‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 83 sur 110 · IV. — L'immigration protestante · texte numérisé non relu

IV. — L'immigration protestante

Elle devient intense de 1577 à 1600. — Remarques et exemples à ce sujet. — Les carrières envahies par les immigrés de la première ou de la dernière heure. — Emigration d'indigènes. — Statistiques protestantes élevées. — Reconstruction du Temple. — Ministres. — Grands personnages à Montpellier. — Vicissitudes du Chapitre cathédral à Frontignan, à Maguelone, à Montpellier. — Commencement du renouveau catholique.

En dépit des incidents et difficultés qui viennent d'être

1 Areh. mun de Montpellier, CC, reg. de comptabilité de 1586, f° 107. — Je n'ai pu identifier le nom de « Mallemain ». Serait-ce celui de Malmont, porté par une famille nimoise d'alors ?

": Journal de Louis Charbonneau, éd. Germain, p. 71.

:! Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1586.

4 lbid. — Journal de Louis Charbonneau, éd. Germain, p. 72. — Sur ce personnage voir : Sylvain Macary, Généalogie de la maison du Faur. pp. 57 et suivantes.

relatés ou signalés, les avantages très appréciables assurés aux calvinistes dans toute place de sûreté, au point de vue du culte et de l'administration civile, se doublaient à Montpellier des ressources offertes par une ville de juridictions et d'écoles variées, qu'on espérait, de plus, voir redevenir prospère dans son commerce et son industrie d. De là, vers elle, un courant intense d'émigration, parti principalement des Gévennes. Si, de la montagne à la plaine et la mer, l'exode paraît assez logique pour le supposer constant, les proportions très grandes qu'il prit à cette époque précisent sa cause réelle. Ce mouvement, cet afflux de population calviniste dans le dernier quart, même la seconde moitié du xvie siècle ne peut être embrassé' dans toute son ('tendue. On comprend, en effet, et un document l'affirmera peu d'années après -, que beaucoup d'immigrés ne s'étaient pas mariés à Montpellier et n'y avaient point acquis d'immeubles : ou retrouver leur trace? Pour ceux qui agirent autrement, la suppression de toute formalité d'habitanage 3 comme l'absence des registres des catholiques, d'une part, et, de l'autre, la perte de certains des protestants nuisent aux constatations. Néanmoins on pourra signaler quelques indices probants. C'est la comparaison des noms de familles dans les compoix et dans les minutes de notaires, laquelle trahit la disparition dénombre d'indigènes et l'apparition d'étrangères dès l'affirmation publique de la Réforme, plus encore sous le régime de l'Union, niais surtout depuis son triomphe politique de 1577 K (l'est, quant au peuple, le fait qu'aux cardeurs nombreux dudébut succèdent désormais des cordonniers aussi nombreux : signe de déca-

1 A signaler un essai, à cette époque, d'acclimatation de la fabrication des velours par des artisans venus do Genève. - Voir La Réforme catholique, chap. III § n.

3 Ibidem.

4 Les registres protestants conservés pour cette période permettraient de marquer ainsi l'origine et l'arrivée d'un nombre important de familles, les unes disparues, d'autres encore représentées. Mes propres remarques à ce sujet ont été amplement corroborées par un relevé de mon collègue à la Société archéologique, M' Joseph Despetis, qui s'est spécialisé pour les questions généalogiques dans la région. Quant à moi, je ne m'arrêterai

ll:s guerres de religion 453

dence, sans doute, pour la grande industrie d rapière locale, mais d'accroissement général de la population. Ce ne sont plus, enfin, des laboureurs mais des artisans cpie représente le dernier consul 1. De ces remarques n'est-on point amené a déduire que moyennes et basses classes se sont renouvelées et que l'ancienne répartition des métiers y est changée?

En effet, la contre-partie catholique du mouvement calviniste, c'est-à-dire l'émigration concomitante avec l'immigration, est évidente. Si elle ressort de façon générale des bannissements prononcés à maintes reprises, et spécialement de celui de 1.777-, divers exemples en ont été déjà signalés3, pu peuvent l'être. Pour la période qui nous occupe, il faut citer comme particulièrement caractéristique le cas de la famille Guiraud, dite Ledoc, afin de se distinguer d'autres, homonymes, certaines passées au protestantisme4. Très ancienne dans la ville et lui ayant souvent fourni des consuls, elle était éminemment terrienne et, depuis le milieu du XVe siècle, en pleine voie de prospérité matérielle et d'ascension sociale : tandis que Jean était noble et maître d'hôtel de l'évêque de Maguelone 5, son frère Pierre, monnayeur, s'alliait par mariage à 1' « espiciayre Phelipot Ledoc » ,;. dont les Guiraud : Philippot, Pierre, Jean, Pierre, se transmirent de père en lils la profession, celle de « candelier de cire » ~, dite

qu'aux plus marquantes, celles sur lesquelles j'ai pu noter des indications, qu'on lira pp. 455 et suivantes.

