I. — Les causes
Plaintes et doléances au roi du Chapitre cathédral ; instance au Grand-Conseil ; propositions transactionnelles des calvinistes. — Recouvrement des biens ecclésiastiques. — Liquidation financière. — Plaintes des calvinistes à Damville sur V interprétation de ledit d'Amboise. — Griefs particuliers des magistrats appartenante ce culte. — Incidents nés du mécontentement. — Envoi par le Parlement de Toulouse de commissaires enquêteurs ; procédures, arrestations.
L'édit d'Amboise. comme ceux qui vont ponctuer désormais toute prise d'armes, n'avait au fond, satisfait personne. Gomme chacun ne songeait qu'à en tirer les termes à son
LES Gl ERRES DE RELIGION 325
sens, il fallut l'expliquer, le commenter, et par là Catherine et son gouvernement furent amenés à réduire ou amplifier (l'expression dépend du point de vue où l'on se place) les conventions acceptées et signées. On arriva ainsi souvent à les dénaturer, car ces déclarations successives n'étaient provoquées que par des plaintes contradictoires. Je me renfermerai, à l'habitude, dans les cas purement locaux.
11 est fort regrettable que la modification si radicale opérée par Jean Philippi à la rédaction primitive de son Histoire des troubles de Languedoc ait fait disparaître, entre la relation des premiers et celle des seconds troubles montpelliérains, le récit des causes qui préparèrent et des incidents qui précédèrent la vive participation de la ville à la deuxième guerre de religion *. Rien ne pourra certainement remplacer de tels détails. Pourtant il est possible d'y suppléer dans une certaine mesure par la documentation recueillie.
Damville n'était pas encore entré officiellement à Montpellier ni le Chapitre réinstallé dans la ville, que déjà le syndic de ce corps lui présentait ses plaintes -. Le 25 janvier 1564 une enquête officielle fut dressée3, et le chanoine du Puy de Montmoirac fit avec le juge-mage le voyage de la Cour pour soutenir les réclamations4. Ils reçurent l'ordre de rédiger des doléances sur les ruines et autres faits5, et la reine régente comme le jeune souverain purent dans leur voyage en constater sur place le bien-fondé. Evidemment ils s'y montrèrent favorables, puisqu'on voit la Ville faire aussi établir les siennes 6 et un maître des requêtes, M. de Saint-Père, commis à ouïr les griefs réciproques7.
Sur ce point des destructions matérielles et celui des de-
1 Chroniques et Documents, pp. 112-113 et planche II.
- Requête du 7 novembre 1563, mentionnée dans l'Inventaire du Chap. cathédral par Joffre, t. II, p. 870, sous la cote : arm. 9, paquet 2, n° 1. Elle n'a pu être retrouvée.
3 Chroniques et Documents, p. 386.
4 Délib. du Chap. cathédral du 18 septembre 1564.
5 Délib. du Chap. cathédral du 2 octobre 1564.
6 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1564, au 25 janvier (a. st).
7 Bibl. Nat., fr. 18.156, f° 103, arrêt du 24 février 1565.
niers qu'ils avaient perçus des revenus ecclésiastiques, les efforts des calvinistes tendirent surtout à faire déplacer la limite de temps tracée entre les faits de guerre et les excès commis en violation de l'édit de paix. Cette limite, une déclaration du 14 décembre 1563 l'avait fixée six semaines après la publication de l'édit au Parlement de Toulouse, le 16 avril. Les protestants, par l'organe de Pierre Chabot, offrirent une transaction, qui fut provisionnellement adoptée par le Grand- Conseil ] ; mais, après avoir vérifié sur les lieux, cette juridiction maintint le terme officiellement fixé-.
Tandis que se développait cette instance, il est intéressant de saisir sur le vif en des cas particuliers les difficultés qu'avait engendrées l'arbitraire appropriation par les calvinistes des revenus ecclésiastiques. Un ne pouvait encore invoquer de jurisprudence. Aussi chacun agit à sa guise, selon sa mentalité ou les circonstances. Tantôt fut opérée la reprise pure et simple : sur ordonnance de Damville, l'abbesse de Saint-Geniez des Mourgues se fait restituer par François Maigret, marchand, quatre-vingt-dix-neuf bêtes à laine reconnues à leur marque parmi les cent soixante-deux qu'il avait achetées des surintendants ;!. Tantôt les spoliés, pour s'épargner des procès, se résignèrent à racheter leur propre bien : ce fut le cas pour Arboras de Claude de Borne, prieure de Sainte-Catherine4. D'autres allèrent, forts de leur droit, jusqu'aux procédures : les Cordeliers, qui d'abord avaient signé une transaction avec Aubert Barrière, fermier par les surintendants5, se ravisèrent ainsi6; mais, au contraire, les
I Arrêts du Conseil (les 3 mars et 7 avril 1564 (Bibl. Nat., fr. 18.156, f'os 32 et 63 v°).
