I. — Violente réaction populaire
La Crouzetie, faisant appel à de nouvelles forces, détermine l'émeute du 27 juillet 1568. — Appréhensions et négociations. — Exode forcé de protestants. — Joyeuse ramène les ecclésiastiques et réintègre les consuls de 1567. — Pillage du temple de la Cour du Bayle. — Cessation du culte calviniste dans la ville.
La Crouzette avait été reçu avec deux compagnies d'infan-
1 Voir, pour le Languedoc, une plaquette fort rare intitulée : Copie des articles présentez au Roi/ par le député des Estais de Languedoc avecques les responses de Sa Majesté (Bibl. de la Ville de Montpellier, fonds de Languedoc, n° 404).
fanterie de Sarlabous et une partie de la sienne propre '. 11 les logea au Palais, qui depuis la ruine de la Cathédrale était le bâtiment le mieux fortifié, comme il était le plus dominant. La Cour des Aides, qui 1 occupait, venait seulement de reprendre ses travaux, interrompus par les troubles depuis le 25 septembre 15G7. On la transféra au Collège du Pape, mais ses archives demeurèrent et le mobilier fut sauvegardé-. Jugeant ses forces encore insuffisantes, le gouverneur militaire prétendit les augmenter, et c'est à l'approche des nouvelles troupes que l'émeute éclata, le 27 juillet 1508. Consuls, capitaines et population, calvinistes s'entend, tinrent une assemblée, qui décida d'envoyer faire au gouverneur des représentations. Jean de Lasset, premier consul, remontra doue à La Crouzette que celui-ci, sans ordre du roi ou de Damyille, ne pouvait introduire d'autres troupes que celles autorisées déjà. Persister dans son dessein dénoterait l'intention de traiter les huguenots de Montpellier comme l'avaient été leurs coreligionnaires de Pont-Saint- Esprit. Us étaient décidés, par conséquent, à s'y opposer par la force. La Crouzette protesta de ses intentions pacifiques, excipa de l'ordre de Joyeuse, représentant du roi. Le premier consul lui répliqua qu'il en coûterait la vie à deux mille hommes avant que les troupes pussent entrer. En effet, ayant rapporté cet entretien a l'assemblée, aussitôt deux mille protestants prirent les armes et se rendirent devant la Loge. Là ils se répartirent en divers corps, lesquels occupèrent les avenues des portes de la Blanquerie et des Carmes, par où devaient entrer les renforts. Us y tendirent les chaînes dont on les fermait et qui ont laissé longtemps leur nom a l'une d'elles :{. Us entourèrent aussi de tranchées le Palais, où se tenait La Crouzette. II était alors environ midi.
1 Sur l'affaire du 27 juillet voir p. 344, note 4. — Montaigne ne parle que de forces venues en une l'ois: or il y avail garnison au Palais avant le 27 (Voir note suivante).
- Lettre de Joyeuse à La Crouzette du 11 juillet 1568 (Arch. de l'Hérault, H, Cour des Aides : requêtes, délégations, affaires de 1555 à 1615 .
:l Hue de la Cadène, aujourd'hui Montels.
LES GUERRES DE RELIGION d4 i
On juge des appréhensions des habitants. C'était le combat imminent dans les rues mêmes de la cité, la lutte sans merci entre des hommes aguerris, acharnés, puis c'était le sac inévitable de la ville par le vainqueur, quel qu'il fût : troupes régulières impitoyables ou calvinistes étrangers cupides. Les chefs des deux partis le comprirent et commencèrent par négocier une trêve de quelques heures, qui fut employée en pourparlers. Au Conseil tenu à l'Hôtel de Ville, le ministre Jean de la Place remontra vivement aux religionnaires le tort qu'ils assumaient par leur rébellion contre un gouverneur institué par le roi à leur propre demande, et il dépeignit tous les maux qui en pouvaient résulter. Il fut écouté, et l'on arrêta d'obtenir la libre sortie pour tous ceux qui, compromis dans cette affaire ou dans les troubles précédents, redouteraient des représailles et préféreraient quitter Montpellier. Condition que La Crouzette accepta d'autant plus volontiers qu'il évitait par là l'effusion du sang, et purgeait la ville de son élément le plus turbulent. L'accord fut conclu vers les quatre heures du soir.
On vit alors un lamentable spectacle, que nous a dépeint un de ceux qui l'offrirent. Sur le soir, tandis que les troupes royales pénétraient par la porte des Carmes, par celle de Lattes s'accomplit, au milieu des larmes, des supplications, des cris de leurs femmes et enfants, dont certains partaient avec eux, l'exode d'un assez grand nombre ' de religionnaires. La Crouzette lui-même avec sa cavalerie les escorta jusqu'au village voisin de Castelnau, afin de prévenir toute collision. Les cinq premiers consuls, c'est-à-dire Jean de Lasset, conseiller au Présidial, Jean Ortolan, auditeur à la Chambre des Comptes, Jean Miot, marchand, Jean Dumas, chirurgien, et Jean Janet, bourrelier-, deux ministres et bien d'autres, qui avaient manié les affaires durant les troubles et dont il sera question bientôt, quittèrent Montpellier et se dispersèrent dans les villes des Cévennes : Ganges, Sauve. Durfort, Saint-
' Les relations varient sur leur nombre entre les chiffres de 1.200 et de 1500.
