‹ Études sur la Réforme françaiseChapitre 2 sur 17 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

niment probable que sa victoire dans toute l'Europe aurait été assurée. Une transaction, même temporaire, signée entre les deux partis français (comme il arriva en 1598) devait amener, tôt ou tard, le triomphe final de la tolérance.

« Permettez-moi d'écarter dès l'abord une question qui a fait verser des flots d'encre, et dont on s'est, peut-être, exagéré la ])ortée, celle de savoir Si la Réforme, en France, fut ou non un article d'importation étrangère. Sans doute il est indispensable de savoir que Lefèvre d'Etaples, dés 1508 dans son Commentaire sur les Psmimes, dès 1512 dans son Commentaire sur saint Paul, soutenait déjà quelques-unes des thèses audacieuses que .Martin Luther devait plus tard afficher aux portes d'une église saxonne. Tout au rebours, il est intéressant de noter aussi par où, en quoi et comment les idées allemandes ont influé sur les idées françaises, ne serait-ce que pour en faire plus énergiquement ressortir les différences. .Mais si la Réforme française est » fdle » de l'allemande, l'enfant, il faut l'avouer, ne ressemble que de loin à sa mère... Sous ces mots, que l'imperfection de nos langues impose à la faiblesse de notre esprit, se cachent des réalités concrètes et vraiment vivantes, tels hommes, qui ont voulu, à tel moment, telles choses par tels moyens. Or ces hommes n'étaient pas, à Paris, à Noyon ou à Genève, faits de la même chair et animés des mêmes pensées qu'à \Yittenberg ou à .Mayencc. Ea Réforme a procédé comme toutes les grandes révolutions qui se produisent dans les temps modernes ; et sans doute les révolutions de demain n'échapperont pas davantage à cette loi : cosmopolite dans son principe, elle s'est adressée à tous les hommes ; mais, en franchissant les frontières, elle a dû se plier aux habitudes et aux exigences du tempérament national de chaque peuple. Comme ces liquides que la chimie nous montre changeant de couleur avec les milieu.x qu'ils traversent, la Réforme s'est teinte de nuances diverses en Allemagne, en Angleterre, en France. En France, elle trouvait devant elle, non pas une matière inerte, mais la nation la plus fortement organisée, la plus cohérente et la plus consciente d'elle-même qui fût alors en Europe, la plus capable par conséquent de réagir à sa manière propre sur la prédication de la doctrine. D'ailleurs, nous l'avons vu, la Réforme ne venait pas abolir les tendances nationales, mais bien au contraire les confirmer ; force lui était donc de s'y adapter, et dans une large mesure.

« Dans cette vaste histoire de la Réformation française, nous choisirons une question particulièrement intéressante pour l'historien, précisément parce qu'on y voit mieux la part qu'il faut faire à la nation dans les faits qui tout d'abord semblent relever surtout de la théologie : comment les idées

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