I. — Les Pacificateurs
Mission de Caylus : conduite des chanoines apostats et celle des fidèles. — Venue de Damville : rétablissement du culte catholique el nomination des Consuls, tous de ce culte. — Voyage de Charles IX et sa venue: détails sur Ventrée et le séjour.
A peine la nouvelle de la mission de Vieilleville fut-elle connue, le Conseil de Ville s'empressa de déléguer Jean Phi-
1 Crussol et l'assemblée de mai 15G3 n'avaient-ils point traité Joyeuse de tyran, pillard, meurtrier, « jusques a dire qu'il est sy hideux a voir que le peuple ne le pourroit souffrir » {Histoire de Languedoc, t. XII, c. 671).
- Clironiques et Documents, p. 101.
3 Voir p. 288.
lippi el le professeur Saporta pour aller le saluer1. Mais il s'était attardé à Lyon et maintenant il était retenu en Provence. Ce fut donc Caylus qui arriva à Montpellier le 2 août. Le 4 les églises furent évacuées; on retourna prêcher à la Grande-Loge, et aussi deux fois la semaine à l'Ecole-Mage. Mais le service catholique ne fut point pour cela rétabli2. C'eût été difficile.
On se souvient que le Chapitre cathédral formait alors deux tronçons : certains chanoines dispersés aux quatre vents du ciel, les autres restés à Montpellier ; les premiers, fidèles à la foi catholique et à l'ohédience de leur évêque, les autres; ayant par conviction, résignation ou intérêt embrassé le calvinisme. C'est pourquoi de ceux ci on obtenait toutes les déclarations qu'il plaisait de leur demander. A celle dont j'ai parlé ils ajoutèrent alors, c'est-à-dire devant Caylus, cette autre de ne vouloir plus que le culte catholique fût repris; mais Philippi, qui enregistre ce détail, apprit plus tard qu'un tel acte avait été imposé3. Or l'évêque, dans les conditions présentes, ne pouvait décemment s'exposer avec le nombre, encore tout petit, des chanoines réunis autour de lui, à se voir mis en contact ou en parallèle avec cette portion schismatique du haut clergé : d'où son refus à Caylus de revenir dès lors à Montpellier1. Pourtant il était rentré depuis la paix à Maguelone et de leurs retraites diverses venaient à lui les chanoines fugitifs. Rien n'est suggestif comme la comparaison graduelle entre les deux groupes. Le 30 juillet, à Maguelone auprès de Pellicier ils sont quatre : Ozias de Malbosc. Pierre de Ratte, Laurent Matthieu et Jean Plantade5. Un mois après, trois autres chanoines les ont rejoints, dont un pensionné (\u 17 mai précédent6. Puis, de réunion en réunion, ce petit nombre augmente, il affirme ses
1 Délib. iln Conseil de Ville du 27 juin 1563.
2 Chroniques cl Documents, \>\>. loi et 102. a Ibid., p. 102.
4 Ibidem.
5 Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre cathédral, f° 308. 0 Ibid., f" 312, 3U août 1503.
droits1, le prend de haut avec les intrus2, tandis que s'endette et se déconcerte le groupe de Montpellier : ils n'étaient plus que sept le 24 août 3, qui; quatre le 16 septembre *, et aux rentiers, qui viennent les prier de prendre leurs dîmes, l'un des plus capables pourtant, Guillaume Philippi, sert la plus élastique des réponses. « qu'ilz feroient leur debvoir»5. Toute la situation tient dans ce contraste.
Le 29 août, Caylus rendait à la reine bon témoignage de la tranquillité où il avait laissé la ville fi, ayant constaté que les habitants étaient désarmés et l'artillerie enfermée7. Damville allait faire avancer la pacification, en montrant plus d'énergie et de faveur pour les catholiques. Nommé gouverneur de Languedoc à la place de son père le Connétable, Henri de Montmorency-Damville prit, en septembre 1563, possession de son gouvernement. Le 20, quand on apprit à Montpellier son arrivée dans la province, on vota l'envoi, pour le saluer, d'une délégation formée de. Jean de Céselly, premier président aux Comptes, de Jean Philippi, général, des seigneurs de Poussan et de Figaret. Ils furent à Narbonnc très bien reçus du nouveau gouverneur8.
