‹ Études sur la révolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 11 sur 20 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

servent du moins à marquer l'origine de ce travail et à consacrer, si on l'ose dire, le souvenir du combat. Publiées souvent à des heures de crise, les études que je complète ici ont obtenu en Allemagne et en France de précieux encouragements; il a paru convenable de ne pas en effacer le caractère. Dans un livre écrit en face même des événements et sous la dictée de ce mobile XIX® siècle , ce n'est pas une prétention vaine de mentionner les dates; elles peuvent être qudquefois un titre , elles seront le plus souvent une explication ou une excuse. .

Pendant les trente-cinq "années dont ce livre -donne un rapide tableau , de 1 81 5 à 1 850, l'ancien régime, encore solidement établi en Allemagne, va disparaissant d@ jour en jour devant la raison des peuples. D'abQrd, ce sont de spirituels humoristes ,: des publicistes généreux et aimables, — Louis Boerne est leur.xhef , — qui préludent par toutes les grâces et toutes les hardiesses de l'esprit aux combats plus sérieux des doctrines politiques. Éveillée par ces voix étincelantes , l'opinion ose

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eafin se déelarer^ et la lutte s'engage , d'un bout de rAllemagne à l'autre, autour du idrapeau de 89. U a-yt<a eDoore que deux partis en présence, le parti des réformes et le parti du passé; mais bientôt» au milieu des discussions^ qui s'enflamment , de nouveaux champions entrent dans la lice. Indifférents aux réformes partielles et aux progrès lentement Gonquis » enivrés d'enthousiasme au souvenir des grands siècles de' l'Allemagne , ils veulent tout d'aboed rassembler en un puissant faisceau les enfants dispersés de la familie germanique. Ce n'est pas assez pour eiax de fonder dans les institutions fiolitiqws et dans les lois mviles Jes garanties du droit commun , ils veulent refaire toute leur histoire, et le rêve éblouissant de 1- unité allemande introduit dans la lutte une confusion funeste.

Il n'en fallait pas tant pour détruire toute discipline-et .bisoiuiUer les questions les plus claires. Dans ce pays de rêveurs , on va vite aux extrêmes. A la faveur de cette confuse mêlée, les pafrtisans de l'ancien régime font briller aux yeux des

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peuples je ne sais quelle prestigieuse image des siècles théocratiques , tandis que leurs ennemis proclament la nécessité d'une révolution radicale où Tancienne Allemagne disparaîtrait tout entière. Vainement de nobles Qsprits , nombreux encore , je ne veux pas le nier, mais dispersés et sans chefs, redoublent -ils d'efforts pour maintenir dans de justes limites le problème de la rénovation sociale ; la parole n'est pas au plus sage , elle est au plus violent, et les illusions des deux partis laissent peu de place au sérieux travail des idées. Ici , on tourne le dos au présent et on va demander à un moyen^âge imaginaire le modèle d'une patriarcale et mystique monarchie; là, on brise d'une main impie la chaîne des traditions , on répudie les plus nobles souvenirs , on disperse les plus chers trésors des aïeux, on jette l'anathème à toute religion , à toute croyance idéale , à toute pensée spiritualiste , et il n'y a pas d'autre moyen d'affranchir l'Allemagne que de la précipiter dans l'inconnu !

Ce n'est pas tout : accoutumé à se payer de

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formules et à vivre de chimères , le peuple allemand réagit avec une sorte de fureur contre les tendances naturelles de son esprit. Ce reproche d'idéalisme qu'on lui a tant de fois adressé , il est bien décidé à ne plus le mériter dans l'avenir ; il a soif de la terre et il appelle impatiemment l'heure féconde oii il pourra enfin prendre sa place parmi les nations militantes. Contenues dans de justes bornes et dirigées à la lumière du bien , ces dispositions étaient un progrès légitime. Il ne faut pas craindre le reproche banal de socialisme , adressé aujourd'hui aux réformes les plus sages, a La vraie fin de la politique , dit Bossuet , est de rendre la vie commode et les peuples heureux ^ » Mais n'est-ce pas le rôle de la démagogie de flétrir tout ce qu'elle approche? Les partis extrêmes s'empressent d'exploiter à leur profit ces ardents désirs de la conscience publique. On voit se produire une émulation inouïe de matérialisme et de convoitises sauvages. C'est à qui dépassera dans cette voie le novateur qui le précède; et bientôt les plus

' Bossoet , Discours sur l*hist. universelle , III« pari., 3« chap.

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