CHAPITRE X
attitude des pouvoirs publics et de
^'insurrection
Le royalisme sous l'étiquette du fédéralisme. ^ Les administrateurs du Calvados décrétés d'accusation. — Lettre de Prieur et de Romme. — Double jeu de Wimpfen. — Ordre da ministre de la justice. — Récépissé de Wimpfen. — Il joue tous les rôles. — Patience de la Convention. — Son action portée vers Lyon. — Ses travaux. — Robert Lindet chargé de préparer la Constitution. — Moyen pacifique de détruire Finsurrection. — Emissaires ou prédicateurs de la Constitution. — Prédicateurs opposants. — L'insurrection revient à Ëvreux, son berceau. — Aspect géographique et politique du département de l'Eure par rapport à l'insurrection. — Rouen promet à Vemon son concours contre l'insurrection.
Cependant qne faisait la Convention nationale, la Convention des Montagnards, qui semblait destinée à ne pas compter ses ennemis et à ne jamais transiger avec eux, et qui a voulu accoutumer la nation elle-même à ne pas les attendre et à courir sur eux? Que faisait donc la Convention, pendant qu'une insurrection organisée, qui avait eu tout d'abord son siège principal à dix myriamètres de Paris, y avait établi, conservé, fortifié ses avenues et y massait des forces fournies par l'armée, les caisses et les magasins de l'Etat, augmentées des efforts individuels ?
218 Anmiiui ras foutoibs pubucs
Qo8 nimi u OiniTraticm devant ce gouvememeQt dictitorial qfâ ii^;eait A Oaan, la copiait dans son organi- Bklûni} et mit an dkùiu la prétention de centraliser aux niiina de l'iiiaaiTectioD oBeiu.i8o l'action de deux gr&ndes prormcflB, la Nonnandie et lu Bretagne ? Et que faisait l6 Oranité de BaKit public, ce moteur de tont le mécooieme goaTememental ?
Toot oe qui tewùt i la question des Girondins embarranait éTidemment la CJonvention et son comité. Le 2 jidn n'âtait qu'un ikît accompli sur les conséqneitOM daqœl lee esprits Testaient incertains, et les liommee du goorwoement ne venaient pas sans tm< taaae le ponToir menaoé de passer de la Conrention, de la z^réeentation nationale à k Commune. Danton, llionuDA du SI mai, oritiqae du 2 juiu, faisait qnelqnefina saua pindmce dee efforts pour eu atténuer les eSbtej àlon même qu'il s'agira de décréter d'accusation le coupable directcnre du Calvados, à l'occasion de la capture des représentants à Bayeuz, on verra Danton, à ce moment encore, s'opposer au décret. En général, de- Tant une insurrection furieuse et implacable, n'annonçant jamais que de sinistres vengeances, agit^ et dirigée par des royalistes intrigants, qui n'avaient ni la francbise, si la loyauté, ni le courage dout les chefs vendéens d(fflnaient le remarquable exemple; en général, la Convention n'éprouvait vis-à-vis de cette insurrection qu'un désir de pacification, qui était aussi dans le sentiment do ■ Comité de salut public, au nom duquel Barère disait no jour à la tribune ; œ Les fédéralistes font marcher de» c armées contre vous; eh bien! opposez-leur une armée de < bienfiùtB ; croyez qu'avec ce moyen vous les vaincrez. >
BT DB l'insurrection 213
La terrible Commune elle-même et le tribmial révolutionnaire paraissent encore dans les mêmes dispositions. Deux documents authentiques en fournissent la révélation : l'un d'eux est une lettre du maire de Paris au district de Caen, pour s'informer de ce que pouvait avoir de vrai le bruit répandu d'un décret du gouvernement du Calvados^ qui aurait ordonné d'arrêter et de saisir les approvisionnements du commerce destinés à Paris, et pour faire des représentations sur une disposition aussi violente ^ C'était même le 18 juin que le maire de Paris écrivait ainsi; mais le district ne lui répondait pas, et l'assemblée générale, blessée peut-être dans sa dignité de ce que le maire de Paris ne se fût pas adressé à elle-même, répondait par un imprimé qui accusait le maire de Paris d'un acte de perfidie, dans une lettre qui ne pouvait avoir eu pour but que de jeter la division parmi les Caenais. Mais les descendants des braves Nonnands resteront unis pour repousser les insinuations de la perfidie; ils seront dignes de la postérité; ils combattront les factions impies et sacrilèges, ils écraseront l'anarchie; aussi font-ils dès actuellement le procès à cette Commune de Paris, à laquelle même on démontrera, « ajoutant des <r preuves à des soupçons trop fondés, que les forces en- « voyées sous le commandement du lâche Santerre « n'avaient d'autre motif que de coopérer à ce qu'on « veut appeler une insurrection pour porter le peuple à 4 des excès sanguinaires. » La Commune de Paris retirait de sa démarche un enseignement, c'est qu'elle
(1) Vaultier, Documents publiés par Mancel, pages 201, 203.