2 Chroniques cl Documents, p. 233.
Hippolyte, allèrent môme plus loin '. Ils grossirent ainsi les troupes qui s'y assemblaient pour la troisième guerre. A Montpellier cependant demeurèrent, très peu nombreux mais paisibles, leurs coreligionnaires décidés à se réclamer de ledit, et le culte réformé continua sans trouble2. Ce ne fut pas pour longtemps.
Le 30 juillet, Joyeuse vint à Montpellier, escorté de beaucoup de gentilshommes de Languedoc et ramenant les ecclésiastiques et principaux catholiques, lesquels n'avaient osé jusque-là se risquer 3, et l'on institua pour le 27 juillet, jour d'où l'on datait la libération de Montpellier, une fête commémorative4. Le lendemain le lieutenant du roi réintégrales consuls catholiques de l'année précédente. Ils furent assistés d'un Conseil de douze notables, tous pris parmi les catholiques5, et ainsi le pouvoir passa exclusivement entre les mains de ces derniers.
A ce fait et au souvenir récent des ruines amoncelées par les calvinistes, il faut attribuer un acte de vives représailles accompli par certains catholiques. De nuit, le 4 août, ces exaltés allèrent briser les portes du Temple, à l'ancienne Cour du Bayle. Ils renversèrent la chaire, saccagèrent et emportèrent les sièges et bancs de bois, et voulaient même abattre l'édifice. Seules l'arrivée du jour et celle de gens envoyés par Joyeuse pour s'y opposer mirent un terme à cette regrettable violence. Un tel excès, qui demeura impuni, servit d'avertissement aux protestants qu'ils avaient désormais cà redouter la vengeance d'un peuple dont ils avaient si souvent blessé les convictions, et que n'avait pas arrêté même la présence
1 Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1508-1570, où on le voit circuler dans les Cévennes. — De même son confrère Chaugier de Montpellier s'établit à Florac [Bulletin S. P. F., t. XXVI, p. 403).
2 Chroniques et Documents, p. 134.
3 Ibidem.
5 Chroniques et Documents, p. 134. — Les consuls catholkpies ne trouvèrent aucuns fonds ;i la Ville et durent emprunter aussitôt (Arch. mun. (!'■ Montpellier, CC, Command. de 1507, au 12 novembre).
du lieutenant du mi. Il fut, en conséquence, décidé par eux non seulement qu'on cesserait les prêches, mais qu'on mettrait en sûreté les ministres restants. A leur tour, ceux-ci quittèrent la ville et le culte protestant y fut aboli '.
Joyeuse en repartit également, et le 13 août il écrivait de Nimes à Damville: «J'ay remys la pollice des villes en Testât qu'elles estoyent avant les derniers troubles, autrement n'y avoir ordre de pollicier lesd. vHles. En quoy je n'ay pas eu grand peine a Montpellier, s'estant les Gonsulz de lad. ville qui avoient administré durant les troubles rendus fuitifz, et conduisans toutes les trouppes en armes. Et veulx bien croyre que a leur acoustumée ilz s*en plaindront au roy et a vous, comme ilz feirent aux premiers troubles. Vous congnoissez les gens de votre gouvernement et leur humeur, ce que me gardera de vous dire autre chose. Seullement vous suppliray très humblement de ne permettre que l'ordre que vous mesmes y avez mys, et lequel j'ensuys, soit preverly, car autrement ce ne seroit fere le service du roy, et congnois evydemment que ceulx de la nouvelle relligion ont quelque mauvais desseing, se tenans assemblez en armes parles montaignes a grosses trouppes, et se sont desja maintenuz en cest estât depuys trois sepmaines » -. Joyeuse n'avait pas à craindre d'être désavoué, car son message à Damville se croisa avec une lettre que lui adressait Catherine deMédicis pour le féliciter de la réduction sans combat de Montpellier à l'obéissance royale3. Mais il ne se trompait point sur les intentions des protestants fugitifs. C'était bien la guerre qu'ils préparaient, et dans la ville, malgré les serments solennels de respect et de concorde que, vers la mi-août, Joyeuse fit prêter aux habitants des deux cultes i, on en ressentit les effets par une réaction plus accentuée encore.
1 Chroniques cl Documents, pp. 135 et 23G. — Joyeuse ne mentionne pas le fait dans sa lettre du 13 août (Voir note suivante).
2 Bibl.Nat., fr. 3.179, f« 25.
:i Bibl.Nat., IV. 15.547, f° 243.
4 Chroniques et Documents, pp. 130 et suivantes.
IL — La répression judiciaire
Sur V annonce d'une nouvelle guerre, affolement de la population. — Les militants calvinistes poursuivis judiciairement. — Procès et exécution capitale de Jean de Bouques. — Décret de prise de corps contre d'autres reformés. — Epuration de la Cour des Aides. — Instances criminelles pour excès particuliers. — Sentence capitale par contumace contre vingt-sept religionnaires à la f0îSt — Arrestation, condamnation et sommaire exécution par le peuple de V apothicaire Jacques de Farcies. — Confiscation des biens des religionnaires fugitifs. — Les revendications catholiques : enquêtes, assignation d'immeubles des rebelles aux ecclésiastiques,affectation du temple comme église. — L'imposition de guerre sur les protestants.
