X INTRODUCTION
SOUS le masque de la démocratie, les peuples de l'Europe n'auront vaincu l'esprit révolutionnaire que le jour oh ils jouiront en paix des droits légi<times et rempliront virilement les sévères devoirs de la Révolution.
Toutes les nations européennes n'ont pas eu les mêmes rapports avec la Révolution ; mais toutes , celles-ci plus tôt , celles-là plus tard , elles seront obligées de se mesurer avec le rude athlète , comme Jacob avec Tange , et de se fortifier dans ses étreintes. Il en est qui semblent avoir traversé victorieusement la crise ; il en est d'autres chez qui la lutte ne s'est annoncée jusqu'ici que par des tressaillements obscurs et de lointains présages. L'Allemagne, malgré tant de barrières qui la séparent de nous , malgré le caractère distinct de ses traditions et l'originalité jalouse de son génie, est entraînée depuis trop long-temps dans l'orbite de la France pour n'avoir pas subi une des premières cette solennelle épreuve.
INTRODUCTION. xi
Lorsque S9 se leva sur la vieille Europe , r Allemagne fut éblouie. Ses poètes et ses publicistes , qui » pleins de mépris pour la France de Louis XV, . avaient dénoncé avec dégoût la décrépitude d'une monarchie sans force et d'une société sans foi , ne selassaient pas d'admirer dans les premières scènes de la Révolution ce réveil miraculeux d'un grand peuple, a 0 Francs 1 » s'écrie le grave et religieux Klopstock, « pardonnezHmoi si naguère j'ai voulu » détourner mes concitoyens de vos exemples que
»je leur conseille aujourd'hui! La France
» orne son front de la plus belle des couronnes »civique9« d'une couronne plus éclatante et plus »dign^ d'^vie que tous les lauriers assombris par » le sang !» — « L'humanité n'a pas vieilli ! » s'écrie Schubert , à peine sorti de la forteresse d'Asperg et encore abattu par ces dix années de captivité qui avaient brisé son courage , « l'huma* » nité n'a pas vieilli , puisqu'une nation , qui sem- » blait ne plus posséder que le génie des petites «choses , donne de pareils témoignages de sa force