‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 60 sur 110 · II. — Le Calvinisme imposé · texte numérisé non relu

II. — Le Calvinisme imposé

l.c prêche obligatoire. — Recherche de pasteurs. — Pierre d'Airebaudouze. — Michel Manni. — Déformation du sceau communal traditionnel '. — Sur lu nouvelle de lu paix, saccagemenl des églises urbaines. — Assemblée politique protestante de Montpellier en 1563. — La paix disculée est finalement publiée.

Il y avait juste une semaine qu'avait eu lieu la levée du

1 Procès-verbal publié par Loutschiski (Bulletin S. P. F., 1 XXIV, pp. 314-322, 359-307, 402-409). — Ce procès-verbal renferme de nombreuses erreurs de lecture concernait des noms propres. Je rétablis ici ceux de la localité :

Loys de Bauzene... baron à'Aubais, au lieu de Danseve .. à'Aubois. 11 s'agh de Louis de Bozène.

Pierre de Combes, au lieu de Comtes.

siège, lorsque lu Consistoire célébra ce succès par une mesure bien faite pour surprendre de la part de ceux qui avaient lutté et souffert en revendiquant la liberté de conscience. Le dimanche li octobre 156*2, on publia simultanément Tordre pour tous les Montpelliérains d'aller au prêche calviniste et celui à tous les absents de revenir dans la ville '. La peine du bannissement portée pour les infracteurs du premier cas ne resta point, d'ailleurs, lettre morte, puisqu'elle amena un exode'2, et l'opinion publique, au moins chez les modérés, se montra défavorable à cette mesure. applaudissant ensuite à son adoucissement :(.

Une telle contrainte fournit aussitôt ces « grandissimes auditoires » pour lesquels il fallut une nouvelle église, celle de Saint-FirminL En ces divers lieux, le 3 janvier5, pour le jour de la Pentecôte et l'anniversaire de la Reforme en septembre 1563 °, la cène fut célébrée solennellement et officiellement, aux frais de la ville, avec, soit dans les temples, soit dans les rues, un déploiement de forces militaires" plutôt bizarre, eu égard à la nature de la cérémonie.

Avec les adhérents que procura une application si littérale du compelle intrare, on comprend que les ministres La Chasse et Formy ne pouvaient plus suffire, non qu'ils manquassent de zèle, mais, outre leur service, ils avaient des devoirs nouveaux à remplir, chacun fondant son foyer8. Un eu venait à faire bénir un mariage parGuillaume Delom, simple diacre0. Ces ouvriers qu'il fallait à une moisson toute en-

' Chroniques et Documents, pp. 89 et 268.

2 Voir p. 280.

11 Chroniques et Documents, p. 93.

i Ibid., p. 96.

5 Arch. mun. de Montpellier, ('(', Command. do 1562, au l'1' janvier 1562 (a. st.).

6 Ibid., CC, Command de 1563, aux 18 et 27 septembre.

7 Ibid., au 14 juin 1563.

8 La Chasse avait épousé une Anne Aubourg (Arch. mun. de Montpellier, GG, 314, f° 79) et Formy, Catherine Bouet {Ibid., 315, f° 39 v°).

11 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 242, f° 267. Cf. Délib. du Conseil général du 30 novembre 1562.

grangée d'un coup, les ministres montpelliërains désiraient très judicieusement et de longtemps qu'ils fussent choisis dans les rangs « de ceulx qui sont entre nous nez et nourris en tiostre pays, lesquelz, congnoissans le naturel du peuple», étaient, par conséquent, « plus ydoines pour la rudesse du peuple», comme ils l'écrivaient déjà en janvier 1562 L Le personnage que dès lors ils avaient en vue. c'était Pierre d'Airebaudouze, plus ordinairement connu sous le titre dosa famille : M. d'Anduze.

Les d'Airebaudouze, marchands établis à Anduze et qui en avaient acquis la seigneurie-, s'étaient ralliés de bonne heure à la Réforme. François, présidente la Cour des Aides de Montpellier et marie à la montpelliéraine Catherine du Moys3, se rattachait plus spécialement à la ville. Pierre, le ministre, était son frère, il avait eu à Uzès et à Nimes une belle carrière ecclésiastique. Mais, suspect dès 1545, il s'était. au début de 1553. établi à Genève, épousant aussitôt Françoise de Montcalm, fille de l'ancien juge-mage de Nimes. et, pour ces faits, il fut banni '*.

Des la reprise du culte calviniste, Montpellier, comme Nimes, brigua l'envoi par Genève de ce ministre, dont on escomptait l'influence régionale. Une première tentative eu janvier 1562 n'aboutit pas : Calvin ne voulait donner personne avant Pâques, et seulement de façon temporaire accorder d'Anduze5. Dans l'intervalle, Viret vint, puis le siège suspendit tous les projets. Quand la domination protestante fut assise dans Montpellier, la question se posa de nouveau.

1 Lettre de la Commission municipale aux syndics cl Conseil de Genève, du 10 janvier 1501 a. st. (Arch. d'Etal de Genève, portef. des Pièces historiques, n° 1717).

'- D'Aubais, Pièces fugitives, t. II,]). 6.

:1 Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1586, f° 133.