La guerre, qui, commençant pour la troisième fois, pouvait ramener vainqueurs les fugitifs exaspérés, affola vraiment la population catholique d'une ville qui avait tant souffert des précédentes. Elle réclamait des mesures spéciales de défense, et il fallut que les consuls et les sergents des compagnies tinssent une réunion, les 24 et 25 septembre, a pour tracter des affaires de la ville pour la thuission et deffence des habitans (ficelle, qui se effroyent promptement » *. Les hostilités réclamant le concours de La Grouzette, le baron de Castelnau lez Pezenas fut envoyé pour gouverneur2. Aussitôt les fortifications furent réparées et les habitants catholiques armés3.
1 Arch. nmn. de Montpellier, CC, Command. de 15G7, f° 81 v°, au 30 septembre 1508.
2 On le trouve sous cette qualité déjà, le 5 novembre 1508 (Arch. mun. de Montpellier, EE, logements de guerre : compte de Jehanne Coste, hôtesse du Cheval-Blanc). — Il porte le même titre les années suivantes, par exemple le 18 mai 1570 (Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1570, f° 169 v°), tandis qu'il ne l'a plus le 31 juillet 1572 (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1572, à cette date). — Ce seigneur est appelé Jean de Guers, en cet acte du 18 mai 1570, ce qui le ferait différent du gouverneur de 1504 (Voir p. 305, note 5).
:1 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1507, aux 8 avril et 10 octobre 1569, 14 février 1570. — Ibid., EE, armes : engagement du 0 février 1500.
Sous le coup de ces alarmes et en vertu de Fédii du 25 septembre 1568, qui accordait un délai de vingt jours pour se soumettre ou être déclaré rebelle, édit publié à Montpellier le 19 octobre, les poursuites se multiplièrent, s'activèrent. Mais elles étaient commencées bien auparavant, ayant pour causes le saccagement des églises, leur destruction et les offenses et dommages contre les particuliers. C'est le thème général qui revient dans les arrêts du Parlement de Toulouse alors prononcés, et par lesquels un grand nombre de calvinistes étaient touchés. La première liste se rapporte à un décret de prise de corps, rendu dès le 3 janvier 1508 '. La voici, complétée quant aux prénoms, noms et surnoms par des documents contemporains. Elle est sériée par professions. On y retrouvera les membres de la pentarchie, établie en 1567.
François d'Airebaudouze. seigneur d'Anduze, président ci la Cour des Aides ; Michel de Saint-Ravy, Antoine de Tremolet, baron de Montpezat, et Paul de Clerc, généraux à cette Cour; Jacques de Montaigne, avocat du roi a la même; Guillaume Philippi. procureur général du roi à la même -.
Jean Libel, seigneur de Carescauses, maître à la Chambre des Comptes.
Jean de Bouques, seigneur du Pous, président au Présidial ; Jean de Lasset, Fulcran de Vignolles, Antoine Uzillis, Guillaume de Melet, conseillers à ce siège.
Jacques David, seigneur de Montferrier, avocat.
Nicolas Talard, notaire.
Paulin du Moys, ancien receveur.
Louis de la Roche, viguier d'Uzès; Louis de Bucelli, seigneur de La Mosson ; Nicolas (?) de Calvière, seigneur de Saint- Cosmc ; Jean Amalric dit Senglar ; François Maurin dit
1 Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, reg. 93.
- Etant donné le rôle joué par Guillaume Philippi dans la seconde guerre de religion (Voir p. 334), c'est bien h lui qu'il faut appliquer le décret de prise de corps rendu le 3 janvier 1568 (Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, reg. 93) contre « Phelipi, gênerai » ce qui semblerait désigner Jean, son frère. Le mot intermédiaire « procureur » doit être alors suppléé.
Eustache; Blanchi, seigneur de Saint-Martin à Gournonterral ; Antoine Verchant ; Antoine Grémian ; Jean et Guillaume Grémian, frères ; Pierre Suau dit Bouillargues, capitaines.
Jean de la Place, Claude Formy, Michel Manni et Antoine Pellicier, ministres.
Mais, avec le renouvellement des hostilités à la troisième guerre, la répression s'accentua : les décrets de comparution furent réitérés, des arrêts de condamnation les suivirent, beaucoup de sentences capitales furent rendues. Néanmoins une seule fut exécutée. Elle frappait le chef de la pentarchie responsable des excès d'octobre-novembre 1567 : Jean de Bouques, président au Présidial, de qui la qualité de président aussi de la magistrature locale aggravait indiscutablement la culpabilité. C'est Joyeuse qui, venu à Montpellier, le déféra à la justice du Parlement de Toulouse par ordonnance du 4 octobre 1568. La procédure révèle qu'il avait pris part aux événements d'octobre 1567 : pillage de la demeure de Joyeuse et de la Cathédrale, ainsi qu'à la ruine de l'église Notre-Dame de Londres, voisine de sa seigneurie de Viols. Jean de Bouques, prisonnier cà la Conciergerie du Palais à Toulouse, défendit sa tête avec énergie. Une première récusation admise contre un de ses juges. Vital d'Ausonne, l'encouragea à en tenter tmit autres, qui échouèrent. Il cita aussi nombre de témoins, dont la Cour refusa l'audition, les interrogatoires de l'accusé et les pièces de la procédure l'éclairant assez. Le 26 octobre, la cause fut déclarée en état d'être jugée1, et finalement la sentence rendue le lendemain: de Bouques, convaincu du crime de lèse-majesté, serait, la hart au col, traîné sur la claie par les rues de Toulouse, et aurait la tête tranchée et portée à Montpellier pour y être exposée sur un poteau à la maison « ou se faisoit l'exercice de la dampnée secte - ». La preuve de l'exécution de la sentence est fournie par la répartition de l'amende 3. Quant au rôle de
1 Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, reg. 95, arrêts des 20, 21, 25 el 26 octobre 1568.
