‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 87 sur 110 · III. — L'Académie protestante · texte numérisé non relu

III. — L'Académie protestante

Guillaume Ranchin. — Avec Gigord, il projette la fondation d'une Académie protestante et par conséquent d'un collège des Donnes- Lettres. — Appel d'Isaac Casaubon. — Les origines de l'Académie. — Demande de Goulart à Genève, et refus. — Gigord soumet son entreprise au sgnode provincial de 1596. — Recrue faite en la personne de l'ex-jésuite Pegrol ; détails sur ce pasteur. — Le Sgnode national de 1598 à Montpellier. — Erection officielle de l'Académie. — Pacius appelé à Montpellier.

Deux hommes s'employèrent alors à cette œuvre urgente de défense, en y mettant tout leur zèle et toutes leurs capacités. Avec Jean Gigord, le ministre, dont il a été déjà question, ce fut Guillaume Ranchin, porté en 1595 au premier rang du consulat.

Il était fils d'Etienne, ce célèbre professeur à l'Université des Lois qui avait eu le mérite de relever l'Ecole aussitôt après les premiers troubles '. Son plus jeune frère, François 2, illustrera la famille par la pratique de la médecine. Pour lui, — dans sa carrière d'abord de professeur, puis de magistrat : conseiller au Présidial de Montpellier, avocat-général aux Comptes, ensuite aux Aides 3, enfin conseiller à la Chambre de l'Edit à Castres4, — il appliqua sa vive intelligence 5 surtout aux questions religieuses. Il avait longuement travaillé à un livre de polémique contre les canons du Concile de Trente. Ses coreligionnaires, les ministres même faisaient grand fonds sur cet ouvrage, puisque les frais d'impression en devaient être répartis sur toutes leurs églises de France et

1 Voir p. 323.

- D'Aigrefeuille, t. II, p. 408.

;i Voir p. 456.

4 II le deviendra après son consulat.

5 Un de ses plus acharnés adversaires, piqué par leur brouille postérieure, le pamphlétaire catholique Guillaume de Reboul, le traite avec affectation de « bel esprit », mais sous cette ironie on sent la vérité percer.

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sa défense éventuelle assumée par celles de la province '. Mais Ranchin mourut prématurément. Les pasteurs Gigord de Montpellier et Ferrier de Nim.es furent chargés d'examiner ses manuscrits -. Ils les jugèrent sans doute insuffisants, car il ne parait pas que l'ouvrage ait jamais vu le jour.

A eux deux, le pasteur et le magistrat-théologien, ils conçurent donc un plan très remarquable et à l'exécution duquel chacun s'appliqua avec s;js aptitudes. Afin de remédier par ses propres moyens, car il ne fallait pas compter sur autrui, à la disette des pasteurs, on fonderait à Montpellier une Académie pour en servir de pépinière. Même on appellerait dans cette ville l'imprimeur qui lui manquait encore 3. Mais une Académie, au sens protestant du mot, devait comprendre une Ecole de théologie et un Collège. Il s'agissait d'obtenir d'abord le privilège royal pour cet établissement-ci. lequel servirait encore, disait Ranchin, tant pour « instruire nostre jeunesse, que nous voyons croupir en une hydeuse barbarie, que pour espuiser les escoles des jésuites quy sont dans nostre province, et quy ont aujourd'huy tele vogue que jusques a ceux de nostre religion y envoyent leurs enfans » 4.

De l'état déplorable d'ignorance si clairement avoué l'administration qui détenait le pouvoir voici dix-huit ans était responsable. Elle n'avait su se procurer pour premier régent qu'un sujet déjà vieux et si insuffisant5 qu'il faudra finalement reléguer ce principal à la dernière des classes0. Les

1 Synode provincial d'Uzès de 1603.

2 Synode provincial d'Alais de 1606.

3 Sur l'arrivée de cet imprimeur, Jean Gillet, venu de Lyon, voir : Emile Bonnet, Les débuts de l'imprimerie à Montpellier ; Montpellier, Firmin et Montane, 1895, pp. 28 et suivantes. — Très vraisemblablement c'est à Sébastien Jacqui, encore alors ambulant, mais fixé à Nimes l'année suivante, qu'est due l'impression de 1577, datée de Montpellier.

4 Lettre du 24 septembre 1595 des Consuls, Conseil et Consistoire de Montpellier aux ministres et professeurs de Genève (Bibl. publ. de Genève, MFr., 196, f°3).

