‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 40 sur 110 · Les assemblées secrètes · texte numérisé non relu

Les assemblées secrètes

L'Eglise calviniste de Montpellier est plantée le 8 février 1 560 pur Mauget, ministre à Nimes : les diacres Maupeau et Formg ; les surveillants Crusier et Bonnail. — Assemblées dans interner. — Protection du premier consul Guillaume de Chaume. — Jean de lu ('liasse envoyé de Génère pour ministre; il est obligé de se retirer. — Assemblée surprise riiez Bnndier. — Assemblée nocturne à V Ecole-Mage.

Genève, à ce moment, rie pouvait suffire aux demandes de ministres. Les Montpelliérains eurent donc recours à leurs voisins les Nimois. La totale et ancienne disparition <l<js registres du Consistoire de Montpellier prive des détails de l'organisation alors créée. On en connaît par ailleurs assez pour dater du 8 février 1560 et retracer dans ses grandes lignes l'aete accompli par le ministre de Nimes. Guillaume Mauget. Deux diacres, qui, en attendant mieux, feraient fonctions de pasteur, et deux surveillants, pour tenir lieu de Consistoire, ayant tous été choisis à l'élection, « l'église de Montpellier fut plantée ». et Mauget repartit, confiant dans ses auxiliaires : Maupeau et Formy, Crusier et Bonnail '. Présentons-les.

La famille Malpel ou Maupeau -, nombreuse et bien posée. alliée auxRozel de Nimes, par eux a Baduel lui-même3, avait fourni a la Réforme, on l'a vu déjà, des recrues appréciables. François, le diacre, était passé en 1547 par l'Université de Droit de Montpellier*, et il se qualifie avocat5. Aussi le voit-on discourir volontiers. Par ses frères réfugies à Genève, par ses parents de Nimes, il était appelé à servir de lien. On peut doue croire que c'est lui surtout qui a pris l'initiative de l'appel a Mauget.

1 Chroniques et Documents, p. 250. — Histoire ecclésiastique, f. Ier, p. 248.

- Voir pp. 129 et suivantes.

;! Voir p. 62.

1 Arch. de l'Hérault, G, IV, 70, 12 mais 1547.

5 Chroniques et Documents, p. 355.

Quant aux Formy, on les voit à Ganges, puis a Montpellier1, attirés peut-être parleur alliance de famille avec les frères Henri et Jacques de Manse, chanoines et archidiacres de la Cathédrale2. Leur profession héréditaire, e'est l^pothicairerie ou la médecine. Par la fréquentation scolaire qu'elle comportait, s'explique l'adhésion aux doctrines de la Réforme. Claude, fils de François, dont l'officine était à la rue de l'Aiguillerie, près la Grande-Loge ;f, lui-même qualifié médecin4, fut associé comme diacre à François Maupeau dans la direction provisoire de la communauté calviniste.

Les deux autres personnages furent surveillants. Sur l'un, Georges Crusier, Allemand récemment immatriculé en médecine5, l'historien local Pierre Serres a porté un jugement défavorable8 ; mais je n'ai pu en retrouver l'origine, et l'auteur, surtout en ce qui concerne la Réforme, doit être tenu en suspicion. Le second est nommé simplement Bonnail. Or, les Bonnail étaient nombreux et tous partisans des idées nouvelles. 11 est néanmoins probable qu'il s'agit de ce Fulcran inscrit cette année même avec sa femme en tète des assistants aux assemblées 7. et qui était seigneur de Roquemaure.

En attendant l'arrivée d'un ministre, le groupe se réunissait donc. En quel lieu? Une opinion8 toujours reçue, que,

1 Arch. de l'Hérault, G, not. de l'Evêché : Fulhozv, reg. de 1492-1502, fJ 4 \°. — Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1513, au 9 mars 1513 (a. st.). — Ihid., guidon Saint-Firniin de 1549, t'° 14 v°.

2 Testament d'Henri de Manse, archidiacre (Arch. de l'Hérault, E, fonds Bizeray : min. de Pierre Hilaire, reg. de 1557-1562, f° 192 v°).

