CHAPITRE IX
DÏTELOPPraiENTS DE L'INSURRECTION
L'unée faunrneUmietle met tt main ^ur les caisses, sur les «pproTUioiiiumeirts el mr Itt papiers des représenlanls wx araiéM. — ArraeUtion de U»iiime ei Prieur. — Leur «npriMMUwinattduiB le doigonci u ctintcau de Caen. — Wimplèa. — Pnluye. — L'auemblée i^^urrectiounelleTeut copier b CcMTaBtIon. — Orandea prorlainalioas, iléUiës, parades, Ole. — IBHloiliuiret eiiToyél dans seize dëparicnients. — Pm d'MtbintUime popr bMncoitpde zHe. ~ TouleFois un âW du» l'État. — Let Glnmdins sont resl<^s en dehors de tmlewIlo&iiuaiTMlloDnelle. — Mata leur présence à Caen
, Hrt da drapeau, de prétexte. ^ Oq les traite mAgaiSqnenenL — Un point noir, — Queinfues p rôles tatioiis contre - Gommluaires civils noajtnés par l'issar- STmcc. — Forces matiîrielleB de l'insarrection contre la ConventioD.
L'insurrection qui se préparait et se développait depiùs ai longtemps, ayant déjà fait des actes de véritable f^pel à la réTolte, vient de se constituer défînitivement, et de formuler sa déclaration de guerre à la Convention et u gouvernement central.
L'assemblée insorrectionnelle ne devait pas s'en taiir là, et on la verra, entrée complètement dans cette voi^ prendre noa-senlemeat tontes les mesures qui étaient U conséquence de la situation préméditée longuement, devenue plus évidente, mais encore lecooiii à tons Lee
DâvEIiOPPSIlBim im L^IlfBUBBECTION 17?
moyens de frapper fortement les esprits et de faire taire tonte résistance; rassemblée devait 7 réussir an moins à Caen et daus ses environs^ n'eût-elle eu à sa disposition^ pour ces moyens^ que les forces et Faction de la société des Carabots ^
Les premières mesures rendues publiques qu'ait prises rassemblée ont eu pour objet les caisses publiques et les approvisionnements de l'État.
Pour les caisses, elle ordonna aux caissiers et receveurs publics de ne se dessaisir d'aucuns fonds, de n'acquitter aucuns mandats autres que oeux délivrés ou visés par le directoire du département; pour les approvisionnements^ elle décida que les munitions et convois militaires nouvellement arrivés seraient arrêtés. Un autre ordre de mesures était, comme on va le voir, plus en rapport aveo le tempérament des vigoureux Carabots et les projets non avoués de la plupart des instigateurs et directeurs de l'insurrection.
La Convention, par une expérience qui avait failli coûter si cher à la France, avait reconnu la nécessité de prendre dans son sein des commissaires envoyés aux armées et fonctionnant d'après un système de précautions qui révèle par lui-même les préoccupations du moment. La Convention avait étendu ce procédé salutaire à toute»
(1) Ceux-ci furent chargés de missions diverses, dont ils venaient rendre compte devant \e Conseil de la cité. Il fout dire que ces missions consistaient la plupart du temps en visites domidliaires et en désarmements, quelquefois exécutés de nuit, et qu'elles durent mécontenter un grand nombre de citoyens >
(Mancd.Note sur Vaultier, Souvenirs de l'insurrection normande, page 135.)
TooM n. — is
' Im vgheiJûoaB we rittaohaid; à la défense du pays, et l'a^^ait ipplîqai pir aoUa i Is dtfense des côtes de la Manche, •IB tmTMlx i 7 fioie et à Tu-mée à y organiser, et dont Im dtechemenfai étaient m. .fiL>nuatiou dans tes di^parteme&ta de l'Eure, da Calvados et de la Miinche. ' .QnattèrejoéBentanta étaient comniissaires à cetteorgv mëâJàm. Etrangen momentaDément aax éTénementa actnela, leur miaaÛHi Bpéoiale avait pour objet la défense éa. tcRÏtoiie, la saiiTq;aide4ee froutiéreâ maritimes, objet MMVé pOBElai patriotea de tons les partis.