5 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1581, f° 59, au 1er février 1582.

6 Arch. mun. de Montpellier, GG, rog. de délibérations du Collège, au 12 octobre 1599. — Ce précieux document, dont je parlerai plus loin, sera désormais désigné sous le titre : Délibérations du Collège.

autres, au nombre de trois, étaient servies par un personnel constamment mobile !. Enfin, aux derniers troubles, le Collège avait été de nouveau saccagé et il avait fallu en 1578 le «redresser »2. Tout esprit confessionnel mis à part, une telle médiocrité n'avait rien d'engageant. Si donc les catholiques allaient à Tournon, à Avignon, au Puy 3, ou bien organisaient une école à eux dans la ville, comme il sera dit bientôt, les protestants môme les y suivaient, on vient d'en trouver l'affirmation sous la plume de leurs chefs. Et cela en dépit de l'interdiction formelle portée au synode national de Sainte- Foy en 1578 4, et qui sera renouvelée si souvent par la suite5. Dès lors on conçoit le désir légitime des protestants montpelliérains, en 1594, de se procurer à tout prix quelque homme d'une réputation à attirer soudain les élèves au Collège projeté de leur ville. Calcul fort juste, que Nimes fera également et qu'on sait lui avoir, avec Pacius, réussi 6. C'est par là que commencèrent Gigord et Ranchin, et c'est Isaac Casaubon qu'ils choisirent.

La négociation pour l'obtenir de Genève et de lui-même dura deux années et fut laborieuse7. Si elle se termina par

1 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1587, f° 4, au 13 mai 1587. Cf. f°s 13, 13 v°, 32, 35, 54 v°, 87 v° ; Command. de 1592, f° 3G v° ; de 1595, fos 9, 13, 20 r° et v°, 21 ; pièces de comptabilité de 1594 et de 1596.

! Délib. du Conseil de Ville du 17 août 1578.

3 Voir p. 476, note 2.

1 Aymon, t. I", p. 129.

5 Synodes provinciaux extraordinaire de Nimes de 1599 et de Nimes de 1601 ; synode national de Gergeau de 1601 (Aymon, t. 1er, p. 239) ; synode provincial d'Aiguesmortes de 1607.

8 Julius Pacius, qui avait été appelé à Nimes dans les mêmes conditions, écrivait quelque trois mois après son arrivée : « Le Collège est de jour en jour plus florissant : ma venue a produit ce résultat que, tandis qu'auparavant les nôtres envoyaient, pour y être élevés, leurs fils chez les jésuites, les catholiques mettent ici les leurs » (L. Guiraud, Julius Pacius en Languedoc dans Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. IV, p. 305).

7 Sur toute cette affaire je compte donner un mémoire plus détaillé : L'appel et le séjour d'Isaac Casaubon à Montpellier, que les circonstances ont retardé. C'est pourquoi ici je ne ferai qu'indiquer les principaux faits.

l'arrivée du célèbre humaniste le 25 décembre 1596, celle-ci ne suffit point ci résoudre toutes les difficultés, nées encore plus de l' impéri tie et du sectarisme des promoteurs de l'entreprise que de l'état même des choses. De là cette prompte et vive déception de Casaubon, grisé d'applaudissements, mais restant sans local assuré, sans gages réguliers ou suffisants, sans personnel capable. De là aussi le mécontentement de tous les montpelliérains sensés, qui avaient compté sur un professeur pour leurs enfants, et ne trouvaient qu'un élégant, discoureur, dédaigneux de tout ce qui n'était pas livres ou succès en public. En cette circonstance les catholiques n'avaient refusé au Collège leur concours ni moral ni pécuniaire f Mais ils se heurtèrent à la mauvaise volonté du pouvoir municipal, et furent ainsi amenés à maintenir leur école

Quant aux lettres de cet humaniste qui vont être citées, elles seront désignées par leur destinataire et leur date, afin qu'on puisse les retrouver dans les différentes éditions.

