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III. — Nouveaux excès protestants, puis délivrance

D'Assier quitte Montpellier en y laissant le seigneur d'Aubais pour gouverneur. — Commission municipal' protestante. — Rôle prépondérant de la magistrature dans les seconds troubles. — Assemblée politique protestante de Montpellier en 1 567 : spoliation des biens ecclésiastiques. — Création anticipée des consuls en 1568. — Sur la )iouvelle de la paix de Loin/jumeau, ruine

1 Délib. du Chap. cathédral des 25 et 27 janvier 1508.

- « Die... qua celébratur festum Sancti Michaelis, propter tumultus bellorum reliquimus conventum pro secunda vice . . . : omnia vero mobilia que habebamus ab héreticis furata et dirupta fuere » (Arch. de l'Hérault, II, Carmes du Palais : reg. de dépenses).

:î Voir p. 197, note, n° 11.

* Arch. de l'Hérault, H, Carmes du Palais : reg. de dépenses.

5 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellicier, pp. 17-i et suiv. — Min. de Th. Degan, étude Grollier, reg. de 1566-1573, f° 100.

LES GUERRES DE RELIGION 34i

des églises urbaines. — Scission dans le parti calviniste. — La Crouzette, lieutenant de Damville, en profite pour remettre pacifiquement Montpellier sous V obéissance du roi.

Tranquillisé par la reddition du fort Saint-Pierre, d'Assier suivit le surlendemain, 20 novembre 1567, Gipières, parti dès le 19 pour secourir Pont-Saint-Esprit, qu'assiégeait le comte de Suze. Mais, avant de quitter la ville, il en nomma gouverneur militaire Charles du Faur, seigneur d'Aubais *. Le premier soin de celui-ci fut de constituer une commission de douze notables, élue par le Conseil de Ville2 et destinée à remplacer tant la pentafchie du 2 octobre que l'administration légale, catholique. La perte des délibérations municipales ne permet pas de fournir le nom de ces notables, mais ils doivent se retrouver dans la liste des acteurs montpelliérains de la seconde guerre de religion que le Parlement de Toulouse décrétait de prise de corps dès le 3 janvier 1568 a.

Par cette énumération, il sera aisé de juger que les Etats de Languedoc, généralisant la remarque, étaient fondés cà insérer dans les remontrances qu'ils présentèrent au roi. après leur session de novembre 1567 à Béziers, que la responsabilité des nouveaux troubles incombait principalement aux magistrats des Cours. Recrutés parmi les protestants, grâce à de fausses attestations de pratique du culte catholique, ils montraient leur partialité confessionnelle dans les causes évoquées devant eux4. Et voilà qui expliquera l'édit catégorique de répression du 25 septembre 1568, dont je relaterai à sa date les effets.

Pendant que se déroulait le siège de Saint-Pierre, la ville de

1 Chroniques et Documents, p. 126. — Deuxième fils de Michel du Faur, Charles avait épousé Jacqueline de Bozéna, fille de Louis, seigneur d'Aubais et du Cailar, et sa mère l'avait doté de la terre de Lasserre (Sylvain Macary, Généalogie de la maison du Faur, pp. 173 et suiv.). Les Bozéna étaient montpelliérains.

2 Chroniques et Documents, p. 126.

;î Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, reg. 93. — Voir pp. 351 et 352.

4 Histoire de Languedoc, t. XII, c. 852, n° 295.

Montpellier abrita l'assemblée politique des religionnaires, appelée par eux États, qui se tint le 30 octobre 15(57 et dont le Parlement de Toulouse annula les résolutions '. Elle fut réitérée néanmoins en janvier 1568.2. La tactique suivie en 1562 et 1563 y fut renouvelée quant à la spoliation des biens et a la promesse de pensions, mais pour celle-ci sans succès 3.

La création anticipée des consuls porta au premier rang Jean de Lasset *. C'est donc à eux que, le l"r avril, d'Assier et le seigneur d'Entrechaux, ce dernier délégué par le prince de Coudé, ensemble arrivés de la veille, purent annoncer le traité de paix ou édit de Longjumeau. Sans même en expliquer toutes les clauses, ils remontrèrent la nécessité la plus pressante, qui était l'octroi de deniers afin de payer et renvoyer les troupes étrangères. Malgré le chiffre élevé de la cotisation, fixée à 500.000 livres pour le Bas-Languedoc, c'est a dire les diocèses de Montpellier. Nimes, Uzès, Viviers et partie du Gëvaudan, un Conseil général la consentit pour sa part, tant l'on était désireux de la paix5.