(PenVoyer des forces contre les Vendéens, ■qu'il n'y avait \\ quo matière à prétexte, et que la Vendée
Vêtait pas même une inBorrection. La conséquence?
%A conswiaence est qtie ceux qui veuleut encore voir le JWéralisme, et non le royalisme, siégeant an milieu de l'insurrection normande font preave de beauconp de boniie volonté, presque autant que les Girondins réfugiéB è Om, rt cpa UMHMit ces choses sans commentaires.
"La MOÔaid doaament est une dépêche adressée a IPdrtnaj' M aotte&t m'orne où Ton croyait à Paris que Itenét îtMraMtton&elle étAit parvenne à Vernon. Dans Ntta 'd^Wu, l'aOcusatenr pnblic Fouquier-Tinville U «vil pwir affaires de service an procureur ïïfÊÊ^ an Calvados (Bongon de Lon^rais) : tifiottHnif Me danade l'annotateur de Vaultîer, conclure él^ab ftift qvi In Ifontagnarda espérèrent jusqu'à la fin MBUBHT à MX BMW Bombât les insurgés du Calvados? > ;' Bonnet à» IfaMitry, conventionnel montn^ard, éln pu le Calvados, essaya de son cdté de faire un appel i, •es compatriotes. H publia une adresse aux habitants de la ville de Caen, mais ce moyen de persuasion était sani portée dans one ville où l'assemblée insTArectioiiDelle ne laissait plus place à la délibération, et avait défendn tonte communication avec Paris. Une transaction, si même In
Convention y avait pensé, n'était pas réalisable, l'insurrection marchant dans le sens d'une rupture de plœ en plus grande ; les mains qui la dirigeaient s'efforçaient de fermer toute possibilité de retour à une entente et avaient évidemment déjà un but tout opposé an régime nouveau. L'entente ne pouvait plus se faire qu'avec les populations, et par des moyens échap-
ET DB L'iNSURBECmON 215
pant aux prohibitions de rassemblée insurrectionnelle.
Wimpfen lm*méme a en longtemps la porte ouverte à un retour au devoir, et il y a peut-être cru trouver le moyen pour lui d'user de cette duplicité qui était dans sa manière de faire. Lui-même s'était ménagé cette ressource, au moment où sa trahison revêtait le caractère le plus odieux par son concours à la capture des deux re^ présentants qui étaient avec lui à Bayeux; c'est lui qui a averti le gouvernement du fiait qui venait de s'accomplir*
Une telle révélation arrivant au milieu de la Convention pouvait y exciter les résolutions les plus extrêmes. Il ne faut pas s'étonner que le mot de représailles, qui n'est souvent qu'un grand tentateur, ait résonné dans le débat, mais la majorité a écarté la proposition formulée de mettre tous les députés du Calvados en état d'arrestation pour répondre de la sûreté de leurs collègues capturés à Bayeux. Seulement, malgré l'opposition de Danton, et c'était bien le moins que la Convention pût £etire, elle décréta d'accusation les administrateurs et autres fonctionnaires du Calvados qui avaient signé l'ordre d'arrestation des deux représentants; deux jours après, elle modifia même son décret, et elle en réduisit l'effet aux administrateurs du département, et à Caille, comme procureur-syndic du district de Caen.