• On en a pour preuve la délibération prise, le 21 novembre 1597, sur motion de Guitard de Rate, par le Chapitre cathédral, lequel promit son concours à la condition la plus légitime. Voici le texte :

« Led. seigneur Evesque a exposé a l'assemblée comme, messieurs les depputez pour fere dresser ung Colliege en ceste ville l'estoyent venuz Irouver pour scavoyr de luy l'ordre et règlement qu'on debvoyt tenir a dresser led. Colliege, et par mesme moyen demandé que le Chappitre leur balhat une prebandé preceptorialle pour l'entretenement dud. Colliege, et permission de pouvoyr prendre le Colliege de Sainct Ruph pour y dresser led. Colliege. Si a requis lad. assemblée sur ce en oppigner et desliberer, et sur la responce qu'on debvra fere sur ce dessus ausd. depputez. — Sur quoy avoyr esté oppigné, ordonné qu'il sera faict entendre ausd. s1'* depputez comme le Chappitre est plain de bonne volonté de l'installation dud. Colliege, et d'y apporter de sa part tout ce que luy sera poussible, mesme de leur accorder le Colliege de Sainct Ruph pour y dresser led. Colliege; et, par mesme moyen, leur déclarer que l'intantion du Chappitre est de fere construyre et rediffier l'esglise de Nostre Dame de Tables pour y fere le service divin, et qu'ils ayent a fere permettre de ce fere sans trouble ; et, a tout refuge, ne vouldroyent accorder lad. esglise Nostre Dame, leur demander l'esglise Sainct Pierre, estans commis a ces fins messieurs le prevost, sacrestan et d'Engarran, que en appres feront leur rapport au Chappitre pour, veu et entendu led. rapport, estre plus amplement par led. Chappitre sur ce dessus desliberé et responce qu'on leur debvra fere. »

à caractère confessionnel, dirigée par un professeur de philosophie, le mendois Pierre Jullïac *. Le dessein des protestants quant à l'Académie est bien pour expliquer pareille attitude expectante.

Cette institution éphémère de l'Académie (son existence ayant été limitée à l'action personnelle et à la vie du pasteur Gigord) a été étudiée déjà, mais sous le simple nom d'Ecole de théologie - pour le motif que la condition essentielle à une Académie protestante, c'est-à-dire la subordination du Collège au synode, n'était pas remplie à Montpellier3. La remarque est juste, le Collège ayant été surtout municipal, comme on le verra : mais la dénomination sera maintenue ici, parce qu'elle répond mieux à l'intention et aux expressions des protestants locaux d'alors. D'autres remarques ne sont pas moins judicieuses : « Dans la théologie comme dans l'histoire de l'Ecole, c'est la controverse qui domine»4; et îles huit académies protestantes créées aux XVIe et XVIIe siècles, celle de Montpellier fut la plus modeste, celle qui lit le moins sentir son influence5. Sous cette opinion peu suspecte de M. Paul Bellet, j'abriterai ce qu'il faut dire de la création et du rôle de l'établissement.

C'est de son propre mouvement que, vers l'année 1592e, Gigord avait groupé quelques élèves pour leur faire commencer des études théologiques. Un des premiers qui bénéficia

1 L, Guiraud, Les Fondations du pape Urbain V à Montpellier, t. II, p. 164.

- Paul Bellet, Essai sur l'Ecole de théologie protestante de Montpellier 1~>98-1617 ; Montauban, .1. Granié, 1888, in-8°. Cette monographie de l'Ecole annule, comme bien mieux fouillée, celle de Pli. Corbière, qu'on y verra citée.

3 Paul Bellet, Op. cit., p. 7, note 1.

4 lhid., p. 74.

5 Ibid., p. 76.

G « D'aultant que, despuis huict ans ou environ, les sieurs Moinier, Gigord et feu de Falguerolles se sont heureusement employés en la lecteure de la théologie jusqu'à présent, au grand advancement des escoliers, dont plusieurs ont esté promeus au sacré ministère », constate le synode provincial d'Uzès en 1600,

de ses soins, après Pierre Formy '. l'ut Jean Bansilion -, destiné à rester toute sa vie le plus acharné controversiste de la région. Fils cadet d'un cordonnier originaire des Gévennes, mais fixé à Montpellier 3, Jean se vit ménager par ce père sensé, bien qu'illettré lui-même, le bienfait de l'instruction qu'appelait sans doute sa précoce et grande intelligence *. Gigord la cultiva et, ayant reconnu en lui «■ un jeune hommesage, modeste et de belle espérance», digne d'être pris « en singulière recommandation », il l'envoya à Genève « continuer ses estudes»5. Jean Bansilion y fut immatriculé le 13 octobre 1595 (i, et, moins de deux ans après, de retour en Languedoc, il proposa au synode de Sauve 7. Il avait alors une vingtaine d'années8, et fut assigné à Aiguesmortes l\ où se passera la plus grande partie de sa carrière. Néanmoins on

1 Inscrit k Genève le 30 octobre 1594 (Livre du Recteur, p. 46).

2 Cette orthographe doit être adoptée de préférence k toute autre, d'après la propre signature du ministre, dans un contrat du 16 novembre 1622 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1622, f° 197 v°).

