‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 8 sur 110 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

intérêts matériels, tels que la spoliation des biens d'église et l'affranchissement des dîmes, amour de la vérité, soif du martyre, rancunes particulières, une foule de causes ont contribué à détacher les populations de l'ancien culte. Les grandes secousses sociales ont ce résultat de soulever tout ensemble les sentiments les plus hauts et les instincts les plus vils. Commencées presque toujours au nom d'un idéal, elles se dégradent par leur succès même, où se confondent les rêves généreux qui aspirent à un ordre nouveau, les convoitises utilitaires qui ne songent qu*à en profiter.

Une histoire générale delà Réforme ne sera donc possible qu'après une série d'études locales approfondies. Voilà les matériaux solides de l'édifice. Sans eux, il ne serait qu'une façade, privée d'assises ou d'étais. condamnée à être retouchée sans cesse et à crouler au moindre choc. Les érudits l'ont compris qui, depuis la (in du dernier siècle, se livrent à ces recherches. Des travaux comme ceux de MM" N. Weiss sur la Réforme à Bourges ou à Paris, Belle sur la Bourgogne, Uursel et Prentout sur la Normandie, Patry sur la Saintonge et la Guienne ont beaucoup fait pour les progrès de notre histoire. Cette spécialisation a permis d'abord, sinon de publier les documents, au moins de s'en servir. Elle a rendu plus faciles des vues d'ensemble sur un domaine dont les contours étaient plus précis et l'horizon plus restreint.

Souhaitons que cet effort se continue. La science française possède des ouvriers tout désignés pour le poursuivre : ces sociétés savantes qui, nées au siècle dernier, se sont attachées à décrire la vie de ces petites patries dont notre unité française s'est constituée. Nous leur devons beaucoup. On est stupéfait, en parcourant leurs revues ou leurs bulletins, delà somme énorme de labeur, de résultats, dont elles ont enrichi notre patrimoine intellectuel. Peut-être onl-elles un peu trop travaillé en ordre dispersé. On peut dire des recherches historiques ce que Renan disait jadis de la philologie : cet individualisme, cet isolement sont un grand obstacle à leur progrès. Mais ces sociétés ont du temps. Elles ont des ressources. Elles demeurent, avec nos universités, et combien plus dégagées des obligations professionnelles, les seules forces collectives de travail. Que ne. prennent-elles résolument en mains ce grand œuvre d'inventaires et de monographies que nous attendons pour le XVIe

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