C'est le mardi 9 novembre, à trois heures de l'après-midi, que. par la porte de la Saunerie, Damville fit son entrée en fort grande solennité. Des préparatifs faits à cette occasion et du cérémonial observé depuis les faubourgs jusqu'au
1 Arch. de l'Hérault, G, baux du Chapitre cathédral, passim.
2 Par exemple, le 7 août 1563, Lebas et Bosc, chanoines fidèles, repoussent la confirmation de bail sollicitée par des adjudicataires devant les surintendants, et leur déclarent exercer des poursuites contre eux (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Tourrenc, reg. 38, f° 61).
3 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Tourrenc, reg. 38, f° 57 v°.
4 Ibid., f° 60.
5 Voir note 3.
6 Histoire de Languedoc, t. XII, c. 699, n° 269.
7 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1563, aux 19 et 23 juillet, 21 septembre, 6, 15 et 17 octobre 1563.
8 Délib. du Conseil de Ville du 26 septembre 1563. — Chroniques et Documents, p. 103.
logis à lui préparé, la maison dite des Généraux1, rue En Bocador, il y a tout avantage à lire le récit tracé par un témoin, un acteur, Jean Philippi -. Je n'ai donc qu'à relever ici certains détails ou aspects négligés par un chroniqueur sympathique et partial. L'entrée fut belle, sans doute, mais elle imposa au budget municipal, si pauvre déjà, une surcharge dont il se ressentira toutes les années suivantes3. En outre, le nouveau gouverneur de la province ne se laissa point éblouir par ce luxe ni par les discours. Allant au fond des choses, il vit clair dans les protestations de l'administration calviniste et, un mois après, repassant par la ville, il dénonçait à la Cour ce fait qu'aucun catholique, pas un seul ecclésiastique n'était encore remis en possession de ses biens. Us n'osaient rentrer sans protection efficace. Il avait donc fait venir, des villes dont il était sûr, deux compagnies de gens d'armes et cinquante hommes de pied, et il avait nommé gouverneur pour les armes le comte de La Mirand-e, afin de atenir l'ordre entre ce peuple tant irrité l'ung contre l'autre »*. Le premier séjour de Damville dura du 9 au lii novembre 1503 r\ Aussitôt après un régime mi-parti fut établi d'un commun accord. L'administration serait exercée par un Conseil mixte de douze membres, c'est-à-dire un de chaque culte par sixain ou quartier, exclusivement choisis dans les rangs du clergé, de la magistrature, de la noblesse et de la bourgeoisie. La populace, trop longtemps maîtresse en fait, le Consistoire, qui admettait les représentants des basses classes, même le Conseil des Vingt-Quatre se trouvaient ainsi eruifés de la direction des affaires. Damville, en s'arrètant à Montpellier vers le 10 janvier 1564, donna sou approbation
1 Aujourd'hui hôtel de Lunaret, au u" 7 de la rue des Trésoriers-de- France.
- Chroniques et Documents, pp. 103 cl suivantes,
:1 II eu est question continuellement dans les comptes des clavaires et encore le 18 juillet 1571.
4 Histoire tic Languedoc, t. XII, c. 708, n° 273.
5 Chroniques cl Documents, pp. 1013 et 107. — Dans la lettre citée à la note précédente, il en réduit pourtant la durée à quatre ou cinq jours.
a ce régime, constitué le 5 décembre1, mais qui dura peu, on le verra.
Difficile, en effet, était la liquidation des troubles, celle que la reine définissait ainsi à Damville : « establissement de la paix et pugnition des delinquans et contrevenans a icelle» : en effet, d'un côté, à Montpellier, plus que nulle part ailleurs, il y avait eu violation immédiate de l'édit d'Amboise et, de l'autre, les deux partis allaient tirer chacun à soi les termes de cet édit et provoquer des éclaircissements parfois contradictoires. Pour assister Damville en cette tâche multiple et malaisée, la Cour accrédita deux commissaires, conseillers au Grand-Conseil, lesquels arrivèrent avec lui à Montpellier en janvier 1564 -. Le mois suivant, on voit de Mesmes, l'un d'eux, faire vendre dix couvertures de laine blanche d'un certain Allard, marchand3, ce qui était certainement quelque reprise.