1 Chroniques et Documenta, pp. 405 et suivantes.

2 Voir pp. 280, 371, 400 et sa note, 431, 432, 436 et sa note 2. :! Voir pp. 372, 410, 411.

4 Entre autres : celle de Jean Guiraud alias del Gas, jardinier (Compoix if- 1525, Sainte-Foy, f° 207 ; de 1544, Sainte-Foy, f° 392) ; celle de Jaunie Guiraud alias Lo Gougon, laboureur (Compoix de 1525, Sainte-Croix, 1'° 115 ; de 1544, Sainte-Croix, f° 260) ; celle du poissonnier Antoine Guiraud (Compoix Sainte-Croix de 1480, f° 120; de 1525, Saint-Matthieu, f° 104), dont une descendante, Antonie, figure au rôle de 1560 (Chron. cl Doc, p. 346). — Le nom primitif des Guiraud dits Ledoc s'orthographiait : Guiraut (Voir compoix cités ci-après).

3 Compoix de 1525, Sainte-Foy, f° 94.

''■ Compoix Sainte-Foy de 1480, f° 120 ; de 1525, Sainte-Foy, f° 83. " Compoix Saint-Matthieu de 1447, f° 34; Sainte-Foy de 1480, f° 125 ; de 1525, Sainte-Foy, f° 96 v° ; de 1544, Sainte-Foy, fos 151 v° et suivants.

aussi apothicairerie * au XVIe siècle, industrie florissante2 dans une ville que distinguaient soit la piété, soit la science médicale, mais dont la Réforme amena le dépérissement. Aussi voit-on les héritiers de Jean Guiraud dit Ledoc liquider successivement tous leurs biens et quitter Montpellier : Pierre était, en 1585, date où il vend sa maison paternelle, rue du Pyla Saint-Gëly, déjà émigré à Lune! ;i, ville catholique, d'où une branche reviendra à Montpellier deux siècles plus tard4; Jeanne avait, cà Frontignan, autre ville catholique, épousé André Saurin 5, et leurs enfants aliénaient aussi leur maison de famille en 1591, à cause des « charges et ta! lies durant les guerres civil les et despuis quinze ou vingt ans en ca ». qu'ils ne pouvaient plus acquitter0.

Dans les hautes classes, principalement pour quelques familles de nom plus marquant, il est plus aisé de jalonner leur arrivée, leur ascension rapide et leur prompte participation aux charges ou aux affaires publiques. Les listes consulaires 7 sont à cet égard instructives : elles montrent que la pénurie des gentilshommes locaux protestants entraînait

1 « Providus vir Petrus Guiraudi, appot.hecaiïus ville Montispessulani », porte un contrat du 7 novembre 1521 CArch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Ant. Boet, reg. 267, f° 92 v°). — « Prudhomme Jehan Guiraud dit Ledoc, appothieaire », le 24 octobre 1553 (Ibid. : Jacques Barthélémy, reg. 231, f° 439 v°). — « Pierre Guiraud, apothicaire, natif de Montpellier et habitant en la ville de Lunel » (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1583-1585, f° 757).

- On distinguait les chandeliers de cire, régis par de sévères règlements et qui fabriquaient chandelles, torches, cierges pascals et autres (Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 273) ; et les chandeliers de suif pour l'usage commun (Ibid., p. 304).

3 Vente à Antoine Maduron, bâtier, du 8 mars 1585 (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1583-1585, f° 757).

i Entre temps la famille Guiraud s'était établie à Saturargues, et quatre de ses membres y avaient été massacrés dans le cimetière, en haine de la foi catholique, par les Camisards, le 20 septembre 1703 (Abbé Emile Bousquet, Histoire de Saturargues, pp. 46 et 47). Xavier e1 Léon Guiraud, deux des fils de Barthélémy, revinrent se fixer comme drapiers à Montpellier (Archives de ma famille).

:' Transaction du 9 décembre 1585 (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1583-1585, f° 980 v°).

« Vente du 3 janvier 1591 (Ibid., reg. de 1590-1591, f° 448 v°).