Ce fut à la fin de la discussion qu'arriva la lettre de Prieur et de Romme, dans laquelle ils disaient : « Notre
< arrestation peut prendre un très-grand caractère et
< prévenir le fédéralisme qui vous menace; surtout si, il comme nous le demandons, vous la confirmez et nous a: constituez otages, pour la sûreté des représentants dé- € tenus à Paris. j> Proposition peu acceptable, mais qui
216 ATTITUDS DES POCVOIRS PUBUC6
aurait pu avoir pour double résultat et d'arracher une aniie à l'insurrectioD, et de constituer ane sauvegarde pour des infortunés que le souvenir importun de leor politique, leB actions présentes de leurs amis et de leurs alliés, l'encbainement des événements, la colère et la vengeance aossi, allaient rapprocher de pins en plus de l'échafaud. La lettre inattendue de Prieur et de Romme avait probablement excité la cnrioBité, car un reprétentout ayant examiné les caractères de l'écriture et fait l'observation qu'on jwuvait bien avoir forcé Homme à écrire ces lignes, Couthon, compatriot* de Gomme, fit entendre cette énergique protestation : a Homme serait « libre au milieu de toutes les bouches à feu de l'Eu- « ropc! s
Quant à Wimpfen, le gouvernement, se croyant intéressé d'ailleurs à ne pas pousser les choses à l'extrême, du moins pour le moment, feignit de ne pus comprendre - qu'il eût fait défection, et nomma dans l'armée des côtes de la Slanche un général mis soub les ordres de Wimpfen et envoyé immédiatement auprès de celui-ci. Le général nommé se rendit auprès du commandant en chef, mais il le trouva, on peut s'en étonner, dans lesdÏAposîtions d'un homme qui laisse croire que le parti qu'il a pris était le senl A suivre, au milieu d'une insurrection si bien prononcée, à laquelle il n'a d'ailleurs que Tenon> vêlé son serment républicain. Le nouvel arrivé trouva plus républicain encore de repartir, et de retourner rendre compte au ministre de la guerre des paroles unbigiies qui couvraient un résultat positif et clair.
Pourtant, si Wimpfen parle encore de son serment républicain, le gouvernement républicain, son chef hiérar-
ET DE l'insurrection 217
chique de qui il relève, peuvent bien lui envoyer des ordres et le mettre en demeure de les exécuter ; mais Tordre qu'on envoie à Wimpfen, le commandant en chef de la force armée, c'est de mettre en liberté les deux représentants détenus dans le donjon de Caen. Il n'y apas àéquivoquer sur un pareil ordre, et il ne permet guère un terme moyen entre le gouvernement et l'insurrection. L'ordre est signé du ministre de la justice, et Wimpfen se borne à remettre au courrier un récépissé : « Reçu, dit-il, la € dépêche du ministre de la justice, concernant les événem ments qui sont plus forts que les ministres. J> Wimpfen plaisante pendant qu'il en est temps encore, à la veille du jour, que ses semblables amènent, des résolutions immédiates contre les personnes et des répressions implacables. Mais enfin qu'a-t-il fait de l'armée en formation dont il a le commandement? Le C!omité de salut public lui ordonne de venir à Paris rendre compte de l'état de cette armée. Wimpfen est un penseur, il le croit du moins ; il a réfléchi, paraît-il, sur les rapports des gouvernants et des gouvernés. Aussi le voit-on établir, dans une adresse à la société populaire de Cherbourg ^, la théorie du droit d'insurrection appliqué à sa situation : « Je ne puis donc <L plus, ajoute-t-il, voir dans les débris de la Convention « nationale que des individus, des procureurs qui veulent < dicter des lois à des commettants qui leur ont retiré le <L seul titre en vertu duquel ils étaient quelque chose, d En conséquence, et par respect pour le principe éternel de la souveraineté du peuple, ses délégués qui ont perdu sa confiance ne sont plus rien pour Wimpfen. Ils restent
(1) Rapporté par ManceK dans Vaultier, page 181.