Oea. ooBÛniHUiee oe poomient avoir dans lenrs fonctitma la oomptebilîté finaaoUre et matérielle ; il rentrait ■anfamant diâu lenia deroirs d'esercer à cet égard, comme àitast f aotrea, une ■nmillaiice et une inspection assurant >luJgaliritédeaaertioea.Ceqae rassemblée d'insarrection a^i^Mlélmiis r^furtrea se bornait vraisemblablement i fHl^M flanet leur penoettknt de se rendre compte, i tout moment et partout où ils se trouvaiint, des ressources en argent et en matériel, de la situation et de l'état des dépôts, des lieux et de l'importance des régiments et des détachements destinés à former l'armée des cAtee de la Manche.
Leors papiers se composaient non-seolement de Irar correspondance officielle, ayant un objet spécial, soit avec les comités de la Convention et le ministère de la guerre, aoit avec les officiers civils et militaires dont les services étaient en rapport avec cet objet, mais encore des projets, rapports, plans et travaux relatifs à la défense des côtes.
Tont cela, en apparence da moins, était sans influence sur les projets et le caractère de l'insurrection caenaise.
DE L'iNSTTBBBOliON 179
La connaissance des papiers des représentants commissaires à Torganisation de la défense des côtes de la Manche n'importait qu'au gouvernement anglais.
L'assemblée d'insurrection, aussitôt constituée, voulut néanmoins se rendre maîtresse de la personne, des papiers et de l'argent de ces quatre représentants.
Deux d'entre eux se trouvaient en ce moment à Granyille, port maritime, chef-lieu de district du département de la Manche, et ne ressortissant pas au directoire de Caen. Deux autres, Bomme et Prieur, de la Côte-d'Or, se trouvaient au même moment avec le général Wimpfen à Bayeux, ville de la famille Wimpfen.
L'assemblée commença par enjoindre aux directeurs de la poste aux lettres à Caen, lieu de passage pour la correspondance, et à Bayeux, lieu de destination pour les dépêches à Bomme et Prieur, <i: d'arrêter et d'envoyer au
< département les lettres et paquets qui seraient adressés c aux représentants du peuple près l'armée des côtes de
< Cherbourg. j>
Quant à la personne des deux représentants, que l'on savait se trouver alors à Granville, un membre de l'assemblée se chargea d'un message à transmettre immédiatement au directoire de la Manche, pour l'inviter à ordonner leur arrestation. C'étaient des otages qui devaient être transférés et emprisonnés au château de Caen.
n faut dire immédiatement que, si favorable à l'insurrection que fût le directoire de la Manche, il n'aperçut pas les motifs d'une telle arrestation, et dépêcha aussitôt deux délégués à rassemblée de Caen, pour lui manifester « la surprise qu'avait causée dans la Manche l'ordre
< d'srreBtatioii dooné contre les repréeentaiits du peuple. > ' L'aesemblée se dispensa de renvoyer one réponse, mais elle publia, sooa le nom des habitants da ColTadoe < M géoûnl, qui u'étaieot pour rien dans ce méfait, one aorte 4k manifesta di'clamatoire, parlant de tout assea kingwnant, et en termes tAi^oars violents, s« plaignaat m^e dit tribunal qui avnit acquitté Marat, assez dédaigneux dn Wfi£ pour la Manche, ë'occupaut on peu de la qneBdan yOnr gltscier un mot des firoconsiU despoU» veaaal ' pttrtdre ptmemon rie nos prodncea, glisser encore plot iMouiquenient le mot d'âtapee et rerenir à sonner U dikrge contre l'anarchie et lea factieax qtie Ie« brant ^^tcendatUs de» Normands, les phalanges de» Jlts ai SmiiaumCy vont détruire.
la Uanche paraît s'être contentée de rexpLicstioD,B»i< éBc ne ât pas capturer les deux représeata&tâ ocenpél à Ik, défense de ses côtes.