7 Chroniques et Vocumenls, pp. 405 et suivantes,

soit le retour des mêmes soit l'admission des immigrés bientôt après leur établissement. Mais plus sensiblement encore dans la magistrature se manifeste le mouvement. La liste suivante, dressée pour la période de 1577 à 1600, comprend tous les calvinistes avérés qui devinrent titulaires d'offices, tant par transmission de père à fils que par acquisition. J'ajouterai que, dans ce dernier cas, on parvient a peu prés toujours à découvrir quelque parenté ou quelque alliance avec des familles protestantes déjà établies dans la ville. Des raisons d'ordre physiologique auront pu contribuer ci suggérer ce dernier procédé, car, aux débuts de la Réforme, ses adhérents montpelliérains ne se mariaient qu'entre eux. Des exemples seront aussi fournis par les notes complétant la liste d.

i Kaulin d'Airebaudouze -, conseiller au Présidial. 1577 j Paul-Antoine de Massilian :l, conseiller au Présidial.

( David de Varanda 4, conseiller au Présidial.

1 Pour les dates d'accession, voir les listes de Rignac, utilisées par d'Aigrefeuille à la fin de ses notices sur les Cours de justice. Quant aux détails les références en seront marquées.

2 Lequel se rattache à une famille venue d'Anduze (Voir p. 284), et représentée dès 1556 à la Cour îles Aides parle président François.

:i Le cas de ce magistrat est assez particulier, car, pourvu de son office le 29 juin 1577 et installé un an après, il devra, pour en régulariser la possession afin de transmission, poursuivre en 1596 des lettres de naturalité. Il était, en effet, l'un des fils cadets d'Antoine, citoyen d'Avignon. Cependant lui-même était né en Languedoc, à Aramon, où son père possédait une maison. Clerc, il fut nommé, par bulle du 29 août 1556, recteur de l'église paroissiale Saint-Julien de Chassignac alias le Crémat, au diocèse d'Uzès (ce qui me paraît être le Saint-Julien de Cassagnas du Dictionnaire topographique du Gard). Mais il embrassa le protestantisme, s'établit à Montpellier après la surprise et l'otage de cette ville, s'y maria, le 15 mars 1578, selon le culte calviniste, avec Dauphine Guichard et y a fait souche honorée. Ces courts détails biographiques sont tirés de son Livre de raison et autres documents des archives de famille, très obligeamment communiqués soit par M""' Y1"' Auguste de Massilian, soit par M1' Henri Captier de Massilian, auxquels j'en adresse ici tous mes remerciements.

Paul-Antoine de Massilian, auditeur assidu de Casaubon, est par celui-ci qualifié « vere eruditus et nostras literas callens » (Lettre à Canaye, du 2-4 février 1597, citée par A. Germain, Isaac Casaubon à Montpellier, p. 22).

4 Descendant de Colliod dit Varandal, ce ministre venu de Genève en

( Pierre de Serres1, conseiller au Présidial: en 1500, 1579 . , ,

( gênerai aux Aides.

\ Guillaume Ranchin 2, conseiller au Présidial ; en L59i,

( avocat-général aux Comptes; en 1595. aux Aides.

. ( Pierre Blancard 3, conseiller au Présidial. 1 5S 1

( Philippe de Bossuges *, maître aux Comptes.

Philippe de Sarret \ avocat-général aux Aides ; eu 159'i.

général aux Aides.

André de Trinquaire 6, maître aux Comptes.

Jean de Fontanon7, maître aux Comptes.

1587 | Pierre Bocaud 8. procureur-général aux Aides.

Languedoc aux débuts du culte calviniste (Voir p. 186). La forme du nom s'était alors modifiée ainsi. David épousa Madeleine de Merlin (Min. de Guillaume Pèlerin, étude Cornier, reg. de 1623-1624, f° 384 v°), ellemême fille de la montpelliéraine Jeanne Morgue (Arch. mun. de Montpellier, compoix do 1544, Saint-Paul, f° 35/42 r° et v°).

1 D'Aigrefeuille (t. Ier, pp. 631 et 598; porte ici : Pierre de Sarret, ce qui provient d'une mauvaise lecture. Venu de Sumène, Pierre de Serres, fils d'autre Pierre, épousa Suzanne de Lasset, fille de Jean (Arch. île l'Hérault, G, not. du Chap. cathédral : Planque, reg. de 1594-1611, f° 398 v", contrat du 18 octobre 1595). En 1602, il deviendra premier consul (Chron. et Doc, p. 410).

2 Fils d'Etienne, professeur de droit, ce personnage jouera bientôt un rôle important et qui sera étudié.

3 L'acte attribué à Jeannette Blancard en 1558 (Voir p. 127) montre que la famille était fixée au moins depuis cette époque à Montpellier.

