I. — Le clergé catholique
Le clergé se prépare dans l'épreuve à jouer un rôle de régénéralion. — L'évêque Antoine Subjet. — L'évêque Guitard de Raie : sa carrière, son action. — Réforme des chanoines, laquelle s'étend au clergé : réception, ordination, costume, office, restauration des églises, mœurs, instruction. — Appel de prédicateurs du dehors : le P. de Lemos, dominicain, le chanoine théologal Al pliant.
Durant les années pour lui si cruelles dont j'ai retracé les événements, le clergé montpelliérain s'était vraiment retrempé par la force même des choses et sous l'action de ses évêques. Aussi, dès la fin du XVIe siècle, se trouva-t-il prêt, soit par ses propres moyens, soit par des auxiliaires judicieusement choisis, à lutter avantageusement contre des ministres qu'à l'inverse les conditions d'âge, d'instruction et d'impopularité mettaient, à part quelques exceptions, en état avoué d'infériorité1. Tel est le double et contraire mouvement qu'il importe d'étudier de lires, afin d'en saisir toutes les conséquences pratiques.
L'épiscopat d'Antoine Subjet (1573-1596) avait été surtout une époque de transition, de travail intérieur et de préparation. Sans vouloir retranchera l'éloge de ce prélat, retracé à l'aide d'une documentation trop insuffisante quant à l'étude du milieu2, j'estime qu'il en faudrait reporter une bonne
1 Un auteur protestant (Mark Pattison, Isaac Casaubon; Londres, Longueau, 1875, chap. III) remarque que, au XVIIe siècle, le niveau intellectuel monta dans le clergé catholique et descendit parmi les protestants.
2 Clian. F. Saurel, Antoine Subjet, évêque de Montpellier ; Montpellier, L. Grollier, 1898, in-8°.
part sur ses collaborateurs, les vicaires-généraux Guitard de Rate ' et Pierre Fiolou. Trois périodes sont, en effet, à distinguer dans l'épiscopat de Subjet : on le voit d'abord, paisible et conciliant, se contenter du peu que lui ont laissé les circonstances2 ; ensuite, éloigné de son diocèse, il reste comme inexistant à son égard 3 ; revenu enfin4, mais bien vieilli 5, il en abandonne la conduite aux hommes de haut mérite qu'il a su choisir. Pieux ,!, charitable 7, amateur de la discipline8, mais encore trop préoccupé des faits de la politique'1 ou de ses intérêts de famille l0, Subjet semble entravé par les errements du passé à peu près autant que tourné vers les nécessités de l'avenir.
Très différent se montre son successeur, l'éminent Guitard de Rate. C'est d'abord l'homme du Languedoc, de la région, de la ville, et Ton pourrait ajouter beaucoup à ce qu'a dit Gariel sur l'estime qui entourait sa famille H. Mais le côté
1 C'est d'après la signature authentique de ce prélat que j'adopte pour lui cette orthographe (Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1576-1591, f° 433).
2 Voir p. 382.
3 Voir p. 450.
4 Délib. du Chapitre cathédral du 19 octobre 1587. — Subjet habita alors le château du Terrai (Arch. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1566-1591, f° 771 v°). Quelques années après, il songeait à acquérir en ville une maison épiscopale ou à réédifier la Salle, démolie (Ibid., f° 1109, acte du 4 mai 1591). Enfin il loua la Vestiairie de Maguelone, occupée actuellement par l'Hôtel-de-Ville (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1592-1593, f* 32, acte du 25 janvier 1592).
5 II mourut en 1596, âgé de quatre-vingt-six ans.
11 II avait toujours exhorté son clergé à la réception des ordres, des sacrements ; il institua un obit, des enfants de chœur, etc. Cette fondation, dont tout le monde a parlé, il la confirma encore la veille de sa mort (Min. d'Antoine Comte, étude Cornier, reg. de 1596-1597, f° 382j.
7 Nous le verrons provoquer la fondation de Y Aumône générale des pauvres catholiques.
8 On va lire le récit de ses efforts en ce sens. ,J Voir p. 450.
10 II dota et pourvut ses sept nièces (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1592-1593, f» 824).
11 Gariel, Idée de la Ville de Montpelier, part. II, p. 185.
ecclésiastique de la vie de Gui tard de Rate doit seul retenir ici l'attention. Curricîtlum brillant, d'ailleurs, comme celui de ses emplois civils !