3 Arch. mun. de Montpellier, CC, guidon Saint-Firmin de 1549, f° 14 v°.

4 Chroniques et Documenta, p. 351.

5 En novembre 1559 (Arch. de la Fac. de Méd., S, 19, f° 335). — Très lisiblement le registre porte : « Ceorgiiis Crusenus, Gérmanus ». Néanmoins la forme que j'adopte est celle donnée par tous les autres documents et par la propre signature du personnage (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1591).

6 Pierre Serres {Histoire de Montpellier, p. 539) traite Crusier d'homme débauché et perverti avec de l'argent. Or, vu son origine, il arriva certainement protestant.

* Pierre Serres, Histoire de Montpellier, p. 539. Cf. Arch, mun. de Mont-

l'établissement dl protestantisme 135

sans prétendre la consacrer, on peut admettre vraisemblable, désigne la maison Desandrieux ou mieux des Andrieux, à cet angle de l'île devenue place actuelle Marché aux Fleurs qui regarderait la rue Rosset et l'impasse Moiitferrier '.

Le l"r mars fut élu premier consul et viguier Guillaume de Chaume, seigneur de Poussan comme neveu et héritier de ce Dominique de Narbonne - qui avait l'ait de son village un ardent foyer de protestantisme. Dans la plénitude de l'âge, riche, bien posé par sa famille 3 et ses alliances 4, ce gentilhomme, qui, d'ailleurs, vivra toujours honorablement sans participer aux violences subséquentes, se trouvait alors dans un état précaire de santé. C'est la raison ostensible que le juge-mage donna de son opposition a une telle élection. Peutêtre redoutait-il avec raison les dispositions favorables du personnage pour les calvinistes. Mais l'évèque se montra plus préoccupé de ne point laisser la ville sans autorité cons-

pellier, II, plan 659, où la note, empruntée à Serres, es1 écrite fin XVI II' siècle au plus tôt.

1 La famille Àndrieu étail nombreuse, commerçante et au moins en partie catholique (Min. de P. de Nemause, étude Grollier, reg. de 1572, f°539 . Mais un Guillaume, fils de Jacques, marchand, est taxé comme assistant aux assemblées calvinistes (C/trun. et Doc, p. 359), et son père avait, acheté, le 27 février 1551 n. st., l'immeuble en question (Compoix Saint- Matthieu de 1541, fu 126 (anc. 88 v°).

3 Voir p. 79.

'■' La tige à Montpellier fut Philippot Chaumes, changent-, originaire du diocèse de Bourges et reçu à l'habitanage le 8 mats 1434, a. st. (Arch. inuii. de Montpellier, BB, Livre des affranchissements).

4 En 1360, Guillaume de Chaume avait quarante-deux ans. D'abord successeur de son père, François, comme garde de la Monnaie, il fut choisi héritier de celui-ci par sa mère Jeanne d'Orléans. Bientôt après, il porte le titre de seigneur d'Aunielas, épouse Marguerite Barrière, hérite de Poussan. In de ses frères, Jean, était chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, une de ses sœurs avait épousé un Libel, seigneur de Carescauscs près Celleneuve, une autre le seigneur de Lagriffoul (Arch. de l'Hérault, (i, not. du Clergé : Pierre de Nemause, reg. de 1518-1511, f° 309, et Guill. Baillet, reg. 312, f° 163 v° ; grosse sur parchemin d'un contrat du 16 janvier 1539 a. st.) communiquée par M1' P. Vialles ; lavent, somm. des Arch. dép. : Haute-Garonne, B, 1, p. 284; d'Aubais, Pièces fugitives, t. II, p. 88).

tituëe, et il plaida la validité de la nomination. Cet avis fut soutenu par toutes les sommités protestantes : Philippi, Montaigne, Rondelet ; il prévalut '.