4 Les de Bossuges avaient dès 1553 un représentant dans la magistrature montpelliéraine : Jean, procureur du roi au Présidial.

h La famille de Sarret, — dont les branches diverses possédaient les seigneuries de Saint-Jean de Védas (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 242, 8 avril 1561 ; annexes de Pierre Roussel, étude Blain, t. II, f° 200). d'Agnac (Min. de Th. Degan, étude Grollier, reg. de 1586-1587, f° 301), de Fabrègues (Ibid.), — était locale.

11 D'une famille de Montpellier souvent nommée.

7 On a vu (p. 67) le professeur Denis Fontanon correspondant de Biiduel. Jean était gendre de Balthazar Aventurin (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1592-1593, f° 401 v°), qui figure au rôle de Villars en 1560 (Chron. et Doc., p. 378).

8 Fils de Jean, ce professeur à l'Université de Médecine qui fut un des plus fervents adeptes du protestantisme et le premier enseveli selon ses rites.

1580 | Pierre de Tu d'an y ', maître aux Comptes.

i Jacques des Vignolles2, général aux Aides.

1501 < Daniel Pascal :i, général aux Aides.

( Pierre de Massanes 4. général aux Aides.

Isaac Joubert 5. conseiller au Présidial.

Simon de Farges c, maître aux Comptes.

1592 < Théophile Sarrazin7, maître aux Comptes.

Louis Philippi 8, président aux Aides.

Pierre de Rozel '■', premier président aux Aides.

\ Charles Bernard de Miremont10, avocat-général aux 1505 \

( Comptes.

1 Dès le 0 septembre 1501 on trouve établi à Montpellier comme marchand un « Guillelmus Tuphani » (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Astier, reg. 52. f° 109;.

- Un François « des Vinholes » est dit marchand d'Anduze le 2 janvier 1571 (Min. de Jean Richard, étude Cornier, reg. de 1571, f° 7 v°). L'ascension fut assez rapide pour que Jacques des Vignoles s'alliât avec Isabeau des Lrsières, l'une des filles de Jean et de Madeleine Fizes.

3 Neveu des Philippi (Chron. et Doc, p. 443).

4 On trouve à Sumène des « Marssanes » au XIVe siècle (Chartes de la Société Archéologique de Montpellier, fonds Cassan, 22 décembre 134(i- 21 janvier 1347), et il y en existait encore en 1571 (Min. de Jean Richard, étude Cornier, reg. de 1571, f° 7 v°). C'est, en effet, cette ville cpii est marquée comme le lieu d'origine de la branche montpelliéraine (Arch. mun. de Montpellier, GG, 364, p. 113).

5 Fils du chancelier de l'Université de Médecine Laurent Joubert.

6 Les de Farges étaient une famille montpelliéraine, de bonne heure ralliée au protestantisme, comme on a vu.

7 Fils de Philibert Sarrazin, il était donc de famille réputée genevoise bien que lui-même fût né à Lyon le 12 décembre 1540 (Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises, 2e éd., t. II, p. 482), d'où le mot de Casaubon : « Sarracenus noster » (Lettre à Canaye du 0 avril 1507, citée par A. Germain, Isaac Casaubon à Montpellier, p. 20). 11 étail devenu seigneur haut de Celleneuve (Min. de Tandon, étude Cornier, reg. de 1608-1612-, f°s 81 et suivants).

* Fils du chroniqueur Jean Philippi et son successeur dans l'office {Chron. et Doc, p. 15).

9 Sur ce personnage, beau-frère de Claude Baduel, voir La Reforme catholique, chap III § 1er. — Les Rozel étaient venus de Nimes.

111 Devenu gendre de Jean Philippi (Chron. et Doc, p. 16), il était héritier d'un Bernard, qualifié juge (Compoix de 1544, Sainte-Foy, f° 152 v°,

,„,.„ ( Aimeric d'Estienne d'Aimeric ', conseiller au Présidial.

( Pierre Rudavel -, conseiller au Présidial.

i David deFalguerolles ;l, conseiller au Présidial.

1597 { Jean Focard S maître aux Comptes.

( Mathelin Baille 5, correcteur aux Comptes.

1508 | Salomon Rey 6, correcteur aux Comptes.

1599 | Etienne du Moys 7, conseiller au Présidial.

1600 | Philippe de Bornier s, maître aux Comptes.