Le 2 mars 1574, il est déjà prieur de Vailhauquès *. Bientôt le Chapitre cathédral, où il compte un parent, Pierre de Ratte -, éprouve le désir de se l'attacher : quand, le 12 janvier 1575, décède Frézal Pastre, titulaire d'un de ses personats, l'archidiacre de Castries, en tour de cheville, le pourvoit, et il faut l'opposition d'un intéressé et une coutume évidente pour évincer le prieur de Vailhauquès 3. Du moins il n'attend pas longtemps un canonicat : le pieux Tannequin de Lauzelergues lui résigne le sien. Guitard y est reçu cà l'unanimité le 26 septembre de la même année 4. Moins de dix-huit mois après, Jacques de Manse, le vieil archidiacre de Valence, renonce pour lui à cette dignité 5, que Guitard de Rate inaugure dans la persécution. Parce qu'il est doué pour l'étude, le Chapitre lui l'ait une pension afin d'assurer les siennes6 et, comme il est propre aux affaires, il va, plusieurs fois syndic, poursuivre, durant les années d'exil, celles du Chapitre à Toulouse, à Narbonne "', celles de la Province à la Cour8, celles de Montmorency auprès d'Henri III 9. Partout où il passe, on l'apprécie, on le retient : le Parlement de Toulouse fait de lui un de ses conseillers 10, Henri IV l'appelle à son service en Normandie H. Il est agréable à tous, sauf aux ligueurs, qui l'emprisonnent, l'auraient même condamné à mort, dit-on 12.
1 Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1574-1576, i'° 48. - Voir pp. 26 et 315.
3 Délib. du Chap. cathédral du 25 février 1575.
4 Délib. du Chap. cathédral du 26 septembre 1575.
5 Délib. du Chap. cathédral du 4 février 1577.
,; Reg. de compt. du Chap. cathédral de 1585, passii».
I Délib. du Chap. cathédral de 1579 et 1580, passim ; du 16 juillet 1584, du 12 juin 1585.
» Délib. du Chap. cathédral du 24 juillet 1585.
9 Délib. du Chap. cathédral du 15 juin 1589.
10 Délib. du Chap. cathédral du 4 mai 1588.
II Délib. du Chap. cathédral du 5 juillet 1593.
12 Gariel, Idée de la ville de Montpelier, part. II, p. 185.
Surtout Guitard de Rate donne toute sa vigilance au diocèse île Montpellier. Minoré et sous-diacre presque en même temps, il acquiert ainsi voix en Chapitre ' ; il est ensuite nommé vicaire-général par l'évêque Subjet2, et le demeure jusqu'à ce qu'en octobre 1594 la volonté royale l'arrache à cette charge pour lui en confier de civiles 3. Soit déférence envers son parent, soit goût personnel afin de mieux réformer l'office, comme je le dirai, Guitard échange avec Pierre de Ratte sa propre dignité d'archidiacre de Valence contre le simple personat de préchantre *. Il troque aussi le prieuré de Vailhauquès contre celui de Saint-Gély-du-Fesc, dont il s'empresse de restaurer l'église à ses frais 5. Enfin il se fait remarquer par tant de qualités que Subjet, à ses derniers jours, jette les yeux sur lui pour lui succéder et résigne en sa faveur6. L'effet de ce choix se produit par la mort de Subjet, le 8 novembre 1596 7. Tel était l'homme que le diocèse allait avoir pour chef à l'un des moments les plus intéressants de son histoire. Quant à son œuvre, il convient de la dépeindre pendant son vicariat et son épiscopat.
Un effet du temps, qui a été déjeà signalé, fut de donner au Chapitre cathédral plus d'homogénéité et de cohésion, en le réduisant par extinction à son nombre légal, que la diminution des revenus ne permettait plus de dépasser. En outre, la conséquence de la main-mise protestante sur Montpellier fut d'évincer le clergé capitulaire des offices de judicature. Enfin le résultat de la persécution fut, après la surprise de 1577
1 Délib. du Chap. cathédral du 27 octobre 1579.
- On voit qu'il l'était déjà le 22 octobre 1584 (Délib. du Chap. cathédral de ce jour).
'■' Délib. du Chap. cathédral du 24 octobre 1594.