- Arrêt du Conseil du 2-1 février 1565 [Ibid., f° 103).
:! Arch. de l'Hérault, G, uni. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 243, t" 335, acte du 16 novembre 15(53. — A. Villemagne, Bail du temporel du Clergé [Revue historique du diocèse de Montpellier, année 1913, \>. 221).
4 Arch.de L'Hérault, <i, riot. du Clergé : Guill. Solier, reg. 113, cahier 4P, i'° 47. acte du 23 août 1563.
5 Ibid. : Jacques Barthélémy, reg. 244, f° 5 v°, acte de mars 1564.
II Arrêt du Présidial mentionné sur un plan figuré (Arch. de L'Hérault, H, fonds des Cordeliers île L'Observance .
Dominicains, à l'égard du même personnage, las des atermoiements dans l'exécution après une sentence favorable, consentirent cà une transaction '. Ailleurs, on vit aux prises les deux rentiers du prieuré de Villeneuve : l'ancien, le légitime, celui du Chapitre, institué avant les troubles et qui était un chanoine, Pierre Dominici ; l'autre, celui des surintendants protestants, le marchand Guiraud Gâches. Le premier réclamant au second les fruits depuis le 1er juin 1563, ils finirent par transiger en novembre 1564 -. De toutes ces avidités troublées, comme de tous ces droits de propriété lèses, il ne pouvait rester qu'un grand fonds de regret et de rancune.
Toujours dans cet ordre d'idées matériel, il faut signaler les difficultés nées de l'imposition mise en novembre 156-2 par l'assemblée de Nimes. Encore maîtres de la situation dans le Bas-Languedoc jusqu'à la venue de Damville, les religionnaires l'avaient levée avec rigueur; même ils en avaient fait payer les termes sans attendre l'échéance de tous. Alors on réclama pour que le roi, en y ayant égard, voulût bien, en compensation, décharger ses sujets foulés des trois quartiers payés par anticipation et répondant aux trois trimestres de 1563 postérieurs à la paix. Cela fut accordé, en décidant que pendant trois années rémission serait faite du premier quartier. Et les protestants de prétendre accaparer l'exemption pour eux seuls, ce qui était léser une seconde fois les catholiques. Il fallut une nouvelle déclaration royale pour étendre à tous sans distinction de culte le bénéfice de la mesure3. Ainsi molestés, les catholiques prirent à leur tour l'offensive sur cette question, et provoquèrent les lettres-patentes du 23 août 1565, qui déléguaient la Chambre des Comptes de Montpellier afin de réviser les états financiers tant de ceux qui avaient eu charge de lever l'imposition
1 Aich. de l'Hérault, <i, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 244, f° 133, acte du 7 août 1564.
2 Ibid., f° 245.
3 Arrêts du Conseil^des 28 août 1564 (Bibl. Nat., fr. 18,156, f° 85) ; 13 février 1565 {Ibid., f° 100) ; 10 janvier 1500 [Ibid., f» 147).
de 1562 sur les ecclésiastiques que des receveurs particuliers des diocèses, et de les contraindre tous à payer. Puis, malgré la requête à l'effet de révoquer ces lettres-patentes, un arrêt du Conseil du 10 janvier 1566 ne laissa qu'un délai de six semaines pour l'exécution '.
Si de telles difficultés ne mettaient en cause que certains protestants, la masse des autres se jugeait atteinte par des mesures d'ordre général. Elle présenta à Damville. le 7 septembre 1504-, des remontrances sur la déclaration du 14 décembre 1563, auxquelles il répondit par des décisions. Contradictoirement les consuls catholiques de Montpellier établirent les leurs le 30 septembre, et ils les rendirent publiques par des proclamations faites à tous les carrefours. Alors les calvinistes présentèrent au gouverneur du Languedoc une supplique dont je publie le texte :i. En voici par articles la brève analyse.
Les protestants, ayant reçu permission de travailler, les fêtes chômées, mais à boutique fermée et simplement éclairée par une ouverture supérieure, sans se livrer à aucune provocation ni moquerie, se plaignaient d'être exposés à ce qu'on pénétrât, pour vérifier ce point, dans leurs boutiques et même qu'on leur fit cesser le travail.
Le chant des cantiques spirituels et des psaumes contenant des allusions désagréables aux catholiques était prohibé seulement à voix déployée ; mais on s'efforçait de l'empêcher absolument. Alors les protestants réclamaient de pouvoir s'y livrer aussi bien en public qu'en privé, néanmoins en tout respect, — condition assez incompatible avec le fait.
