‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 71 sur 110 · III. — La troisième guerre · texte numérisé non relu

III. — La troisième guerre

Les mesures précédentes exaspèrent encore plus les militants de la troisième guerre. — Incidents de celle-ci dans la région. — Mauguio refuge du culte calviniste et foyer de conspirations contre Montpellier : le capitaine Barry. — Faubourgs rasés par les habitants catholiques. — Passage et ravages de l'armée des Princes. — La guerre se rapproche. — Disette. — Paix de Saint-Germain. — Damville ramène les relia ionnaires. — Commissaires pour la paix. — Le culte calviniste relégué à Saint- Jean-de- Védas. — Magistrats catholiques partiaux bannis. — Les surintendants. — Conflit entre eux et V administration consulaire catholique. — Suspicion et malaise réciproques.

Enchaînement logique, mais funeste des choses ! Ces mesures répressives, justes dès que l'on considère ce qui les avait provoquées, excitaient, à leur tour, chez les militants delà troisième guerre, une animosité plus grande et le passionné désir de redevenir les maîtres de la ville. Sans doute, pendant l'année 1569, l'effort principal des armées se porta en Guienne et Poitou, et dans Montpellier on se contenta

Saint-Matthieu : Antoine Yignolles et N. Cornille.

(Arch. inun. de Montpellier, <i<i, Réformés, minute papier en deux pièces).

1 Arch. inun. de Montpellier, CC, Command. de 1572, au 31 juillet. — Or, le 8 mai 1570, Etienne Plantade, troisième consul de 1569, déelare que, sur les sommes de 18.000 et, 3.089 livres 2 sols 8 deniers, imposées par Damville pour la garnison de 1569, la quote-part des religionnaires monte à 4.121 livres 1 sol 7 deniers, comme il avait été décidé par contrat du 22 décembre 1509 (Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1570, f° 150 v°). C'est la proportion de 1/5 environ.

d'enregistrer par des réjouissances et des cérémonies religieuses les victoires de Jarnac ' et de Moncontour -. Mais il y eut aussi quelques incidents régionaux intéressants à noter, à cause des personnes ou des lieux qu'ils concernaient.

En juillet ce fut la reprise par les catholiques de Combas lez Sommières, qui appartenait à Louis de Pelet 3. Celle de Montpezat, près Sommières également, appartenant à Antoine de Trémolet et qu'opérèrent les calvinistes, y répondit 4. Surtout, vers le milieu du mois d'août, la prise de Mauguio, l'ancien Melgueil, par les mêmes, mit pendant un an presque aux portes de Montpellier un danger permanent. Ce bourg, chef-lieu du comté auquel il donnait son nom, célèbre dans l'histoire delà région et spécialement de Montpellier, appartenait féodalement à l'évêque, mais le siège était alors vacant5. Lieu fort par son assiette'et jadis par ses murailles, il pouvait commander la plaine du Lez ainsi que le grand chemin de Nimes. Mais, l'année précédente, il avait été démantelé et laissé sans garnison. Les religionnaires y virent avec raison un excellent poste pour surveiller, harceler et, si possible, surprendre Montpellier. Ils s'y établirent sans difficulté, le fortifièrent, le remparèrent avec grand soin", et là se rendirent tous les fugitifs cle la ville : « L'église reformée de Montpellier estans encore a Màlgueil » 7, écrira le ministre Payan. De ce fait bientôt tous les villages voisins, de Montpellier à Sommières vers les montagnes, et à Lunel vers la plaine, tombèrent aux mains des protestants, et le grand chemin fut intercepté aux catholiques. Surtout par leurs courses, les religionnaires inquiétaient la ville et ce fut vainement que le gouverneur de Montpellier, M. de

1 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1507, aux 1er et 8 avril 1508. — Chroniques et Documents-, pp. 144 et 237.

- Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 11307, au 17 octobre 1508. — Chroniques et Documents, pp. 1-10 et 237.

3 Chroniques et Documents, p. 144.

* Ibid., p. 144.

r' Voir chap. VI £ Ier.

6 Chroniques et Documents, pp. 144 et 237.

" Arch. mun. de Montpellier. GG, 310, f" 1.

Castelnau, et celui d'Aiguesmortes, M. de Saint-André, firent le siège de Mauguio du 27 au 30 août 15691. Il fallut se contenter de fortifier ou d'attaquer, cette année-là et la suivante, les moulins du Lez, qui alimentaient la ville3. Principalement <m avait à se garder des trahisons possibles. La tentative ne se fit pas attendre, en effet.