1 Sur le personnage et sa carrière, voir Corpus Reformatorum et de très intéressantes indications du Dr A. Puech (Les débuts de la Réforme à Nimes, pp. 76, 77, 79) .

•"• Arch. d'Etat de Genève, portef. des Pièces historiques, n° 1717 : trois lettres du 10 janvier 1561 (a. st.), qui m'ont été signalées par Mr Hippolyte-V. Aubert. — Délib. du Conseil de Genève des 15 et 10 janvier 1502.

Non seulement il ne suffisait plus de deux ministres pour la ville niais il convenait de songer aux villages environnants, d'où nécessité de réclamer à Genève le double de personnel J. La démarche fut faite et réussit- : le 26 avril une députation l'ut nommée pour aller chercher d'Anduze3. Au passage, celui-ci salua ses compatriotes, ce qui raviva leur désir de le garder et leur lit ouvrir des négociations dans ce sens 4. Gomme, à Montpellier, où le pasteur était arrivé le (5 ou le 7 mai 15(33 5, on appréciait fort son ministère, on désirait aussi son maintien. Les Consuls crurent donc Lien faire de s'adresser pour cela au Conseil de Genève. Calvin se plaignit de cette infraction à la discipline et réserva sa décision ultérieure0.

Entre temps, le Consistoire de Montpellier avait agi luimême pour se procurer un quatrième ministre, montpelliérain de naissance. Michel Manni, émigré cà Genève au temps des poursuites contre les réformés ". puis pasteur en Provence 8, avait été agréé et salarié par la ville de Montpellier9. Il fut donc laissé avec Formy pour le service urbain, et La Chasse et d'Anduze entreprirent des missions au-dehors. On les voit cà lîéziers fin juin, en la compagnie du professeur Laurent .Toubert 10. Aces visites des localités se rapporte le

1 Délib. du Conseil général du 13 décembre 1502.

2 Gaberel, Histoire de l'Eglise de Genève, t. Ier, pièces justificatives, pp. 156 et 179. Cf. Corpus Reformatorum, t. XXI, p. 790. — Délib. du Conseil de Genève (Corpus Reformatorum, t. XXI, p. 798).

'A Délib. du Conseil de Ville de ce jour; cf. Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1563, au 21 juin. — Ces détails semblent donc infirmer la date du 11 mars pour le départ de Genève de Pierre d'Airebaudouze, fournie par les registres de la Compagnie des pasteurs de Genève et obligeamment communiquée par M1' Hippolyte-V. Aubert.

4 Bibl. publ. de Genève, MFr., 197 aa. Corresp. ecclés., IC, fos 58 et 60.

5 D'après sa lettre du 6 (Corpus Reformatorum, t. XX, p, 5). 11 Corpus Reformatorum, 1. XXI, pp. 804 et 805.

7 A. Covelle, Le livre des bourgeois, etc., p. 241.

8 Corpus Reformatorum, t. XIX, p. 534.

'■' Délib. du Conseil de Ville du 27 mars 1503 et Arch. mun, de Montpellier, CC, Command. de 1562, au 17 mars (a. st.). 10 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1503, au 5 juillet.

détail, tiré d'un certain manuscrit ancien, que La Chasse «déposa l'Evesque^et se fît nommera sa place ; puisqu'il alla, copieusement escorte, se présenter dans les principales paroisses du diocèse, et y administra les sacrements selon la pratique de Genève '. Ce qui vient d'être rapporté confirme le fond de ce témoignage, réserve faite de ses termes étranges.

(le dut être un certain désappointement qu'éprouvèrent les calvinistes languedociens lors du rappel d'Anduze à Genève2. Ils s'empressèrent d'agir. Montpellier et Nimes continuant de le demander, Théodore de Bèze, qui déjà suppléait Calvin vieilli et malade, adressa le G septembre un rapport favorable au Conseil de Genève : d'Anduze pourrait être accordé pour un an au maximum à ces deux villes voisines, s'il consentait cà les servir simultanément. Quatre jours après il prit congé du Conseil et le 12 il repartait pour Montpellier3. 11 y devait trouver bien des changements.

Quand la municipalité de Montpellier correspondait avec le Conseil de Genève ou la Compagnie des pasteurs, comment eût-elle consenti cà sceller ses lettres des armes de la ville, représentant l'image de la Vierge? Une remarque curieuse (jue j'ai faite est la dénaturation du sceau communal, visible à l'empreinte 4. En un gracieux quadrilobe. on reconnaît encore vaguement un corps assis, un large siège; mais des hachures opérées cà l'aide d'une pointe ont rayé en tous sens l'effigie. Un trait surtout horizontalement tiré dans la portion médiane, la plus large, figure la base, tournée en haut, d'un écu triangulaire. L'aspect est confus, mais l'intention évidente.

Avec une telle mentalité, la nouvelle de la paix d'Amboise, qui accordait pourtant la liberté i\u culte aux calvinistes,

1 Chroniques et Documents, p. 385.

- Le 1~> juillel 1563, on payait la dépense de son séjour (Arch. nnin. de Montpellier, CC, Coramand. de lot'),')) ; et lelcr août les frais de son retour a Genève, où La Chasse le ramena (Ibitf.\.

'■'■ Corpus Reformatorum, t. XXI, pp. 800 et 807.