1 Bibl. Nat., fr. 18.156, f° 147.
- Bien que la pièce les mentionnant (Chron. et Doc, p. 397j, ne soit pas datée, elle est antérieure au 1er septembre 1505, jour où fut accordée par Damville l'autorisation d'acheter un temple (Voir p. 317), puisqu'elle ne présente pas ce projet comme fixé ni prochain. Par voie de conséquence, les premières remontrances à Damville sont du 7 septembre 1504, ne pouvant être du 7 septembre 1563, date où l'entrée du gouverneur de Languedoc à Montpellier n'était pas encore effectuée, ni même sa prise de possession connue (Voir pp. 304 et 303).
3 Chroniques ri Documents, p. 397.
Parce que les synodes et colloques étaient interdits, et de même toute mesure de coercition prise par les ministres à l'égard des fidèles, les huguenots demandaient de continuer à appliquer librement à leurs adeptes la discipline des églises réformées.
Il avait été interdit aussi d'ensevelir les corps des calvinistes dans les églises et leurs cimetières, et enjoint d'acheter un lieu spécial hors la ville. Il était également défendu de dépasser quant aux cortèges la limite de nombre fixée par l'édit du 14 décembre 1503. Mais les calvinistes niaient qu'il leur fût prohibé d'ensevelir dans les églises, considéraient comme facultative l'acquisition d'un cimetière distinct, enfin restreignaient la limitation des cortèges aux seuls lieux ou l'exercice public de leur culte était interdit.
Attendu le libre accès accordé à tous dans toutes les villes, ils demandaient qu'il fût loisible à chaque habitant maître artisan de tenir tel nombre d'ouvriers qu'il le voudrait.
Les calvinistes réclamaient enfin le maintien de leur culte dans la maison Formy, bien qu'elle fût située dans le voisinage de l'église Notre-Dame, et cela au moins tant qu'ils ne seraient pas pourvus par le gouverneur d'un lieu de culte favorable.
Je ne saurais dire dans quelle mesure il fut fait droit à ces réclamations de la population protestante.
Un autre grief, mais particulier aux gens de robe, fut la suspicion jetée sur les Cours de justice, dont beaucoup de membres, en effet, étaient calvinistes. En septembre 15G'i, la Cour des Aides fut interdite de connaître des difficultés relatives à la subvention sur le clergé remplaçant les décimes, et cette attribution ne lui fut rendue, le 23 novembre suivant, qu'en maintenant l'interdiction quant au diocèse de Montpellier *. Encore fallut-il, à l'occasion, évoquer des causes au Conseil privé 2. Quant au Présidial, parmi les autres de la
1 Arch. de l'Hérault, Ii, Cour des Aides, Evocations, reg. de 1560-1572, Ici très de ce jour, enregistrées le 8 février 1565 s Lettres du 8 novembre 1565 [Ibid.).
province, il était spécialement visé par la demande de suppression d'offices que présentèrent les États de 1563, à cause de son président, Jean de Bouques, sieur du Pous, et de son lieutenant-criminel, Charles de Barges 1, tons deux fort compromis dans les troubles. On voit cependant l'un et l'autre magistrats maintenus. Ne trouve-t-on point là une explication de l'initiative prise par le corps judiciaire dans les seconds troubles, qu'auront par la suite à constater les États de Languedoc -, et qui sera prouvée en son temps l
Ces causes multiples d'irritation finirent par provoquer i\r<. incidents dont l'acuité s'accentuait chaque jour. Déjà en 1566 on mentionne « quelques assemblées et émotions qui se faisoyent en icelle ville ». et Joyeuse y envoya, à cause de cela, Jean Teinturier, seigneur de Montmaur et Boutonet, comme « gouverneur sur le faict des armes » :i. Ce Jean Teinturier était un des catholiques les plus résolus. 11 eut sous ses ordres les capitaines Gaylar, Luynes et Baratnau 4, en garnison au fort Saint-Pierre. Au printemps de 1567, les protestants méditaient une surprise de la ville, car, prévenus 5, les consuls firent renouveler les serrures et clefs des portes (i. Ce fut l'occasion d'un mouvement le 4 mai, apaisé par l'entente des notables. Mais la Cour ordinaire procéda cà une enquête et poursuivit des protestants 7. Entre Joyeuse et les consuls, principalement le second, Michel Bonnefous,
I Remontrances îles religionnaires et réponses du 8 mars 15(34 (Histoire de Languedoc, t. XII, c. 738, n° 275.) Pour leur date, voir p. 314, note 4.
- Histoire de Languedoc, t. XII, c. 852, n° 295.
3 Arch mun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, aux 24 avril el 26 août. Cf. Command. de 1567, au 29 mars 1569.