Dans d'autres catégories sociales, on peut citer aussi des exemples: Jacques d'Estienne de Pradilles ,J et Jean de Varanda10, régents en médecine ; l'apothicaire Jean Magnol, qui

el Sainte-Anne, f° 155 v°) et figure, sans doute comnîe neveu de ce magistrat, au rôle de Villars en 1580 (Citron, et Doc, p. 369).

1 Sur lui et sa famille voir La Réforme catholique, chap. VI § n.

2 Sur la famille cévenole des Rudavel, voir La Réforme catholique, chap. Ier § ni.

3 Sur les Falguerolles, originaires de Colognac, paroisse de Monoblet, au diocèse de Nimes, voir : L)r A. Puech, Le pamphlétaire Guillaume de Reboul, p. 81.

4 Les Focard étaient une famille de Montpellier ou, du moins, qu'on y voit mentionnée dès 1541 comme fournissant le premier consul (Arch. niun. de Montpellier, Elections consulaires).

5 Deuxième consul en 1595 [Chron. et Doc, p. 409), il était en 1598 membre actif du Consistoire (Synode provincial de Montpellier de 1598 ; Aymon, t. I", pp. 221 et 229).

6 D'une famille ralliée de bonne heure au protestantisme, comme on a vu.

7 D'une famille établie à Montpellier déjà en 1553, un autre Etienne étant alors receveur général des finances (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Jacques Barthélémy, reg. 231, f° 753).

8 Les Bornier venaient d'Aimargues (Arch. de l'Hérault, B, 1(5 : arrêt du 4 février 1568). Guillaume, docteur et avocat, épousa la montpelliéraine Marguerite Perdrier (Min. d'Antoine Comte, étude Confier, re». de 1602, f° 769). Sur le personnage voir La Reforme catholique, chap. VI £ n.

,J Appartenait à une branche de la famille d'Estienne alias d'Estève, laquelle était originaire de Marseillan (Voir La Réforme catholique, chap VI S n). Sur le personnage voir L. Guiraud, Le premier Jardin des Piaules français, pp. 275, 281 et suiv., 289, 290, 327.

10 Sur les Varanda, voir p. 4.">r> et sa note 4. — Jean, neveu de David et venu de Nimes, était fils d'une montpelliéraine, Catherine Recolin (Min. de Tandon, étude Cornier, reg. de 1597-1603, f° 711). Il en épousa deux : Jeanne David (Ibid., f° 201) et Marie de Bouques {Ibid., f ° 711). Le

devait faire glorieuse souche montpelliérainë ' ; les Grefeuille, qui débutent comme procureurs2; les Cambacérès, simples

laboureurs gravissant rapidement les échelons de la magistrature3; les Fesquet, une dynastie de notaires qui s'implante à Montpellier1; les Nissole 5 ; enfin, moins notoires, tant d'autres venus des Gévennes également et aussi du Quercy, du Rouergue, du Gévaudan, du Dauphiné, du Comtat' de la Provence, recrues qui convergent0 dans la capitale du Bas-Languedoc, devenue celle de tout le Midi protestant.

Cette affluence d'immigrés et la présence des protestants de la région toute proche, que les ministres appellent « les forains7», expliquent les cènes, imposantes par le nombre de leurs participants, qui ont été mentionnées dans cette période parles pasteurs montpelliërains. En voici le relevé8.

19 mars 1591, il succédait à Nicolas Dortoman (Arch. do l'Hérault, C, Trésoriers de Franco, reg. do 1591, f° 178. Cf. Ibid., G, IV, 68-69).

1 11 venait d'Annonay et fut, en 1587, associé à son commerce par la veuve de l'apothicaire François Montchal (Min. de Th. Degan, étude Grollier, reg. de 1586-1587, f° 42 v°).

"2 La famille ou la branche était originaire de Montpezat (Arch. mun. de Montpellier, GG, 364, p. 252).

3 Pierre Vialles, L'archichancelier Cambacérès ; Perrin, 1908, pp. 427 et suivantes (d'après M. Joseph Despetis). On voit qu'Antoine, la tige h Montpellier, venait du Vigan. Cet Antoine, néanmoins, se montre catholique dans son testament (Min. de Tardivier, étude Cornier, reg. de 1574- 1579, fo 428).

1 On trouve à Sumène un Pierre, le 16 février 1441, et un Antoine, le 13 septembre 1488 (Chartes de la Société Archéologique de Montpellier, fonds Cassan). Mais les Fesquet de Montpellier : Pierre, puis Jacques, greffiers de la Ville, sortaient de Marsillargues (Min. d'Antoine Comte, étude Cornier, reg. de 1606, f° 299 v°).