Sous l'influence de ces commissaires et celle du nouveau gouverneur pour les armes mis par Damville, et qui était le seigneur de Castelnau lez Pézenas l, nommé Pierre de Guers5, eut lieu l'installation des consuls de J564. Dérogeant aux libertés immémoriales de la ville et aux termes de la déclaration du 14 décembre 1563. le gouverneur de Languedoc les choisit lui-même, et certains noms, parmi les catholiques qu'ils étaient tous, sont particulièrement significatifs : tels
1 Chroniques et Documents, p. 108.
* Bibl. Nat., fr. 3.202, f° 20. Cf. fr. 15.882, f° 305.— Histoire de Languedoc, t. XII, c. 702, n° 271. — Chroniques et Documents, p. 108.
3 Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 2-43, f° 419 v».
4 Chroniques et Documents, p. 109. — On voit par une ordonnance de Damville rendue le 6 février 1563 (a. st.) que la nomination était alors déjà faite (Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides : reg. d'évocations de 1560-1574. Cf. Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1563, au 15 mars 1564, et de 1564, au 24 avril). — 11 l'était encore en 1566 (Bibl. Nat., fr. 3194, f° 99 v°).
5 Son prénom est fourni par un acte du 1er mars 1567 (Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1567, f° 72).
Soc. Arch. de Montpellier. 20
Pierre Gonvers, le premier consul, et Etienne Guizon dit Roujon, mêlés aux: événements d'octobre 1561. Ces choix furent alors attaqués par les calvinistes montpelliérains 4, défendus avec chaleur parle clergé et les catholiques2; ils restèrent acquis -*.
Tout le monde cependant bénéficiait de cet ordre imposé par la force, même les protestants pour leur culte, protégé à main armée4, si bien que, le -21 septembre 1564, la garnison put être réduite à cinquante fantassins, gardant au fort Saint- Pierre l'artillerie et les armes, et l'on ne surveilla plus les portes5. C'est donc en pleine paix que s'accomplit la venue du roi Charles IX à Montpellier, considérée connue le couronnement des précédentes missions.
Ce voyage, effectué dans toutes les provinces pour y calmer l'agitation, paraissait à ceux au courant de l'état des choses plus nécessaire encore à Montpellier qu'ailleurs : *< J'ai vu, écrivait à Catherine de Médicis son conseiller Lansac, le long du chemin depuis le Saint Esprit jusques a Carcassonne, beaucoup de ruines d'églises, monastères et maisons, mais plus a Montpellier que en nul autre endroit, qui me faict vous supplier, Madame, si grand empêchement ne vous survient, de ne vous laisser divertir de votre voyage»6. Joyeuse, qui était aussi venu à Montpellier les 18 et 19 août 7 et qui, le 7 septembre, y était revenu avec Villars8, avait pu parler dans le même sens, car dès ce moment la visite royale fut résolue et l'on préparait les cadeaux '•'. Le Chapitre aména-
1 Chroniques et Documents, p. 109.
- Pour les ambassades à ce sujet, voir : Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1564, aux 10 juillet et (j mars (a. st.), et de 1505, au 29 mars. :! Chroniques et Documents, p. 227.
I Ibid., p. 109.
'■' Ibid., p. 1 lu, et, Command. de 1564, passim.
II Bibl. Nat, Cinq-Cents Colbert, n° 395, p. 257, et non p. 235, connue il a été imprimé dans Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. lvil
7 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1564, au 21 août. * Ibid., au 15 septembre.
9 A Jacques Tasse, batteur d'or, « pour batre ungmillier d'or et servir a l'entrée du roy » (Ibid., au 21 septembre).
geait aussi les églises1. Enfin on se préoccupait des logis de Charles IX et de sa Cour. On avait pu projeter de mettre celui du roi à la maison de Simon Fizes, secrétaire d'Etat, où avait jadis logé François Ier2. et qui est aujourd'hui l'hôtel de Lunaret 3. Mais il est certain que Charles IX a occupé la maison dite de Boutonet*, devenue au XVIIIe siècle l'hôtel du Gouvernement5. La demeure de Fizes a pu servir aussi pour la famille royale, laquelle comprenait la reine-mère, le duc d'Orléans et la princesse sœur du roi, ou pour la suite, car celle-ci était nombreuse. Relevons-y6 les noms du prince de Navarre, le futur Henri IV, des cardinaux de Bourbon et de Guise, des évêques d'Orléans, de Valence, d'Auxerre. du Connétable, du chancelier Michel de l'Hôpital, du duc de Longueville, du maréchal de Bourdillon, de Villars, de Crussol, du seigneur de La Roche-Surion, d'un ambassadeur d'Espagne.