- Chroniques ri Documents, p. 400.
a Ibid. p. 402. — Saisir de l'amende adjugée au Chapitre cathédral sur
LES GLEftRES DE RELIGION 353
Joyeuse, en l'espèce personnellement intéressé, et investi de pouvoirs administratifs, il est passablement suspect dans un cas purement judiciaire. Serait-ce pour ce motif que les chroniqueurs locaux ont passé celui-ci sous silence, prudemment ?
Le même arrêt qui condamnait Jean de Bouques, décrétait de prise de corps certains de ses complices : Antoine de Trémolet, général des Aides, Jean de Farges, maître à la Chambre des Comptes, François Auzières, marchand, Nicolas Talard, notaire, et Dominique Pauille, procureur à la Cour des Aides. Mais pour eux il resta lettre-morte : la fuite les mettait à l'abri.
Ces mesures si fermes produisirent effet sur les magistrats. Le 17 décembre 1568, on voit la Cour des Aides, amputée de certains de ses membres, d'autres étant venus à résipiscence, tel Jean Philippi, à la suite de l'édit du 25 septembre, mettre en demeure avocats, procureurs et huissiers de fournir la preuve qu'ils pratiquent de fait la religion catholique et romaine, ensuite décharger, s'ils sont calvinistes, tous ceux qu'elle avait commis à la régence des offices vacants soit de justice soit de finance 1. Ainsi fut accomplie à Montpellier l'épuration complète de la magistrature, qu'avaient réclamée les Etats de Languedoc.
Mais, à part les excès publics poursuivis à la requête du procureur du roi, un certain nombre d'instances particulières furent introduites, qui mirent en cause nombre de protestants, les uns déjà visés pendant la seconde guerre, les autres de nom obscur. Ces procédures se rapportant aux violences exercées par les calvinistes à l'occasion des troubles religieux, doivent être relatées ici pour éclairer les détails de la guerre.
Vers la fin de l'année 1567, la tour de la Carbonnière, si utile au passage d'Aiguesmortes et dont la garde était confiée
les biens de « feu m1' Jehan de Rouques, en son vivant président dud- Montpellier» (Délib. du Chap. cathédral du 21 janvier 1569).
1 Arch. de l'Hérault, B, Cour des Aides : arrêts, délégations, affaires.
Soc. Arch ce Montteiiier. 03
."l.j'i IA RÉFORME A MONTPELLIER
au capitaine Guillaume Amalric dit Page, de Lunel, avait été livrée aux catholiques. Aussitôt on cria à la trahison et Page fut pour ce fait décapité à Montpellier *. Mais le père, la veuve et les trois enfants du capitaine traduisirent au Parlement tous ceux qui avaient participé k son exécution, (relaient le gouverneur Charles du Faur. seigneur d'Aubais, les capitaines : Senglar, parent de Page, Bouillargues, La Rochette, de Solier dit Faugères, Maurin dit Eustache, Montolieu, un des Grcmians, le prévôt Jean Allard, le ministre Manni, le premier consul de 1568 Jean de Lasset, son assesseur Guillaume Bornier, Etienne Ratte, avocat au Présidial, trois avocats : Jacques David, des Chambres et Rudavel, un autre Rudavel son frère, greffier, plus uni? douzaine de comparses sans notoriété aucune. Contre eux, le 13 décembre 1568, forent décrétés la prise de corps ou l'ajournement personnel -.
Antoine du Rohin, beau-frère du juge-mage par sa femme Delphine de la Coste, était juge ordinaire de Montpellier et il en avait été fait consul en 1567. Il était donc en exercice au moment de l'invasion de la ville, et subit le siège à Saint- Pierre, probablement avec sa femme. On voit, en effet, les deux époux obtenir, sans doute en dédommagement de la îançon exigée d'eux ou du pillage de leurs effets, un décret de prise de corps, le 4 janvier 1561), contre Jean de Lasset, Jean Ortolan, le geôlier de la maison consulaire et deux capitaines : Sainte-Marie, de Pont-Saint-Esprit, et Jouarre 3.
Louis de Pelet, seigneur de Comhas lez Sommières, capitaine catholique, qui était le frère de Guillaume de Pelet, chantre du Chapitre cathédral de Montpellier, avait vu son château tomber aux mains des protestants. Les meubles avaient été pillés, les reconnaissances et créances brûlées, le \'c\\ mis à la maison et huit cents têtes de bétail emmenées.
1 Chroniques et Documents, p. 127.
- Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 06. — t'ne note marginale indique que, le 5 niai 1571, l'arrêt, quant à Charles du Faur, l'ut rayé en vertu de l'édit.
3 Ibidem.
LliS GUERRES DE RELIGION 355
De tous ces méfaits il rendait responsable If capitaine Antoine Charron, qui fut condamné à lui payer une amende de 4.200 livres tournois *, et les Trémolet père et fils -.