5 Originaires de Saint-Romain de Roquedieû, au diocèse de Nimes (Arch. mun. de Montpellier, GG, 364, p. 187), mais déjà installés dans la ville en 1563 (Ibid., 314, f° 56 et passim).

,; Ibid., passim.

' Arch. mun. de Montpellier, GG, passim.

"Il a été fait postérieurement et à titre de terme de comparaison (Arch. mun. de Montpellier, GG, 370, fos 97, 100 et 79) ; mais les références indiquées à côté sont exactes, à juger par celles qu'on peut encore vérifier sur les registres subsistants.

400 r.A RÉFORME A MONTPELLIER

i 15 janvier 1.506 participants.

1581 < 19 mars. -2.100 —

( 14 mai 2.000

1583 *",,ai 2-7"T

( 4 septembre 2.745

f lPr avril 3.000 —

1584 j 7 octobre 2.821

f 30 décembre 3.000

( 5 mai 3.117 —

1585 ] 0 juin 3.002 —

f 22 décembre 3.050

( 0 avril ... 3.437

( 28 décembre 3.007 —

1587 I 5 avril 3.372

Encore ces chiffres ', qui, en général, progressent, ne visent que la portion adulte et valide des fidèles calvinistes. Ils s'élevèrent même par la suite, Thomas Platter nous montrant le nombre des communiants qui varie vers 1595 entre 4.000 et 0.000 -. On ne saurait, néanmoins, le juger que par comparaison. Or les éléments pour la contre-partie, c'est-àdire les pâques des catholiques, n'existent pas. Mais le même Platter rend témoignage que le nombre de ces derniers équilibrait presque celui des calvinistes, surtout dans le bas peuple et parmi les campagnards3,

• l'est a la prospérité de l'église calviniste de Montpellier à ce moment qu'est due la reconstruction du temple de la Cour du Iîavle. Elle eut lieu en 1583 '\ grâce aux libéralités de tous :

1 A remarquer 411c certains, par le fait même qu'ils sonl tout ronds, semblent donnés approximativement.

- Félix et Thomas PI al 1er à Montpellier, p. 195.

3 « Denn noch heutigs Tags zu Montpelier vas! der halbe Tlieil papistlich ist, sonderlich vom gemeinenMann=und Land=Volck, dass (sic) auch nach Montpelier zur kirchen kompst » {Thomas Platlcr's Reisebuch, cop. de la Bibl. de la Ville de Montpellier, p. 52. Cf. Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 185).

4 Pli. Corbière, Histoire de l'Eglise réformée de Montpellier, pp. 100- 108. — J'y ajouterai quelques documents :

i.F.s r.rrnnr.s de religion 461

Ghâtillon, prince de Gondé, électeur palatin, ouvriers de la Commune-Clôture1, et fut exécutée peut-être par le. maçon Bernard Camboulive -. Deux croquis, malheureusement non géométriques, île cet édifice 3 y montrent une grande porte centrale, deux latérales, une autre pour monter aux galeries, et un témoin oculaire a noté certaines particularités architectoniques l. Le Temple possédait quelques dépendances5. Les ministres qui le desservirent étaient vieillis et las. Claude Forniy était déjà mort1'; ses collègues La Place7 et

Pour l'achat de l'immeuble A/.émar, voir : Minutes de Pierre FesquetJ étude droitier, reg. do 1581, f° 27 v°. — Pour celui de la chaux, voir: Minutes de Chaugier, étude Blain, reg. de 1583-1585, f° 15 v°, et de Noël Planque, même étude, reg. de 1583, f° 632 v°. — Le monument portait la date de 1583 (Voir note 4.

I Lesquels, en 1584, affectèrent l'argent de leur banquet annuel d'entrée à l'achat des degrés du Temple (Arch. mun. de Montpellier, Thalamus des ouvriers de la Commune-Clôture, f° 259).

- Qui vivait encore le 23 décembre 1613 (Min. de Boudon, étude Cornier, reg. de 1612-1613, f° 566). — Or l'auteur, de même nom, qui nous a conservé le souvenir de ce Temple (Voir note 4) était originaire de Montpellier, comme on le déduit de la page 52 de son livre.

3 Ces deux croquis, conservés aux Archives de l'Hérault, II, fonds des Carmes du Palais, montrent, comme l'a dit Cambolive (Voir note 4), que le Temple avait plus de largeur que de longueur.