3 La famille parait originaire du lieu de La Fare, paroisse de Saint-Germain-de-Calberte, diocèse de Mende (Testament d'un Jean Bansilion, commis aux Archives de la Chambre des Comptes, du 29 août 1615, aux minutes de Jean Roussel, étude Blain, reg. de 1615, f° 481). Pierre était déjà à Montpellier le 4 juin 1569 (Arch. de l'Hérault, B, 16, k cette date).

4 Par son testament du 30 septembre 1588, Pierre Bansilion, qui signe seulement de ses initiales, ordonnait k ses héritiers, c'est-à-dire sa veuve, Anne Mauran, et son fils aîné, Isaac, de loger, vêtir et chausser k la maison le jeune Jean, et de lui compter 500 livres tournois, quand il serait d'âge à se gouverner lui-même. Et il ajoutait : « Et, led. Jean, entretenu aux escolles et poussé aux lettres, s'ilz cognoissent que y soit propre et si sa volunté est telle et si veult adonner; si non, le mectre en aprendissage pour aprendre la traficque et neguotiation de marchandise, ou tel autre art que son instinct naturel le provocquera » (Annexes de Jean Rodil, étude Blain, vol. de 1574-1590, f° 282 v°).

5 Lettre de Gigord k Théodore de Bèze du 12 mai 1595 (Bibl. publ. de Genève, MFr., 197 aa, f° 268).

u Livre du Recteur, p. 48.

7 Synode provincial de Sauve du 7 mai 1597.

8 En 1595 on le disait âgé de dix-huit ans (Bulletin S. P. F., t. XXIV, p. 240 et. note 1).

■' Synode provincial de Nimes de 1C01.

le trouve desservant Vauvert1, Aimargues 2 et même envoyé, tout jeune encore, en Provence, sur la demande qu'avait adressée cette province au Languedoc3.

Un mois après lui, c'est-à-dire en juin 1595, partait aussi pour Genève Guillaume Espinasse, duquel Gigord assurait que, « durant le temps qu'il a demeuré parmy nous, il s'est conduict sagement, honestement et modestement, de sorte que tous ceux qui l'ont cognu, en ont conceu une très bonne espérance » *. Le même jour, 13 octobre 1595, que Bansilion et Espinasse 5 est inscrit à Genève un autre montpelliérain, Jean Fitte, qui sera proposant en mai 1598 G.

On saisit donc par ces exemples que déjà le ministre, avec son dévouement et ses ressources personnelles, avait commencé une utile petite école privée, puisqu'elle constituait une pépinière pour Genève. C'est elle qu'il rêvait de transformer en Académie. Et, de même qu'avec Ranchin il avait jeté les yeux sur Casaubon pour le Collège, il souhaita obtenir Simon Goulart tant pour l'enseignement que la prédication. 11 se fit donc charger par le Conseil de Mlle de solliciter de Genève ce ministre" et alla lui-même, après une députalion au roi à Lyon, dont il sera parlé, poursuivre cette autre affaire. Cepen" dant la métropole du calvinisme ne voulut pas se dessaisir d'un précieux auxiliaire et Goulart se soumit8. Gigord, sans espoir de ce côté, ne pouvait désormais compter que sur ses propres moyens.

il ne se découragea point. Quelques étudiants avaient été

1 Acte du 25 niai 1610 (Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1610, f° 302).

- Acte du 20 juin 1610 (Min. de Sauveur Portai, étude Blain, reg. de 1610-1611, non folioté).

:1 Synode provincial de Nimes de 1601.