C'est vers le 17 septembre qu'on eut révélation d'un complot bien prés alors de s'exécuter3. Parmi les gentilshommes ou capitaines catholiques tenant les champs4, figurait le seigneur de Barry en Rouergue. C'était avec lui que les protestants s'étaient abouchés pour se faire livrer Montpellier, et le plan arrêté était celui-ci. Dans les maisons du faubourg les plus voisines de la porte de Lattes s'embusqueraient des religionnaires. Grand matin se présenterait à cette porte Barry. en menant d'autres liés et attachés, des prisonniers, dirait-il aux gardes, qui, le connaissant bien, le laisseraient entrer avec eux. Une fois à l'intérieur, il se saisirait de la porte, avec l'aide d'abord des prétendus prisonniers, puis des religionnaires embusqués. Il comptait, d'ailleurs, sur une partie de sa troupe, et enfin il avait des intelligences dans la ville, comme on va le voir. Le 29 ou le 30 septembre 1569 était le jour choisi pour l'exécution.

Mais Barry s'était confié à l'un de ses subordonnés, l'enseigne Travers, originaire de France. Travers eut des remords et révéla tout au gouverneur. Celui-ci décida de ruser, continuant de faire bonne figure au traître. Cependant il le surveillait de près par le moyen de son enseigne, et faisait bonne garde dans la ville, et au dehors de sérieux préparatifs de défense. Un premier résultat fut acquis par la découverte, chez un serrurier protestant, voisin de l'église

1 Chroniques cl Documents, pp. 144 et 145.

2 Arch. iimn. de Montpellier, CC, Command. de 1567, 1569 el 1570, passim.

3 Chroniques et Documents, pp. 145 et suivantes, sauf références spéciales. Ci'. Ibid., p. 237.

* Entre autres les capitaines Roujon et La Roque (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1570, au 31 janvier 1571).

LES GLEnilES DE RELIGION 3(57

ruinée Saint-Firm in, d'une forte quantité de fer bien cachée '.

On employa une escouade de quarante terrassiers pour faire en deux jours des tranchées et des remparts soit à Lattes soit à Pont-Trineat; afin, disait-on, d'empêcher les courses de ceux de Mauguio -. Barry demeura ainsi dans ses illusions jusqu'au 30 septembre. Mais ce jour-là, comme il voulait sortir de la ville, on l'appréhenda, de même que quelques-uns de ses soldats, et l'on en ébruita partout le motif. Son procès fut instruit sur preuves et aveux et il le fut longuement, puisqu'on le décapita seulement le Jl novembre. On apprit au cours des interrogatoires que le coup n'avait été retardé que par l'abstention des réfugiés de Mauguio, lesquels ne s'étaient point trouvés assez prêts.

Cet incident détermina l'adoption d'une mesure extraordinaire. Le -2-2 octobre six personnages, choisis par élection, furent donnés pour coadjuteurs aux consuls, « veu la nécessité du temps et grandz affaires que se présentent jornellement » 3.

La victoire catholique de Moncontour, remportée le 3 octobre, eut une répercussion malencontreuse dans le Bas Languedoc, car, de l'armée protestante coupée en deux, une partie s'y porta aussitôt de même qu'aux Cévennes, l'autre y passa au printemps de 1570. La prise de Nimes, opérée parla première, et où périt assassiné Saint-André, l'ancien gouverneur de Montpellier, émut beaucoup les habitants de cette dernière ville4 : on commanda des munitions à Marseille5, on désarma et suivit les voyageurs de passage".

1 Payement au laboureur Jean Gimel jeune, « pour avoir trevalhé et enfin trouvé en ung magazin et secret de maison, ou demeuroyt ung sarrurier de la novelle religion prétendue, près l'esglise qu'on soloit appeller Sainct Firmyn, a présent ruynée, la quantité de trente quintaulx de fer, lequel a esté mis dans la maison consullaire de lad. ville » (Areh. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1569, au 21 septembre).

- Ibid., aux 25 septembre et 24 octobre.

3 Ibid., au 22 octobre.

* Chroniques et Documents, pp. 147 et 237.

h Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1509, aux 15 décembre 1569 et 12 avril 1570.