Quant à Homme et à Prieur, qui se trouvaient à B^eos, BOT le territoire du Calvados, il n'y avait pM •■ i ea pari» m trop BcnipnleQX directoire de la Ma»«li«. La Tilla de Bn^euz a bien sou administratif»! du dlRtrict, an wtoritéa prc^rea, et quoique Wimpfen soit là, ^ei peuvent œ pe^ vouloir s'associer aa coup de nain aat la deoz représttitaDts. II &nt û pea de cbose, d'ailleors, pool que le secret confié aux autorités de Bajeox tarin josqa'auz oreilles des deux députés I On n'en parlera aux autorité du lien qa'à tonte extrémité; an besoin le oenp fiùt, et ponr one vaine formalité de scellés.
Mais les majeas. d'exécution? I« conseiller géséral IteBonnaiid eit membre de l'assemblée inaurrectioiinctle, et il est le préaident daa Garobots, gêna d'exéostion a'il
en fôt En oonâéqtMnoe, nn andté. On croit tètet, mais il fant bien ie rendre à la réalité, quand on lit effectivement on arrêté qui détermine les voies d'exécution d'un acte déjà ignominieux par lui-même. On a formulé une disposition pour ordonner que « les commissaires de la
< Convention près Vannée des côtes de Cherbourg c seront mis provisoirement en état d'arrestation au c château de Oaen. ]> Et on y ajoute que, € pour l'exécu- « tion, le citoyen Lenormand, président des Carabots^
< s'associera un nombre de ses frères de cette société qu'il c jugera convenable, avec lesquels il va se mettre en c marche à l'instant, pour effectuer la dite arrestation, € avec l'autorisation de requérir au besoin du district de € Bayeux la force armée de son territoire. ]> Une autre disposition porte que € le dit citoyen Lenormand, com-» € missaire du département, requerra la mimicipalité de € Bayeux d'apposer provisoirement les scellés sur les € papiers et registres des dits commissaires, et de s'as-
< surer des sommes qui sont en leurs mains, le tout c sauf les mesures ultérieures, d
Comme complément des mesures urgentes de la journée, sur la proposition de Châtry-Lafosse, on décida enfin que le citoyen Félix Wimpfen, général de l'armée des côtes de Cherbourg, serait invité à se rendre au sein de l'administration, pour une conférence amicale.
D est triste d'avoir à dire que, dans cette importante ville de Caen, la terreur fut assez forte, ou le patriotisme assez rare pour qu'il ne se soit pas trouvé un honnête homme qui profitât des quelques heures que Lenormand et sa bande devaient employer à organiser leur expédition, et qui avertît Romme et Prieur de l'ignoble coup de main
Ipà t6,fttftaSk flontre.dSBX repréHentants, étrangern aux éfénementa aotnels, et tout occupes de la défense de nos ftwitiènii mtritiinM.
' 'Oe IiCMnilHtd, préndoni dos Cnrabots, était le même tàodÙÊtiaàma dn GUndoe que l'on avait vn se présenter, ■mnaut dt Ftrôf denut rHâsembli-e insarrectioQnelIe , j^Eyteax. Aprif «m expédition à Bsyeux et Bon triste Hooèi) igLnicnix pwmi mm geas, il occupera di^ement m. ]daoe dana le otatàié piovisoire élu par roâsemblûc iMarraetioiuielIe de Gmo.
,. Ce n'est pu devant w oomit>'-, mais devnnt rassemblée géoénle que fluent uoenéa Ronime et Prieur, captnn'-s i\ Bt^enit A tpuÀ bm? T7n spectacle petit-ètre que l'on HOqlllit donner. «IX Guaboti ? Uue humiliatioa que l'on *Hd>ît'impoMr.«ax deox représentants si traîtreusement «ffltét ? Une friMease espérée de leur part ? Il ne parait pH qa'on j ait réussi, d'^tiès le compte-Tendu du journal d* l'inmrrection Int-mtoief qui a dû pourtant s'efforcer de donner une couleur favorable aux actes qui s'aocranplissaient, et qui a mie dans la bouche dea deoz représentants ainsi capturés des paroles contradictoirea. Vanltier, qui parait passer, à dessein, avec rapidité sur cet incident dont il n'était pas complice, mais dont ses amis étaient coupables, donne néanmoins une tout antre idée de la comparution de Homme et de Prieur, tont en se bornant à dire : e De eurent à subir une rude séance d'interpellations politiques. » Cette i)etite ligne, qni révèle tout au moins quelque cbalenr dans la séance déjà indécente dont elle parle, peut aussi faire croire il quelque lâcheté de langage chez ces gens qni font ni bien, par leurs procédés de coupe-jarrets, l'affaire des Anglais, libres
DE L'mSUBBBCnON 183
maintenant d'agir snr nos côtes de la Manche, si lenris combinaisons les v appellent.