4 Délib. du Chap. cathédral du 5 janvier 1585.
5 Arch. de l'Hérault, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1560-1591, f° 394, prix-fait du 23 mai 1585.
6 Gariel [Idée, etc., part. II, p. 185) le dit expressément. A ce moment Guitard de Rate, croyant retourner à Toulouse (Délib. du Chap. cathédral du 1er juillet 1596), prenait la précaution de tester le 5 juillet (Voir p. 469, note 1).
7 Délib. du Chap. cathédral du 9 novembre 1596.
comme aux seconds troubles, de retremper les mœurs cléricales par la vie commune ', la frugalité, la solitude, l'unique pensée du devoir. Cet état de choses favorisa l'observation des règles positives de réforme édictées successivement pour combattre les abus anciens. Sans doute la victoire ne fut pas remportée aussitôt, mais la lutte persévérante fut enfin couronnée de succès. Au point de vue, par exemple, du recrutement, un sujet est encore reçu dès lage de quatorze ans2, bien qu'un règlement antérieur eût exigé au moins celui de dix-huit3. Il y avait là néanmoins un progrès, si l'on se reporte aux exemples de jadis4. Et c'était une sauvegarde indispensable, caries chanoines, admis trop jeunes et ignorants, étaient envoyés aux études avant de prendre les ordres, et plus d'une fois ensuite on les voyait abandonner l'état ecclésiastique, au scandale du peuple chrétien et au dommage pécuniaire de leur corps 5. Celui-ci s'attacha donc à y remédier, soit en substituant au simple examen « in factura et cantu » l'épreuve plus sérieuse d'une version latine littérale0, soit en faisant jurer par les récipiendaires de rembourser les frais de leurs études, s'ils venaient à sortir7, soit surtout en les poussant à l'ordination.
Déjà Guillaume Pellicier avait agi en ce sens. Durant la vacance effective du siège, qui représente le temps de Pierre de Rouille, le Chapitre prescrivit aux prêtres la célébration de la messe, et aux non-prêtres la communion au moins pour les grandes fêtes de Pâques, Pentecôte, Toussaint et Noël, en y ajoutant, selon l'ancienne coutume régulière, la communion en corps le Vendredi-Saint8. L'évêque Subjet insista particulièrement sur la question des ordres sacrés : il appuya les convocations de sanctions sévères, ouvrit des
1 A Maguelone (Délib. du Chap. cathédral du 27 octobre 1579). - Délib. du Chap. cathédral du 12 novembre 1591.
3 Délib. du Chap. cathédral du 27 octobre 1580.
4 Voir pp. 8, 295 et 297.
•'• Délib. du Chap. cathédral des 28 avril 1580 et 14 avril 1598.
,! Délib. du Chap. cathédral du 11 mai 1585.
7 Délib. du Chap. cathédral du 14 avril 1598.
* Délib. du Chap. cathédral des 29 octobre 1571 et 21 avril 1572.
procédures '. D'abord il fut mal obéi, mais graduellement cessent les objurgations d'un côté, les plaintes de l'autre : sous Guitard de Rate et Fenouillet, prélats énergiques, la question ne se posera même plus. En attendant sa solution définitive, c'est aux ordres religieux que recourt l'évèque pour fournir à certaines paroisses des desservants qui en même temps les évangélisent -.
Le clergé promu aux ordres doit se montrer décent dans son costume : plus de fraise à la chemise, plus de manteau3 ; en ville la robe longue, à l'église l'habit de chœur seront seuls portés *. Le sacrifice coûte, on diffère de s'y résigner; mais les diocèses voisins sont plus avancés à cet égard, et celui de Montpellier se voit fixer la Toussaint de l'année 1590 pour dernier délai 5. Le seul exemple de désobéissance, noté bien plus tard, est celui d'un séculier, vicaire ta Notre-Dame des Tables en 1016, qu'on place dans l'alternative ou bien d'abandonner « la rotonde, la moustache rellevée et autres choses indessantes a un homme de sa profession », ou bien d'être congédié, ce qui est décidé également, mais de façon éventuelle, pour ses collègues °.