4 Arch. 'mun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, aux 28 avril, 3 et 16 juin, 3 juillet.
5 Peut-être par les consuls de Pézenas [Ibid., au 21 mai 1567).
II Payement à Guillaume Dalichou, serrurier, pour avoir « fourny util/., preste sa forge et botique et ung sien serviteur pour ayder au serrurier d'Avignon qui feist dernièrement les clefz des portes de la ville, ou vacqua l'espace de quinze jours, etc. » {Ibid., au 21 avril 1567).
7 Payement pour copie des « inquisitions faictes par authorité des officiers ordinaires dud. Montpellier contre ceulx de la Religion novelle » [Ibid., au Ier juillet 1567. Cf. au 2 juin 1567).
LES GUERRES DE RELIGION 33i
c'était un échange incessant (te communications '. Même te lieutenant du roi en personne vint plusieurs fois cet été 1567 à Montpellier-. Quand il se fut rendu compte de la situation 3, d'une part il remplaça Montmaur par le baron de Gastelriau 4, de l'autre dépêcha un exprès au Parlement de Toulouse5. Celui-ci, selon les documents et le récit de Philippi, qui, à partir de là, est conservé, députa en juillet trois commissaires. Enquêtes et dépositions amenèrent l'incarcération de protestants voire des plus notables 6. Je pense qu'on peut indiquer parmi ceux-ci Gaillardet Verchant, l'un des surintendants de 15(52, et Raymond de Farges 7. Les commissaires, qu'accompagnaient les archers du prévôt de Languedoc8, ne quittèrent la ville que vers la mi-septembre 9. Quelques jours après, le mouvement général concerté entre les calvinistes de France éclatait.
IL — La surprise de Montpellier
Sur les nouvelles de la levée d'armes des protestants de Languedoc, surtout de la Michelade de Nimes, Joyeuse prend des précautions. — 77 est débordé par une sédition préméditée et se retire au fort Saint-Pierre, avec les notables catholiques. — Les calvinistes maîtres de la ville ; pentarchie administrative. — Second siège de la Cathédrale, nue quitte Joyeuse. - — Arrivée du seigneur d' A ssier. — Secours envoyé par Joyeuse sous Villeneuve.
I Arch. rnun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, aux 21 niai, 3 et 20 juin 1567 et^as.s-///*.
- Il vint en mai, juin, juillet, septembre (Ibid., passait).
'■'• En juin Baratnau est dit tenir garnison, selon l'ordre de Joyeuse, clans la tour des Carmes près le fort Saint-Pierre, « pour la thuission et deffence il icelluy aux troubles ces jours passez et naguyeres advenuz en ceste ville » [Ibid., au 16 juin 1567).
4 Ibid., au 21 mai 1567.
5 Ibid., au 27 juin 1567.
0 « Pour le service des sieurs commissaires delà ville de Tholose estantz en ceste ville » (Arch. rnun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, au 17 juillet). — Chroniques et Documents, pp. 112 et 113.
7 Chroniques et Documents, p. 389.
8 Arch. nmn. de Montpellier, CC, Command. de 1567, aux 4 ei 8 août.
II Ibid., au 15 septembre.
— Engagement entre celui-ci et d'Assier. — Retraite de Villeneuve. — Famine au fort Saint-Pierre. — Capitulation des capitaines et abandon des Montpelliérains, capturés, rançonnés.
— Pillage et victimes. — Chanoines et religieux en fuite ou persécutés. — Mort à Maguelone de l'évêque Pellicier.
En raison des incidents relatés plus haut, Joyeuse avait résolu de passer l'hiver à Montpellier l. Il s'organisait pour cela, ayant choisi son logis dans la maison de Boutonet2 et fait venir sa femme et ses enfants. Justement le 30 septembre 1507 on avait publié les lettres du 10 de ce mois, par lesquelles le roi renouvelait k tout son peuple l'assurance qu'il ne songeait en rien à ôter aux réformés le bénéfice de l'édit d'Amboise. Mais sur le soir Joyeuse reçut avis du terrible massacre des prêtres et des catholiques accompli à Nimes et connu dans l'histoire sous le nom de Michelade. 11 est à croire que la nouvelle fut apportée par Jean d'Albenas, seigneur de Colias. et son gendre, Jacques de la Croix, baron de Gastries 3. Le lieutenant royal sut également la prise de Pont- Saint-Esprit et de la tour de la Garbonnière sur le chemin d'Aiguesmortes, celle de Lavaur et de Castres. Craignant un sort semblable pour Montpellier, il voulut prendre les devants. Il assembla donc en hâte les deux compagnies qu'il avait en ville et des catholiques en armes, fit faire guet et garde tant au Consulat1 qu'à la Loge et fermer les portes. Quand, le lendemain matin 1er octobre, le bruit de ces précautions se répandit en ville, il s'y ajouta celui que, dans la
1 Pour l'ensemble du récit des événements de 1567, voir ceux de IMiilippi [Chron. et Doc, pp. 112 et suivantes, 230 et suivantes) ; mais les cotes de détails complémentaires ou rectificatifs seront données à part.