On avait préparé hors la ville et ses faubourgs, sur la route de Nimes, au jardin du gouverneur, Pierre deBourdic, situé en face du couvent ruiné de Saint-Maur, un pavillon pour faire reposer le royal voyageur avant de commencer l'entrée7. La Cour, qui avait dîné à, Saint-Brès, arriva vers trois heures du soir. Au clos du gouverneur le roi s'assit et reçut les hommages et l'obéissance de tous les corps d'états, qui le
1 Délib. du 0 novembre 1564.
* Bibl. Nat., fr. 15.880, f" 335.
3 Acquis ensuite par Jean des Ursières (Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1576-1591, f° 252), puis devenu l'hôtel des Trésoriers-de- France.
4 Chroniques et Documents, pp. 111 et 229.
5 Arch. mun. de Montpellier, CC, compoix de 1544, Sainte-Foy, fos 221/319 v° et 60/77 v°. — Min. de Noël Planque, étude Blain, reg. de 1594, f° 495.
G D'après trois documents : Y Histoire des troubles de Languedoc (Cliron. et Doc, p. 110); les arrêts du Conseil (Bibl. Nat., fr. 18.156, fos 94 v» à 93 v°) ; les aumônes inscrites sur un livre de recettes des Carmes (Arch. de l'Hérault, H, Carmes du Palais).
7 Sur cette entrée voir : Chroniques et Documents, pp. 110 et suiv., 228 et suivantes ; Abel Jouan, Voyage de Charles IX [Pièces fugitives d'Aubais, t. Ier, pp. 16 et 17) ; et enfin les documents ci-après cités.
haranguèrent à l'envi. Il vit également défiler toute la jeunesse bourgeoise et marchande, superbement vêtue de velours et de satin à ses couleurs : rouge, blanc et bleu. Puis le cortège se forma, en observant les préséances, la Cour des Aides précédant seulement la maison du souverain. Celui-ci avançait sous un dais cramoisi, brodé et frangé d'argent, dont les consuls portaient les bâtons. Cardinaux, princes et officiers de France fermaient la marche.
Entre les deux portes de Saint-Gilles avait été dressé un monument formé de quatre colonnes soutenant une immense couronne. Au pied des deux les plus rapprochées de la ville se tenaient deux belles jeunes filles, vêtues l'une de satin jaune et l'autre de satin blanc, qui, figurant la Religion et la Justice, traduisaient en tableau vivant les armes royales. Sur le parcours cinq arcs de triomphe, style Renaissance, avec peintures et inscriptions versifiées en grec, en latin, en français, s'élevaient à la bifurcation des rues actuelles de l'Aiguillerie et de la Vieille-Aiguillerie, à l'arc Saint-Nicolas vers le milieu de l'Aiguillerie, à la Grande-Loge, à l'Hôtel de Ville, enfin au carrefour de la Pierre, touchant le logis royal. Charles IX reçut en cadeau une statue le représentant un pied sur la terre et l'autre sur l'onde; Catherine, une montagne eomplantée de ces oliviers et orangers qui venaient, à Hyères, de la ravir d'admiration.
Primitivement la reine avait décidé de passer à Narbonne les fêtes de Noël. Mais, sans doute par ce messager d'Espagne dontj'ai parlé, ellejperdit, dès le 18, l'espoir de revoir sa fille, la reine Elisabeth de Valois, ce qui était le but intime de son voyage, et la faisait « temporiser)) par les chemins. Elle résolut donc de stationner à Montpellier et ensuite d'aller vite, comme le bruit s'en répandit. Retard qui n'était pas fort prudent, car la peste avait régné, sévissait encore un peu partout dans la région. A Nimes il avait fallu laisser M1"' de Longneville, atteinte, quoique bénignement1 ; Montpellier était, néanmoins, redevenu salubre, après un été éprouvé2.
