‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 7 sur 110 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

le service le plus signalé. Nous avons, pour les ouvrages imprimés de celle époque, des bibliographies. Pourquoi ne ferions-nous point sur les manuscrits le même travail? — A cette première tâche devrait s'en ajouter une autre. 11 semble 1res difficile d'avoir une histoire exacte de noire révolution religieuse, si nous ne l'éludions en détail dans chaque province, je dirais presque dans chaque localité.

Cette enquête paraîtra superflue sans doute pour les débuts de la Réforme. Nous n'oublions point que le duel des doctrines a précédé la lutte des partis. Ce fui d'abord dans les intelligences les plus hautes que s'ouvrit le conflil qui devait bientôt s'agiter dans la conscience de la foule. Mais, à mesure que les idées se disséminent, les écrits des penseurs ne suffisent plus à en décrire la marche. Ils signalent le point de départ : c'est ailleurs qu'il faut suivre l'application. Le grand Ilot, une fois soulevé, s'est diversifié lui-même en une foule de courants particuliers. La Réforme a eu ses causes générales ; nous les connaissions. Nous savons moins comment ces causes ont agi sur les individus, et, dans cette complexité de sentiments, de besoins, d'espoirs, de colères que soulève une révolution, lesquelles ont agi, en raison des préjugés, des intérêts, de la condition de ceux qui étaient appelés à la propager ou à la conduire.

On peut dire, avec plus de vérité encore, de notre révolution religieuse ce que nous commençons à entrevoir de notre révolution politique. La France offrait bien pins au XVIe qu'au XVIII'' siècle le spectacle de l'endettement et de la diversité. Dans ces cadres hétérogènes, malgré l'unité de ses idées ou de ses formules, la Réforme devait prendre des aspects très différents. Ici, elle a séduit les penseurs et les lettrés; ailleurs, le peuple. Dans telle province, elle a entraîné la majeure partie de lanoblesse; tout à côté, la noblesse lui a été contraire. Des villes entières se sont données à la religion nouvelle ; d'autres l'ont violemment combattue. Par là, la Réforme n'a été l'œuvre exclusive ni d'une classe ni d'une région. La France s'esl divisée contre elle-même; mais les armées en présence se son! recrutées dans les mêmes milieux et les mêmes rangs sociaux. Formation un peu disparate, à laquelle répond la diversité des aspirations et des mobiles! Passion religieuse chez les uns, ambition politique chez les autres; relations de famille ou

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