‹ Études sur la révolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 7 sur 20 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Zeitgedichte, persiffleTenthousiasme de RIopstock; si des esprits graves et circonspects , comme Rehberg et Brandës, partagent l'opinion d*Edmond Burke sur les événements de la France , ces murmures sont couverts par les acclamations. Écoutez tous les esprits éminents, Thistorien Schloezer, le philosophe Reinhold , le voyageur George Forster, la comtesse Joséphine de Pachta, le publiciste Oelsner, et les deux plus grands noms de ce groupe d*élite, Guillaume et Alexandre de Humboldt: on dirait un chœur harmonieux , un chœur de viriles pensées et de pieuses actions de grâces qui monte de toutes parts vers la Providence éternelle. Poètes et savants , hommes de pratique et hommes de théorie , esprits naturellement graves , âmes ardentes et passionnées , une même foi , un même amour, une même espérance les unissent : la lumière du droit éternel a brillé à leurs yeux ! Ceux-ci , du fond de TAllemagne, n'ont de pensées que pour la France ; ceux-là, pleins d'impatience, et afin d'admirer de plus près l'aurore de l'ère nouvelle , vont se fixer au foyer même des évène-

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ments. C'est George Forster, qui avait déjà raconté à ses compatriotes les luttes politiques de l'Angleterre et qui rapporte de ses voyages autour du monde une intelligence cosmopolite admirablement ouverte aux principes de 89. C'est George Kerner, jeune et vaillante nature , le frère aîné de celui qui sera un jour un des poétiques maîtres de l'école souabe. C'est le théologien Reinhardt, que l'on verra plus tard ministre d'état et diplomate au service de Napoléon. C'est le romanesque Adam Lux et l'intrépide comte Schlabrendorf. Jamais ' plus pures émotions n'ont animé les cœurs ; jamais illusions plus confiantes n'ont paré le présent et l'avenir de leurs éblouissements magiques. Il y avait parmi ces hommes un écrivain misanthrope , esprit sombre et imagination désabusée, Maximilien Klinger. Poète , il imitait l'auteur d'Hamlet et du Roi lear ; moraliste , il était le disciple passionné de Rousseau. Si quelqu'un devait se défier des promesses de 89 , c'était bien cette intelligence aigrie , accoutumée à découvrir partout la secrète ironie du destin ; mais non : le misanthrope est

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ébloui comme les autres, et, déposant cette fois ce masque de Méphistophelës sous lequel il cache ses douleurs , il écrit cette phrase d'une bonhomie incomparable : « Les princes d'Allemagne le recon- » naîtront, j'espère : si l'histoire universelle ne » nous offre pas un iseul événement qu'on puisse » comparer à la Révolution française , elle ne nous » montre pas non plus un seul peuple qui , dans » une si grande détresse et au milieu de pareils » entraînements , en ait si loyalement agi avec son » droit , avec son dévoir et avec ses souverains ! »

Que devint la confiance de tant de nobles cœurs , quand les œuvres sataniques succédèrent aux inspirations sublimes? Rlopstock commença par maudire en ses strophes indignées cette révolution qu'il avait placée au*dessus des plus grands faits de^ l'histoire. Il ne flétrissait pas seulement, comme les ïambes d'André Ghénier, les bourreauœ barbouilleurs de lois ; c'était la France entière , c'était le génie même du peuple de 89 qui lui semblait

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digne d'une malédiction éternelle, et il avait honte de s'être si grossièrement abusé. Wieland, saisi d'horreur devant les forfaits de 93 , allait jusqu'à perdre sa foi dans l'humanité et reniait peu à peu cet esprit cosmopolite qui avait dirigé toute sa vie. Schiller avait eu un instant la pensée d'adresser à la Convention une défense de Louis XYI; mais déjà , comme Klopstock et Wieland , il ne voyait plus en France que des têtes sans principes et battues au hasard par tous les vents ( Richtungslose Kôpfe ) ; il se réfugia dans la pratique de l'art , dans un patriotisme qu'il sentait s'affermir de jour en jour * , et il écrivit ses Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme { 1795), afin de préparer les peuples germaniques à traverser dignement les révolutions de l'avenii': Goethe , après avoir célébré ie candide enthousiasme de l'Allemagne , s'écrie dans Hermann et Dorothée : « Le cie} s'obscurcit i> bientôt. Une race perverse, indigne de faire le

» bien , se dispute la tyrannie. Us s'égorgent les

' On trooTe ces mots dans oae de ses lettres , datée de 1 793 : IHe Liebe Mum Vaterland iit gehr Ubhaft in mit gnoorden.

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