Tome H
La Révolution, à eou berceaa même, n'sTait pa» et»: pour le parUmeat de NormttDdie nue occasion àe g&g^ier de Is poiinlaritt'. On l'avait vu prendre des propï^ndiatefl, rt, usant avec atrocité du pouvoir iwm'pi^ de prononcer des peines arbitraires, faire pendre ees iirisonniers avec de* circoDitances (jui angmentoieut l'horreur de re triine ja- (Kciaire. Pendant longtemps, on ue passait pus an bout du curieiis pont de bateaux qui établiesait alors la rom> munication entre la ville et le faubourg Saint-Serer sans se rappeler un des hauts faita du parlement. Alors que U BiJvolution ne lui paraissait encore qu'une rumeur passagère de plébéiens bientôt ûcrasésj il avait trouva fort job de tn^sfonuer lee réverbères qui étaient de chaque côté du pont en deux belles (JOtenceB judiciaires, (wor y pondre deux perturbateurs, et donner un exemple aox Toisina de l'un d'eux, lavaodiers, laitiers, faiencier» et artisaos, gens de peu, qui pouvaient ausai devenir des perturbateurs, mot commode à l'neage de tontes les tynmnies i|ui viMiK-nt donner une i'ti(|uette â K'iirs crimes. La scène émouvante d'une femme allajit voir son msri en prieoQ, et le trouvant pendu au bout d'un pont (son passage forcé), est toujours restée dans la mémoire des oootemporuns. L'opinion publique n'avait été vengée alon gae par denx affiches apposées l'une au Palais-de-Jnstice, Tantre i on des deux réverbères et contenant un vers de Voltaire dont on faisait plus particulièrement l'application A un parlementaire. Mais cette vengeance insofiSsante n'avait pas fait oublier le méfait, ni diminué les colères.
Quelques mois après, la chambre des vacations dft parlement, enregistrant les décrets de l'Assemblée nationale, avait protesta en termes si insultants et calomnieux,
(XMOOBSAIBSS DE LA OONVENTIOH 243
que le roi s'était cm obligé de les dénoncer à l'ABsemblée.
C'est à la suite que les débris du parlement avaient cm encore trouver de l'écho quand ils protestaient coniare le rachat de leurs charges, et refusaient d'en recevoir le remboursement
Il est vrai que le barreau, qui avait travaillé lui-mème| à la veille de la Révolution, au discrédit d'un parlement qu'il pouvait bien juger, a fourni aux anciens parlementaires un renfort de réactionnaires au moment où l'abolition des ordres et des corporations comprenait l'ordre des avocats.
Ceux-ci, comme bien d'autres dans les révolutions, acceptaient, voulaient même tout ce qui se faisait contre le voisin, et rien de ce qui se faisait contre eux-mêmes; du moins, les médiocrités refusaient de comprendre que, quelque chose qui arrivât, partout et toujours, les justiciables s'adresseraient où pourraient se trouver les études spéciales, la science du droit et le talent de la défense.
Des légistes rouennais, quelques-uns actifs et remuants, étaient devenus les compagnons de réaction des parlementaires, mais sans avoir pu leur donner une influence qu'ils n'avaient pas eux-mêmes.
Les familles du haut commerce avaient bien une influence plus étendue dans une importante ville commerciale, mais les prétentions de la plupart de ces familles, leurs alliances, leurs allures, qui les avaient éloignées de leur origine et en avaient fait comme les singes de la noblesse, dans les rangs de laquelle elles s'étaient toujours efforcées de se glisser, ne leur conciliaient pas précisément ni l'industrie tinctoriale qui était très-révolutionnaire, ni l'industrie de cotonnades,
244 NOIONATION DE R. LmDBT ET DE DUROT
quoique moins emportée que sa voisine, ni le commerce moyen, les magasins et les boutiques, dont le nombre était grand, et qui, la Révolution arrivée, avaient la prétention de compter pour quelque chose.
Cependant Faction réactionnaire, ordinairement em* pressée à saisir tous les prétextes, avait pu s'étendre sur la ville et faire signer une pétition des citoyens actifs ou électeurs censitaires contre l'invasion des Tuileries au 20 juin; mais cette pétition en frappant trop loin avait manqué son but et s'était retournée contre ses auteurs. Ils ne s'étaient pas contentés d'assurer que les complots reprochés à la cour étaient des complots chimériques, de ▼aines déclamations, ni d'affirmer que les envahisseun du 20 juin ne formaient c qu'une horde de brigands >, ils avaient attaqué la formation du camp de 20.000 hommes, et avaient appelé factieux et conspirateur le ministre Servan qui l'avait proposé, et les députés qui l'avaient appuyé ou voté.