C'est un grand nombre de religionnaires rebelles que les informations ordonnées sur la requête de Jean- Antoine de Bandinel. président à la Chambre des Comptes, firent décréter de prise de corps le 28 janvier 1569. Y étaient en cause d'Assier lui-même, avec son maréchal des logis. Antoine de Trémolet, sieur de Montpezat, et Michel Saint-Ravy, généraux aux Aides, Jean de Farges, maître aux Comptes, avec son frère Raymond, les seigneurs de La Mosson, de Glausonne et de Monoblet, les capitaines Senglar, Eustache, Giniès, de Saint- Martin, Sainte-Marie, La Roche, viguier d'Uzès, le receveur de la Roye, deux marchands de Pézenas : Jacques Corbière et Honorât d'Aïubesaigues. De quel fait exact s'agissait-il ? L'arrêt ne fournit pas de précisions, mais un indice. Il y est question de certaine missive envoyée par le seigneur de Monoblet à la femme du président de Bandinel, laquelle était une de la Croix3. 11 est vraisemblable qu'il s'agissait de la rançon de ce catholique de marque, traitée avec Mme de Bandinel. contre la famille de laquelle s'acharnèrent toujours les calvinistes.
Il en était de même pour celle des Teinturier, seigneurs de Montmaur et Boutonet, et le représentant alors de cette maison, Jean, obtint, le 10 mai 1569, à suite d'informations, un double arrêt. Furent décrétés de prise de corps Antoine Valori, maçon * ; Poncet, son gendre ; Michel Hérouard, chirurgien ; François Maurin dit le petit Eustache ; Simon
1 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 9G : arrêts des 27 janvier et 22 février 1569. — Ce Charron avait épousé une montpelliéraine, Charlotte de Sobevras (Arch. mun. de Montpellier, GG, 314, fos 85 v°, 134 v°, 161 v°). 11 est dit, le 5 octobre 1570, seigneur d'Aiguesmortes et habitant de Montpellier (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jean Solier, reg. de 1570-1571, f° 56).
2 Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 96 : arrêts des 25 janvier et 18 février 1569.
3 Ibid., reg. 96.
4 Un militant des guerres (Voir p. 262 et chap. VI § 1 1) .
Sandre, seigneur de Saint-Georges ; Pierre de Combes de Montagu, seigneur de Gombas et consul de Montpellier ; un des fds de Jacques de Farges qui était bossu ; Jacques de Montaigne, avocat du roi à la Cour des Aides ; Pierre Jacquerie, gendre de l'hôte de Y Agnus Dei, et François Rey, surveillant. Furent ajournés à comparaître, pour le consul Martin, François Maigret ; l'ex-chanoine Tournaire dit Canillae ; Jacques Felguier ou plus probablement Folchier *, magister, Antoine Verchant enfin les petites gens qu'étaient Vincent del gavot, Annet du cordier, Guillaume Begon, le cardeur Michel, Guillaume Arnaud, Jean Vergnes et son fds bâtard, le cordonnier Guitard. André Fayn ou Feynes, Jean Pichon, André Bastard ou le bâtant-.
Ainsi les instances se multipliaient quant au nombre des prévenus et s'accumulaient sur la tête de certains, procédures par contumace sans doute, mais qui n'en étaient pas moins redoutables en un temps où le sort des armes pouvait à tout moment livrer à l'exécution le condamné. A ce point de vue, le 10 mars 1569, fut prononcé l'arrêt le plus complet et le plus grave, soit par les crimes qu'il visait, soit par la peine qu'il y appliquait. Le procureur du roi, quant aux délits de lèse-majesté, levée d'armes et invasion de Montpellier, meurtres et massacres, sacrilège et pillage, démolition d'églises et maisons privées, saccagement de ces édifices, ainsi que Jean-Antoine de Bandinel et Louis de Pelet, déjà nommés, quant à leurs dommages particuliers, poursuivaient vingtsept accusés, la plupart ceux-là mêmes qui dès 1508 étaient désignés comme ayant pris aux troubles de 1507 une part active. Publiant la sentence 3, je ne répéterai pas ici tous ces noms, mais j'y note quelques changements. Ont disparu de la prévention Guillaume Philippi et Paul de Clerc, de la Cour des Aides. Antoine Uzillis, conseiller au Présidial, le capitaine Bouillargues et le sieur de Saint-Cosme. Les trois premiers, magistrats, s'étaient évidemment soumis à l'édit du
« Voir p. 321.
- Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 97.
3 Chroniques <>t Documents, p. 40J.
25 septembre 1568. De Bouques on a vu le procès et le supplice. Mais ont été joints à l'instance d'Assier et son secrétaire Castel, décrétés de prise de corps les premiers de tous dès l'année 1567, Trémolet, seigneur de La Valette, fils dv, celui de Montpezat. Ces vingt-sept personnes furent donc déclarées contumaces et, comme telles, condamnées a être, la hart au col, placées sur un tombereau pour faire le tour de la ville de Montpellier, ensuite pendues à des potences dressées sur ses places publiques. A l'égard de d'Assier, d'Airebaudouze, Trémolet père, Saint-Ravy, de Lasset, Vignolles et Libel, magistrats, de Pellicier et La Place, ministres, enfin du capitaine Senglar, la peine était aggravée en ce que d'ores et déjà leurs effigies, peintes sur autant de tableaux avec les mots : criminels de lèse-majesté, seraient traînées sur la claie, et que solidairement ils fourniraient une amende de 150.000 livres, appliquée distributivement à la Ville, à Louis de Pelet et à son frère Guillaume, a titre de prieur de Combas, au président Jean-Antoine de Bandinel, enfin à la restauration des églises et des maisons privées, le reste de tous les biens demeurant confisqué au profit du roi.