4 « On peut dire qu'on abattit un Temple dont le couvert était porté' par un arc d'une longueur extraordinaire, fort dégagé, que tous les étrangers admiroient et disoient être le plus beau de l'Europe ; et à la pierre qui étoit au milieu de l'arc, qu'on appelloit Clef, il y avoil les armoiries de l'Amiral de Châtillon et la datte de La Construction 1583 ; du côté de la grande porte, une galerie construite aux dépens du Prince Palatin avec ses armoiries, et, du côté de la chaire, à main droite, sur les vitres, celles du Prince du (sic) Comté, qui pour lors étoit protestant » (Etienne Cambolive, Histoire de divers èvïnemens, etc.; Amsterdam, Isaac du Main, 1698, p. 42).

5 Voir p. 460, note 4 et page 461, note 3.

II Claude Formy mourut antérieurement, au 8 mars 1583, jour oii ses collègues La Place et Payan écrivaient à Th. de Bèze leurs efforts auprès du colloque ou du synode pour le remplacer (Ribl. publ. de Genève, MFr., 197 aa, Corresp. ecclés. de 1580-1583, f° 73).

7 Jean de la Place faisait, le 25 avril 1588, dresser un codicille qu'il ne pouvait signer, étant malade ; et, dès le 6 mai, sa femme, Marguerite Barnier, est dite veuve (Min. de Chaugier, étude Blain, reg. de 1586-1588,

Jean Payan l le suivirent quelques années après, et bientôt l'on verra en quelle disette de pasteurs ils laissèrent leurs fidèles. Parmi ces derniers pourtant on comptait de grands personnages : les fils de l'amiral Coligny, dont l'aîné, gouverneur, solennisant le baptême de ses deux enfants, le 28 octobre 1584, tint à Montpellier comme une cour plénière du parti protestant-; le prince de Gondé, en résidence dans la ville 3 ; le vicomte de Turenne, qui s'y montrait utile et aimable4. De cette puissance, de cette pompe, le culte calviniste semblait écraser le catholique, dont le clergé était réduit une fois de plus aux épreuves.

Depuis la surprise de Montpellier, le Chapitre cathédral était allé d'un asile cà l'autre, au milieu des privations et des alarmes. Traqué dans la ville dès le 19 février 1577. disperse'' après le 5 avril 5, il n'avait pu qui1 rallier, le 20 décembre, ses membres à Frontignan, où le lendemain il décidait de faire le service''. Cette année-là et les suivantes pendant l'exil, la

fos 149 et 151). — Comme il était venu de Valence en mars 156(3 (Arch. inuii. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1527-1565: certificat de santé du 10 mars 1566), son ministère avait duré vingt-deux ans.

1 En 1588, il invoquait, pour obtenir un auxiliaire, son âge et ses infirmités (Synode provincial de Nimes de juin 1588). Malade le 10 avril 1595 (Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1593-1595, f° 410 v°), il était, le 24 juin suivant, déjà mort (Bibl. publ. de Genève, MFr., 195, f " 5 : lettre de Jean Gigord à Th. de Bèzej.

- Histoire de Languedoc, t. XI, pp. 717 et suivantes. — Ces deux enfants de François de Coligny et Marguerite d'Ailly étaient : Henri, qui fut présenté par Lesdiguières au nom du roi de Navarre ; et Gaspard, qui le fut par le baron de Panât au nom du comte de Laval (Arch. iium. de Montpellier, GG, 311, f° 11 v°).

3 Chroniques el Documents, p. 191. — Il logea dans la maison dite de Castelnau (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1580, f° 18 v°), laquelle est l'hôtel de Lunaret.

4 En 1581, il obtint à la Ville une abolition (Voir p. 117, note 10) et, le 10 avril, tint en baptême une fille de Jacques David, de nouveau premier consul (Arch, mun. de Montpellier, GG, .'!17, f° 38 v°). Il logea, du 11 au 21 mais, dans la maison du Moys (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1580, f" 62 v°), c'est-à-dire l'immeuble qui porte aujourd'hui le n° 15 de la rue de la Croix-d'Or, et, dans cette portion, est fort intéressant.

5 Voir pp. 115 et 429.

e Délib. du Chapitre cathédral à ces dates.

