AVANT-PROPOS IX
de réforme se sont-elles propagées dans notre pays ? quelles facilités, quels obstacles ont-elles rencontrés dans la France du xvi« siècle ?
« Cette question se subdivise elle-même en cinq ou six questions secondaires. — Nous aurons, par exemple, à rechercher quels moyens nos réformateurs ont emploj'és pour élargir le cercle de leur action. A côte de la prédication, le principal instrument d'agitation religieuse dans tous les temps, il faudra déterminer le rôle joué par le livre.... Après le livre, le chapl.... En dehors de ces moyens visibles, saisissables et mesurables, nous devrons faire sa place à la propagation invisible et constante qui a dû se faire, latente et sûre, par les relations de ' tous les jours, par les conversations entre parents et amis, à tous les étages des groupes sociaux.
A côté des moyens dont elle s'est servie, nous rechercherons les lieux où la Réforme s'est implantée. — Si d'Allemagne elle nous avait été apportée toute faite par une douzaine d'apôtres luthériens, il serait facile de déterminer quelques centres d'éruption, de suivre la marche de quelques courants. Mais les choses ne se passèrent pas avec cette simplicité. Tandis qu'en Allemagne on vit de très bonne heure se dessiner une opposition entre les pays du Nord et ceux du Midi, en France la contagion protestante fut et resta longtemps à l'état sporadique; on voit des cas se manifester ici ou là, sans qu'on puisse toujours les rattacher, par une fdiation bien établie, à des cas déjà connus. Déjà en 1536, l'ambassadeur vénitien Marino Giustiniano disait à son gouvernement que l'hérésie avait « infecté presque toute la France n. Il sera donc indispensable d'établir une carte de la répartition des réformés dans la France de 1550 à lôfiO. Sur cette carte il ne faudra pas croire que toutes les régions laissées en blanc n'aient pas compté des réformés ; parfois cela voudra dire simplement que les documents nous font défaut. Nous marquerons d'une teinte légère les provinces que la Reforme ne fit qu'effleurer, d'une teinte plus foncée le Dauphiné ou la Guyenne, d'une couleur intense cette Picardie qui lui donna ses premiers savants, L.efèvrej Olijiétan, les Rou^SÊlr- Vatable^^ l'un de ses premiers martyrs, Louis de Berqum, enhn son chef, Calvim^^^^ Nous étendrons cette même nuance sur ces provinces de l'Ouest, ^ qui devinrent, après 1560, le camp retranché des huguenots.
» ISIais la France du xvi« siècle est loin de comprendre tous les pays de langue française ; et ces pays, séparés d'elle par des frontières à peine dessinées et jamais respectées, ont Pxercé sur elle une très visible influence. Tournai grossit le groupe des réformés picards. Lorsque Metz devint française en 1552, elle avait déjà entendu les prédications de Jean