11 est des faits qui, sans se justifier, s'expliquent par leur concomitance avec d'autres. Tel fut, — après le détail de toute cette répression judiciaire, qu'on chercherait vainement, je le répète, dans les chroniqueurs locaux, eux-mêmes compromis de la veille ou du jour, — le cas de Jacques dv Farges. le «élèbre apothicaire montpelliérain J. Etabli au centre de la ville, sur la place des Cévenols, il préparait dans son officine ces produits de tout temps renommés pour leur vogue et leur cherté : thériaque, dont la pureté était maintenue par des inspections fréquentes, eau d'ange et poudres de senteur, appréciées des hauts personnages auxquels, en des circonstances solennelles, les offrait l'administration consulaire. La belle « boutique Nove », ainsi qu'on l'appelait, récemment honorée de la visite de Charles IX, était le lieu où se débitaient ces précieuses marchandises. Plusieurs fois
1 Los détails du procès et exécution de Jacques de Farges sont uniquement rapportés par le chroniqueur protestant Philippi (Chron. et Doc, pp. 112 et 143).
consul et déjà sexagénaire, Jacques de Farges y trônait, faisant envie à beaucoup. Hélas ! il allait, dit un contemporain, fournir un nouvel exemple de cette instabilité de l'humaine fortune, si profondément exprimée par les anciens !
Toute la famille de Farges doit être mise au nombre des calvinistes militants. Au moins doux ' des fils de l'apothicaire avaient pris aux troubles une part active : Jean, maître à la Chambre des Comptes. Raymond, qui avait été « commis par led. sieur d'Assier a la recepte des deniers qu'ilz faisaient lover sur le peuple» en 1567, sont au nombre des condamnés de 1569. Jacques lui-même s'était passablement compromis : capitaine du sixain Saint-Firmin sous la domination protestante-, il avait, au pillage de la Cathédrale en 1561, bénéficié du bénitier pour arroser son jardin du faubourg de Lattes 3 et, dans ce même jardin, précisément alors, on retrouvait aussi, grâce à une enquête judiciaire, des matériaux dérobés à l'église des Cordeliers de l'Observance,. voisine1. Tout cela n'était pas pour plaire aux catholiques de la ville, et accrut certainement leurs mauvaises dispositions, lorsque éclata un incident très grave.
Vers la fin février 1569, on trouva, cachés dans les caves de Jacques de Farges, des barils de poudre, non de senteur cette fois, mais à canon. Il y avait également des armes. Le tout fut saisi et porté à l'Hôtel-de-Ville. En même temps l'apothicaire, sa femme, qui se nommait Isabelle Gleize5, et
1 Dans un arrêt subséquent, du 10 mai 1569 (Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, reg. 97), on mentionne « le fils de Jacques île Farges le bossu » ; mais je ne saurais dire s'il est question là de Jean, de Raymond ou de quelque autre. Pour Jean, voir pp. 353 et 355. Pour Raymond, voir p. 353 ; min. de Th. Degan, étude Grollier, reg. de 1566- 1573, f° 106 ; Pierre Serres, Annales {Annuaire de l'Hérault, année 1906, p. 37).
"- Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1562, au 1er janvier 1563 (n. st.).
:i Chroniques et Documents, p. 388.
4 Huit cents cairons. La vérification est du 23 mars 1569 (Arch. de l'Hérault, H, Cordeliers de l'Observance, cahier parch.de 12 ff.).
5 Chroniques et Documents, p. 361. — Contrat du 2 octobre 1571 (Min. de .Lan Portai, élude Blain, reg. de 1571, f° 527).
leurs domestiques furent incarcérés à la prison ordinaire de la Viguerie, contiguë à cet Hôtel-de-Ville. Cependant le gouverneur, par prudence sans doute, fit enlever du Consulat la poudre et les armes. Le peuple s'émut très fort de cela et, sur le soir du i mars, il se porta vers la maison de Farges, en brisa les portes, la pilla de fond en comble toute la nuit, meubles et marchandises, pour une valeur de 10.000 livres environ. Au petit jour, on y mit le feu, ce qui endommagea même des immeubles voisins.
L'acte de destruction matérielle accompli, la populace s'arma, s'assembla de nouveau, criant par les rues qu'elle voulait qu'on lui livrât Jacques de Farges et menaçant, si justice n'était de lui promptement faite, de couper la gorge aux magistrats et aux notables. La faiblesse du gouverneur ou sa crainte de déterminer une sédition très grave l'empêcha de faire sortir les deux compagnies dont il disposait, pour réprimer la folle cruauté de la populace. Consuls, gentilshommes et autres honnêtes gens s'efforcèrent bien, mais vainement, de Tapai ser. Elle les assiégeait eux-mêmes, ainsi que le juge-mage et les magistrats commis au procès de Farges, dans l'Hotel-de-Ville, où ils étaient venus de grand matin. Sous cette pression des émeutiers, la cause fut rapidement instruite et jugée, et la sentence prononcée par le prévôt 1 des maréchaux . Elle portait que Jacques de Farges serait pendu. Dès que la foule apprit cette solution, qu'elle désirait, elle se rua pour l'exécuter elle-même. Elle se saisit, en effet, du condamné et des bourreaux, les entraîna devant
1 C'est là un fait important à noter et que Philippi a passé sous silence. — Le 10 juin 1570 la ville payait à André Doard, sergent ordinaire de Florensae, « tant pour ses vaccations et journées qu'il a faictes et exposées en faisantz les inquants des biens de feu Jaques de Farges, adjugez aux sieurs Consulz par la sentence condeiupnatoire dud. feu de Farges, assiz and. lieu de Florensae, que pour venir quérir les lettres de crie et possession en ceste ville duprevost qui l'a condempné, etc. » (Arch. niun. de Montpellier, CC, Command. de 1567). — « Pour aller a lad. raeterie [a Florensae] pour fere la saisie d'icelle meterie au nom du scindic de la ville, pour la somme qui lui a esté adjugée par lad. sentence du prevost de mareschaulx » (Ibid., au 8 juin 1569).