Chanter l'office divin est par excellence la fonction du chanoine ; il ne la quittera donc point pour des jeux 7. Quand Guitard de Rate n'était encore que vicaire-général, il s'était préoccupé d'adopter la réforme liturgique opérée en vertu des prescriptions du Concile de Trente. Il en parla à Subjet, qui l'approuva et le chargea d'agir en ce sens. Alors, au Chapitre général de la Saint-Luc 1584, il exhorta à considérer cela comme « une des principalles choses que pour le pre-
1 Délib. du Chap. eathédral des 24 octobre 1580, 1 1 avril 1581, 23 février et 10 décembre 1584, 21 octobre 1591. — Voir pp. 448-449.
2 A Vie, à Mireval, à Pignan, à Fabrègues, à Cournonterral (Reg. de comptes du Chap. eathédral, aux 7 mai 1593, 19 avril et 14 mai 1594, 6, 13 avril, 12 août 1594, 7 août 1599, 4 juin 1601).
3 Délib. du Chap. eathédral du 17 mai 1578.
4 Délib. du Chap. eathédral des 21 octobre 1585 et 21 avril 1586.
5 Délib. du Chap. eathédral du 22 octobre 1590. « Délib. du Chap. eathédral du 22 février 1616. 7 Délib. du Chap. eathédral du 17 mai 1578.
senl le Chappitre a affere, comme estant du service de Dieu et dheu de leur charge » '. Et, parce qu'il fallait se former au nouveau rite, on prit pour moniteurs deux prêtres déjà experts en la matière2. Pourtant les saints locaux ne furent point délaissés ;{, et le diocèse parait même être revenu au propre maguelonais, puisque, en 1611, après le concile provincial de Narbonne, Fenouillet prescrira de rechef l'usage de la liturgie romaine4.
Prieur de Saint-Gély-du-Fesc, Guitard de Rate avait donné l'exemple de la restauration des édifices du culte5. Qu'il ait été suivi, c'est ce dont apportent la meilleure preuve les prixfaits relatifs à bien des églises °, et encore ce qui se passa au Chapitre cathédral de Nimes le 28 juillet 1604. Répondant à ses chanoines, lesquels prétendaient augmenter la valeur des prébendes, l'évêque Pierre de Valernod leur remontra qu'à l'imitation de leurs confrères de Montpellier, ils devaient plutôt les réduire, dans le but de restaurer les édifices 7.
Mais où l'on saisit surtout le changement, c'est dans la conduite morale du clergé. Les querelles, les violences sont bien rares et réprimées sérieusement aussitôt, quelle que soit la qualité du délinquant. Afin de pouvoir réclamer les sujets ecclésiastiques, que la justice civile, aux mains des protestants, s'efforce de retenir 8, Guitard de Rate établit une prison
1 Délib. (lu Chap. cathédral du 22 octobre 1584.
2 Délib. du Chap. cathédral du 7 mai 1585.
3 « Commis a messieurs Montgrenier, Gourdon et Alphantis pour fere et dresser ung recueil des Sainctz qu'on avoyt de coustume de sellebrer a l'office de Maguelonne, pour icelluy en appres fere imprimer » (Délib. du Chap. cathédral du 14 avril 1598).
4 Délib. du Chap. cathédral du 26 octobre 1611. — Les 30 décembre 1008 et 4 mai 1609, sur l'initiative de ce même évêque, il avait été décidé de chanter l'office « selon les livres qui sont en icelle église », phrase ambiguë aujourd'hui dont on ne saurait faire état dans l'un ni l'autre sens.
5 Voir p. 471.
,! La publication de ces documents est en cours par mes soins dans la Revue historique du diocèse de Montpellier.
7 D1' A. Puech, Pierre de Valernod ; Nimes, 1887, p. 31.
8 Le 24 août. 1599, on voit un augustin extrait des prisons de l'Hôtelde-Ville pour être remis à son provincial (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1598-1599, f° 756 v°). — En mai 1601, le secrétaire de
à la Gatiourgue '. Tous ont un vif souci d'éviter les scandales dans une ville qui renferme beaucoup de calvinistes. Gela est dit formellement k l'occasion des violences de Pierre Grasset, archidiacre de Valence, qui a battu jusqu'au sang le desservant de Saint-Marcel - ; des incartades de Jean Gourdon, un chanoine intelligent et zélé, mais déséquilibré, qu'on punit d'abord sévèrement et que finalement il faut confiner chez lui et soigner3; de plaintes portées par des personnes de qualité à propos de certains bancs à l'église, aussitôt enlevés * ; des dangers d'un recrutement prématuré5.