Mais, cà l'instar des premiers troubles, la perspective de la restitution des églises aux catholiques à la cessation des hostilités excita les religionnaires à s'y attaquer. Déjà, sous prétexte d'ouvrages à faire pour investir la Cathédrale, on avait rasé le monastère Sainte-Catherine près la porte de la Blanquerie (;. Peu après Saint-Firrain avait subi le même sort7, sans qu'on explique le motif de ce choix. C'est maintenant tout le restant des églises urbaines qui furent démolies et totalement rasées, ou peu s'en fallut : Sainte-Foy, Sainte- Croix, Saint-Paul, Saint-Matthieu, Saint-Nicolas, Saint-Ruf,

1 Arch. ilu Part, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 93 ; la date de l'arrêt a disparu.

- Chroniques et Documents, p. 127.

3 Le Trinquaire et le Canillac, c'est-k-dire Raymond Tournaire, qui figurent dans des arrêts du Parlement comme chanoines, étaient abjurants depuis les premiers troubles ou auparavant (Voir pp. 130 et 294).

4 Chroniques et Documents, pp. 233 et 326. •s Ibid., p. 130.

,; Ibid., pp. 125 et 130 ' Ibid., pp. 126 et 130.

le Petit Saint-Jean, Sainte-Anne, la chapelle du Palais, celle de la Salle-l'Evèque et cette demeure, enfin le monastère Saint-Ruf '. En les ruinant, les calvinistes visaient également les ordres religieux qui les desservaient depuis la restauration du culte catholique. L'énorme résistance de leurs murailles et la publication de la paix épargnèrent à Notre-Dame et à Saint-Pierre le même sort, du moins à ce degré. Mais on a vu le résultat de l'effort tenté contre la seconde de ces églises, et à Notre-Dame la grande cloche de la ville fut brisée. Les autres étaient déjà fondues -. Un témoin de ces scènes de destruction, accompagnées d'odieux sacrilèges 3, assure que laplupart de ceux qui, forcés, les exécutèrent, y répugnaient4. C'est sur de telles ruines toutes fraîches que la paix fut publiée avec solennité le 30 avril5. Remettant en vigueur toutes les stipulations de l'édit d'Amboise et supprimant toutes les déclarations et restrictions postérieures, elle réalisait un vrai succès pour les calvinistes. Pourtant, chez ceux de Montpellier comme d'ailleurs, elle produisit une scission. Nombre d'entre eux, en qui dominait le loyalisme envers leur souverain, déférents pour son ordre exprès et satisfaits d'avoir atteint le but qu'ils s'étaient proposé par la guerre, ne songeaient qu'à exécuter les clauses du nouvel édit. Certains, au contraire, « les plus aspres de ceux de la Religion et les autres, qui craignoient les catholiques»0, à raison de leurs excès récents, prétendaient n'obéir qu'à leurs chefs , Condé en France et d'Assier en Languedoc, et ils refusaient, tant qu'ils n'en auraient point reçu l'ordre de ceux-ci. de rendre la ville à l'obéissance du roi. Cette dernière faction l'emporta, lorsque Raymond de Cardeilhac, seigneur de Sarlabous, se présenta, le 7 mai 1568, au nom du souverain et

1 Chroniques et Documents, pp. 130, 131 et 23-4.

2 Ibid., pp. 131 et 234.

3 Gaiiel, De l'origine, des changemens, etc., p. 137.

4 Enquête du 3 aoûl 1538 [Revue historique du diocèse de Montpellier, 3e année, p. 37).

5 Chroniques et Documents, p. 131.

,; Mémoires de Philippi conservés par Pierre Serres (Annuaire de nicrau/t, année 1906, p. 38).

du gouverneur de Languedoc, pour tenir garnison à Montpellier, où on lui refusa l'entrée. Mais, en s'appuyant sur l'autre, un lieutenant de la compagnie' des gens d'armes de Damville fut plus habile, surtout mieux favorisé par les circonstances. Jean de Nailal, seigneur de La Grouzette d, était, par son mariage en 1566 avec Marguerite de Sales, tille du seigneur de Lagriffoul - et de Remye de Chaume, devenu neveu de Guillaume de Chaume, le premier consul de 1560» et celui par alliance de Jean Libel. seigneur de Garescauses ;{. Et ceci lui créait donc, soit avec le parti calviniste modéré, retiré des affaires publiques, soit avec des hommes encore au pouvoir, des attaches, une influence marquée par les chroniqueurs *. Il en usa si bien qu'il se fit reconnaître pour gouverneur avec l'agrément de Damville. C'était au mois de juin 1568. Accepté par les uns, subi par les autres protestants, il se comporta doucement envers tous et. s'il rétablit le culte catholique, il ne nuisit point d'abord au calviniste. Mais les événements pesèrent bientôt sur sa conduite.

1 Histoire de Lanr/uedoc, t. XI, p. 916. 5 Mémoires de Jacques Gâches, p. 292.

3 Testament de Guillaume de Chaume du 18 mai 1364 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guillaume Solier, reg. 111, 1'° 41).

4 Sur cette réduction pacifique de la ville, voir Chroniques et Documents, pp. 132, 234, 324 et suivantes.

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