6 Ibid., au 6 février 1570.

Quant à l'armée des Princes, ainsi dite parce qu'elle était commandée par ceux de Navarre et de Coudé, c'est au commencement de mars qu'elle délogea du pays toulousain et se mit à traverser le Languedoc, saccageant et incendiant tout sur son passage, mais principalement les églises et les monastères. Les reitrcs qu'elle comprenait, épouvantaient à bon droit par leurs excès. Aux environs de Montpellier. Pignan éprouva leur fureur dévastatrice. En ville on redoutait si fort une surprise ou un siège, que le gouverneur s'arrêta au parti de raser les faubourgs : dommage qui toucha cette fois plutôt les particuliers, lesquels y avaient depuis 1562 réédifié nombre de belles maisons et rétabli les jardins potagers. On fit également une casemate devant le Portail- Neuf, à l'entrée du faubourg Saint-Jaume d, employant à ces ouvrages le jour même de Pâques, 26 mars. 11 était temps : le passage de l'armée des Princes se produisit les 30 et 31, ainsi que le i'r avril. On peut dire qu'elle enserra la ville de deux côtés : par Saint-Martin de Prunet, d'où l'on s'escarmoueha, Pont-Trincat et Lattes, pour relayer à Mauguio ; par Aumelas, la val de Montferrand, Teyran, Le Grès où. par une camisade que donna la garnison de Montpellier, périrent pas mal de soldats de la compagnie de la Lone. Sur le parcours furent brûlés le Terrai, — « tellement qu'il n'y a de reste que les murrailles, lesquelles sont encores en apparence toutes brullées, et il fault prendre de fond pour les rediffier», dira vingt-cinq ans après l'évêque Subjet -, — Montferrier, Le Crès. et dans la banlieue montpelliéraine nombre de maisons 3.

Damville, pourchassant à travers son gouvernement ces bandes redoutables, arriva dans la ville le surlendemain 3 avril. C'était bien, on le voit, tout l'effort de la guerre qui, successivement porté en divers points du royaume, pesait maintenant sur la région, alors qu'en France on commençait

1 Arch. niun. de Montpellier, CC, Command. de 1570, au 13 mai. - Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1594-1595, f° 599 v°. J Sur ces événements voir Chroniques el Documents, pp. 147 et suiv., Vis el 239.

LES GUERRES DE RELtGlOX 360

de négocier la paix. Aux anxiétés des rencontres, des surprises à craindre s'ajoutaient les souffrances d'une extrême disette, résultat des troubles qui avaient détruit les récoltes ou empêché la cueillette. A Montpellier le setier de blé valait trois livres ou trois livres et demie, il n'y en avait que pour les riches. Sans la présence de Damville, qui demeura quinze jours, avec des forces considérables, sans les approvisionnements qu'il recevait, la. populace se fût soulevée. Et ce qui augmentait ce spectacle de misère, c'était de voir les paysans pillés et ruinés venir aux portes de la cité crier leur faim. Triste printemps, suivi d'un été aussi lamentable par la destruction voulue et réciproque des blés et des fruits qui se faisait par tout le pays et spécialement entre Montpellier et Mauguio ', où toujours se tenaient aux aguets les protestants montpelliérains fugitifs.

Avec quel immense soulagement fut donc accueillie la nouvelle de la paix ! Venant de Nimes et Mauguio, deux gentilshommes l'apportèrent le 19 août. L'un était catholique, délégué par le roi, l'autre huguenot, envoyé par les Princes ; mais leurs noms ne sont pas consignés. Le plus pressé, c'était de déposer les armes. On en proclama l'ordre dès le lendemain ; et, bien que les gardes fussent encore continuées, on put désormais aller librement les uns vers les autres en concitoyens : grande joie pour tous.

Peu de jours après. Damville, ayant reçu l'édit de Saint- Germain, l'envoya à Montpellier, où il fut publié le 20. Cet édit. on le sait, n'autorisait l'exercice du culte réformé que dans les villes et Lieux tenus par les religionnaires au 1er août 1570, dans les faubourgs de deux villes désignées dans chaque gouvernement, enfin chez les seigneurs hauts-justiciers, ayant fief de haubert. Or Montpellier ne réalisait aucune de ces conditions. Mais l'édit portait également amnistie des personnes et réintégration des biens. Il mettait donc à néant toutes les condamnations dont il a été question.

1 Fournitures aux capitaines « estantz en campaigne au devant Malgueil pour empêcher la récolte desbledz des environs d'icelluy » (Arch. nmn. de Montpellier, CC, Conimand. de 1570, au 11 juillet).