1 Voir p. :«)('). note 6.
2 Arch. miin. de Montpellier, CC, Command. de 1504, passim.
Au surplus, ses hôtes avaient partout montré beaucoup de sang-froid, s'étaient même affirmés vraiment « hazard eux », comme écrivait de Morette à l'ëvêque de Rennes en ambassade J. Le roi touchait les écrouelles et ce spectacle ramenait des protestanls, assure un chroniqueur de la région -.
Donc les fêtés de Noël se passèrent à Montpellier avec grande solennité. Le 25 fut chantée a la Cathédrale une grand'messe de communion pour tous les chanoines non encore in sacris, les prêtres célébrant tous 3. Le 26 eut lieu une grande et pompeuse procession, où le roi participa. Catherine fit même proclamer que tout le monde y devait assister, sous peine de cent livres d'amende. Mais les calvinistes protestèrent, comme la veille le rhingrave l'avait fait en restant couvert pendant l'élévation. Ils allèrent trouver la reine, qui leur parla avec douceur, et aucun ne prit part à la procession, ne tendit sa maison de draperies au passage du cortège.
Le 27, on vint danser les Treilles sous les fenêtres du roi, et il prit grand plaisir h ce divertissement local, où jeunes gens, masqués et déguisés, jeunes filles, bien parées, tous munis de cerceaux fleuris, vont et viennent, guirlande animée, en des mouvements aussi compliqués que gracieux. Le lendemain, le souverain et la Cour furent a Villeneuve, près Maguelone, les botes de l'ëvêque Pellicier, et sur le bord des étangs admirèrent ces troupes d'oiseaux migrateurs appelés tlammants, si jolis à faire lever dans le déploiement, aux rayons du soleil méridional, de leur plumage blanc teinté de rose sur les ailes. Le départ avait été fixé au samedi 30. 11 s'exécuta, malgré un temps affreux. En route, une tourmente de neige dispersa une partie de la suite. Le Connétable abandonna le train royal à une lieue de la ville et y rentra. Les souverains, guidés par un homme expérimenté *, arrivèrent à Fahrègues pour dîner et atteignirent leur gite de Poussan, où
1 Voir [i. 306, note 6.
2 Journal anonyme (Léon Ménard, Histoire deNismes, t. IV, pr., p. Uj. :i Délib. du Chap. cathédral du 20 novembre 1564.
4 Arch. imin. de Montpellier, CC, Command. de 1564, au 1 1 mars (a. st.).
se passa tout le dimanche, dernier jour de l'année 1564. On n'en repartit qu'après dîner le 1er janvier.
Quel motif valut donc à cette petite ville un tel honneur? Sans doute l'inclémence du temps aura pu contribuer à prolonger le séjour des hôtes princiers. Pourtant la halte était prévue, et de cela je crois bien avoir découvert le motif. Celui qui hébergea Charles IX, c'était le seigneur de Poussan, Guillaume de Chaume, consul en 1560. Or il avait décidé Pierre de Bourdic à lui vendre son office de gouverneur, et dès lors on pénètre la manœuvre des calvinistes pour reprendre de ce côté l'influence qui leur avait été enlevée de celui du Consulat. Mais la tentative fut dénoncée : dès avant le 7 février 15(35. les Consuls envoyaient leur assesseur à Beaucaire, « devers M. de Bourdic, gouverneur, luy inthimer une lettre de la reyne mère concernant le faict et résignation qu'il avoyt faicte de sond. office de gouverneur a Mr Chaume, sp de Poussan » '. Alors Guillaume de Chaume qui avait versé un acompte de 1.200 livres, réclama, attaqua Bourdic au Grand-Conseil, lequel, par arrêt du 25 octobre 1565, borna la revendication aux 1.200 livres, « et sur le surplus, pour certaines causes a ce le mouvant, luy a imposé silence»-. M. de Poussan en fut donc pour les frais de sa belle réception. Trop de choses combattaient la, courtoisie royale. Car ce voyage, ce séjour avaient permis de juger de visu des ruines accumulées par les protestants, et ils ont certainement contribué à orienter vers une répression plus sévère la politique volontiers ondoyante de la Florentine. C'est là un aspect de la question qui n'a peut-être pas été suffisamment mis en relief à côté des fameuses conférences de Bayonne.