Wimpfen arrivait aussi à rassemblée. Son opinion royaliste n'a jamais été douteuse; le gouvernement n'avait jugé en cet homme que sa vie militaire, mais d'autres avaient vu plus loin ; on sait comment il avait été appelé au commandement de l'armée en formation, et il n'y a plus à ajouter que ce ftit Châtry-Lafosse qui fit sa présentation à l'assemblée. H parait que dès alors Wimpfen n'était pas jugé comme un homme exempt d'actions au moins ambiguës, puisque Caille lui en faisait précisément le reproche; mais ce reproche n'eut pas de suite, Wimpfen ayant déjà donné des gages en faisant changer les officiers d'un régiment de chasseurs, en dépôt à Falaise, qui donnaient quelque ombrage. Du reste, une assemblée qui voulait pour généralissime de ses troupes un général désertant son poste, et livrant à l'insurrection les soldats de la France et la caisse de son armée, n'avait guère à se montrer difficile.
En même temps que les deux représentants étaient enfennés au donjon de Caen, le général de l'armée des côtes de la Manche, Félix de Wimpfen, était acclamé général en chef de l'insurrection, et il appela bientôt près de lui, pour son lieutenant, le comte de Puisaye, devenu plus tard une grande célébrité vendéenne. Ils s'affilièrent aux Carabots, et en portèrent les insignes.
Wimpfen, royaliste d'opinion, ambitieux peut-être de jouer un grand rôle à tout prix, désireux pourtant de se ménager des ressources partout, a réussi à se donner le cachet d'une sorte de traître de mélodrame, inspirant confiance aux royalistes par son opinion, apportant aux
DérBLOPPSXENTB
ÏQiiurgés 80D concoam de général et promettant son action secrète an ministre de la guerre : triple rôle qn'ucim homme ne pouvait espérer remplir Bans y perdre justement sa coQsidcratioii perâonnelle.
Pniaaye, agent royaliste, anqnel ses procédés, ses intrigiieti, ees incroyables fanfaronnades, des questions d'argent et de» questions de faux assignats, restées sans sulutioD, ont ftcquis une triste célébrité, a probablement ét« aecuaé avec raison de n'avoir eu pour combinaison que de livrer au royalisme pur les Grirondins, et à l'armée vendéenne les forces normandes, même au prix d'une défaite, après les avoir compromis sans reasoorces.
L'arrestation des représentants en mission sur les a^tes de ta Manche et la défection de Wimpfeu devaient avoir pour résultat au moins de créer un nouvel embarras, et d'augmenter les dangers du gouvernement par la désorgasiaatioQ de la défense des frontières maritimes de oe •6té. Ia motu-mise sur les caisses publiques amoindrissait les resBOUTces du gouvernement central, et es donnait sa goavemement insnirectionnel. On y ajouta l'interdiction da transport des denrées de première nécessité destinées aa marché de Poissy et de Paris, et la saisie de c«8 denrées. Hais la défection de Wimpfen livrait de plos à rinanrrection de l'artillerie, des munitions et nne forée armée dont one portion, en formation à Evrenx, loi était déjà acquise, et dont l'autre portion, venue de Bayenx probablement, a formé pour Caen a le premier fond de la force insui^gée, > selon l'expression de Vaoltier. Ce premier fond, quant à l'armée régulière, ne s'est pas augmenta de l'adhésion du général Fourny, commandant à Coatances, alors sans troupes, que Wimpfen a bien
DB L'miBtTRRSCmON 185
^itralné dans sa trahiBon, maûs qui n'a gnère pn y apporter que sa personne ponr y remplir un rôle entièrement effacé. Wimpfen avait échoué dans une tentative de grande conséquence auprès du général Tilly, commandant à CSierbourg, qu'il espérait détourner de ses devoirs et qui, bien que ancien noble, conserva Cherbourg et sa place au gouvernement Les troupes que Wimpfen amenait à l'insurrection restaient donc à un chifire assez peu élevé. Ce n'était pas assez, évidemment. On avait tant de fois parlé au nom du Calvados, des calvadosiens, des habitants du Calvados, qu'il fallait bien au moins en exhiber quelques-uns, pour en exciter d'autres et servir d'exemple aux autres départements.