— Arch. iiiuii. de Montpellier, CC, Command. de 1567, au 23 mars 1570. :i Ménard, Histoire de Nismes, t. IV, preuves, p. 8. — Le duc de Guise
y est indiqué par erreur pour Joyeuse, et Jacques de la Croix comme fils du seigneur de Colias.
4 <( Achept de vivres, comme pain, vin, chair et autres choses pour la norriture de ceulx qu'estoyent en garnison dans la maison consullaire pour icelle garder, causant le émotion de ceulx de la religion advenu le jour premier d'octobre <■> (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, au 12 aoûl 1568).
nuit, sans l'avis de quelques catholiques qui avait prévalu, les protestants auraient été exterminés. Mais Joyeuse s'empressa de rassurer les calvinistes en convoquant chez lui les plus influents d'entre eux. Il leur exposa qu'ayant eu avis du recommencement des troubles, il n'avait voulu qu'empêcher ceux-ci à Montpellier. Il leur donna l'assurance que leur culte ne serait nullement entravé, et les exhorta enfin à demeurer fidèles au souverain et aux édits. Ses interlocuteurs répondirent ignorer les troubles extérieurs, — chose assez peu vraisemblable au moins quant aux événements de Nimçs, — et les risques de mouvements dans la ville, et ils protestèrent de leur bonne volonté.
Mais, dans l'après-midi, quelques conseillers de Joyeuse lui suggérèrent d'expulser de Montpellier les artisans nouvellement établis et les ouvriers des boutiques, tous religionnaires, dont le nombre avait augmenté de façon inquiétante. L'exécution de cet ordre, vivement opérée, aurait déterminé la sédition. Joyeuse aussitôt, effrayé assez vraisemblablement par l'attaque de sa demeure, se réfugia en toute précipitation au fort Saint-Pierre avec sa famille et sa suite. Le juge-mage, les consuls et les catholiques les plus compromis parleur attitude en firent autant. Le clergé s'enfuit en majeure part, des religieux aussi. Le soir on fit encore le guet au nom de Joyeuse, mais dans la nuit toutes les troupes catholiques rentrèrent au fort, que le lieutenant du roi, au contraire, quittait vers minuit, avec quelques gentilshommes, afin d'aller chercher des renforts.
Au matin du 2 octobre, les protestants, constatant ces circonstances, ouvrirent trois des portes de ville qui avaient eie fermées précédemment : la Saunerie, Lattes et Montpelliëret ; et durant vingt-quatre heures ce fut une invasion de gentilshommes et de troupes des environs. Car, en réalité, la surprise de Montpellier était chose concertée d'avance. On en a la preuve dans la date et le lieu de l'ordonnance de Jacques de Grussol instituant pour Montpellier un gouvernement armé des pouvoirs les plus étendus et les plus détaillés. Ce gouvernement était composé de Jean de Bouques, seigneur
du Pous, présidenl au Prësidial ; d'Antoine Tremolet, baron de Montpezat, conseiller aux Aides ; de Michel de Saint- Ravy, également conseiller à. cette Cour ; de Guillaume Philippi, procureur-général à la même ; et du notaire Nicolas Talard. 11 semble bien que leur consentement préalable ait été nécessaire. Or c'est d'Uzès et du 2 octobre qu'est datée l'ordonnance L
La ville étant ainsi occupée par les protestants, le second siège de la Cathédrale commença, autrement préparé et méthodique que celui de 1561.
Encore une fois, tout le côté gauche, en descendant, de ce quartier de la Cathédrale qu'on appelait des Carmes (à cause de la proximité du couvent de cet ordre), — protégea ses extrémités par les tours du Colombier et des Carmes et percé de deux portes : celle des Carmes et la poterne de Saint- Pierre, — formait un grand îlot battu par le flot des assiégeants, qui en réduisaient progressivement l'étendue. Comme, à cet effet, ils donnaient de fréquentes alarmes, Mma de Joyeuse et ses demoiselles en étaient incommodées ; de plus sa présence était pour gêner les calvinistes montpelliérains. Ils lui firent donc l'offre de la conduire où elle le voudrait. D'abord elle refusa. Ensuite, ayant reçu de son mari une escorte, elle consentit à partir, et quitta le fort nuitamment. Cette résolution chagrina les assiégés, lesquels comprenaient bien que Joyeuse serait désormais moins porté à les secourir.