Enfin les supérieurs ecclésiastiques apportèrent beaucoup de soins à préparer un clergé instruit, instruit non seulement comme jadis dans les sciences humaines, mais dans l'art d'enseigner au peuple chrétien, en un clair langage bien à sa portée, les vertus qu'il doit pratiquer, les vices qu'il faut fuir0. L'évèque Subjet ne le dissimule pas : une des causes de succès du protestantisme a été l'ignorance des prêtres qui avaient charge d'àmes 7. C'est pourquoi on envoie bien toujours les jeunes chanoines aux Universités fameuses, Paris ou autres8 ; mais, concurremment, les collèges des Jésuites
l'évèque délivre « me Le Mère, pauvre prebstre, détenu prisonnier ez
prisons ordinaires de la presant ville despuis certain temps » (Délib. du Chap. cathédral du 8 mai 1601).
1 Délib. du Chap. cathédral du 27 juillet 1598.
2 Délib. du Chap. cathédral du 1er février 1594.
3 Délib. du Chap. cathédral des 17 et 23 octobre 1595; 17 juin 1602; 10, 15 et 17 juin 1005 ; 17 novembre 1608 ; 19 janvier 1609 ; 31 octobre 1618; et 14 janvier 1619.
4 Délib. du Chap. cathédral des 10 et 23 avril 1597.
5 Délib. du Chap. cathédral des 28 avril 1580 et 14 avril 1598.
K L'évèque Subjet, en une belle lettre du 29 mars 1596, trace ce programme : « Docendo quse scire necessarium est omnibus ad salutem, annunciandocpie eis cum brevitate et facilitate sermonis vitia que eis declinare et virtutes quas sectari oporteat » (Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1591-1597, f° 168).
7 « Qiue omnia (les ravages de l'hérésie), licet non sit dubium nostris erratis nostraque omnium culpa, Dei videlicet ira peccatis nostris imminente, evenisse, ad ista tamen non parum occasionis et adjumenti attulit ignorantia eorum quibus cura animarum commissa erat » (Ibid '.).
8 Délib. du Chap. cathédral des 7 mai 1578 et 14 avril 1598.
de Tournon, d'Avignon, du Puy reçoivent des sujets destinés plutôt au ministère paroissial. Là, les uns viennent étudier les belles-lettres, d'autres s'adonnent à la théologie d, ettous aux frais d'établissements ecclésiastiques. Les particuliers même s'intéressent à une telle œuvre : de Grille, général des Aides, fonde une bourse au Collège du Puy 2 ; Pierre Fiolon, vicaire-général, consacre ses ressources à en créer quatre, dont deux à Paris, pour son ordre des Carmes, afin de pourvoir la province de « gens doctes » 3.
En attendant que tous ces efforts combinés produisent leur fruit 4, évoques et Chapitre confient des paroisses rurales à
1 A Tournon : J.-.T. David (Min. d'Ànt. Comte, étude Cornier, reg. de 1587-1591, f° 472, délib. des Collégiés du Palais du 31 octobre 1590) ; Jacques Gleyzes (Comptes du Chap. cathédral, au 20 mars 1600).
Au Puy : Jean de Jaule (Voir note 2).
A Avignon : Jean Trial iMin. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1587- 1591, f° 472, délib. des Collégiés du Palais du 31 octobre 1590] ; André Ouradou (Compt. du Chap. cathédral, aux 5 octobre 1599, 20 avril 1600, 2 mai et 18 octobre 1601). Cet Ouradou donna, entre temps, la rpiinzaine de Pâques 1601 à Lunel-Viel (Ibicl., au 2 mai 1601). Il fera un prédicateur et aussi un curé de Montpellier.
- Jean de Jaule en devint titulaire par contrat du 8 avril 1606 (Min. de Jean Vignes, étude Blain, reg. de 1605-1608, f° 247).
3 Cette fondation est fort intéressante à analyser.
Pour la faciliter, Subjet avait consenti à unir au couvent des Carmes de Lunel le prieuré de Saint-Just, voisin de cette ville, dont Fiolon était titulaire (Annexes d'Ant. Comte, étude Cornier, vol. de 1591-1597, f° 168). La fondation fut exécutée le 7 septembre 1598, en faveur de deux religieux de Lunel et de deux de la province de Narbonne, lesquels étudieraient six ans à Paris, au Collège de l'ordre, place Maubert, la rhétorique et la philosophie ou bien la théologie, puis reviendraient dans leurs couvents pour évangéliser la contrée [Ibicl., fos 168 et 228).