Premier consul et viguier, c'est à dire chargé de la police urbaine, Guillaume de Chaume choisit un capitaine du guet, François Guichard, dévoué comme lui a la Réformé, et les assemblées continuèrent sans trouble aucun du côté du pouvoir local-. A ce calme, à ce silence, Joyeuse, lieutenant du gouverneur de Languedoc en l'absence de Villars, se trompa complètement. Il n'avait de préoccupation que pour Nimes. où se faisaient baptêmes et cène, où la semaine sainte on vil jusqu'à trois ministres réunis. Que le roi voulût réprime]- de tels faits dans cette ville, et « tout le demourant de vostre pays sera reiglé ». écrivait-il au souverain le 26 avril :!.

Pourtant le juge-mage veillait, el il prévint son beau-frère, Bertrand Sabatier, procureur du roi au Parlement de Toulouse. Cette Cour lança aussitôt quelques décrets de prise de corps ou de comparution personnelle. Mais ils n'arrivèrent point à destination ; le solliciteur qui les portait, tomba entre les mains de quelques gentilshommes protestants, lesquels le conduisirent prisonnier aux Cévennes. Là il suivit les prêches aux réfugiés nimois et il embrassa le calvinisme1. Dès lors il ne fut plus question de poursuites. Tout au contraire, la venue de Crussol aux États de Languedoc le -28 mai, les encouragements et les promesses qu'il prodigua5, surtout l'arrivée d'un ministre, envoyé de Genève sur l'initiative de

1 Délit», du Conseil de Ville du 13 mais 1559 (a. st.).

- Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 375.

:i Bild. publ. impér. de Pétrograd, mss. fi\, 95, nn 1. Cf. Edouard de Barthélémy, Correspondance inédite du vicomte de Joyeuse ; Paris, Techener, 1876, I, pp. 27-29.

4 Histoire ecclésiastique, t. Ier, pp. 375 et 376. - - Le nom de ce solliciteur n'a pas été consigné. Mais il semble assez naturel de penser que ce fut celui de la Ville, Antoine Avril, qui, le 29 mai, se faisait, à part ses gages annuels, rembourser des trais (Arch. mun. de Montpellier, ('(', Command. de 1560, fos 4 et 8 v°), et qui est compris au rôle fies imposes pour avoir fréquenté les assemblées (Chron. et Doc, p. 346).

:' Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 370,

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quelques jeunes hommes de la ville, comblèrent de joie les réformés de Montpellier.

Ce ministre, originaire de Monistrol en Velay et alors âgé de vingt-neuf ans environ, se nommait Jean Chassanion, et communément on l'appelait M. de la Chasse. Consacré à Lyon en 1556, il avait déjà exercé 1<j ministère dans cette ville cl celles de Paris et de Meaux '. 11 arriva an mois de juillet -, mais demeura peu, sa présence ayant été bientôt signalée. Il en futde même de François de Saint-Paul3. L'un, sur l'avis et même l'ordre du Consistoire, se réfugiaaux Cévennes ; l'autre se rendit a son poste de Dieppe. Derechef Formy et Maupeàu se chargèrent de diriger leur église i.

Les conjonctures devenaient difficiles, le secret des réunions étant éventé. C'est là ce qui dut en faire changer le lieu. Au nombre des reformés figurait un menuisier du nom de Didier Bandier5. Voici trois ans que par sa femme il possédait, dans un quartier accessible mais tranquille par suite du déplacement des affaires, la rue Draperie vieille de Sainte- Croix, une maison à quatre issues soit sur les rues soit sur une ruelle cachée6. On la choisit, et c'est là que, le dimanche 28 juillet, se tenait, sous la présidence de Claude Formy, une assemblée cultuelle, lorsque soudain le juge-mage, averti, se

1 France protestante, 2r éd., t. lit, p. 351 el t. IV, p. li\ — Histoire ecclésiastique, t. Ier, pp. 100, 121, 248. —Bulletin S. P. F., t. XII, p 483, el i. XIV. p. 325.

- Philippi, dans ses Additions, csi l'auteur ijui précise le plus [Chron. cl Dur., pp. 31 el 218), ainsi que V Histoire ecclésiastique (t. Ier, p. 248 .