la maison incendiée et pendit au plus haut étage de l'immeuble l'infortuné, qui put ainsi voir sa ruine. Le corps y resta tout le lendemain dimanche, qui était le 6 mars. Des hiens de Jacques de Farges, confisqués au roi, la Ville eut pour sa part une métairie à Florensac !. Il faut voir, dans cette affaire si regrettable, la résultante des menées protestantes pour récupérer Montpellier, de la tactique répressive adoptée alors par le Parlement de Toulouse, de la sévérité connue d'une juridiction de guerre, et surtout de la réaction publique contre les violences antérieures des calvinistes. Ainsi législation du moment, mentalité populaire et conscience des magistrats étaient à l'unisson pour réclamer, appliquer, infliger même sévèrement la peine du talion, et la Réforme avait déjà perdu, en fait (Je popularité, tous les avantages acquis d'abord.
lue active surveillance était exercée sur les livres. D'ordre des Consuls, en 1569, Gauvas, capitaine du guet, saisit chez le libraire Antoine Coulomb des ouvrages suspects et des parchemins, et on les brûla 2.
Quant aux biens des rebelles, un arrêt général du Parlement, dès le 11 octobre 1568, avait ordonné qu'ils seraient pris et vendus3. Cbaque condamnation comportait l'amende, on l'a vu. C'est là une différence capitale, mais compréhensible, entre la première et les autres guerres. Jadis on n'avait pas, pour les dommages matériels, poursuivi ou obtenu la réparation des pertes catholiques ; tout avait été couvert à ce point de vue par un sincère et ardent désir de pacification : tous les sacrifices pour la restauration avaient été du côté des victimes. Mais, devant la récidive préméditée de 1567, surtout celle du printemps de 1568, qui suivit la paix et fut aggravée pour la majorité des réformés par une nouvelle levée d'armes, on ne ménagea plus des adversaires euxmêmes si acharnés. Chacun supputa les dommages soufferts
1 Voir p. 359, note.
2 Arch. iniin. de Montpellier, CC, Coinniand. de 1571, au 31 octobre.
3 Arch. du Parlement de Toulouse, chambre criminelle, r-eg. 95.
et visa à les réparer par la reprise légale en argent, en matériaux, en immeubles.
On a vu déjà la Ville, le Chapitre cathédral, les particuliers revendiquer des amendes sur les biens des condamnés. A leur tour, les communautés ecclésiastiques provoquèrent des enquêtes. Il en est resté celle, en août 1568, que le commandeur des Hospitaliers pour Montpellier, frère Louis du Pont, obtint sur la destruction tant du Grand-Saint-Jean dès J502 que du Petit-Saint-Jean en J 5(>8 ', et celle qu'en mars 1569 les Cordeliers de l'Observance firent faire, par témoins et experts, pour établir l'usurpation des matériaux provenant de leur église et de leur couvent, qu'on retrouva dispersés par quantités en vingt et un endroits chez des calvinistes notables 2. D'autres sont perdues 3, mais on peut augurer de leur résultat par la série des lettres-patentes, en date du 25 juillet 1569 4. assignant à chacune des communautés mo-
1 A. Villemagne, Les Hospitaliers à Montpellier (Revue historique du Dioci'se de Montpellier, pp. 37 et suivantes).
2 Arch. de l'Hérault, H, Cordeliers de l'Observance : cahier parch. de 12 ff. Cf. Chroniques et Documents, p. 302.
3 Par exemple, le Chapitre cathédral prit, le 3 mai 1568. une délibération ordonnant aux chanoines d'aller faire partout enquête des ruines et plaintes au roi, comme dans les autres diocèses ; et, le 16 août 1568, une fois rentré à Montpellier, par une autre délibération il décida qu'on rechercherait dans les maisons, de concert avec les capitaines des sixains, tous les matériaux des églises et qu'on les déposerait dans un magasin.
De même le prieur des Carmes note sur son livre de dépenses, le 4 mars 1571 : « Item donné a un sergent pour faire arrester quelques pierres appartenant a l'église de S. \ en troys maisons... 6 sols. » (Arch, de l'Hérault, H, Carmes du Palais).
4 En voici l'é numération :
Pour les Prouillanes, la maison de Bernard Bozon (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits, reg. 9, f° 228 v° ; cf. reg. 64, f° 47 v°, pour l'enregistrement le 4 janvier 1570).
Pour les Dominicains, la maison de Guillaume Bonnail [Ibid., reg. 9, f° 229 v° ; cf. reg. 64, f° 15, pour l'enregistrement le 5 décembre 1569).
Pour les Cordeliers. la maison de Dominique Pauille (Ibid., reg. 9, fo 230; cf. reg. 64, f« 14 v°).