'< Lettre des Consuls de Montpellier, signée Talard (Bibl. de Genève, Ml-'i., 191 m. Corresp. ecclés., IC, f" 44).

Montpellier étant au nombre des villes occupées par eux le 7 mars, leur déplut singulièrement, car elle comportai! la restitution de toutes les églises aux catholiques. Leur résolution fut promptement arrêtée. Ils coururent à celles de l'intérieur de la ville, et en saccagèrent tout le dedans : décoration, bancs, meubles ; ils brisèrent les cloches restantes et, quand ce fut impossible pour leur épaisseur, ce qui se produisit à la Cathédrale, ils allumèrent du feu en dessous, afin de les rendre inutilisables1. On ne saurait invoquer ici le zèle cultuel contre la représentation des saints, comme aux dévastations d'octobre 1561 ; les calvinistes agissaient par haine de la liberté catholique, et Philippi ne s'y est point trompé.

Mais, qu'on le souhaitât ou non à Montpellier, la paix d'Amboise allait s'imposer légalement au pays. Pour la faire accepter dans cette région surexcitée, les chefs protestants recoururent à une nouvelle convocation, le 10 mai, des Etats calvinistes. C'étaient les troisièmes en six mois. Dès le 7, arrivèrent le comte de Crussol, celui de Beauvais, — c'est-àdire Odet de Coligny. frère de l'Amiral, cet ex-cardinal de Châtillon qui, évêque de Beauvais, en gardait, en habit laïque, le titre féodal, — enfin un représentant spécial du prince de Condé"2. A ces messagers de paix la ville, dans son ensemble, fit belle entrée, grande tète et chère lie3, en leur logis des Généraux4. Ils s'y plurent donc. Beaudiné, les capitaines couraient la lance et la bague, les dames recevaient des poudres de senteur en de beaux sachets satinés et brodés. Même des romans matrimoniaux se déroulèrent, se conclurent sous les yeux très bienveillants de ces botes illustres : celui de c< noble Thomas d'Avencourt, valet de chambre de M. le comte de Beauvais, et de damoiselle Marguerite Clochet. damoiselle de Mela comtesse de Crussolz et Tonnerre», dotés

1 Chroniques ri. Documents, pp. 387 et 388.

2 Ibid., p. 96.

3 Ibid , pp. 96, 97, 98. — Arch. mua. de Montpellier, CC, Command. de 1563, aux 8 et 25 mai, 28 septembre.

4 Aujourd'hui hôtel de Lunaret, rue Trésoriers-de-France, n° 7.

par leurs maîtres respectifs1, et celui de maître Hervé de la Haye, ministre du comte de Beauvais, avec Jeanne Rondelet, veuve (Viin Lescure et fille du célèbre chancelier de l'Université de Médecine -.

Revenons aux affaires publiques. Cnissol, à qui la paix devait apporter le titre de duc, réuni à Gaylus, commissaire du roi, arrivé le 9, et à renvoyé de Condé, eut bien de la peine à l'imposer, et encore seulement théorique, à ses protégés. On prit séance le 11 mai 1563au matin3. Le délégué de Gondé porta le premier la parole, et par « plusieurs belles remonstranees)) conclut à l'acceptation de l'édit. L'après-dîner, en présence de Gaylus, Grussol eut recours aussi à de « fort doulces et amiables parolles » pour arriver à la même conclusion. Sur quoi les Etats ajournèrent leur réponse-. Au logis des comtes, le lendemain, le représentant nimois, seigneur de Glausonne, fut chargé de la formuler : les Languedociens obéiraient au roi, mais ils y mettaient pour conditions le renvoi de Joyeuse et la surveillance de leurs adversaires, qui, disaient-ils, renforçaient leurs garnisons. Et, comme Grussol avait signifié la veille son projet de se démettre, les Etats l'admonestaient de ne le point faire jusqu'à l'entière pacification. Il se soumit a l'injonction, qui peut-être ne lui déplaisait point, mais s'en disculpa auprès de la reine *.

De son côté, Joyeuse avait déjà expliqué au roi pour quel motif il ne désarmait pas encore, et c'était même excuse, pareilles récriminations : Grussol ne voulait point lui remettre les villes, les religionnaires renforçaient leurs troupes, levaient des tailles plus fortes que celles du souverain, jouissaient toujours des bénéfices ecclésiastiques 5.

G'est avec toutes ces restrictions, ces menaces dans l'air que la paix fut enfin publiée a Montpellier le 13 mai, d'abord

1 Avch. de l'Hérault, (i, not. du Clergé : Guill. Solier, reg. 110, f° :?:!. - Ai.li. mun. de Montpellier, GG. 315, f° 35 v.

3 Chvoniques et Documents, p. 97. — Histoive ecclésiastique, t. III, pp. 210 "i 211.

4 Histoire de Languedoc, 1. XII, c. 687, n° 265.

5 Ed. de Barthélémy, Corresp. inédite du vicomte de Joyeuse, pp. 50-53.

a l'audience du Présidiàl, en présence des Consuls en costume, ensuite parles carrefours accoutumés, pendant que tonnait l'artillerie des tours. Gàylus, en ayant l'ait dresser procès-verbal, repartit le 15 mai, enchanté de l'accueil reçu1, tandis que les États se prolongeaient jusqu'au 18, on va voir pour quelle affaire,

III. — L'abjuration* de certains chanoines sous son vrai jour

Le Chapitre cathédral scindé: les fugitifs, les restants. — Sort précaire de ceux-ci. — Le marché : églises contre pensions. — Précisions nouvelles sur le nombre, la personnalité et la conduite ultérieure des pensionnés.