a énoat I)oiir !e général TUly qtii com- I i ObeAaatg, qui refase de suivre le géDéral en 4nf dHa la tMdÛKm éb qni conserve Clierbourg au gonftUMBMttL Quint i la Convention, au Comit«> de saJitt pafalio et à MB otdn, Wimpfen répond par des aris, et, d» nge et de T^abUiMm, il est presque miMiatetir, mais nUilÂear menaçHit : t U est trèB-aisé, dit-il dans h
< dépéldie, de flûn vn nouveau théâtre de la guerre ; il t eii enooie fixa ueé de maintenir la ptùx ; que le
< Oomitj de ediit' paUic fasse rap[)orter les d^rets
< ooatte les admÎBicitntenrei de divers d<''part«ment«,
< ainn tjiu la décniti ^i ont provoqué riusurrectîun.
< BoDgei qpe le CUndoe est fort de trois autres députo-
< menti, et de tonte U ci-devant Bretagne, dont le C OOmité oenfcral s'établît à Caen pour le maintien de U
< tiépabiiqab vue et indiriâible. Voyez le jieuple en fer- . « ttMlIfttxon et les aogM usant de tous leurs moyens pour
c le eéblier. 8i le ocMnité et la Convention jicr^i-itent h € voir i. rebonre, ils doivent s'attendre à de grands
< malheurs. Il est dans la nature de se mettre sur 1b
< défensive et même sur l'offensive quand on se voit
< attaqné. Le général ne pourrait faire le voyage qu'avec t 60.000 hommes: l'exigerez-vous de loi? »
Mais il parait que Wimpfen ne comptait pas asses enr ses 60.000 hommes pour ne pas essayer d'nser encore des ressources qui étaient dans ses moyens personDels, car à la dépêche officielle il avait t^outé un billet confidentiel pour dire : « Pour Dieu I révoquez tous les décrets, c envoyez un homme qui ne soit pas abhorré ; du reste, a restez tranquilles et laissez-moi faire. »
n n'est pas besoin de dire qae la Convention aviit
ET DE L'iKSUBBBCnON 219
connaissance da billet confidentiel tout anssi bien que de la dépêche officielle, et que l'un et l'autre tombaient dans la publicité.
Ses complices en étaient tout troublés, et ils oubliaient le reste pour penser principalement au petit billet et à ses expressions : « Qu'est-ce que cela signifie? » écrivait Bougon de Longrais, à quarante ans de là, commentant un autre billet, dans lequel Wimpfen disait à Custine : « Chargez-vous des ennemis du dehors, et je me charge de ceux de l'intérieur.» Vaultier s'écriait encore: <t Est-ce de nous, qu'il se serait ainsi chargé?. . . :^ Et les Calvadosiens ne paraissent pas avoir conservé de leur compatriote, général en chef de leur insurrection, une opinion fort recommandable ^
Poujf la Convention la mesure était comble, et, sur le rapport de Barère, elle en finit avec Wimpfen par un décret qui le frappait d'accusation, le destituait de son commandement, et défendait aux autorités constituées et aux citoyens de lui obéir.
Ce malheureux dut commencer à s'apercevoir que, sous un rapport du moins, il ne pouvait plus espérer devenir un Monk au petit pied; il dut commencer à se rappeler aussi que les audacieuses conceptions de Dumouriez, qui surpassait seul en valeur personnelle beaucoup de Wimpfen
(1) On ne peut douter des sympathies du général pour la cause royale; Puisaye le dit positivement dans ses mémoires, et les panégyristes de Wimpfen le reconnaissent eux-mêmes. On a été jusqu'à dire que peut-être « il caressait la pensée déjouer le rôle de Monk. » Vimpfen un Monk ! S'il en eut la duplicité, il n'en eut ni l étoffe, ni la portée. Et pourtant^ nous n'exagérons pas la valeur du héros anglais. (Mancel, Note sur Vaultier, page 272.)