Cet incident et l'arrivée, le 7 octobre, de l'ancien général des religionnaires en 1562, ce Jacques de Crussol ou Beaudiné qu'on appelait maintenant M. d'Assier, imprimèrent plus de vigueur aux opérations du siège. Le Collège Saint- Ruf. vis à vis la grande porte de la Cathédrale, et la tour du Colombier furent enlevés aux catholiques, qui, pour se mieux isoler, bridèrent les maisons de la rue des Carmes. De
1 Le texte de cette ordonnance a été conservé par Pierre Serres dans sos Annales [Annuaire de l'Hérault de 1906, p. 34). Néanmoins il y a commis une faute, qui persiste dans l'édition, en écrivant Merlas pour Nicolas Talard.
leur côté. 1rs huguenots exécutaient tics travaux de circonvallation. Soit à l'intérieur de la ville, de Coste-Frège au monastère Sainte-Catherine, qu'ils rasèrent, soit à l'extérieur, de la colline on puech Sainte-Aularie jusqu'au Merdanson, de grandes tranchées furent pratiquées et munies de fantassins. Ainsi l'investissement devint complet, ei les assiégés, au fort, à la tour des Garnies, dans les maisons entre deux, durent vivre de leurs provisions. Mais celles-ci se réduisaient vite, à cause du nombre élevé des personnes ainsi bloquées, un demi-millier environ. Baratnau et les Consuls résolurent de faire connaître leur détresse à Joyeuse pour presser son secours. Les magistrats de la ville offrirent une prime de cinquante livres à qui accomplirait « saigement lad. entreprise ». J'ai pu retrouver le nom du brave qui, à travers les tranchées, leurs gardes et les lignes ennemies, réussit à porter au lieutenant du roi, alors à Béziers, ces nouvelles et ces supplications. C'était un soldat de la compagnie Forian, nommé Guizancourt !.
Informé, Joyeuse se hâta de rassembler un corps de troupes : dix-huit ou vingt enseignes de gens de pied et trois à quatre cents cavaliers, bien armés, bien montés. Il en confia
1 «< L'an que dessus ei le vingl huitiesme jour d'octobre, messieurs du Robin, Perdrix et Esgalenc ont commandé aud. clavaire payer des deniers de sa recepte aud. sieur Norfre Mascaron, marchant d'Avignon, la somme de cinquante livres tournois pour marchandise qu'il a fournie a Guyzancourt, soldat de la companie du cappne Forian, estant en garnison dans le t'oit de Sainct Pierre, en l'année mil vc lxvii, estant assigé par ceulx de la novelle Religion et au moys d'octobre, pour estre sourty dud. l'oit et passé toutes les tranchées des corps de garde et allant donner advertissement a monseigneur de Joyeuse, estant a la ville de Beziers, de la nécessité et faulte do vivres qu'estoienl dans ledit fort, a ce qu'il pleusl aud. sieur donner secours aux cappnes et soldatz estans en garnison dans led. fort ; aultrement estoient contrainetz le rendre. Laquelle somme luy fust promise par lesd. sieurs consulz estantz dans led. fort et qu'il exequtast saigement lad. entreprinse, veu la grand extrémité et nécessité qu'estoyent ceulx dud. fort, et par mandement aussi du cappne Barrencau, commandant pour lors pour le Roy aud. fort. Et en rapportant quictance, etc. » Arch. niun. de Montpellier, CC, Command. de 1567, au 28 octobre 15(38).
le commandement à l'un de ses lieutenants les plus braves et, en l'espèce, de tous le plus affectionné au succès, car c'était le seigneur de Villeneuve, beau-frère du juge-mage. Le samedi S ' novembre, vers onze heures du matin, cette armée atteignit Montpellier. Son objectif étant de pénétrer en ville par les deux entrées que tenaient les assiégés de Saint- Pierre, ou tout au moins de ravitailler ceux-ci, Villeneuve vint camper à Boutonet, au delà du Merdanson. Mais aussitôt d'Assier sortit de la ville et fit prendre position à ses troupes derrière la ligne des tranchées extérieures, depuis le faubourg Saint-Guilhem, aujourd'hui du Gourreau, jusqu'au Merdanson, lui-même se tenant à Saint-Côme, face à l'ennemi. La petite rivière seule séparait les belligérants. En ville grand fut l'émoi de voir ainsi aux prises les deux armées, sous les murs mêmes de la cité, car on y redoutait des représailles, en cas d'avantage de Villeneuve, que renforceraient les assiégés de la Cathédrale. Peuple, femmes, enfants avaient, comme en 1562, pris une telle part à l'attaque du fort, portant aux tranchées matériaux et provisions ! Et les soldats aguerris qui formaient la garnison de Saint- Pierre, avaient fait leurs preuves de bravoure en des mousquetades continuelles et de fréquentes sorties.