La prise et la dévastation de Maguelone. l'absence de l'évêque se rendant au Concile de Trente, le siège enfin de Montpellier avaient eu pour effet de désorganiser le corps du Chapitre. Tandis qu'un certain nombre de ses membres, double de l'autre, sans chef, asile ni ressources, se dispersaient, les autres demeuraient dans la ville et tâchaient d'y vivre. C'est ce groupe qu'il tant considérer ici.

On se rappelle que, dès les menaces du siège, défense fut faite aux catholiques de sortir de Montpellier, et c'est bien à cette époque, d'après leur déclaration, qu'il faudrait faire remonter la participation de huit membres du Chapitre au culte calviniste2. Pourtant, le 14 mai 1562, il y a encore délibération commune et unanimité de vues entre chanoines fidèles et ehanoines qui abjureront3. Mais bientôt les vivres furent coupés, et c'est ainsi affamés que les chanoines consentent à la première concession, sorte de partage des biens : <( délivrer a messires de la religion la somme de deux mille

1 Chroniques cl Documents, pp. 98 et suiv , 22G et 2G8. — Histoire ecclésiastique, t. III, p. 211. — C'est par erreur sur le quantième que Philippi a indiqué puis répété le 13, car il ajoute bien : « jeudi »; or, ce jour était le 13.

- Sur cette déclaration voir p. 291 et sa note 3.

3 Délib. du Chap. cathédral de ce jour. Lorsque le contexte indiquera suffisamment cette provenance, elle ne sera pas spécifiée.

Soc. Ancn. de Montpellier. 19

livres t. pour la subvention du ministre et officiers concernant/ lad. religion, et ce pour l'année courante, a ce qu'ilz permectront jouyr led. Chapitre delà paysible perception des dixmes et aultres fruictz en deppendents, et y prester main forte, si requis en sont, veu la difficulté que présentement aulcungs parrochiens font de les payer» '. Après l'entreprise sur les biens, celle sur la liberté. Non seulement les chanoines n'ont pas accès dans leur salle de réunion, mais, à l'assemblée tenue chez l'un d'eux, quatre seulement réussissent à se rendre, les autres étant « chescung d'eux excusé ne y pouvoir venir pour cause d'avoir chescung ung logis de gendarmes))-. Puis, sur une telle situation, viennent renchérir le cortège des vexations et des terreurs du siège, avec la démolition des églises faubouriennes, ensuite l'alternative d'aller au prêche ou d'être banni, la spoliation de tous les revenus ecclésiastiques, enfin la dégradation des églises urbaines, longue suite de douleurs, que ponctue la misère, particulièrement cruelle pour des hommes nobles en grand nombre, beaucoup éminents par la science, tous faits à l'aisance large. Eux-mêmes ont exprimé ou indiqué tout cela, et leurs persécuteurs ont dû enregistrer cette déclaration, qui emprunte aux circonstances une grande portée.

La promesse, le vote d'une pension aux membres du clergé catholique qui abjureraient, remontait aux Etats protestants de Nim.es en novembre 1502. Mais, faute de ressources, ces pensions n'avaient pas même été payées. Maintenant, réunie de nouveau à Montpellier en mars 1563, l'assemblée politique se montrait d'autant mieux disposée qu'elle sentait le besoin de ménager les ecclésiastiques : la paix d'Amboise était conclue, un jour ou l'autre il faudrait la subir pour la restitution des églises et des biens. A cette obligation légale on s'efforça donc de parer dans le parti protestant. Pour les biens il s'agissait de gagner du temps, d'atteindre ainsi l'épo-

1 Délib. du Chap. cathedra] du 11 juin 1562. Cf. celle du 22, supprimant la moitié de leur prébende aux absents, ce qui peut fixer la date de l'exode

îles fiilèles.

2 Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre, f« 302.

que de la récolte pour la confisquer. Joyeuse flaira et dénonça le procédé par l'envoi à la Cour d'un messager spécial, Pierre de Convers*, et, de fait, les Consuls doubleront bientôt le personnel préposé aux biens des confréries -. Mais pour les églises les juristes du crû se flattaient d'avoir trouvé le moyen de se dérober aux conséquences de l'édit. C'était d'imposer une nouvelle transaction à ces quelques chanoines restés en ville et disant former le Chapitre : eux céderaient trois églises, effectivement occupées, et se déclareraient publiquement calvinistes ; les protestants garderaient les biens ecclésiastiques et accorderaient des pensions aux chanoines signataires. Pour tout esprit indépendant, une telle combinaison apparaît plutôt comme un marché 3, qui ne fait honneur ni aux uns ni aux autres.

