‹ Études sur la révolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 6 sur 20 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

» et de sa grandeur I » Et le poète , échappant à ce mysticisme inerte où il avait cherché un refuge , retrouve, à la voix de la France rajeunie, son ardeur et son impétuosité d'autrefois. Wieland s'associe à Klopstock , et , au nom des lettres allemandes , il envoie une adresse à TÀssemblée Constituante. Le noble poète danois et allemand Jens Baggesen remercie Dieu chaque matin de l'avoir fait naître dans une si belle époque. Schiller, jeune encore , mais illustre déjà par le succès de Fiesque et de Don Carlos, prête l'oreille aux bruits qui viennent de France , et emplit son âme de ces généreuses ardeurs qu'avait déjà déployées le marquis de Posa et qui iront s'épurant de plus en plus chez l'auteur de Jeanne d'Arc et de Guillaume Tell. Les penseurs austères ne sont pas moins émus que les poètes enthousiastes. Voyez là-bas , dans cette solitaire maison de Koenigsberg, le plus grand philosophe de l'Europe ! Depuis vingt ans qu'il transforme la science métaphysique avec une hardiesse sans égale, rien n'a pu l'arracher à ses méditations silencieuses. D'où vient qu'il ne peut

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plus demeurer en place dans son cabinet d'études? Pourquoi sort-il chaque soir de ce cloître philosophique dont il n^avait jamais franchi l'enceinte? Où va-t-il , le rigide maître , avec cet empressement juvénile? II va au-devant du courrier de Paris pour avoir au plus tôt les nouvelles. Aux yeux de celui qui a écrit la Critique de la raison , la Révolution est l'accomplissement des plus hautes théories de la science , et Fichte , son disciple , en de hardis manifestes , expliquera au monde cette étonnante conformité des lois de la pensée pure et des élans instinctifs d'une nation qui se régénère. Poètes ou philosophes, doctrinaires ou libéraux, il n'est pas de cœur qui ne tressaille. Goethe lui-même sent fléchir un instant Timpassibilité superbe de son génie : « Mon émotion était si vive , écrit-il dans » ses Annales , que mes amis me croyaient devenu »fou. » Il a beau, dans le Grand Cophte, dans le Citoyen général , dans les Récits des émigrés , réduire à je ne sais quelles proportions mesquines l'immense mouvement de la Révolution et n'y voir qu'une explosion fortuite des passions humaines ;

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il gardera le souvenir de rérootion qu'il a ressentie , et , sept ans plus tard , il tracera dans Hermann et Dorothée le magnifique, tableau des espérances de r Allemagne : « Qui niera, dit le grand poète, que » son âme soit ^eyenije plus jiaute , que son ca^ir Dplus libre ait battu d'une émotion plus pure, «lorsque se leva sur nous la première aube du » jour nouveau , lorsqu'on entendit parler des droits » de rhomme, oui, de droits pommuns à tous, et »<le la liberté qui exalte les mortels et de Tégalit^ » qui les fait nobles ? Chacun , à dater de cette «heure , espéra vivre enfin de sa vie véritable. Les ^) chaînes que tenait en main l'oisiveté égoïste et x> qui enlaçaient tant de contrées , serablaieut pour » jamais détruites. Tous les peuples, en ces jours »de tourmente , n'avaient-ils pas les r^ards tour- » nés vers cette ville qui était depuis long-temps » la capitale du monde , et qui alors , mieux que «jamais, méritait ce titre magnifique? Les noms «des hommes qui, les premiers, proclamèrent «cette nouvelle, n'étaient-ils pas égaux aux plus « glorieux noms qu'il y ait sous les cieux? Chacun

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» ne sentait-il pas grandir son cœur et son esprit, » et sa langue se délier? Pour nous , proches voi- » sins de ce peuple , nous fûmes , tout d'abord , enx> flammés d'enthousiasme. Bientôt la guerre éclata , »)es Français armés s'approchèrent ; mais ils sem*- »blaient ne nous apporter que leur amitié, et c'est i> efiectivement ce qu'ils firent. Us avaient tous » l'âme élcTée; ils plantaient gaiment les beaux « arbres de la liberté, promettant de laisser à cha- » cun de nous ses biens , à chaque pays son gou-^

x> vernement. À leur vue , quelle joie chez les jeunes » gens ! Quelle joie aussi chez les vieillards ! Et Tf> avec quel entrain se déroulaient les danses autour »4es nouveaux étendards « ! »

Toutes les naïves espérances de l'Allemagne de 89 revivent dans ces beaux vers de Goethe. C'est une fête , c'est un transport unanime ! Si quelques voix hostiles se font entendre ; si le soldat-poète de Frédéric-le-Grand , le vieux Gleim , dans ses

^ Goethe , Bermann und Porothea. €iio»

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