Les guerres de religion 463

parole de Pierre Fiolon. prieur des Carmes de Montpellier, le réconforta '. Pourtant le désir des chanoines était de retourner dans la vieille cathédrale insulaire, riche de souvenirs. Or Maguelone était aux mains non des protestants, mais d'un catholique obstiné cà s'y maintenir comme en une forteresse, d'où, avec ses cent ou cent vingt soldats, il harcelait et rançonnait les ennemis2. Grand ferrailleur, François de la Croix, seigneur de Saint-Brès 3, tenait ce lieu du Chapitre même, pour le défendre et en percevoir les fruits. Mais il trouva moyen de le ruiner4, et maintenant il se refusait à le rendre, sous couleur d'un règlement de comptes pendant avec les chanoines. Il fallut agir fréquemment et instamment, soit auprès de Damville, soit auprès de la reine-mère 5, pour ahoutir. Enfin, le 12 octobre 1579, tandis que Saint-Brès, expulsé, allait porter à Prades sa vaillance et ses rapines c\ le culte put être remis à Maguelone 7. On y prit des précautions désormais : nul, sinon les chanoines, et chacun de ceux-ci n'ayant qu'un serviteur, ou bien les soldats de garde, choisis par le Chapitre, n'y pénétrerait sans l'agrément de ce Corps 8 ; pour plus de sécurité encore, Montmorency accorda par la suite le commandement du fort à l'évèque lui-même, lequel le délégua à son neveu et deux chanoines 9. Il importait davantage encore de restaurer le culte catholique en ville. On a vu quels événements l'avaient jusqu'alors empêché. Dès le carême de 1582 pourtant, la chose était réa-

1 Délib. du Chap. cathedra] du "24 décembre 1577, et passim en 1582, 1583, 1584.

- Arch. mun. de Lattes, CC, 5, compte de Philippe de Sarret.

3 Testament du 7 août 1598 (Min. d'Antoine Comte, étude Cornier, reg. de 1598-1599, f • 271).

4 Délib. du Chap. cathédral du 30 avril 1583.

5 Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, p. 180. — Délib. du Chap, cathédral des 14 janvier, 7 et 31 mai, 9 juillet 1578 ; 11 février et 4 mars

,; Remontrances de VassembL'e politique d'Anduze aux Etats de Languedoc, publiées par Maurice Luthard, pp. 11 et 12.

7 Delib. du Chap. cathédral des 12 el 20 octobre 1579.

8 Délib. du Chap. cathédral du 12 octobre 1579.

9 Délib. du Chap. cathédral du 3 septembre 1580.

h(\\ LÀ REFORME A MONITFI.t.lF.R

li.sée. A défaut d'une seule église en état après l'effondrement de N.-D. des Tables, c'était de la Canourgue de Saint-Finnin d qu'on avait dû s'accommoder, local bien exigu et impropre, mais où le chanoine Trial aîné lit le service, et un augustin prêcha2. Cependant la population catholique était scandalisée de la pénurie de prêtres, dont était cause la parcimonie du rentier du bénéfice Saint-Firmin. Elle s'en plaignit au Chapitre, et celui-ci ordonna qu'il y eût sept desservants 3. D'ailleurs, peu à peu la force des choses l'amenait ta Montpellier tous les chanoines. Ce qui d'abord n'avait été que l'exception en faveur de quelques-uns, qui préparaient leurs grades universitaires, devint la règle, quand le danger des guerres parut conjuré ; on décida d'y tenir la pointe, les chapitres, pois d'y transférer les offices, en ne laissant à Maguelone que le préposé obligatoire au service du lieu4. Il fallut donc nue église plus convenable : la Canourgue fut réparée5, des vases sacrés commandés'', car le nombre des messes s'accroissait7. En 1582 et encore en 1588 un ardent apôtre, le dominicain Martin de Lemos, évangélisa les catholiques tnontpelliérains8. Sans la peste, qui entrava le mouvement, c'eût été déjà le renouveau. Il n'était, au surplus, qu'a journé, ainsi que le montrera YJStude suivante.

1 C'est-à-dire la demeure du prieur do cotte ancienne église paroissiale. Elle était située sur la place actuelle connue vulgairement sous ce nom, dans la partie avoisinantla rue du Palais, et se trouvait continué à l'église Sainte-Croix, elle-même vers la rue de ce dernier nom.

- Délib. du Chap. cathédral du 2 mai 1582.

3 Délib. du Chap. cathédral du 17 mai 1582.

/l Délib. du Chap. cathédral dos 2 et 10 mai 1582, 24 février et 28 octobre 1583.

5 Délib. du Chap. cathédral des 6 février et 22 avril 1585.

,; Délib. du Chap. cathédral du 25 mars 1587.

' Délib. du Chap. cathédral du 21 octobre 1585.

K Un article spécial, retardé par les circonstances actuelles, me permettra un jour de faire connaître, dans le détail et avec les références qu'il comporte, le rôle du personnage à Montpellier, rôle qui, dans le présenl ouvrage, n'est qu'un simple épisode de l'action dos prédicateurs catholiques.

Soc. Arch de Montpellier. 30

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