XII AVANT-PROPOS
au début, au temps d'Erasme et de Mélanelithon, ces deux courants suivent longtemps des voies parallèles. En 1530» lorsque François I", tout entier alors aux idées nouvelles, tient une partie de ses promesses, non pas en créant le somptueux collège que rêvaient les érudits, mais du moins en installant à Paris cî^s lecteurs et professeurs royaux, — à cette date la scission n'est pas faite encore entre les disciples de la Renaissance et les apôtres du nouvel Evangile. Mais le jour n'est pas loin où Calvin brûlera Scrvet, où il condamnera ceux qu'il appelle les libertins plus durement que les catholiques, où Rabelais écrira sa phrase célèbre sur « les démoniacles Calvins, I «imposteurs de Genève ». Trouver les causes de cette rupture, ce serait projeter une éclatante lumière sur les origines du monde moderne. Presque toutes les idées qui sont le pain de notre pensée se rattachent à l'un ou à l'autre de ces deux grands mouvements du xvi'= siècle et la question qui se posait alors entre l'esprit chrétien des réformés et la libre philosophie des admirateurs quasi-païens de la nature et de l'antiquité, cette question est encore vivante. Elle se retrouve au fond de toutes les préoccupations morales et sociales du temps actuel.
« Puisque l'histoire de la Réforme est en même temps un fragment de notre histoire nationale, puiscjuc la Réforme n'est pas, un beau jour, tombée du ciel sur la France comme un météore sur une lande stérile, nous devrons, avant d'aborder les cinq problèmes que je viens de passer en revue, nous livrer à une étude préliminaire. S'il y eut une Réforme française, c'est qu'il existait, dans notre état politique et social, dans notre passé intellectuel, dans notre tempérament moral, une multitude infinie de causes qui rendaient son apparition et sa propagation possibles. La Réforme n'est pas un miracle ; elle est un tait historique, conditionné par ses antécédents, et qui serait explicable par eux, si nous étions sûrs de les connaître tous. Il n'est pas exact de dire avec Mignet que la France « dut recevoir d'Allemagne les semences de la réformât ion protestante » ; ou du moins, si la graine leva, c'est que la terre était féconde. — Rechercher comment était constitué le milieu français an début du xvi" siècle, mesurer ce que chacun des éléments de ce milieu — roj'auté, clergé, noblesse, bourgeoisie, peuple des villes et des campagnes — offrait de facilités ou opposait de résistances à la propagande protestante, c'est ce que je vous propose de faire avec moi dans le courant de cette année.... ».
J'ai essayé, dans mes cours de Clermont, de remplir quelques-unes des parties de ce cadre peut-être ambi-