De fait, ce furent eux qui engagèrent les hostilités. Des tours de l'église ils ne perdaient pas un mouvement des armées. Voulant donc tendre la main aux arrivants, ils résolurent d'exécuter une sortie par le ravelin devant la fausse porte du fort. Mais la tranchée du Peyrou était gardée parla compagnie du seigneur de La Mosson, qui prit les ennemis de flanc, à coups d'arquebuse, à mesure qu'ils franchissaient la poterne. Sept ou huit des premiers furent ainsi couchés à terre, d'autres blessés et par là le restant détourné de suivre. Tout le jour la compagnie surveilla de môme cette issue.
Pendant ce temps Villeneuve enlevait ses troupes, leur faisant passer le Merdanson et les menant jusqu'aux tranchées du fossé. Mais les religionnaires qui les gardaient.
1 Fautivement le Petit Thalamus indique le '.» ; or le samedi étail le 8.
soutenus par un détachement envoyé par d'Assier, les attendaient de pied ferme. La mêlée fut rude. Elle tournait à l'avantage des catholiques, lorsqu'un soldat du régiment de Paulignan, nommé Pierre Puget et depuis connu sous le nom de capitaine Labouriette, quitta sa hallebarde, saisit la rondache d'un des fuyards, se mita la tête de quelques soldats et, chargeant brusquement les vainqueurs, les rejeta de la tranchée '. Repoussées, poursuivies, les troupes de Villeneuve repassèrent le Merdanson, après un engagement qui dura quatre heures et fut le plus chaud de la campagne. Les pertes des catholiques, supérieures à celles des huguenots, jointes à des accidents arrivés à leur artillerie, découragèrent si bien Villeneuve que, voyant l'occasion manquée et n'osant à cette heure tardive affronter un combat, il commença de se retirer à travers les olivettes jusqu'à Malbosc et La Colombière. Il atteignit ainsi sans désemparer Mèze et Loupian, harcelé par les villageois sur sa route. Plusieurs des capitaines sous les ordres de d'Assier étaient d'avis de le poursuivre, mais la résolution contraire prévalut. Toutes les troupes du camp rentrèrent en ville, on y rendit grâce à Dieu et l'on se livra à la joie d'une telle solution.
Restaient les assiégés de Saint-Pierre. Déçus de l'espoir d'un secours, ils étaient en proie aux horreurs de la famine : plus de pain, sans doute faute de four"2, car ils mangeaient encore de la farine bouillie ou pétrie en gâteaux cuits à la braise ; mais, quand chevaux, mulets et ânes, tous étiques, eurent été dévorés, des rats, capturés à grand'peine. telle fut pendant les derniers jours la nourriture qu'ils durent consommer, sans huile ni sel pour l'assaisonner3. Pour mettre le comble à leur découragement, le 16 novembre, ils virent arriver quelques renforts calvinistes, conduits de Provence par Cipières, frère du comte de Tende, le reste
1 Mémoires de Jacques Gâches, p. 63.
- Du pain fut fourni aux habitants catholiques en octobre et novembre 1567 (Arch. mun. de Montpellier, Command. de 1567, au 22 mars 1569). 3 Gariel, De l'origine, des changemens, etc., p. 136.
Soc, Arch. de Montpellier 22
ayant clé laissé près de Nimes à portée, de même que ceux amenés de Rouerguc par le sieur d'Arpajon s'arrêtaient aux devenues *. La facile et rapide concentration de toutes ces troupes eût jeté dans Montpellier des effectifs formidables au regard de la poignée de braves, 160 à 180 hommes, qui demeurait à Baratnau. Gomme il avait couché par terre encore davantage d'ennemis, pendant le siège, il put songer à la capitulation. Négociée avec d'Assier par un des capitaines catholiques, Luynes, le lundi 17 novembre, et conclue définitivement le lendemain à midi, elle fut honorable pour la garnison : celle-ci sortirait sauve et libre, les chefs avec toutes leurs armes, les soldats conservant l'épée et la dague. Mais elle était fatale pour l'élément civil des assiégés, qui demeurait à la merci de d'Assier, ainsi que les armes, meubles et objets précieux contenus dans le fort.