:! Bien «pic Y Histoire de l'Eglise de Montpellier identifie le personnage par la mention de son dépari pour Dieppe [Chron. et Doc, p. 259), il sciait peut-être à rapprocher du « Mr Guillaume Saincl fol, predicant », réfugié de Xi mes en mai 1560 (A. Puech, Les débuts de la Réforme à Xi mes, p. 150 el note 1).

I Voir p. 138.

3 Sur ce nom, voir: Chroniques et Documents, p. 259, note 4.

II Arch. mun. do .Montpellier, CC, compoix Sainte-Croix: 1544, fos 90 v°, 91 el 04 ; 1600, veau jaune, f° 372 : après 1G00, f° 393 : 1738, fos 434, 233 et 247. — Guide de Flandio delà Combe, p. 44, n» 341. — Arch. mun. de Montpellier, plan Coste. — La maison porte aujourd'hui le n" 13 do la rue du Palais.

présenta, escorte de quelques ecclésiastiques. Formy eut à peine le temps de s'échapper par les toits. Le magistrat constata que la majorité de l'assistance était composée de femmes. D'abord il voulait prendre leurs noms; se ravisant, il exigea (Telles seulement la promesse de se présentera toute réquisition. Mais il retint prisonnier quelques1 hommes, dont trois sont nommés : le propriétaire de la maison, Didier Bandier ; le greffier du Consistoire, m" Nicolas Talard, notaire; et un certain Bergeron, écolier ou artisan-. L'aprèsmidi même on les relâchait :!.

L'occurrence du jour férié aidant a propager la nouvelle de ces événements, avec la prompte exaltation et la lièvre contagieuse d'entraînement des foules méridionales, une résolution fut bientôt prise, un mol d'ordre répandu. Certainement avec la complicité du régent de l'École-Mage, nommé Jacques Villa ou Villar l. dont l'adhésion à la Réforme estnotoire deux ans après5, cet établissement fut désigné comme lien de rendez-vous. A minuit environ, douze cents personnes, les hommes en armes, s'y trouvaient rassemblées. La, toutes portes ouvertes, a la lueur des flambeaux, François Maupeau, en une chaleureuse exhortation, parla sur le sixième6

1 De Béze fixe à quatre le nombre <l*'s assistants arrêtés; la chronique locale n'en indique que trois.

- Une erreur de tous les copistes aurait-elle fait de l'« Ilaire Bergeron, es. ollier n, qui fréquentait les assemblées (Chron. et Doc, p. 3(50. 1'' " cellier appelé Bergeron » de Y Histoire de l'Eglise de Montpellier (Ibid., p. 260)'? Cette hypothèse nie paraîtrait assez vraisemblable.

;; ( 'hroniques et Documents, p. 259. — Histoire ecclésiastique, I . Ier, p. 376.

4 << Le dernier de janvier [1561 1, messieurs les consul/, de Chaumes, Clerici et Mihol ont, commandé aud. clavaire par mains de son commis paier a m* Jacques Villa, régent: des escolles, la somme de quinze livres tournois pour le tiers cartier de ses gaiges de régent desd. escolles, fermé le xviue (sic) jullet dernier, et pour tin de lad année, a cause que l'Kscolle Maje feust prinse et occupée par le presche du ministre de Genève e1 ses adherans et, assistans » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1560, f° 51).

5 Lors de la réorganisation de l'Ecole-Mage, dont je parlerai dans YEtude suivante.

« C'est pai- erreur (pie VHistoire ecclésiastique a imprimé: - cinquième».

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chapitre de l'Apocalypse. 11 retraça les persécutions exercées el les vengeances du ciel qu'elles appellent sur leurs auteurs L La scène garde, au récit, quelque chose d'épique ; pourtant le détail du port d'armes lui ôte toute grandeur religieuse.

Désormais il n'était plus question de cours. On congédia le régent-. L'École où avaient parlé en initiateurs les Le Comte, les Jouas, les Épiscopus, les Baduel, était devenue le temple.

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