ATEirona dû foutoîbb ptoucb
ensemble, avaient abouti à une mistTable désertion à l'étranger.
Cependant Itt Convention n'avait pas para vouloir changer de eystènje, quant à rinsarrection dont Wimpfen était devenu le généralissime : Bystème de temporisation, temps de réflexion donné aux populations jvonr juger elles-mêmes de leur propre intérêt, et aux hommes égarés pour reconnaître que c'était en définitive contre la France qu'on leur faisait prendre les armes.
Pour le moment, la Convention réservait ses colères, son action et ses coups pour Lyon prin ci paiement, devenu !e grand chef-lieu des iusurrections royalistea et de leurs excès, cette clef aussi des monvemeuts do Midi. Il fallait qu'à tout prix Lyon tombât, et on conçoit que, provisoirement au moins, l'attention fût en quelque aorte dirigée exclusivement de ce côti>.
La Convention ne perdait pas son temps d'ailleurs dans une attente anxieuse et oisive. Elle voulait parler à l'imagination, et il rentrait dans nue bonne tactique Je prouver par toutes les apparences que la présence des Oirondius avait été un obstacle à la marche des afifûrw du pays, et que leur expulsioD avait permis de réaliser enân tout ce qu'on pouvait attendre d'une grande aaeemblée occupée des intérêts généraux.
Aussi que d'activité au sein de l'assemblée I Que de travaux, et nombreux et variés, attaqués en même temps et rapidement achevés I Que de décrets d'affaires et de grandes affaires ! Toutes les matières abordées, et chaque matière obtenant solution ! Car ce n'est pas seulement d'intérêts purement politiques d'actualité ou d'urgence, tels que le grand intérêt national de la défense du teni-
KT DB l'insurrection 221
toire, que la Convention s'occupe, mais encore de ces grandes fondations qui embrassent les intérêts commerciaux de la France avec l'étranger, par le règlement des questions maritimes ; ses intérêts moraux, par l'instruction publique et les arts; son unité même, parla création du système décimal. Les intérêts particuliers euxmêmes, dans leurs rapports avec l'intérêt général, se trouvent aussi sollicités, non pas seulement par des mesures financières dont tout le monde juge bien l'opportunité au point de vue des nécessités transitoires de l'époque, mais par les dispositions sur les subsistances, sur les indigents, sur les vieillards, sur les enfants, sur les revenus, dispositions frappant encore la province et mélangées de féodalité, mais qui font face à ces nécessités. Tout cela appartient à cette période.
Un historien a dit que les séances de la Convention avaient un aspect tout nouveau depuis le 31 mai ; qu'elles étaient silencieuses, et que presque tous les décrets étaient adoptés sans discussion. C'est vrai, et les populations ont bien remarqué aussi qu'auparavant on discutait toujours une querelle qui était au fond constamment la même, et qu'on ne faisait pas, tandis que maintenant on ne discutait pas assez, mais qu'on faisait.
C'est surtout dans le vote de la Constitution, que la Convention a trouvé le moyen le plus efficace peut-être de ramener à elle les esprits incertains, cette masse flottante qui est toujours d'une grande importance numérique.
Tous les comités avaient été renouvelés après le 31 mai ; le Comité de salut public, seul, avait gardé sa composition, quoique- son personnel fût amoindri par les retraites et
USt AiUllHNI DES POUVOIRS PUBLICS
fut Iw BÛMDVU» et quoiqiiMl ne pût tonctionuer qu'tt l!Nda i» tKW lUpiAéaatâ . C'était à ce titre seule- WUgait qa» Bobert ZÀudet Ini-mûiue faisait partie du
La Convention lui adjoignit quatre ou cinq membres, rt lui prescrivit de préparer un projet de Constitution de li Itiipublique eu huit jours; pui^ la Convention la votA. (Test la Constitutiou du 24 juin 1793, constitution un Mu bâcice comme toutes celles qui sont plutôt un expédient que le résultat d'où examen mûri des priacîpee du i^roit national et des mœurs publiques.
