X AVANT-PROPOS
ChâlL'lain el servi d'asile — asile peu sûr — au thef pcrscculé de l'Eglise de Meaux. Jac ques Toussaint venait du duché de Lorraine. Le Dauphinois Farel se rencontra avec les luthériens dans la principauté de Monlbéliard, rpii dépendait alors du duc de Wurtemberg. De la terre pontificale d'Avignon, Franvois Lambert partit en 1022 pour aller retrouver Luther. Le Béarn, vicomte souveraine, dont le chef portait le titre de roi de Navarre, fut, avec la sœur de l<'ran(,ois ler, la Muryiierite des Mar(/iieriles, un refuge pour tous les suspects. La Suisse romande, la Savoie jouèrent aussi leur rôle; et il me suffira de rappeler ici le nom de Genève.
Même les pays voisins de langue française rentreront souvent dans le cadre de nos études. — Strasbourg inaugure alors ce noble rôle, qu'elle devait conserver Jusqu'en 1870, de porte ouverte aux idées entre l'Allemagne et la France, entre la terre des penseurs et le pays des logiciens. Calvin y prépare son Jnsliliition chrétienne, et c'est à Bâle qu'elle s'imprime, non loin de cette Zurich où prêcha ZTwingli. Au delà des monts, la petite cour de Ferrare, sous Rencé,'Tille de Louis XII, imite celle que Marguerite d'Angoulême tenait à Pau ou à Xérac. « Plus sérieuse et plus grave encore que cette question V géographique, une véritable question sociale est impliquée ( dans cette histoire. En Allemagne, au-dessous des chevaliers, \ avides de se partager les biens d'Eglise, le peuple, les paysans 1 mêmes s'émeuvent, et menacent un instant de donner à la Aréforme religieuse le caractère d'une épouvantable révolu- L M ion sociale. En Angleterre, le schisme royal et la réforme épis- ' U)pale ne sont qu'un brillant et sanglant décor, derrière lequel -i joue la vraie pièce ; malgré les hésitations des rois et de» reines, la lâcheté des grands et des prêtres, le laboureur et le bourgeois continuent silencieusement, dans la boutique ou sur le sillon, à enfanter ce protestantisme populaire d'où sortira, non seulement la révolution puritaine de 164cS, mais la société anglaise moderne. — Les choses se sont-elles passées différemment en France ?... L'écrivain qui a le plus fidèlement résumé les tendances de l'école historique de 1830, Th. Lavallée, après avoir énuméré les classes qui sympathisèrent avec la Réforme, termine par cette phrase : >' Le peuple seul haïs- 7s. sait sincèrement les novateurs ». — Ainsi donc, la Réforme, '■fi, partout, sans exception, a eu le caractère d'un mouve-j ient démocratique, n'aurait eu pour elle, en France, qu'une /iristocratie.
•: Il est bien vrai qu'à l'avènement d'Henri IV le protestantisme se recrute surtout parmi les possesseurs de châteaux et les riches bourgeois, que ses ennemis les plus acharnés se trouvent dans le petit peuple des villes, sans qu'on puisse voir