La cession des églises fut chose négociée à la suite d'une conférence tenue à l'Hôtel de Ville. Au fond, c'était la confirmation de celle des 22-24 novembre 1561, sauf que Saint- Matthieu était remplacé par Saint-Firmin, déjà aménagé en temple 4. Les calvinistes eurent soin défaire souscrire tous les ecclésiastiques trouvés cà Montpellier, croyant sans doute rendre l'acte plus valide, puis de faire lire ce contrat au prêche le 13 mai, jour même de la publication de la paix, « affm qu'ung chacun sceut n'y avoir de contre vention aud. edit, si encores l'on preschoit ez temples, pour ce q'en cella les parties intéressés, qu'estoint les eclesiastiques, consentoint, et ainsi, les parties estantz d'accord, cessoit l'authorité des loix en telz cas » 5. C'est de telle façon que parle

1 Histoire de Languedoc, t. XII, c. 671, n° 262. a Délib. du Conseil de Ville du 27 juin 1563.

3 Pour l'acte du 17 mai 1563 voir Bulletin S. P. F., t. XL, pp. 339- 345, dont le texte est beaucoup plus exact que celui donné par Serres [Annuaire de l'Hérault, année 1906, pp. 31-33). Dans les réflexions qui précèdent le texte, M1' N. Weiss, insuffisamment documenté sur une question très locale, a cru devoir repousser toute idée d'achat des consciences par cet argument que les chanoines abjurants ne recevraient que la moitié de ce qu'ils percevaient auparavant. Mais on vient de voir qu'ils ne touchaient, en l'espèce, rien du tout à ce moment- là.

4 Aussi les cloches y avaient-elles été épargnées (Ckron. et Doc, p. 96).

avec complaisance le jurisconsulte Jean Philippi, frère précisément d'un de ces « eclesiàstiqùes.»* dont il faut conter ['abjuration; car elle les privait, et d'autres circonstances avec elle-, du droit de posséder, essentiel pour aliéner, distinction ([n'oubliaient Lien de faire les juristes montpelliérains.

Combien et quels étaient, en effet, ceux qui conclurent l'accord ! Pierre Serres, ce zélé pénitent-blanc et historien local dont l'exactitude est si souvent en défaut et la partialité catholique trop accusée, s'indigne fort de ee que « les chanoines de la Cathédrale se firent tous huguenots»1. Avec une parfaite bonne foi. se liant à la bulle de sécularisation de L536 et a la délibération des États du 17 mai 15(53, M1 N. YVeiss a. de son côté', posé la proportion de dix-sept membres ralliés a la Réforme sur vingt-quatre. Or il faut modifier radicalement toutes ces évaluations, car, au prix de beaucoup de recherches, je suis parvenu à .dresser le curricalmn vitœ de chacun dés quarante-huit chanoines a mettre en cause, activement ou passivement.

Un premier chiffre à rétablir c'est celui de dix-neuf et non pas dix-sept individus qui, sous le titre de chanoines, se présentèrent pour réclamer la liquidation de leur pension. Le texte, beaucoup plus exact que celui de Serres, fourni par M. de La Pijardière impose cette rectification. Mais, de ces dix-neuf «chanoines)), il convient de soustraire préalablement ceux qui étaient alors déchus de ce titre, soit :

Pierre Bastier, —J'ai raconté ailleurs son odyssée, mais je rappelle ici qu'il avait été remplacé depuis presque douze ans, c'est-à-dire au mois d'août 1551, par Pierre Martin-. Lu 1563, il était précisément diacre de l'église calviniste3, partant aussi disqualifié que possible comme chanoine. Pour lui comme pour les suivants : Jacques Recolin, — rniiplacé par Pierre Trial à suite de résignation h; 25 sep-

' Abrégé du Calvinisme-, pp. 31-33.

-j Bulle du •'> des calendes de septembre 107)1 Areh. Vatic, Paul. III, t. XVII, p. 233 . :! Délib. <I u Conseil <!<■ Ville du 30 novembre 1562.

tëmbre 1561 '. — et Jean Teiilet, — qui, le 4 décembre 15(51, de lui-même ne se qualifiait plus chanoine mais simplement habitant de Montpellier2, — seuls l'avidité ou le désir de faire nombre peuvent expliquer une intervention dans l'acte.

De même. Guillaume Philippi, le frère de l'historien, arrêté pour hérésie dès 1551 3, inexistant depuis longtemps de fait dans la vie du Chapitre, comme le prouvent ses délibérations, n'était pas mieux qualifié pour agir comme chanoine.

Restent donc quinze pensionnés à examiner parmi ceux qui déclarèrent « avoir faiet profession de la religion reformée et participé aux sacremens il y a environ ung an, laquelle religion reformée ils ont proposé de continuer et. suyvânt icelfe vivre, avec la grâce de Dieu », un dessein sujet à caution, ainsi qu'on le verra par. une rapide biographie des per* sonnages et un exposé' de leur rôle 4.

Le meneur de l'affaire fut le sacristain Guillaume Arquier. Né vers 1513 à Saint-Clair, diocèse de Lectoure, il prenait son baccalauréat de droit canon le 24 juin 1539 et, le 25 août 1542, déjà chanoine, se lit immatriculer de nouveau, évidemment pour le droit civil. 11 fut recteur en 1554, Arquier cumulait activement les charges5 et les profits6. Depuis le 21 avril 1503 il s'était marié7. La formule: «chanoine reformé))8,

1 Arch. Vatic , Pii IV, t. XXXV, p. 91.

2 Arch. de l'Hérault, G, rtot. du Clergé : Guyot Philippi, reg. 64. :i Voir pp. IN et 115.

4 De façon générale, j'indique ici que les circonstances d'âge sont fournies par l'acte lui-même du 17 niai 1563 ; celles de provenance par la bulle de sécularisation ou les registres du monastère Saint-Benoit (Arch. de l'Hérault, <î, Chai», cathédral) ; celles de grade et d'origine familiale par le livre des immatriculations et grades (Voir p. 25, note 1).

