CHAPITRE PREMIER LE SIÈGE DE
L'organisation des forces militaires chez les protestants de Languedoc fut, aussitôt après la levée d'armes faite par le prince de Gondé, confiée à Jacques de Grussol, seigneur de Beaudiné, communément alors désigné sous ce titre ou Lien celui de baron de Grussol, parce qu'il était le frère puîné du comte Antoine, dont a été narrée la mission à Montpellier avec Joyeuse en avril 1562. Fidèle cà la tactique adoptée par Gondé et ses adhérents, ce cadet des Crussol prenait les qualifications variées de a gênerai des compagnies de gens de guerre levées en Languedoc pour le soutènement de la religion et délivrance du roi, de la reine et monsieur d'Orléans, détenus captifs, et proprement lieutenant du roi audit pays» l, ou de « protecteur du pays de Languedoc pour le tenir en l'obéissance du roi et pourchasser la délivrance de Sa Majesté, etc. »2. Reconnu pour tel par les calvinistes, il partageait de fait, quoique illégalement, le gouvernement de la province avec le lieutenant régulièrement investi par le roi : la région de Toulouse à Narbonne obéissait encore à Joyeuse,
1 Chroniques et Documents, p. 66.
2 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Amargier, reg. 87, f° 12.
mais celle de Béziers au Rhône se ralliait aux ordres du baron de Grussol !. Montpellier, depuis octobre précédent au pouvoir des protestants, se trouvait, de par son importance, ses cours de justice et ses écoles, la capitale naturelle de cette seconde section, dont Béziers formait le boulevard. Rien d'étonnant que Crussol le considérât comme aussi indispensable à conserver que Joyeuse attachait de prix à le reprendre. Tout de suite donc l'intérêt se concentra sur cette ville.