Soc. Arch. de Montpellier. 0-1

La pacification néanmoins ne fut pas immédiate ni complète. Les religionnaires ne revinrent que ramenés par Damville, lorsqu'il retourna à Montpellier le 17 septembre 1570. Nobles, gens de tout état et ministres rentrèrent ainsi dans la ville après vingt-six mois d'exil. Mais la guerre et ses hasards avaient réduit leur nombre de moitié. Malgré les deuils, ce fut une c< journée fort allègre », dit Phïlippi, car elle réunissait des amis, des parents depuis ce temps séparés. Pour tous, d'ailleurs, c'était la cessation des alarmes, la sécurité du commerce, le repos et le retour de la joie. Guet et garde, rondes et sonneries, tout était fini pour les montpelliérains. Seules deux compagnies, celles des capitaines .Jarnieu i et Montbazin -, étaient, sur la prière des habitants, maintenues en garnison. Ce ne fut point, au surplus, sans leur coûter cher:î. Mais, comina il restait nombre de difficultés à régler, le roi en chargea deux commissaires : un maître des requêtes, sans doute Bernard de Goucault K et un conseiller nu Parlement de Paris, qui était Edouard de Mole. Celui-ci en particulier passa une bonne partie de l'été à Montpellier 5. Joyeuse y vint également en juin''' et projetait d'y demeurer l'hiver7. Revenu pour les Etats, il se montra satisfait de la situation et le 13 octobre supprima la garnison, les habitants continuant la garde x.

Deux choses pourtant étaient odieuses aux calvinistes.

D'abord la nécessité de renoncer à célébrer le culte en

1 " Merand de Boullier, seigneur de Jarnieu » (Àrch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1570-1571 ; quittance du 19 août 1570 .

- Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1570, aux 5 juillet, 16 août, 28 septembre, etc.

3 A certain moment, ces troupes, non payées de leur solde, vinrent d'elles-mêmes loger chez les Consuls (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1570, aux 21 février et 2 mars 1571).

4 Qu'on voit à Montpellier le 7 août 1571 Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. «le 1571, f° 405).

3 Chroniques et Documents', p. 151.

I! Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1571, au 20 juin.

' lbiil., aux 21 juin, 8 juillet, 31 octobre el 8 novembre.

8 Jbitl., au 31 octobre.

LES ÇUEÎIRËS DE nELIGlON P>7 1

ville. Dès le 29 août, au synode tenu à Ni mes dans sa maison, le ministre La Place, échangé jadis avec La Chasse par les églises réformées de Valence et Montpellier, faisait valoir pour se reposer que ni l'une ni l'autre ne pouvaient être redressées L Payan rentra bien à Montpellier avec Damville, mais les Etats assemblés en cette ville prièrent le roi d'en faire sortir les ministres2. Il se rendit alors à Saint-Jean de Védas et commença d'y prêcher le 22 octobre3. C'était, en effet, la seigneurie la plus proche qui se trouvât dans les conditions marquées par redit. Jacques de Sarret, qui la possédait alors, était un adepte des débuts* et avait épousé Jeanne de Lasset5, de famille également protestante. Quant au ministre Pellicier, les calvinistes montpelliérains ne voulaient plus de lui, quoiqu'il leur eût été donné par un synode. Il confessa ce refus et demanda à être libéré de sa mission, pour ce motif. « joinct la dissipation qui est aujourd'huy de lad. église ». On le mit donc en distribution0.

Le second grief des protestants était la partialité des magistrats favorisant cette vive réaction catholique, qui se manifestait encore par la création de deux compagnies ou confréries de Pénitents, dont il sera parlé plus tard. Ils s'en plaignirent au roi et obtinrent de celui-ci deux mesures très importantes. La première était le bannissement de quelques

1 Synode provincial de Nimes du 29 août 1570. — Les procès-verbaux des synodes du Ras -Languedoc se trouvent :

Ceux de 1570 à 1595 : 1° dans le ms. fr. 8G69 à la Bibl. Nat. ; 2° dans le fonds Auzière à la Bibliothèque de la Société pour l'histoire du Protestantisme français.

Ceux de 1596 à 1609 : 1° à la Bibliothèque de la Faculté libre de théologie protestante de Montauban (ms. 121), où ils m'ont été le plus obligeamment du monde communiqués ; 2° aux Archives du Consistoire de Nimes.

Ceci dit, je renverrai toujours à cette source simplement par le lieu et la date du synode.

- Histoire de Lanr/urdoc, t. XI, p. 543.

3 Note du ministre Payan (Arch. mun. de Montpellier, OG, 310, f° 2).

4 Chroniques et Documents, p. 368.

5 Annexes de Pierre Roussel, étude Blain, t. II, f° 162.

6 Synode provincial de Sauve du 4 octobre 1570.

personnalités judiciaires plus compromises : lejuge-mage.de tout temps plein de zèle, son frère Guillaume, assez revenu au catholicisme pour avoir été chef militaire des habitants de ce culte lors de la dernière guerre, Pierre de Convers, premier consul de 1569. La seconde consistait à déléguer extraordinairement, avec le titre de surintendants, l'autorité militaire à François de Gaudete des Ursières, seigneur de La Vaussière, l'autorité judiciaire à Jean de Bellièvre, président du Parlement de Grenoble1.