4 Lettre de Gigord à Théodore de Bèze du 24 juin 1595 (Bibl. publ. de Genève, MFr., 196, f° 5).

5 Livre du Recteur, p. 48. — Le nom iïEspinasse y est défiguré.

6 Synode provincial de Montpellier de 1598.

7 Délib. du Conseil de Ville du 22 août 1595.

* Mark Pattison, Isaac Casaubon, p. 79, note 26, d'après le registre du Petit-Conseil de Genève du 17 septembre 1595.

enfin recrutés : Pierre Rudavel ', Pierre Justamant alias Justamond 2. Il leur exposa le Compendium sacrœ Theologiœ de Daneau, qui venait d'être édité à Montpellier chez Jt;an Gillet, le nouvel imprimeur, et qui était dédié à l'église évangélique

de cette ville3. Il commentait aussi, pour le réfuter, le traité De Ecclesia de Bellarmin. Gigord soumit ses projets et son programme d'enseignement au synode provincial de Montpellier de 1596, dont il était modérateur. Celui-ci le remercia de son entreprise, tout en l'orientant autrement : aussitôt finis les ouvrages dont il parlait, il devait prendre, pour l'exposer, le texte de l'Ecriture-Sainte. Cet avis se compléta et se généralisa par l'interdiction faite à quiconque k 1 avenir de professer la théologie sans permission des colloques et synodes 4. Il y avait déjà là une tendance prudente à enrayer l'esprit montpelliérain de polémique. Mais Gigord, à mesure que ses projets prenaient corps, entendait plus que jamais aller de l'avant. Diverses circonstances l'y encourageaient, qu'il est utile d'exposer.

Ce fut d'abord la réalisation du dessein relatif au Collège : obtention des lettres-patentes pour l'érection, accordées en juillet 1596 ; arrivée triomphale de Casaubon fin décembre;

1 Les Rudavel venaient «les Cévennes : le 31 janvier 1539, un Robert Rudavel de Concordes, diocèse d'Uzès, se faisait immatriculer en droit à Montpellier (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70); le 5 avril 1561, un R. Randavel était diacre au Vigan {Bulletin S. P. F., t. XXXIV, p. 114); le 31 mars 1582, Romain Rudavel est notaire k Sauve (Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1582, f° 117); le 30 mars 1593, Simon Rudavel est muletier k Comoules (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1592-1593, f° 472 v°). — Quant à Pierre, il était fils d'autre Pierre, procureur à la Cour des Aides, et de Marguerite Reyraud (Annexes de Jean Roussel, étude Blain, vol. de 1G07, au 31 juillet). Il épousa, par la suite, Jeanne de Colombiers, petite-fille du ministre La Place (Min. de David Gibert, étude Blain, reg. de 1602-1608, f° 263 v°:. — Le nom s'écrivait aussi Randavel.

2 Proposant en 1598 (Synode provincial de Montpellier de cette année), il fut prêté k Saint-Jean-de-Gardonnenque, puis en devint ministre perpétuel (Synode provincial de Saint-Germain-de-Calberte de 1599).

3 Emile Bonnet, Les DJbitls de l'imprimerie à Montpellier, p. 140.

4 Tous ces détails sont empruntés au procès-verbal du -vnode provincial de Montpellier de 1596.

enfin bonnes dispositions deeelui-ciau sujet des étudiants en théologie, comme il en assurait le synode provincial en mai 1597 «.

Ce fut ensuite la conquête d'une recrue prisée très fort à raison de son origine. Daniel Peyrol - était né à Die, de Pierre, procureur à la Cour ordinaire de cette ville, et de Clémence de Saulses 3. En 1578 il était entré dans la Compagnie de Jésus, où, bien que disparaissant de ses catalogues dès 1593 *, il semblait résolu encore à rester, lorsque, le 19 août 1596, il renonçait à l'héritage paternel 5. Quel motif peu après le fit-il abandonner non seulement son ordre, mais le catholicisme? Nulle part je ne l'ai trouvé explicitement prouvé. Toujours est-il qu'on le voit proposant au synode provincial de Montpellier en mai 1598. Cette assemblée ne l'admit point : grosse déception pour ceux qui le patronnaient. Aussi l'ancien et député de Montpellier, Mathelin Baille, correcteur à la Chambre des Comptes, releva appel au synode national, qui suivit l'autre, de ce que les anciens du synode provincial n'avaient pas été appelés, à l'égal des pasteurs, à donner leur avis sur les thèses de Peyrol c. Une telle prétention fut rejetée, mais l'assemblée poussa la condescendance jusqu'à procéder à un nouvel examen du candidat. Elle ne put que l'ajourner de même, en l'exhortant à mieux étudier l'Ecriture-Sainte et les ouvrages récents". Ces détails prouveraient déjà quel fonds on faisait sur le jésuite transfuge, et ceci se comprend au point de vue tant de la formation pédagogique, théologique, oratoire de Peyrol8 que de l'effet moral de son abjuration,

1 Lettre de Casaubon au synode provincial de Sauve du 6 mai 1597.

2 Cette forme est celle de sa signature à son contrat de mariage, du 14 avril 1599 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1598-1599, f° 580 v°).