Mais un décret de la CouveutioD, en B'iastallaiit, avait dispusi: que la C'oustitution qu'elle était appelée il faire I Be pourrait |)n)duire ses effets qu'après l'acceptatioii de flatte oonBtitBtiaa pW le peuple. La Convention n'oublia IfR 08 4^ontf qui devenait un moyen actuel de soumettre 1|ljitMitioB<WMWnMées elles-mêmes, dont l'acceptatiCTi 4(IWt tes un vote kignlâant aux insurrectîous quti la Fiance voulait dore txiutcs les querelles, toutes les prétentions et toutes les rébellions par les institatioBB noarellee.
On a TD que l'inBurrection normande a bien senti de quel coup elle était menacée ; on a vu tous ses efforts pour l'éviter; on a vu aossi les Girondins apporter le conoons de leurs poblications à ces efforte.
La Constitution allait jusqu'à prescrire le renonveUe' ment annuel des dépotés, système que les hommes politiques dignes de ce nom savent aussi mauvais que h système des députations à longue durée. Elle disposait que les lois ne pouvaient être discutées que quinze jouis après lenr n^port; que tout projet de loi devait être
Et DE L'msnBBEcnoN 223
imprimé et envoyé à tontes les commmies de la Bépublique sons le titre de loi proposée^ ^ système qni eût pn nous éviter l'eflfroyable accumulation de lois, de décrets et d'ordonnances qui est en train de submerger notre législation, mais qui n'eût jamais répondu aux nécessités d'une grande nation.
Quoi qu'il en soit, ces dispositions elles-mêmes, et le caractère tout démocratique de la Constitution de 1793, devaient plaire à l'imagination de la maase qui entrait dans la vie politique, en même temps qu'aux intérêts en soufirance qu'on appelait à la guérison de leurs maux'.
(1) Voir Bulletin des lois, 24 juin 1793.
(2) Qui porterait obstacle à ce que le vœu du peuple soit exprimé sur la Constitution? -— Des prêtres? Mais leur subsistance est liée à la dette publique, garantie par cette constitution même. — Des Cuiatiques? Mais nous ayons assuré la liberté des opinions et le libre exercice de tous les cultes. — Des aristocrates ? Mais un mot da peuple les ferait rentrer dans le silence et dans la poussière. — Des hommes de loi, des praticiens? Mais leur influence venimeuse est détruite, et la justice nouvelle va les restituer à des occupations plus utiles. — Les agioteurs? Mais cette espèce dévorante est connue et sera proscrite. Déjà le repaire où ils tourmentent la fortune publique et calculent la ruine des citoyens est fermé. — Les citoyens fortunés ? Mais leur bonheur, leur jouissance tiennent à la stabilité d*un gouvernement qui ne peut exister sans constitution Gxe. — Les citoyens malheureux? Mais la Constitution leur assure des travaux et des secours, une instruction gratuite et commune, avec des moyens de devenir propriétaires et maîtres absolus de leur industrie. — Les commerçants ? Mais la Constitution mène à la paix, et la paix centuple les bénéfices du commerce. — Les agriculteurs? Mais la Constitution détruit à jamais les ficFs et les dîmes, les seigneuries et [es corvées, les impôts arbitraires et les dépendances serviles. — Les manouvriers ? Mais une république riche et puissante, commerçante et manufacturière prépare des ressources à tous les arts et des ateliers à tous les citoyens utiles et laborieux. — Quelques villes, quelques districts en proie aux révoltés? Mais leurs maux sont nés
ATrmiDB DS8 P0ITV0IB8 POBUCS
Mais tous \«A luoyeDs parareut bous ponr einpëcber rBcce])tatioTi, puisqu'on eut recoure mente au moyen fraHduleux dti fauHsçâ coustitutioua jetées cIrus la circnlatiun pour tromper lus populations et que la Convention se crut obligée de porter un décret de peine de mort contre les personnes qui feraient circnler sous le nom de la Convention une constitution autre que celle qu'elle avait vot«e.
