‹ Études sur la renaissance: renaissance et réformeChapitre 2 sur 7 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

avec quelque faveur en France et à Tétranger. Je les réimprime aujourd'hui, revues avec un grand soin. Ce travail m'a élé doux. Il me semblait retrouver, après une longue absence, des amis négligés plutôt qu'oubliés. Le plaisir que j'ai eu à les revoir m'aurait-il trompé sur rintérét que peuvent offrir au public des études si élraugères à ce qui l'occupe ?

Ayril 1855.

Bistoire de la statue d'Érasme. •» Dispute entre Rotterdam et Tergow. Naissance d'Érasme. — Jules Scaliger la lui reproche.

Au centre de Rotterdam, dans la grande place de la ville» au bord d'un canal, s*élève une statue en bronze, posée sur un piédestal orné d'inscriptions et entouré d'un balustre de fer. Cette statue a dix pieds de hauteur ; elle fut fondue en i622, et passe pour le chef-d'œuvre d'Henri de Keiser. Le personnage qu'elle représente, revêtu du costume ecclésiastique, couvert du tricorne, tient de la main droite un livre qu'il semble lire avec attention. Son visage, quoique alourdi par les énormes proportions d'une statuaire colossale, eiprime la douceur et Tesprit ; son nez relevé et pointu marque une humeur railleuse; sa bouche, très-grande, est rieuse et prudente; on sent que la flamme d'une pensée

prompte et piquante a dû briller dans ses y€Ux baissés, légèrement frisés par le coin, et dont le bronze n'a pu imiter que les contours. Cette statue rappelle un portrait d^Holbein, qu'on admire au Musée : c'est bien là l'expression du personnage, son costume fourré et chaud, et cet air d'homme maladif, qui perce à travers les membres gigantesques de la statue de Keiser.

Que fait là ce docteur, un livre à la main, au centre de Rotterdam, au milieu de ces gens qui vont et viennent^, la mine grave et froide, silencieux, calculant le gain et la perte, de ces bateaux pesants qui remontent le canal, de ces gens qui déchargent les marchandises d'importation et chargent les marchandises d'exportation ; non loin de ce petit temple bâtard, à portique, la Bourse de Rotterdan, qui , par ses colonnes grecques , contraste si singulièrement avec ces maisons triangulaire)) dont les étages, en saillie les uns sur les autres, semblent regarder, derrière le rideau d'arbres qui le bordent, ce qui se passe dans le canal? Que fait-il là dans ce bruit si peu propice à la lecture? Si encore ce livre était un livre en partie double! Mais non ; ce livre représente les dix volumes in-folio sortis de la plume du personnage, où les bonnes choses lui appartiennent en propre, et le fatras à son époque. Ce personnage, c'est Érasme, Érasme de Rotterdam, la seule gloire littéraire de cette ville, où il y a toujours eu beaucoup de libraires et très-peu de littérature.

L'effigie d'Érasme, avant d'être en bronze, fut d'abord en bois, puis en pierre. La statue de bois fut érigée en 1549, dix ans après la mon d'Érasme. Celle de pierre, qui y fut substituée en 4557, renversée par les Espagnols en 4592 et jetée dans le canal, était remplacée^ un demi-siècle après, par la statue en bronze dont nous parlotis. Faut-il voir dans CCS trois statues successives, dont la première est en bnis et la dernière en bronze, la gradation des sentiments

ÉRâSMË. 3

d'estime et d'ddpi^ration de Rotterdam pour son illustre enfant, sentiments d'abord très-discrets, ensuite un peu plus vib vers 1557, enfin portés jusqu'à Tenthousiasme en 1622? Ou bien, dans les trois cas, la ville n'a-t-elle fait que ce que ses finances lui permettaient de faire? Les admirateurs d'Erasme ont dit qu'il avait eu cela de commun avec les divinités de l'ancienne Rome , lesquelles eurent des statues d'argile avant d'avoir des temples d'or. A la bonne beure.

Lorsque Philippe II, fils de Charles-Quint, fit son fntrée solennelle dans la ville de Rotterdam, en qualité de prince souverain des Pays-Bas, le sénat bourgeois, pour le recevoir plu» dignement, fit planter, devant la maison où Érasme est né, un mannequin représentant ce grand homme au naturel, dans son costume d'ecclésiastique séculier, tenant une plume de la main droite, et, de la gauche, présentant au prince uli rouleau dans lequel on lisait en vers latins :

AU SEftENlSSIME PRINCE DES ESPAGNES, DOM PHILIPPE DE BOURGOGNE,

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