en 1555 3. Militant des guerres de religion, il sera comme tel condamné a mort pendant la troisième, en compagnie de ses trois neveux, et l'arrêt le présente comme marié-*.
François Figuière fut reçu habitant en 1557.
Pierre Delachon5 le fut en septembre 1559.
Cinq derniers émigrés offrent cette circonstance commune qu'ils étaient déjà tous étudiants à Genève quand ils y souscrivirent, le 0 novembre 1559. à la confession de foi '•. Ils ne trouvaient donc pas d'appuis à l'Université de Montpellier, maintenant surtout que la rentrée de Pellicier, chancelier-né de l'École de Droit, allait provoquer une série d'élections au rectorat favorables aux catholiques notoires: Pierre et Jean Trial, Milon Gavaudan, Pierre Ratte, chanoines fidèles à leur étal. Triés d'entre eux étaient plus exposés encore au ressentiment de l'évêque comme ses sujets directs : François Thérond. 0e Sauve, Pierre Fahre et Antoine Pellièier, de Mel-
1 Contrai du 14 février 1562 n. st. (Arch. de l'Hérault, 0, not. du Clergé : Nicolas Talard, reg. 16, f° 70 v°). — Arch. nmn. de Montpellier, GG, 315, f° 10 v°.
- L. Guiraud, Le Procès etc., pp. 57 e1 suivantes.
3 Arch. de l'Hérault, G, IV, 70.
4 Voir: Les Guerres de religion, chap. V i, n.
5 Xe serait-ce pas plutôt : Blanchon, nom connu (L. Guiraud, Le Procès etc., p. 57), tandis que l'autre ne l'est point ?
0 Le Licre du Recteur, pp. 2, 3, 4 et ~>.
gueil, celui-ci surtout comme son neveu. Ce fils d'autre Antoine ' deviendra ministre, et l'occasion se représentera de parlée de lui. Le fl novembre 1557 Bèze avertissait Farel qu'il ne s'était pas montré à Genève, et qu'on n'en avait même entendu aucunes nouvelles ; et cette conduite était appréciée connue une grande faute2. Deux mois après, le réformateur comptait néanmoins sur ce Pellicier pour donner au pasteur Câfmel certains mémoires 3. Louis Reynaud et Gilles Sofas, de Montpellier l, complétaient le nombre des sujets fournis à Genève en vue du ministère, auxquels il faut joindre René Gassin, ce montpellierain d'adoption, qui devint pasteur à Màcon ■"•.
Se figure-t-on bien maintenant a quel degré la nostalgie de la patrie quittée et les souffrances de l'exil cbez les réfugiés, la terreur traversée et la persistante contrainte chez les poursuivis, en tous la soif de prosélytisme ou le rêve de la vengeance concouraient a diriger leurs esprits vers l'idée d'un triomphe que l'action énergique de quelques-uns et le nombre des complicités secrètes pouvaient assurer? Des uns aux autres on comprend les relations et les espoirs.
Et comme, a cette date précisément, un atout important était venu aux catholiques par le retour de l'évêque, le choc allait se produire, mettant aux prises les deux partis.
1 Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1575, f° 164. - Corpus Reformaiorum, t. XVI, p. 691 .
3 Ibid., t. XVII, p. 6.
4 Qui l'ut ministre à Valence dès la fondation [Histoire ecclésiastique, i. lif, p. 250).
J Corpus Reformatorum, t. XXI, p. 753.