Pourtant, il y avait nue grande difficulté à. la fiùre connaître là où tout précisément elle pouvait avoir le plus d'utilité actuelle, dans les départements soumis à l'insurrection. Elle ne jiouvait guère y être comme, puisque les mesures prises par les assemblées iuaurreo
ile raDBrcliie et du fanalisnie; il doit cesser alors que l'ordre constitutionnel a'élsblil; il n'y a plus qu'à Taire cause commune contre \ts brigandB el iee traîtres émigrés. — Quelques dëparlemeata attaches t leurs députés? Mais la pairie est plus que les représentants, plo» que <|ue!ques dépotés, plus que quelques déparlemenis ; mais l'acceptflliori d'une ciiiHlilulion ne peut dépendre de faits indiriduels ni de qneiquei hommes; mais enfin, la Constitution n'eat-eUe pu une uuTegarde pour eux-mêmes? On doit ajourner des qoereUei de funille, quand il s'agit de se défendre contre des hordes de rebeUea et des ptialangesétrangéres. — Que la Coustilution aille donc jnsqu'i
la plus extrâme frontière désarmer ses ennemis Qu'elle itil
envoyée à cbaque commune, i chaque société populaire, à chiqM bataillon de nos années ; que les laboureurs, ces créanciers priTiiégiti de la nature et de la société apprennent pour quel intértt ib eatrouTrealet fécondent la terre ; que le citadin. . . que le muifl... — que les exemplaires de la Constitution soient portés jusque dau les districts et les départements déshonorés par la réTolte et déTtttfi par des brigands. Si le fanatisme a quelques succës par an dénmement et un courage aTeugles, la raison qui combat pour les dtoiti du genre humain doit triompher, parce qu'elle a un déTonemeat plus éclairé et un courage plus constant. Si la force natioiata
compte ses soldats, la raison a aussi ses armées
(BarËre, AopporU à la Convention sur la Conttilution.)
ST DB L^mSUBBECTIOK ^25
tionnelles allaient, en quelques lieux, jusqu'à prohiber tout rapport avec Paris.
n est vraisemblable que c'est ce qui a donné l'idée de ces émissaires envoyés en Normandie et en Bretagne, et qtii, au prix de dangers réels, se faisaient prédicateurs de la Constitution. Déjà des émissaires opposés à la Constitution étaient partis de Paris pour les départements insurgés. On s'était alarmé de ces départs qui, à ce qu'il paraît, avaient moins pour objet, en définitive, de se réunir à l'armée insurrectionnelle que de courir les campagnes en quelque sorte, au nom de Paris, pour les exciter contre la Constitution. On en a pris tout au moins un prétexte pour devenir plus sévère sur la formalité des passe-ports; mais le Calvados insurgé envoyait des passe^ports à ses amis de Paris : c'est avec deux de ces passe-ports que Louvet et M™* Louvet, sortis de Paris le 24 juin, sont arrivés à Caen.
Paris était trop engagé, trop intéressé même dans la question pour ne pas y apporter du zèle. Aussi les sections offrirent-elles beaucoup de ces propagandistes, mais il arriva que, parmi eux, il s'en trouva qui, envoyés pour soutenir la Constitution, s'occupaient à la ruiner dans l'esprit des localités qu'ils visitaient.
Pourtant cette propagande, exercée le plus souvent par des hommes et même des femmes qui, partant de Paris, arrivaient dans leur famille, leur village et leur commune, s'y plaignaient de la guerre civile, de l'ennemi qui menaçait d'en profiter pour envahir la France, de l'aristocratie qui voulait reconquérir ses privilèges et des agitateurs qui facilitaient leur retour, et présentaient la Constitution comme un moyen de leur fermer la porte et aux