Paris, menacé de l'invasion, avait crié à ses en&nts : la patrie est en danger! Et les enfemts de Paris étaient devenus sur le champ des soldats marchant à l'ennemi, en puisant plus de forces dans leur enthousiasme que dans leurs aptitudes militaires. On pouvait bien faire de même à Caen, au milieu de ces <r braves guerriers, des- € • cendantfi des Normands, dont le nom, toujours formi- <L dable aux habitants de Paris, fait encore pâlir nos < nouveaux tyrans. i>
En conséquence, dans la proclamation qui contenait ces expressions, et dans laquelle on crie : Aux armes, citoyens, aux armes I on assure que, du Nord au Midi, tous les départements marchent à grands pas vers le repaire du crime, et on dit aux calvadosiens qu'ils doivent se hâter de se réunir au rendez-vous ; par pressentiment sans doute et, dans tous les cas, par une contradiction qui pourrait faire croire que les terribles Carabots euxmêmes, ces grands exterminateurs du maraiiemej comme
Sb Aieai, n'oiit lin çnsd élan que ponr les expéditions flKtÎTeB et ÊKoà danger, ou ajoute que, « dans cette C.Minie. cniude, mu gontte du sang de nos frères ne < «on pw i^ADdue. >
; A UiDÎtiedB ortte produnatioD, se prcdoit une copie th tabltMi n émoaTant de nos grande enrôlements révo- InlMniiune'. L'exemple a ét« donné d'ailleBre par qoelqnee-ODS dea înstàgatcurB de l'insurrection, mais, dkltt loB documenta qui parlent de cet appel & l'action Mtn^ je n'ai pa m'empdoher de marquer une différence dans mon eapiit enbv les dévouements qui s'inscrir^t «h t'eitiâlent, ceux qni jurent de partir et ceux qui le pnHnetteot; cette remarque pourrait être oiseuse aUlears, ttaia il ae&ot paBonblierqn'en cet iustaut nous sommes M ^eine Kormandie, et que la valeur des termes d'no «fegagement n'y eat pas indiffi-rente : on le verra bien un PM ^bâtard.
L'ftnemUée â'iuanrreetion s'était adressée tout le jour an zèle des caenàis ; le soir elle empmntait le nom des àtot/eju du Cahadûs, pour faire un appel à toaa let
(I) ■ On arreie-que le cours de la justice sera suspendo ; que l> > générale sera battue sur le cliampi que le danger de la patrie sera
• proclamé par les autorités constituées. Aussitôt les tambours se
• font entendre, les compagnies s'assemblent; les balaiDons se
• Tormeot et se rendeut sur le cours. Les corps administratirs et
• judiciaires, précédés de la bannière fédérativc du 14 juillet,
• marche au son de la musique militaire qui Joue la Marseittaise;
• des proclamations se font à la tCle de chaque bataillon ; des
• TegîBlres sont ouverts, les officiers donnent l'exemple, le chef de
■ légion, plusieurs des cliefs de bataillon, des compagnies entières
• de grenadiers, promettent de partir, et enfin une foule de citoyens
■ s'inscrivent. •
(Afjtches du Calvadoi, n« du 13 juin, cité par Hancel.)
DE L'msnBRSonoN 187
Français. Les citoyens du Calvados disent que la patrie outragée les appelle, et qu'ils partent ; que la représentation nationale n'existe plus ; que les hommes libres de la Neustrie ne soufixiront pas cet outrage, et qu'ils mourront tous, ou que les brigands seront punis. Us resteront debout jusqu'à ce que la vengeaiice nationale soit satisfaite, et ils terminent en s'écriant : <c Nous marchons I c Que les dominateurs tremblent I Les hommes libres de c la Neustrie vont les combattre, d
Mais quoiqu'ils fussent aussi des hommes libres de la Neustrie, les Carabots ne dédaignaient pas d'imiter les exemples parisiens, comme ces défilés que faisaient devant la Convention les volontaires partant pour la Vendée ou pour la frontière, et les Carabots voulurent avoir leur défilé devant l'assemblée insurrectionnelle de Gaen, avant de marcher contre les maratistes.