Aussitôt ce fut le conflit entre l'administration locale, qui représentait l'esprit,- les tendances, la volonté de la population, et ces envoyés royaux, dont l'un surtout, des Ursières, était tenu pour suspect par les catholiques, parce qu'il avait jadis caché des armes dans sa maison, et qu'il voulait maintenant les recouvrer par une voie détournée. Aussi sur cette question y eut-il résistance, référé à Joyeuse, venue de ce personnage à Montpellier-, tandis que des Ursières se rendait à la Cour avec des mémoires et des lettres de Bellièvre, qui dépeignent en ces termes l'état de discorde et les efforts des surintendants pour y remédier :

« Nous trouvasmes les liabitans de lad"' ville d'assés mauvais accord, voulans les catholicques retenir Fadvantaige auquel ilz se trouvoient, et les aultres estans impatiens de telle subjection, avec une aniineuse poursuytte des injures passées. Laquelle nous leur avons petit a petit faict délaisser, non par peynes ou procédures criminelles, qui n'eussent servy qu'a aigrir davantaige les parties, mais plus tost en faisant cesser aulcunes choses que nous voyons se continuer contre vostredit edict et contre le règlement, lequel, en exécution d'iceluy, Monseigneur le mareschal de Banville y avoict faict, moyenant aussi que nous leur avons donné; espérance de fere en sorte pour le surplus que doresnavant ilz n'auront juste occasion de se plaindre.

1 Chroniques rt Documents, pp. 152 el 241.

- Arch. nuin. do Montpellier, CC, Command. de 1572, aux 30 juin, 15 et l('i août.

» Pour a quoy pouvoir entièrement satisfere, nous faisons entendre a Vostre Magesté, par instruction a part, ce a quoy il nous sembleroit de besoing estre par icelle pourveu. Mesmes, pour le regard de l'administration de la justice et règlement de l'hostel commun de ceste ville, impositions et maniement de deniers d'icelle, le bon plaisir de Vostre Magesté sera y fere pourveoir comme elle verra estre pour le myeux, et prendre en bonne part ce que nous y avons faict et luy en faisons entendre >•> d.

Répétant à peu prés ces cboses à Catherine de Mëdicis, Bellièvre ajoutait : « Nous avons jusques a présent conduict ce peuple sans aigreur ne sans qu'il soit advenu sédition entre eulx. Toutesfois, Madame, il y a plusieurs choses, dont nous vous donnons advis. qui requièrent prompte provision et le retour dudict sieur des Ursieres, comme de personnage qui s'acquicte fort dignement et vertueusement en la charge qu'il vous a pieu luy commectre » -. D'où l'on peut inférer les efforts des catholiques pour faire casser des Ursieres.

Par toutes ces circonstances3, qu'a soigneusement dissimulées Philippi, allié à ce personnage par leur beau-frère, le seigneur de La Mosson 4, il est facile de juger cà quelle suspicion, à quels griefs réciproques, à quel état latent d'hos-

' Lettre de Bellièvre au roi du 8 août 1572 (Bibl. Nat., l'r. 15.555, f° 22. Cf. Histoire de Languedoc, t. XI, p. 541, note 6).

- Lettre du mime à la reine-mère du même jour (Ibid., f° 24).

:! Et diverses autres que j'indique ici. Eu janvier 1572 un arrêt du Parlement de Toulouse ayant interdit aux archers du Jeu de l'Arc leur jeu << ni moingz faire aulcunes assamblées illicites et deffendues par l'edici du roy », — ce qui trahirait déjà le dessein des calvinistes de se réunir dans les fossés, — les Consuls, y tenant l'œil, avertissaient Joyeuse « du bruict et ri mur que l'on estoict en la présent ville, pour le respect des relligions et des assamblées que faisoient ceulxde la nouvelle prethendue relligion » (Arch. mun de Montpellier, CC, Command. de 1571, au 8 janvier 1572).

De leur côté, on voit les consuls catholiques revenir à tous les usages d'autan : serment à Notre-Dame des Tables, proclamation solennelle des règlements de police, etc. (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1572, passim).

4 Philippi avait épousé Catherine de Bucelli, sœur de Louis (Chron. et Doc, p. 9), lequel avait épousé Jeanne des Ursieres, sœur de François.

tilité on en était, lorsque arriva précisément la nouvelle de la Saint-Barthélémy.

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