Le 5 janvier 1598, Fiolon, cpii provenait du couvent de Clermont en Auvergne, fit en faveur de celui-ci une fondation analogue. Et, ce qui est remarquable, c'est qu'il ajoutait cette clause : « Davantaige les deux que seront a Paris, ayant faict leurs estudes en philosophie et théologie, pourront encores estudier en hébreu, qu'est la langue saincte, durant ung an, si bon leur semble, jouissans de leur pention, affin qu'ils se rendent parfaictz pour enseigner les autres et servir d'ornementz en l'Eglise de Dieu » (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1598-1599, f° 5).
4 Bientôt on verra les curés qui prêchent encouragés par des subven-
des curés réguliers qui les évangélisent ', et ils procurent au diocèse, spécialement à la ville de Montpellier, les meilleurs prédicateurs qu'ils peuvent recruter. De la capacité de ceux-k ci témoignent l'aveu des protestants comme les noms, le titre de docteur en théologie et le rôle de ces prédicateurs dans leurs ordres respectifs, car, ne pouvant plus compter sur les communautés locales, dispersées depuis 1577 2, on les appelle du dehors. Il convient de noter parmi ces apôtres 3 : le P. Jérôme Dubois, dominicain du couvent d'Avignon 4 ; surtout ce P. Martin de Lemos, dont le zèle a déjà été signalé 5 et qui, précurseur du P. Michaëlis dans la réforme de l'ordre des FF. Prêcheurs, voulut l'appliquer au couvent de Montpellier, évangëlisa de nouveau la ville en 1587 et ne la quitta que chassé par la peste l'année suivante0, y laissant un si bon souvenir qu'on le rappellera ; le P. Claude Dubel, auxiliaire précieux du P. Michaëlis à Clermont de Lodève7;
tions du Chapitre cathédral (Comptabilité de 1600, 1G01 et années suivantes, pas situ).
1 Pignan, au dominicain Antoine Guichard (Compt. du Chap. cathédral, au 4 juin 1001) ; Cournonterral, au cordelier de Porta (IOid., au 20 juin 1601).
2 Encore, les premières années, on en employa quelques membres : un augustin en 1582 (Voir p. 464) ; le cordelier Bontoux, en 1585 (Délib. du Chap. cathédral du 7 août 1585) ; le carme René Duval, la même année (Délib. du Chap. cathédral du 18 décembre 1585).
3 A part ceux dont il va être question, on trouve : en 1590-1591, le P. Pierre Fournier, d'ordre non désigné (Délib. du Chap. cathédral du 8 juin 1590 et pièce de comptabilité du 17 décembre 1590) ; en 1591-1592, le P. Jean Renouard, prieur des Carmes d'Arles (Délib. du Chap. cathédral du 29 juillet 1591 ; pièces de comptabilité des 31 juillet 1591 et 15 janvier 1592) ; en 1592-1593, le P. Simon Pibris, gardien de l'Observance à Pézenas (Délib. du Chap. cathédral des 1er juin et 28 novembre 1592, et pièces de comptabilité de 1592 et 1593).
4 Délib. du Chap. cathédral du 7 juillet 1586 ; pièces de comptabilité de 1586, 1587, 1588.
5 Dominicain très zélé pour la réforme de l'Ordre.
0 Sur l'apostolat de ce religieux à Montpellier, voir p. 464 et sa note 8.
7 Engagé pour prêcher de la fin avril 1589 au dimanche après la Toussaint, il reprit son ministère après une nouvelle peste, de février à juin 1590 (Délib. du Chap. cathédral du 29 avril 1589 ; pièce de comptabilité
478 IÂ ftEFOhME A MONTPELLIËft
enfin le séculier Henri Alphant, un provençal, que l'évèque Subjet attacha au diocèse comme chanoine et vicaire-général1. Il ne faut donc point s'étonner que, devant une pareille série d'orateurs catholiques, le Consistoire s'émût et écrivit à la Compagnie de Genève : « En outre, il y a grand nombre de ceux qui tienent contraire religion quy n'espargnent rien a y attirer des prescheurs duictz et façonnés a la jésuitique, pour diminuer, en tant qu'en eux est, nostre troupeau2».