En conséquence, le 19 juin, € les Carabots, admis à € défiler en armes devant l'assemblée, y ont fait halte. € — L'orateur a fait un discours .... et a déclaré qu'ils « attendaient l'ordre de se mettre en marche contre les € agitateurs et les anarchistes. Le président, au nom de € l'assemblée, a reçu avec sensibilité l'oflfre de ces
< citoyens et a reçu leur serment de déclarer la
a: guerre aux anarchistes, aux agitateurs et au parti « Marat ^ y>
Trois jours après, c'était le président des Carabots que l'assemblée désignait pour porter « la bannière des fédérés, d et il prêtait le serment « de ne l'abandonner « qu'à la mort et de la rapporter entière, ou teinte de
(1) Procès-yerbai de la séance reproduit par ManceL
bÉTBLOPPMIBrOt
< Bon sang *. > Les CarabotB faisaient lear enidlement, maie i] paraît qu'ils ne s'enrôlaient pas tons, et gae lenr nouvelle démoustration n'augmentait pa8 le nombre de» antres Tolontaires,
Pendant ce temps, rassemblée insurrectionnelle n'oubliait Bucnn des moyens d'étendre l'insurrection. Comme ra^nemblée de l'Eure, elle avait écrit & tous les départements et, comme celle-ci (-gaiement, elle s'était adressée avec plus d'insistance aux difpartemeDts voisins, malgré les éléments dissolvants, mis assez vigoureusement eu action. Les t^'ntatives de rassemblée de l'Eure n'avaient pas réussi dans Eure-et-Loir, et ce département, d'une si grande importance pour les subsistancee, n'avait pas rompu aveu Paris. Le directoire de l'Orne avait refusé de s'engager; l'assemblée de Caen avait bien rénssi depuis à attirer vers elle des délégués du conseil gciiéml de l'Orne, mais cm délégués n'avaient pas de promesses % MHS réticences. La Manche ne se ralliait pas encore k l'insurrection ; elle avait refusé de e'associer aa coup de main oontre les denx députés qui étaient à Bayeox, elle s'était adressée à l'assemblée de Caen pour lui manifester c la jorprîae qn'avait cansée dans la Manche l'ordre d'ar- € restatioQ donné contre les représentants da peaple >, et l'assemblée de Caen y avait répondu par une violence de langage qui dissimulait mal l'embarras du méâùL La Seine-Inférieure, dont le concours paraissait assuré, que l'on citait comme exemple à chaque moment, n'avait pas eoToyé wi seul signe d'adhésion, depuis l'insurrection joDclamée à Evreax. On poavait croire au zèle, mais i tm
(2) Procës-Tsrlul de k séance reproduit par Hucel.
QB L'nmuBBacsnoN 189
zèle aaaeai engourdi pour qu'il fût nécessaire de le sti« muler.
On arrêta en oonséquence la création de missionnaires que Vaultier, dans son ouvrage, appelle des missionnaires propagandistes d'insurrection, chargés de se rendre dans les départements afin d'y rallier les esprits à la cause de l'insurrection ^
Ils étaient seize, non que ce nombre fût ime réminiscence d'une autre époque, où l'étranger trouvait également en France tant de gens favorables à ses desseins. Parmi eux, à leur tête, pourrait-on dire, on voyait l'inévitable Caille, le futur chantre et de Napoléon et de Louis xvm; à côté de Caille^ et pour la même destination (Manche et ULe-et-YilaiBe)^ se trouvait un petit prêtre gascon nonmxé Chaix, ou Chaix-d'Est-Ange, alors curé de Saint-Etienne-de-Caen^ marié plus tard, et devenu accusateur public à Beims^ puis avocat à Paris.
