‹ Études sur la Réforme françaiseChapitre 11 sur 17 · II. Contre le Carême · texte numérisé non relu

II. Contre le Carême

IV. Canoncs cl Décrétâtes suiil traditioncs homimim. VII. Qiiod ille matedicit et est detractor qui dicii : Que Lutlier est un méchant homme.

IX. Celle-ci, qui dépasse même le niveau commun de» réformés: « Que un payeii, qui a intention de suivre la raison, est sauvé, combien ciu'il ne soit janmis batisc. »

X. Pas de vœux perpétuels, mais seulement des vœux décennaux. « Tu me demanderas, qui t'a baillé congié et dispense de demeurer hors de ton obédience ? .Je te dis que c'est Dieu, le Pape, le monde et le diable •.

XIV. Des trois Maries, et que Marthe ne fut pécheresse [On retrouve ici le !)ur enseignement de Le Fèvre d'Etaples].

Enfin, dans son sermon imprimé, on relevait, non seulement un passage que nous avons cité plus haut, mais encore ceux-ci :

m : « Je dis que celui qui l'oblige à certains habits de religion et innumérables autres telles cérémonies extériores, usant de puissance coercitive, le commandant telles choses observer sur peine due à péché mortel, et autres peines temporelles ou spirituelles, il te met sous pédagogue, et ne sera de toy véritable ce que dit icy saint Paul, que, puisque la loy nous est venue, jam non sumiis sub paedagogo.

iV : « Si la loi de Dieu révélée par l'administration des Anges n'a eu puissance de justifier, mais a été tant seulement jjéclagogue, par plus forte raison toutes autres lois tant soient bien ordonnées et conduisantes à J.-C. ne seront que pédagogiques, soient les lois de saint François, saint Benoit, saint Dominique et autres tant raisonnables que voudrez, instructives, et bien à nous adressantes au chemin de Paradis, si elles sont contraintives, elles sont pédagogiques.

V: « Inevilabilc est cest ergo : Que le législateur soit saint François, saint Benoist ou autre, ton justificateur et Sauveur ou seulement ton Pédagogue vivificateur ne peut-il être : donc n'est-il que pédagogue. Que si la loy de J.-C. est parfaite, qu'avons-nous affaire de Pédagogue ?

\I : « La prophétie de saint Paul... deux loix contient lesquelles saint Paul nomme diaboliques et hypocritiques :

i'iuie, de prohibition de mariage, laquelle vous sçavez Cbtre jnnatableiiient observée par les gens ecclésiastiques ; l'autre, de la discrétion et abstinence des viandes, observée par tous chrestiens ordinairement.

VIII: ■ Jeûner ainsi que l'on nous fait taire, ne manger chair le vendredy, vivre en continence, sont d'elles-mesmes très belles choses. Mais qui nous les commande sur peine d'éternelle damnation (d'autre commandement ne veux-je parler) nous oste la liberté que J.-C. nous a donnée et nous met en intolérante servitude.

IX : Declarcilio prœcedentis : « L'œuvre est bonne, le commandement sur peine due à péché mortel est hypocritique ; l'œuvre est plaisante à Dieu, le commandement satanique ; l'œuvre est juste et louable, le commandement inique et diabolique •'.

On ne pouvait donner, sous un plus petit volume, une plus parfaite somme de l'hérésie, et l'on comprend la colère de la sacratissitne Faculté.

Pour revenir au bref du 29 décembre, il paraîtra maintenant à tous indubitable qu'il est de 1524, et qu'il s'applique à Maigret. Il nous fait comprendre pourquoi Louise, qui terminait en 1522 son Journal par des paroles si hardies contre les moines, a été reprise dès la fin de 1524 par le mouvement de réaction catholique ; pourquoi, entre les deux influences qui s'exerçaient sur elle pendant son séjour à Lyon, celle de sa fille et celle du Chancelier, elle a délibérément choisi la seconde. C'est que la Réforme est alors apparue à la régente comme un péril politique, bien plutôt que religieux. Déjà, le 22 mai 1524, Clément VII avait écrit à François l^'^ pour attirer son attention sur ce danger (1). Le 29 décembre, il

(1) Ce mouvement de réaction est bien étudié par Sleidan, p. 77 et 6S.

avertit la duchesse d'Angouléme, que ces c scélérats cherchent à soulever des discussions, par lesquelles non seulement ils détournent de Dieu les âmes des fidèles, mais encore soustraient l'obéissance aux princes des nations ».