Tout cela constitua donc le butin de l'armée huguenote. Les principaux capitaines se partagèrent les habitants notables, et en tirèrent une rançon proportionnée à leurs moyens. Pour ceux qui avaient porté les armes, on les emprisonna, et c'est selon les protections dont ils se réclamaient qu'on les libéra. Le menu peuple, sans profit pour les vainqueurs, put retourner dans ses maisons ruinées. Les gens de guerre pillèrent les armes. Des coffres renfermaient la vaisselle d'argent de Joyeuse et nombre d'objets de valeur, soit apportés par lui en prévision de son séjour, soit réfugiés par les habitants. Le tout fut employé ou distribué au gré de d'Assier. Au peuple et à la soldatesque on abandonna l'édifice. Ils se dédommagèrent du butin qui leur avait échappé en y tout saccageant pendant trois jours. Non seulement le mobilier reconstitué depuis les premiers troubles y passa, niais tout ce qui avait alors été laissé, comme tenant aux murailles, fut arraché maintenant et emporté : portes et fenêtres, vitres et châssis, tuiles et matériaux. Le clocher de droite, duquel les assiégés avaient causé le plus de pertes aux assiégeants des tranchées, fut sapé et, s'écroulant sur
1 Mémoires de Jacques Gâches, p. 03.
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les voûtes du ]jas de l'église et d'une aile de l'ancien monastère, les enfonça.
Y eut-il des victimes à cette seconde prise de Saint-Pierre ? Aucun document précis ne m'a permis de trancher cette question, et le témoignage de Philippi semblerait à cet égard avoir varié en peu d'années avec ses opinions religieuses. C'est même peut-être l'exemple le plus frappant de son manque occasionnel d'impartialité. Mais, à y regarder de près, les deux versions ne sont point inconciliables. Dans l'Histoire des troubles de Languedoc, le, chroniqueur, protestant, frère d'un acteur dans la lutte, n'a péché que par omission. Devenu catholique, il a. au Petit Thalamus, dit toute la vérité. Ce qui. en effet, « fut exécuté sans scandale ny offense des persones », c'est la sortie de la garnison; et ensuite a pu arriver ce qu'il rapporte des «consulz.., plusieurs chanoynes, prebtres et aultres bons habitantz, desquelz sur la chaude en t'eurent aulcungz tués, mesmes dez prebtres». Gariel parle bien de vieillards massacrés, de religieux persécutés *. Quatre chanoines : Jacques de Manse, Jean Lebas, Olivier Libel et Milan Gavaudan, de même que le prédicateur Charron et le fondeur de cloches Palhaut demeurèrent prisonniers, et le Chapitre payera leur rançon deux mois après. Les autres chanoines avaient réussi à s'échapper de la ville, et s'étaient dispersés : tantôt selon leurs convenances de famille, comme Guillaume de Pignan, Etienne de Brignac de Montaruaud, Garsebail de Recoules en Rouergue, retirés dans leurs châteaux, et Roussel dans,celui de l'évêque, son parent, àMontferrand ; tantôt dans leurs lieux d'origine : tels Laurent Matthieu aux Martigues, Isnard à. Salon. Pierre Trial à La Roque-Aynier, où il emmena Jauffredi ; tantôt dans les possessions du Chapitre1 : ainsi à Maguelone Ozias de Malbosc, Pierre Dominici. Guillaume Darles, Jean Trial, et à Frontignan Guillaume de Pelét, duPuy de Montmoirac, de Ratte,
' Gariel, De l'origine, des cJiangemens, etc., p. 137. — Le P. Mareschal, augustin, que nomme Gariel, ayant déjà subi avec ses compagnons un emprisonnement en 1561 (Voir p. 212 , y aurait-il eu confusion à son sujet entre les deux sièges ?
3'lO LA RÉFORME A MONTPELLIER
Engarran, de Gaprière et Plantade; tantôt encore réfugiés dans diverses villes : à Pézenas Tannequin de Lauzelergues tàBéziers Charles de la Roque, saisi par la maladie, et Jean Doumergue. passé ensuite à Avignon, enfin à Toulouse Aguillon, de Nogarède, François de Lauzelergues et Antoine Reynier, chanoine nommé entre les deux guerres *.
De même les Carmes de Sainte-Croix s'étaient enfuis-, comme d'ailleurs à peu prés tous les autres religieux ou religieuses, excepté pourtant les Cordeliers de Saint-Paul, lesquels furent surpris. Leur gardien, le P. Nicolas Bermond, appelé cà comparaître devant les ministres, soutint une controverse avec éloquence,- au dire des biographes de l'ordre. Un catholique lui fournit ensuite un asile secret, d'où il put se sauver, après avoir vu périr sous ses yeux, frappé d'un boulet à la tète, le frère lai André Robert, de Barcelonnette :i. Il faut encore mentionner le meurtre d'un jardinier des Carmes, Antoine Platon 4. Les biens de tous furent saccagés.
Quant à l'évèque Pellicier, déjà fort souffrant, il finit sa vie t\ Maguelone, au milieu des angoisses de ces heures de destruction et de deuil, ou l'on dilapidait ses biens personnels •>.