On y remarquait aussi Caille jeune, rédacteur de Tune des plus violentes proclamations de ce moment^ et où l'on ne parlait que de mort pour les amis du gouvernement; Lenormand, le chef des Carabots et de l'ignominieux coup de main de Bayeux, que l'assemblée avait si naïvement admiré; puis Bougon de Longrais, le futur vendéen, et Dom Mauger, l'ancien bénédictin que l'on a aperçu & l'assemblée d'Evreux.
Ils devaient embrasser dans leur action seize départements, et un autre membre de l'assemblée était chargé
(1) « Ils furent choisis en général entre les membres de la Société « populaire les plus exercés aux débats de la parole ; quelques-uns c étaient des hommes d'un talent réel. •
(Vaultier^ Souvenirs de l'imurrecUon normande, page 17.)
IM oÈnLorfEiasiB
^R^iv fbr obrreB|>ODdauce sur les autres dêpartemente.
Os tenaieiit évidemmeat à ôtublir les lieas d'une fêdé- HMm' faNmrrectioDDelle, non qu'on doive se laisser ,lnBywptt les mots, et y voir une idée, un système de gninnuawnt à fonder sur la base du fédéralisme. ''''Lm^W* grands succès obtenus fureut en Bretagne, le dHa^ d'aotiou de l'orateur Caille et de l'abbé Chaix; ■■!• 1m Bretons, peut-être hargneux après avoir été Mktef ■€ Knt plainte d'avoir été trompés sur l'insnrreclàtà, 1m' dispositions de la population, le nombre defl vdOBtiiroi et l'organisation des forces militaires. iiltH pmlt d'ailleurs d'une vérité actuellement acquise, ^pi^' dins-Caen même, l'ardeur bruyante des C'arabots tfMnÙfe^ Cmpêetier la réflexion d'entrer dans les esprits. btCaft^ de sùrelé, (im pouvait bien commander le sileDc« l^^tMte aiqprcBBion hostile, était impuissant lui-même & fllUiflltil l'hésitation dans l'action : une proclamation tt 'VtÊÊtaalblée vient rappeler les ciioi/em à leur serment de combattre les brigands dominateurs, et exciter l'émalation dea hommes libres du Calvados, dont quelquesans étaient déjà dirigés avec leur bannière sur Evreox, mais qui allaient se trouver rejoints par les.^< Br^ion», dont les bataillons s'ébranlaient déjà.
ËD effet, quoique d'un effectif moins fort qu'on Qe l'avait dit, les bataillons de la Bretagne étaient déjà tout organisés, habillés de drap fin, et d'une tânue irréprochable, beaux à la parade et réjouissant l'œil. Yanltier, dans ses vieux jours, en a conservé un souvenir qu'il n'hésite pas à consigner '.
(1) «.Non pu de ces Bretons écheveléa et déguenillËs, comm«
DE l'insubbsctiok I9l
Us avaient été organisés sous Faction d'une assemblée qui s'était formée à Rennes, en prenant le titre d'^^semblée centrale des députés du Finistère, du Morbihan, des CMes-dor-Nard, de la Laire-Inférieure et di^IUe^t" Vilaine, titre un peu trop élargi, mais sur lequel Caen, qui s'y connaissait, ne pouvait se dire trompé.
Caille et l'abbé Chaix-d'Est-Ange, en arrivant à Bennes, furent immédiatement introduits dans cette assemblée, et c'est dans leurs paroles mêmes qu'elle puisa le projet de fusion ou de réunion de toutes les forces en un point central, et qu'elle proposa Caen.
Elle mit en marche ses forces déjà organisées et les dirigea sur cette viUe, où elle envoya aussi dix de ses membres pour concourir à la formation d'une assemblée supérieure.