Pour les Augustins, la maison d'Etienne Pomier dit Minole (Ibid., reg. 9, f° 230 v° ; cf. reg. 64, f° 14 v°).
Mastiques Je la ville quelque immeuble des fugitifs, afin d'y attendre la rcëdification de son couvent. Il est opportun de rappeler ici que, spoliées de leurs demeures hors la ville en général en 15(11-1502, elles avaient été de nouveau en 1507- 15(58 privées des asiles que l'évêque et le gouverneur de Languedoc leur avaient accordées intra narras, dans les églises appartenant au Chapitre cathédral. L'assignation provisionnelle, que Joyeuse leur avait faite, d'immeubles des rebelles spécialement coupables à leur égard '. reçut alors de l'autorité souveraine sa confirmation.
C'est en application du même principe que le temple protestant, saccagé dès le 4 août 1508 par la populace -, fut pris pour le culte catholique. Voici dans quelles conditions. Dès que les chanoines, violemment dispersés en octobre 1507. purent se reconnaître, le petit groupe réfugié à Frontignan s'occupa, le 25 janvier 1508, de se compter, de rassembler les autres et, puisque l'évêque Pellicier était mort pendant les troubles, de se réorganiser sous la conduite de vicaires sede vacante. Le 3 mai, réunis en chapitre général, ils décidèrent, « d'aultant qu'ilz n'ont aultre église droicte », de mettre le service divin a Maguelone, ce qui était réalisé déjà le 7 juin. Ils vivaient là, en communauté, frugalement, attendant des
Pour les Cannes, la maison d'Aymes Faget (Arch. du Pari, de Toulouse, Edits. reg. 9, f° 231 ; cf. reg. 04, f" 14 v°).
Pour les Clarisses, la maison de Jean Allard [Ibid., reg. 9, f° 232 ; cf. reg. 64, f° 14 v°).
1 C'est ainsi que les lettres-patentes relatives à Saint-Ruf expliquent que ce Collège, bien construit, bien pourvu en meubles, grains, vin, provisions de toute sorte, « a esté durant ces derniers troubles entièrement pilhé, puis desmoli par ung nommé Facié et ses complices, qui ont prins et appliqué a leur proffit les meubles et merrien dud. Colliege ; pour esviter par led. Fatié la punition par luy méritée, s'en est fouy et absente'' de lad. ville, layssant sa mezon remplye desd. meubles et merrien ». En conséquence, c'est l'immeuble qui fut assigné au Collège Saint-Ruf. Etienne Fatier avait, en outre, été désigné par d'Assier pour recevoir, en décembre 1567, une somme de 3.000 livres due à l'évoque Pellicier et dont les protestants s'emparèrent (Min. de Th. Degan, étude C-rollier, reg. de 1566-1573, f° 106, 9 janvier 1570).
- Voir p. 348.
les guerres de religion 363
jours plus doux. Et ceux-ci vinrent bientôt. A peine La Grouzette avait-il remis la ville sous l'obéissance royale, le lieutenant-particulier. Jean Tourrillon, écrivit le 3 juillet une lettre, lue le 6 en chapitre, « concernant de pourvoir a fere le service divin a Montpellier, suppliant lesd. sieurs soy y transporter pour exercer leur estât». Néanmoins les chanoines ne l'osèrent encore, mais des ce jour firent chercher des prêtres et des ornements, afin de donner satisfaction aux catholiques. Revenus avec Joyeuse J et installés à la canourgue de Saint-Firmin. ils reconnurent, le 16 août, qu'il fallait deux lieux de culte, et ils décidèrent la réparation simultanée de l'église Notre-Dame, moins abîmée, et de l'ancienne Cour duBayle-. Sans nul doute, celle-ci, acquise à prix d'argent parles calvinistes, avec l'agrément de l'autorité souveraine, pour leur culte3, était leur légitime propriété; mais on en était au temps des représailles, et l'usurpation se prolongera. A part les affectations spéciales des biens de certains fugitifs, qui ont été indiquées, il y eut des mesures générales destinées à assurer le payement des impositions mises sur les réformés. L'une de ces impositions est de 1569, puisqu'elle provoqua la commission par Damville aux consuls de Montpellier de faire vendre les biens des fugitifs et de recouvrer leurs revenus des séquestres et rentiers. Le système qui fut adopté dans cette ville pour y satisfaire, mérite d'être signalé à cause des garanties qu'il présentait. L'exécution de l'ordre de Damville fut confiée à une commission de douze membres, un de chaque culte par sixain *. En 1570
1 Voir p. 348.
- Tous les détails qui précèdent sont tirés des délibérations du Chapitre eathédral aux dates indiquées.
6 Voir p. 317.
4 En voici les noms, fournis estropiés par deux documents et que je rétablis :
Sainte-Foy : Jacques de Buzens et Christel Bremond dit Ganclon.
Saint-Paul : Edouard Saporta et Raphaël Puech.
Saint-Firmin : Firmin Lamouroux et Simon Gaillard.
Sainte- Anne : Jean Maigret et Jean Deloustal.
Sainte-Croix : Jean Solier et Jean Eygalenc.
furent mises par le seigneur de Gastelnau lez Pezenas, gouverneur, d'autres impositions de dix-huit et de dix mille livres, contribution de guerre répondant aux faits d'armes que je vais rapidement marquer, mais dont les catholiques supportèrent néanmoins la plus grosse part '. On voit que la rigueur de la mesure de répression est notablement corrigée par cette constatation.