3 Prieur de Saint-André de Buèges et chapelain de Saint-Georges à Montpellier (Acte du 17 niai 1563J ; de N.-D. du Palais (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Nicolas Talard, reg. 15, f° 11 v°) ; sacristain du Chapitre (Arch. Vatic., Pii IV, t. VII, p. 130).

B 11 gère la fortune de Catherine Barrière (A. Villemagne, Teyran dans Revue historique du Diocèse de Montpellier, t. III, p. 259 : il es1 trésorier du Chapitre de 1561 à 1562 (Délib. du 24 octobre 1564'1.

7 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 243, f° 59 v°. Cf. Arch. mun. de Montpellier, GG, 315, f° 33 v°.

8 Arch. mun. de Montpellier, CC, guidon Sainte-Croix de 1562, f" 110.

qu'il avait trouvée pour se caractériser, parait donc amplement justifiée. Au mieux avec le Consistoire et les Consuls, qui d'accord l'avaient choisi comme quêteur pour les pauvres ', ayant l'oreille de ses collègues, Arquier était l'homme de la situation. Il négocia pour lui, pour ceux qu'il avait entraînés à ce « sainct et bon propos », même pour ceux « qui en sont encores eslonhés». Faisant valoir leur position précaire et leur bonne volonté, il stipula, de façon qui prouve sa compétence en affaires : l'intégral payement des arrérages ; une pension, désormais fixe, de 200 livres tournois pour un titre de chanoine ; une moitié nette du revenu des bénéfices, ou leur totalité quand ils restaient inférieurs à 60 livres.

En qualité de syndic, Pierre du Solier alias Solerii, Cévenol et ancien moine de Saint-Benoit, bachelier in utroqne jure dès le 24 octobre 1541, dut assister Arquier. Il partageait ses idées sur le mariage et fut par la suite ministre à Durfort2. Cet exemple et celui de Pierre du Menin sont les seuls à citer pour le diocèse quant cà ces pasteurs que Viret traitait vigoureusement de «ventres» et «chiens muets», n'ayant cherché dans leur abjuration que l'intérêt3. Les perdre pour l'Eglise catholique, n'était-ce point s'épurer?

Raymond Tournaire alias Tornatoris était Provençal et de la famille des seigneurs de Canillac4. C'est l'évêque Pellicier qui l'avait introduit dans le Chapitre, certainement en considération de sa sœur5.

Gratien de Bandinel, d'une famille siennoise fort répandue en Languedoc, était avant tout un magistrat. Après de brillantes études de droit6, il devint conseiller du roi, juge et

1 Délit), du Conseil général du 30 novembre 1562.

2 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1583-1586, f° 743 v°.

3 Rarnaud, Pierre Viret, pp. (i(>4 et 665.

4 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Matthieu Amargier, reg. 92, f° 80.

5 Voir p. 103.

6 Immatriculé à l'Université de Droit le 4 août 1542, bachelier en droit canonique le 20 mars 1544, en droit civil le 17 janvier 1554. Il était alors recteur. Il acquil le double doctorat, car il en porte le titre le 28 janvier

magistrat au Présidial '. De son canonicat il semble s'être toujours peu préoccupé.

La carrière de Nicolas Caloet a beaucoup d'analogie avec celle du précédent. Elle offre de plus cette particularité que, cadet de famille, il fut fait chanoine avant l'âge de douze ans, et dispensé de la résidence en vue de ses études à Paris ou dans quelque fameuse Université2. 11 en rapporta de la science et de l'ambition3. Comme celle-ci parut prématurée, il dut retourner à ses études. Il fit son double droit à Montpellier4. Laborieux 5 et non sans prétention0, il eut celle de transformer la vieille Université de Droit en Université des Lois, et de créer des bacheliers injure cœsareo 7. En mauvais termes avec son évèque depuis longtemps8, il demeura à l'écart tant que celui-ci vécut. Mais après les seconds troubles il prit une détermination courageuse. Le 25 avril 1569, il vint demander sa réintégration au Chapitre et l'obtint11. 11 assuma plusieurs missions 10 et subit même, en vaquant à ces charges, un emprisonnement de huit jours de la par! des protestants ".

Alain de Capvière alias Caprerie, fils d'un greffier de la Cour spirituelle de l'évêque et allié à ce dernier '-, obtint sans doute ainsi son canonicat k la fin de l'année 1549 1;f.

1561 (a. st.) (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Tourrenc, reg. 38).

1 Ibidem.

3 Arch. Vatic, Julii III, t. XXIV, p. 282.

:i A dix-huit ans, il briguait l'archidiaconé de Valence (Arch. de l'Hérault, (1, IV, 18, fos 73 et suiv.), mais fut évincé par Jacques de Manse.