3 Ibidem.

4 Paul Dudon, Etablissement des Jésuites à Montpellier, dans Mélanges de littérature et d'histoire religieuses ; Paris, Picard, 1899, t. II. p. 215, note 1.

'■' Voir p. 496, note 4.

6 Synode provincial de Montpellier de 1598.

7 Aymon, t. I", pp. 221 et 229.

8 Le P. Paul Dudon [Op. cit., p. 215, note 1) rapporte ce jugement des

r.A RKFORMR rATilÔLIOl'É 495

Mais Gasaubon s'est fait, de plus, l'écho autorisé do la déception et de la détresse des protestants de Montpellier. Ceux-ci, en effet, s'étaient mis avec Genève en assez mauvaise posture, par leurs agissements au sujet de Gasaubon et de Goulart, pour que la métropole du calvinisme se soit abstenue d'envoyer des délégués au synode national K N'osantdonc plus s'adresser à elle, ils chargèrent Isaac Gasaubon de plaider encore leur cause auprès de B&ze personnellement et d'obtenir de lui Goulart ou tout au moins Manessier. Le pieux humaniste y consentit. Il dépeignit vivement au chef du calvinisme l'état misérable de l'église de Montpellier, desservie par Codur, vieillard languissant, et par Rudavel, un adolescent; quant à Gigord. accablé d'affaires, il ne pouvait plus prêcher, même quand il était dans la ville, et Peyrol venait de décevoir l'attente- de tous -. Genève pourtant, bien trop à court de sujets 3, n'envoya personne et l'on dut attendre l'année suivante, où Peyrol fut assigné à Montpellier4, peutêtre par nécessité plus qu'avec prudence. Car on se servait de lui, on le trouvait « grandement utile » 5, et nous le verrons souvent employé cà des missions importantes. Néanmoins il subsista toujours une certaine défiance à l'égard de sa doctrine. Un des synodes du Bas-Languedoc en arrivera même à faire surveiller sa prédication et son enseignement théologique, qu'il cessera0. Enfin, au témoignage d'un chroniqueur local", confirmé par les procès-verbaux des synodes nationaux8, Peyrol, quelque trente ans après, songera très sérieu-

supérieurs de Peyrol : » In litteris graecis et latinis et philosophia bene versatus... habet talentuni ad docendum et concionandum ».

1 Voir p. 497.

- Lettre de Casaubon à Théodore de Bèze du 1er août 1598.

3 Voir p. 482, note 7.

4 Synode provincial de Saint-Gerinain-de-Calberte de 1599. — Aussi un rôle des pasteurs de 1600 en met-il quatre à Montpellier: Gigord, B. Codur, Rudavel et Peyrol (Bibl. de la Faculté de théologie protestante de Montauban, ms. 121, t. Ier, p. 79).

5 Synode provincial de Montpellier de 1605.

6 Voir chap. IV § ie>\

7 Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 41. « Aymon, t. II, pp. 36'J, 368 et 484.

sèment, à la voix d'un prédicateur jésuite, à revenir au catholicisme, et ne sera détourné de ce dessein que par les larmes ou les instances de sa femme et de son fils '. Et voici qu'il fallait signaler tout cela dès maintenant, car, sans admettre sur la seule affirmation de ses adversaires intéressés2, que là réside le motif initial ou principal de son abjuration, il est assez frappant de voir sa réception comme ministre immédiatement suivie de son mariage avec Marie, fille de feu Lucas Bonnencontre, procureur à la Cour des Aides 3, acte après lequel il annula son désistement de biens en faveur de son frère 4.

Revenons à cette année 1598, où Gigord se flattait de faire agréer Peyrol et de trouver en lui un auxiliaire précieux. On saisit que la tenue du synode national, convoqué pour le 25 mai dans la capitale du Bas-Languedoc, paraissait une troisième conjoncture favorable. Ce synode, événement pour Montpellier et à ce titre consigné dans la continuation du Petit Thalamus5, offrait aussi un intérêt régional par l'affaire de Jean de Serres, pasteur nimois G. Mais, bien au-delà, son but visait une entente générale de toutes les églises protestantes, d'où le caractère cosmopolite qu'on s'efforça de lui donner. L'absence de beaucoup de délégués, entre autres

1 Ce fils, Jean, docteur et avocat, épousera Anne de Carlencas (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 367, f° 257 v°). — Daniel Peyrol mourut le 13 janvier 1636 (Ibid., reg. 328, f • 34 v°).

