‹ Études sur la révolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 10 sur 20 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

alleoiandes et y entretient le sombre feu des colères nationales. Par ses actes publics et ses instructions mystérieuses , le ministre de Frédéric-Guillaume III est rame du Tugendbund ! îi^poléon , qui voit grandir contre nous Fenthousiasme terrible de la Révolution, publie, en 1809, un décret impérial daté du camp de Madrid , où M. le baron de Stein est déclaré ennemi de l'Empire. Il le fait chasser du ministère et exiler de la Prusse. Mais la persécution est vaine. S'il est facile de confisquer les biens du novateur et de le. traquer partout comme une bçte faute , il n'est pas aussi facile d'éteindre en Allemagne les fureurs patriotiques associées désormais aux principes de la rénovation sociale. Malgré le génie de l'Empereur , l'élan révolutionnaire de l'Allemagne commence à ébranler notre fortune. Étrange guerre toutefois , ou nous n'étions battus que par nos idées I Après vingt ans de campagnes victorieuses , nous sommes vaincus à Kulm , à la Katzbach , à Leipsick ; mais dans chacune de ces journées ce sont nos principes qui triomphent ! Il y avait deux hommes dans

INTRODUCTION. xxvii

rj^appléon y le conquérant et le législateur ;. le conquérant tombe , le iégialateur grandit. Le législateur! U voit ses Godes ^ ses institutions, tout ce ' qu'il a fondé de sa main puissante d'après l'idéal de 89 , il voit toutes ses œuvres promises comme une récompense à ces hommes qu'on pousse contre lui; et lorsque, de son rocher de Sainte-Hélène, il contemple avec une impartialité sublime le tableau des choses de son temps , il peut se rendre ce témoignage <|u' il a transformé l'Europe et que sa pensée gouvernera l'avenir \.

Pendant cette seqpn4e période que remplissent les noms de Stein et de ses amis , l'enthousiasme des réformes était trop mêlé aux intérêts du patrie-

' Un' poète, qui connaît bien l'AUema^e, a traduit ainsi les pensées do glorîeai captif:

J*ai couronné le people en France , en Allemagne ;

Je l'ai fait tj^entilhomme autant que Charlemagne ;

J'ai donné des aïeux à la foule sans nom.

Des nations partout j'ai graré le blason ;

•Je Jenr a\/ait Teiller leurs longues Teilles d'armes,

Et j'ai sacré leurs fronts dans le sang et les larmes.

Volli cé'îfat J'aî fait ; je hé m'en repens pas.

( Edgar Qoînet ; f^fipoUon , XLIX , Longwood. )

xxYiii INTRODUCTION.

iîsme insulté , pour que le libéralisme allemand , au lendemain de la victoire , n'eût pas à subir de douloureux mécomptes. Après 1815, les princes et les ministres d'Allemagne se repentirent de leurs témérités. Les peuples s'étaient battus pour défendre leur patrie et conquérir leurs droits; l'ancien régime voulut profiter seul de leur victoire. Qu'importe? Les efforts des combattants ne seront pas perdus. La Révolution a pu dévoiler ses trésors à des esprits virils mûris par l'héroïsme et le malheur. À dater de la Restauration, une période nouvelle est ouverte. L'esprit de 89 brillera sur cette sQciété et la transformera peu à peu. Un grand travail d'idées commence : poètes et publicistes , philosophes et hommes d'État , vont continuer l'étude de ces réforn^es dont le patriotisme du baron de Stein a donné le goût à l'Allemagne. Tous Us problèmes seront discutés , toutes les conséquences seront tirées des principes. Puisse l'esprit allemand ne pas s'égarer dans ces périlleuses recherches ! Puisse l'idéal de 89 conserver toujours son pur éclat et dissiper les utopies ténébreuses !

INTRODUCTION. xxix

L'étude du mouvement d'idées ouvert en 1815 est le sujet de cet ouvrage. Le premier volume traite de l'Allemagne avant 1848; le second est consacré aux tentatives hasardeuses qui suivirent la révolution de février. Un grand nombre des chapitres dont ces deux volumes se composent a paru déjà dans la Reviie des Deux Mondes ; réunis dans un ordre logique , reliés entre eux par des additions qui comblent les lacunes et reproduisent le cours des temps , ces tableaux acquerront peutêtre un intérêt plus élevé et manifesteront mieux dans leur ensemble la pensée qui les anime. Toutefois , en retouchant son œuvre avec l'attention scrupuleuse d'un écrivain accoutumé à respecter le public, l'auteur n'a pas cru devoir supprimer certaines pages qui y sans rapport désormais avec la situation que les événements nous ont faite ,

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