Les circonstances étaient singulièrement favorables pour faire entendre ces paroles : « Au mois de novembre (1524), dit Sleidan (1), quelques paysans commencèrent à estriver contre le conte de Luppfen en Suabe.... Et cela fut le commencement d'une terrible et périlleuse esmotion, qui s'estendit par la pluspart d'Allemagne «. Voilà qui donnait une incontestable actualité aux phrases du pape : « Qiiod malum in Germania cernimus evexisse ut nihil illa natione nunc perturbatiiis et magis calamitosum dici possit.. » Voilà qui devait faire réfléchir la régente, seule chargée, pendant que son fils était au delà des monts, de maintenir l'ordre dans le roj^aume ; dans les réformés, il était facile de lui faire voir les séditieux. Là encore, le conseil de l'archevêque ne faisait que commenter les paroles pontificales, lorsqu'il dénonçait en Maigret « le fauteur et le héraut du lléau septentrional » — autor et tubicen omnis mali qiiod panditur ah Aquilone — , lorsqu'il demandait qu'on imposât silence au prédicateur séditieux, ne veniat in nos dira illa uastitas et desolatio, quœ fern\e totani nunc opprimit Germaniam. Cette opportune évocation du Bundschuh était faite pour émou-

(1) P. 59 v" de la traduction de Jehan Creapin, chez Jacob Stoer, 1597.

voir et pour efïrayer une femme, même une femme énergique comme Louise de Savoie. Ajoutez que, pour mener à bien la lutte terrible engagée contre Charles- Quint et Bourbon, il fallait conserver au Roi des amitiés italiennes : la régente ne pouvait mieux s'assurer celle du pape qu'en réprimant l'hérésie.

Ainsi s'explique la réaction dont Maigret fut une des premières victimes. Cette réaction continua, comme nous en avons la preuve dans la correspondance ultérieure du pape avec la régente. Le 29 avril 1525, toujours de Lyon, Louise (Balan, pièces annexes, no 261) écrit au pape pour lui signaler le progrès des idées luthériennes qui ont pénétré, dit-elle, en Allemagne et en France ; elle se déclare prête, sur l'avis du Parlement de Paris, à faire bonne justice des hérétiques et elle demande à Sa Sainteté un rescrit portant commission pour les juges. Et le 20 mai (n^ 106), le pape félicite Louise de son zèle contre les luLhériens ; il insiste de nouveau, comme dans le bref du 29 décembre 1524, sur les périls que l'hérésie fait courir aux Etats et sur l'exemple terrifiant que donne à cet égard la révolte allemande. Dans cette même lettre, sans doute pour récompenser Louise de son active piété, il promet de s'employer en faveur de la paix. Enfin, ce même jour (no 107), il fait ce que la régente lui demandait ; il écrit au Parlement, qui a désigné des commissaires, et il les confirme par une bulle. Il s'adresse également à l'université de Paris (no 108).

Tout cet ensemble de documents nous apparaît donc comme un tout dont les parties sont fortement

liées. Mais à une condition cependant, c'est que le bref du 29 décembre soit, comme nous avons essayé de le démontrer, de 1521 et non de 1525 (1).

(Bull. hist. et litt. du protesl. franc., T. LVI, 1907).

(1) Cet article était écrit lorsque nous avons eu le plaisir de constater (lue M. Bourilly {Bévue d'fiist. mod. et contemj)., .fév. 1907, et Bidl. du proietsi., t. L^'I, p. 85) adoptait également la date de 1524.

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