4 Bachelier in utroque jure le 2 avril 1560.

J 11 prend pour devise : Spernit otia virtus, nulli vacua societas.

6 Comme le montre son procès-verbal de réception (Voir note -4).

7 Pendant son rectorat de 1563 (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70).

8 Calvet fut désavoué par le Chapitre pour son mémoire injurieux contre Pellicier (Délib. du Chap. cathédral du 16 juin 1561).

9 Délib. de ce jour.

,0 Délib. du Chap. cathédral des 18 et 22 juillet 1571.

" Délib. du Chap. cathédral du 1er juin 1573.

12 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellicier, pp. 67 et 115.

13 Délib. du Chap. cathédral du 2 décembre 1549.

Bachelier ' et recteur ensuite-, il devait alors, par ce fait même, faire également le droit civil. Au moment des troubles violents, il s'était réfugie à son prieuré de Gournonsec. Les persécuteurs l'y retrouvèrent, saccagèrent sous ses yeux son église, le laissant pour mort. A Montpellier, où il retourna se faire soigner, on l'obligea de souscrire a la seconde cession des églises. Mais, libre, il s'empressa de protester devant notaire et témoins de la violence subie. Enfin il se fit absoudre de cet acte par le Pape lui-même 3. Aussi, reprit-il séance au Chapitre4 et récupéra toute la confiance de ce corps 5.

Tels étaient les chanoines qui se présentèrent aux Etats pour solliciter la pension. D'autres^ celle-ci déjà promise, adhérèrent à l'accord. Il faut les énumérer, surtout suivre leur carrière.

11 y eut un groupe d'octogénaires, tous apparentés à des calvinistes de marque, plus ouverts, par conséquent, aux influences. (Tétait d'abord Jacques de Manse, archidiacre de Valence et oncle maternel du ministre Formy6. Assiégé à Saint-Pierre, blessé grièvement, fugitif et traqué, ce vieillard qui avait faibli, ne temporisa point, une fois le péril passé, il fut présent dès la reconstitution du Chapitre7, puis se fit absoudre par le Pape 8. Le gévaudanais Vincent de Rocheblave, dont la sœur Delphine avait épousé un Manni ", et le montpelliérain Pierre Manni étaient donc alliés à un autre ministre, Michel Manni. 11 est certain que tous les deux plus

1 Le 5 avril 1530.

"2 En 15-16.

:i La requête ri l'absolution d'Alain Caprerie suivent celles de Guillaume Dalles (Voir p. 297, note 8), et leur sont analogues.

* Délib. du Chap. cathédral du 4 décembre 1564

5 Qui lui donna la dignité d'archidiacre de Castries (Délib. du Chap. cathedra] du 23 août 1571).

''• Testamenl d'Henri, frère de Jacques (Min. de Pierre Hilaife, fonds Bizeray aux Àrch. de l'Hérault, reg. de 1557-1562, f° 192 v°).

7 Délib. du Chap. cathédral du 23 novembre 1563.

* Chroniques et Documents, pp. 393 et suivantes.

'■' Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1575, f° 167 v°.

tard récupérèrent leur canonicat1. Il en l'ut de même d'O//vier Libel, frère du seigneur de Garescauses - et si zélé à poursuivre sa réintégration que l'evêque Pellieier devait arrêter la communication des pièces nécessaires. Elle devint néanmoins effective peu après 3.

Il y avait contraste d'âge et peut-être analogie de faiblesse1 entre ces vieillards et Guillaume Dar les, qui, ayant, alors a peine vingt ans, était chanoine depuis huit K casé là par son père, un notaire du Chapitre remarié5. Guillaume était en 1563 en pleines études de droit0, et passablement ballotté par les événements, car, a dix semaines d'intervalle de l'octroi delà pension, il est déjà réintégré au Chapitre7. On peut donc l'en croire, quand il expose au Pope que les causes de son abjuration furent la terreur d'avoir vu les prêtres blessés et menacés, et l'impossibilité de trouver un asile8. Sa carrière ecclésiastique se poursuivit honorablement et le mènera à l'archidiaconé de Castries.

Un dernier groupe de chanoines, d'allures plus effacées, est formé par les quatre suivants :

Etienne de Brignac dit de Montarnand, à cause de la seigneurie possédée par sa famille et du prieuré dont il était pourvu11. 11 n'attendit pas même le retour en ville et

I « Feu M1' Vincent de Rocheblave, quand vivoit chanoine » (Min. de Richard, élude Cornier, reg. de 1571, f° 223). — Manni était revenu dès la séance du Chapitre du 7 juin 1564.

- Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 150(3, f° 87. — Le seigneur de Carescauses était beau-frère de Guillaume de Chaume (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Solier. reg. 111, f° 41).

3 Délib. du Chap. cathédral des 5 et 21 septembre 1564.

* Arch. Yatic, Paul. IV, t. IX, p. 208. Cf. Arch. de l'Hérault, <i, 18, f° 104 v«.

5 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guillaume Solier, reg. 105, f° 1 et pièce volante. — Cf. son immatriculation (Voir note suivante).

u Immatriculé le 8 juillet 1550; bachelier in utroque jure le 26 février 1507 et recteur à ce moment-là.

7 Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre cathédral, f" 30)8.