Ainsi se forma à Caen, le 30 juin, l'assemblée définitive d'insurrection, qui prit le titre commun à ces assemblées, depuis Lyon, en passant par Marseille et Bordeaux, à^assemblée centrale de résistance à V oppression. Elle se disait aussi a^ssemhlée centrale des départements réunis. . . de tous les départements français, apparemment? Mais si l'on avait envoyé des missionnaires propagandistes d'insurrection dans seize départements, la moitié de ces dé« partements n'avait pas répondu à l'initiative. Cette assemblée n'était en réalité, et c'était déjà beaucoup, qu'une assemblée de Normands et de Bretons. Il y a loin de cette réalité au tableau de fantaisie, tracé par Louvet,
« nous en ayons yu tant d'autres depuis, mais tous jeunes gens des c meilleures familles de Rennes, Lorient, Brest, etc., tous en uni- « forme, habillés de drap lin et parfaitement équipés. » (VaultieF; Souvenirs de V insurrection normande^ page 19.)
de Ca«o devenD le centre d'une coslitioD départementale qui, dans sod vaste coutonr, eraltraeeant bq Midi : Marseille, Nîme;*, MoDtpeilier, Narbonue, Perpignan, Toulouse, MontaubftQ, Bordeaux; verâ l'Orient ; Aix, Lyon, Bourg, Lona-le-Saunier, Besançon; Bur lefro&t: Augoulème, Limoges, Clermont, Moulins, ChJilonB, Dijon môme, puis â'avau<;atit en pointe jusqu'à Reims, par Troyes et Ghâlona, faisait une bonne moitié de la France.
Composée de déput-js des départementa adhérent*, IW semble e centrale ail'ectait les forme» des grande-s msemblées législatives, sans oublier la vérification des ponvoirs de sea membres.
Elle eut son Moniteur, qui ^larut sous le titre de Jiitl' Utin tien aut&rités conAtituàa réunies d Ca^n ; mais «lie eut aussi son comitr fie salut pvèlic. Par un i-traDge lenversement des mots, tous ces gcns-Ii juraient « guerre
itemelle aux traîtres » Son programme, celui pu-
■ blic, celui aToué, au service duquel elle mettait la force déjHtrtemeiilale et la fiiisait marcher sur Puris, était très-simple et ne résumait à rétablir la Conve&tioD daiia son intégrité, sauf à instituer un tribunal départencntal «usi, pour ja^et tons les membres de la CoSTeaftio0.
Elle a été présidée par Boojoox, le futur baron fioftjoDX, député breton à la Législative, encore a» de cm hoimuQe politiques qœ le comité royaliste, qui ne l'y trompait pas^ fera nonmier plus tard anx Cin^Ocatar Bougon de Longrais en & été aussi président, en légiste destiné à quelque célébrité. Le Oraverend en fut le secrétaire.
Ce fiit alors que parut le Manifeste de Wimpjerty document désigné ainsi sans raison, puisqu'il a pont sobb le
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nom de l'aBsemblée centrale. Cette proclamation est un long &ctam rempli de déclamations qui heurtent parfoi» le bon sens. Il commence par des assertions inexactes, et il n'onblie ni le trimnyirat, ni Marat. Il dresse, avec une mauvaise foi déponillée de tout scrupule, un très-long acte d'accusation contre les adversaires de la Gironde, et entré dans cette voie, supposant à son aise que c'est la France qui veut qu'ils soient punis, il promet qu'ils le seront effectivement, même pour le prétendu jugement de Marat, et il le promet si bien, qu'il le répète avec monotonie, dans les mêmes termes, pendant plusieurs pages, presque à chaque alinéa. H se termine par un appel à ceux qu'il désigne sous le nom de républicains du Nord et de l'Ouest, et leur apprend à eux-mêmes qu'ils sont prêts, et que l'impatienté ardeur qui les a saisis va être satisfiûte.
Ce £Eu^m est de Louvet. On eût pu s'en douter, mais on en a eu la certitude par lui-même. Il rapporte en effet, dans ses mémoires, que ses collègues l'ont chargé de ùire cette proclamation, qu'il la rédigea et la leur soumit, que l'assemblée centrale l'adopta et que l'impression en fut ordonnée.
Louvet établit clairement qu'il est le père de l'œuvre.
C'est très-probablement la seule fois que les Girondins réfugiés à Caen soient intervenus dans les actes de l'insurrection, alors même qu'ils se sont trouvés réunis en plus grand nombre sur son théâtre.
Dix-sept Girondins fugitifs ont apparu à Caen dans l'intervalle du 8 juin au 10 juillet, mais ils ne s'y sont pas tous rencontrés, les uns étant repartis quand d'autres sont arrivés. On a vu que les deux premiers étaient