2 Litterse annuse de 1613-1614, p. 585. — Voir note 4, le propre dire de Peyrol.

3 Voir p. 494, note 2.

4 Transaction du 10 janvier 1600 (Min. de Bermond de Laval, fonds Léoncini, aux Arch.de l'Hérault, R, reg. de 1599-1601, f° 309). — 11 y dit avoir jadis renoncé à ses droits « a cause que pour lors son dessain estoict de ne se marier poinct et de fere autre proffession que celle qu'il faict pour le jour d'huy, et a cause aussy que despuis, par le voulloir de Dieu, il a contracté mariage avec damlle Marie de Bonnencontre ».

5 Chroniques et Documents, p. 248. — Tenu du 26 au 30 mai, ce synode eut pour modérateur Michel Béraud, pasteur de Montauban, bien connu à Montpellier; François de Montigny, pasteur de Paris, fut son adjoint ; Macefer, ministre de Saumur, et Artaud, ancien de Paris, furent scribes.

u A ce synode on déféra VApparalus ad fidem catholicam de cet auteur,

ceux de Genève l et de Berne -, fit échouer le dessein. De plus pendant la session même, arrivèrent les pasteurs Charnier et Brunier fils, qui, députés à l'assemblée de Ghâtellerault, en rapportaient la nouvelle de la promulgation de l'Edit de Nantes, avec le regret que, faute d'union et concorde, les conditions de cet édit ne fussent pas plus avantageuses à leurs coreligionnaires 3. Enfin, on dut prendre, à ce quinzième synode national, la résolution, dictée par le manque de ressources, de ne réunir ces assemblées que tous les trois ans, au lieu de deux, sauf en cas d'hérésie ou de schisme*.

Cette dernière décision était un motif de plus pour Jean Gigord de faire agréer par le synode national la création immédiate de l'Académie. Elle reçut l'érection officielle par le vote d'une subvention de 500 écus 5. Déjci le synode provincial venait d'exhorter les consuls et le Consistoire de Montpellier à constituer une bibliothèque théologique, en prenant pour noyau les livres jusqu'alors achetés par Gigord, dont ils lui rembourseraient le montant0. Mais il fallut l'année suivante transformer l'invitation en injonction, et encourager Gigord à continuer, malgré le retard mis à le rembourser ". On voit, de fait, qu'il enseigna en 1598, 1599 et 1000 ». En 1601 il ne le faisait déjà plus 9.

qui venait de mourir quatre ou cinq jours auparavant, et l'ouvrage fut condamné.

1 Gigord, écrivant, le 14 juin 1598, au nom du Consistoire à la Compagnie de Genève, lui faisait sentir le procédé (Bibl. publ. de Genève, MFr., 197 aa, Corresp. ecclés. de 1598-1599, f°81).

2 Lettre du synode national aux Consuls et seigneurs de Berne, du 4 juin 1598 (Arch. de l'Etat de Berne, Frankreichbuch D, f° 403). — Cf. Bibl. de Berne, mss. histor. helv., t. III, f-s 130 (27) et 186(42).

3 Aymon, t. Ier, p. 223.

6 Synode provincial de Montpellier de 1598.

7 Synode provincial de Saint-Germain de Calberte de 1599.

8 Aymon, t. II, p. 40.

9 Au synode provincial de Nimes de 1601, il fut dit qu'il n'y avait à Nimes et Montpellier ni professeurs de théologie ni exercice aucun, et ces Académies furent mises en demeure de s'en pourvoir, à peine de déchéance.

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Ce n'était pas cependant par manque de cours public, Julius Pacius ayant été appelé, en 1600, dans ce but et aussi celui de ramener de Toulouse les étudiants en droit, à occupera Montpellier une régence non vacante, car on rééditait avec lui les imprévoyances commises pour Gasaubon *. A une telle interruption du fonctionnement de l'Académie. M' Paul Bellet assigne un motif plausible : l'obligation du doctorat imposée aux professeurs2. Mais cette obligation même parait découler du résultat d'une polémique pour le récit de laquelle il convient d'ouvrir une très large parenthèse dans l'histoire de l'Ecole de théologie protestante.

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