* La requête et l'absolution de Darles suivent celles de Jacques de Manse [Chron. et Doc, pp. 393 et suivantes) et offrent avec celles-ci la plus grande similitude

II Arch. de l'Hérault, <;, not. du Clergé : Amargier. reg. 80, f" 00.

rallia son évoque à Maguelone i : marque de grand zèle.

Si Pierre Raymond (on Peramond) Engarran ne fut pas des premiers rentrés au bercail catholique, quand il y revint, ce fut avec humilité, soumission et repentir-.

Quant à Pierre Deleuze, qui exerçait la charge d'ouvrier, le restant de sa carrière demeure douteux. Il s'intitulait bien encore chanoine au moment de la restauration religieuse?, mais bientôt il résignait son personat après négociations 4.

De même le sort postérieur de Pierre Barthélémy dit Lugans ne m'est pas connu. On n'en saurait conclure dans un sens ni l'autre, car il a pu mourir entre temps.

Ainsi donc, sur ces données absolument nouvelles, il est désormais possible de dresser un tout autre bilan, quant à l'attitude des chanoines visés dans l'acte du 17 mai 1563. Résumons les conclusions qui s'en dégagent :

1° Sur les 19 personnages qui s'intitulèrent chanoines de la Cathédrale de Montpellier, les uns s' affirmant, les autres se laissant porter, — toutefois ((après certaines declairations et remonstrances faictes de la partdesdicts ecclésiastiques », intentionnellement omises dans l'acte, — comme ralliés au calvinisme, et qui reçurent à ce titre pension des Etats de Montpellier, on en compte :

3 qui de droit ni de fait n'étaient plus chanoines : Bastier, Recolin et Teulet.

1 qui ne l'était plus tout au moins de fait : Philippi.

4 définitivement restés calvinistes : Arquier, du Solier, devenu ministre, Tournaire et de Bandinel.

(.) réconciliés avec l'Eglise catholique : de Galvet, de Gaprière, de Manse, de Rocheblave, Manni, Libel, Darles, de Brignac et Engarran.

2 de sort douteux ou inconnu : Deleuze et Barthélémy.

1(.» au total.

1 Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre, f° 312, 30 août 1563. s Délib. iln Chap. cathédral du 22 novembre 1565.

3 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Solier-, reg. 110, f° 219. 1 Délib. du Chap. cathédral des 16 septembre, 7, 23 et 24 octobre 1566.

2°. — En comptant à l'actif de la Réforme même Philippi, Deleuze et Barthélémy, qui forment la deuxième et la cinquième catégorie, on arriverait à un chiffre de 7 sujets acquis, contre 29 restés fidèles, que je ferai connaître succinctement au chapitre suivant, et 9 reconquis au catholicisme.

3°. — Laissant la simple question des pensionnés, on voit que, pour supputer tous les gains de la Réforme dans le Corps capitulaire, il est juste de compter les trois ex-chanoines de la première catégorie, soit Bastier, Recolin et Teulet, et de leur joindre Jean Pinel ' et Pierre Trinquaire2, qui auraient pu, aussi hien que les premiers, avoir la fantaisie de se présenter; mais il est, d'autre part, équitable aussi de parler des trois chanoines qui ont été massacrés à Saint- Pierre pour la cause catholique. C'est alors la nouvelle proportion de 10 calvinistes, 32 fidèles et 3 de sort inconnu3 qu'il faut adopter.

Tous ces chiffres, on le remarquera, sont radicalement différents de ceux qui avaient été avancés, et il s'en déduit une conclusion très opposée. Une remarque finale la confirmera, quant au Chapitre cathédral.

Aux seconds troubles, en 1567, les protestants reviendront au pouvoir et en profiteront. On les verra réoccuper les biens ecclésiastiques et promettre encore des pensions aux abjurants; faire prisonniers ou rendre fugitifs les chanoines, parmi lesquels les réconciliés au catholicisme dont il vient d'être question ; se souvenant de l'expérience de 1563, décréter, en bonne logique, que tout chanoine venu jadis à résipiscence est exclu du bénéfice de la nouvelle mesure. Et, tandis que, même privés de leur évêque, qui vient de mourir, tous les chanoines, loin de profiter de cet avantage, ne son

1 Qui avait été, dès le mois d'avril 15."37, remplacé par Gavaiulan (Arch. Vatic, Paul. IV, 1. 30, p. 62), et qui fréquentait les assemblées calvinistes (Chron. et Doc, p. 369).

2 Voir p. 130.

3 A Deleuze et Barthélémy il faut joindre Raymond de Sobeyras, mort pendant les troubles avant le 31 juillet 1562 (Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre, f° 302), mais que rien absolument n'indique comme calviniste.

gent qu'à se grouper, à délivrera tout prix ceux que retiennent prisonniers les calvinistes, un homme se présentera aux surintendants, afin de revendiquer la pension. 11 fera, pour cela, valoir et son calvinisme persistant et son titre, non moins persistant, de chanoine. Celui-là, c'est Pierre Bastier, transfuge du catholicisme depuis dix-sept ans maintenant1 et resté surtout et partout fidèle h ses appétits. On comprend la, colère d'un réformateur tel que Viret contre ces « ventres »9, qui ne font honneur cà aucun parti.

1 Voir pp. 127 et 292.

3 Voir p. 291, note 3.

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