Le proa's de Louis xvi avait été aussi l'occasion pour les restes du parlement et de réchevinage de se faire abandonner de leurs propres adliérents. Ils avaient profité de l'état de Topiniou à Rouen, dont une grande partie des habitants, bien que restée dans Pesprit de la Révolution, était loin de désirer riramolation de la personne du roi, et ils avaient organisé une démonstration et une adresse, une sorte de manifestation contre la mise en jugement, comme s'ils avaient espéré faire reculer la Convention ; mais, après la condamnation, Noël, rédacteur du Journal de Rouen ^ leur avait reproché dans sa feuille leur imprudence, et leur avait ainsi reporté une part dan» les causes de la mort de Louis xvi. Le coup porté i>âr
Noël, peut-être préparé déjà par les impressions de la ville, avait frappé fort, et, évincés de tontes les positions, ils n'étaient rien dans Rouen, lorsque survinrent les événements du 31 mai. Tout ceci explique pourquoi ils ne purent rien pour leurs amis insurgés à Caen.
Les efforts de l'assemblée d'insurrection, puis de l'assemblée centrale et de ses missionnaires propagandistes d* insurrection^ auprès du Directoire et du ConseQ général de la Seine-Inférieure, demeurèrent donc sans succès, et ce département est resté lié au gouvernement central, alors même que les actes officiels du gouvernement insurrectionnel annonçaient à toute la France que la Seine-Inférieure était dans l'insurrection.
Les tentatives faites sur le département d'Eure-et-Loir ayant échoué, ce département continuait à couvrir Paris de ce côté et à fournir ses denrées à la capitale. Les tentatives faites auprès de la Seine-Inférieure n'ayant pas eu un meilleur succès, ce département couvrait Paris d'un autre côté, laissait s'y effectuer les arrivages par la route de Normandie et par la Seine; mais, en outre, la Seine- Inférieure empêchait la cohésion que le Calvados voulait établir avec la Somme, dont le directoire avait déjà essayé de faire une insurrection à l'occasion du 20 juin.
H serait curieux, mais trop long ici, d'étudier la correspondance du Calvados avec le département de la Seine- Inférieure ; on peut remarquer cependant, pour l'intelligence et pour la moralité des administrateurs rouennais, que, dès le début, ils s'étaient montrés frappés et de la main-mise sur des caisses publiques qui n'appartenaient pas au Calvados, mais à la République entière, et du guet-apens dirigé sur la personne des représentants en
£46 ' HOMDWnON BU ». LDO)» n DB DCBOT
mission à la défense des côtes de Cherb'>iirg. n estcertiÛD que, si, en faisant mf'me une insarrection, le Conseil gttiiéraJ de la Seine-inffJrieare avait aperçn au Havre ou & Dieppe de» reiirésentnnts occupés à mettre les c^iteo à l'abri d'une desceiite des Anglais, il se fût bi«n ganlt d'envoyer ses Carabots saisir les repréeentanta. Le Gravereiid, le secrétaire de l'assemblée centrale de Caes, qui n'était jwur rien dans la capture du 10 juin, en acceptait trop volontiers et inutilement la solidarité. Mais, avec des argtinientj) qui n'étaient pas toujours dans la vérité exacte des choses, il soutenait l'insurrection avec une rare vigueur de raisonnement, et répondait de même par une énumératiou d'aiguments h l'ônumération des causes do guerre civile que les Ronennais signalaient et qui d« leur inspiraient que des craintes. H eût ét« probablement mieux pour Le Graverend lui-même de réserver qnelqrne»ans de ces arguments, ou an moins de s'en ressouvrait devant l'auteur du coup de main du 18 brumaire, nMi tant iI(.'gL-iiSj dira-t-oii, ont fait comme LeGraverend '!.. Quoi qu'il en soit, dépêches, écrits, ambassadeurs, se purent engager la Seine-Inférieure dans l'inBurredâoo : tout ce qu'il j avait à craindre, et tout ce que crai^iaient les YernonnaiB, c'était nue neutralité qui les privAt àa secooTB que l'opinion publique à Rouen pouvait leur fcire
{() I Vous craignei la guerre civile! Mais avec de pareilles
• craintes, le premier factieux qui voudra ré^er sur la France ten
• EAr da succès. Après avoir ciiaseé trente-deux rcpréseaUtnU. Ûa
• chasserft ciaquanle, il en chassera deux ccuts ; comme CromVEl,
• il restera seul au milieu du palais oational, et la crainte d'eng)ger
• une lutte btcc le tyran, lui liTrcra la nation entière. •
{Utire lit fmemttléâ eentr^deCaenau directoire de Satien.)
OOHOaBSAZBSB PS LA CPNY^imDir 247
egpérer, mais s'il y avait des Vernonnais à Booen, il y en avait auasi à Paris, et alors que des représentants avaient été ^voyés commissaires à Bouen, comme anx autres ebe&^lieux que rassemblée d'insurrection essayait d'embaucher, les Yernonnais qui étaient à Paris firent ajouter aux pouvoirs des deux représentante envoyés À Rouen l'autorisation de « prendre toutes les mesures nécessaires € pour réprimer les rebelles de l'Eure et du Calvados, et € dissiper tout rassemblement armé qui prétendrait mar- « cher contre Paris ou exercer quelque acte de violence a contre les bons citoyens, d
Les délégués vemonnais à Paris, qui ne voulaient pas que leur ville se fût compromise inutâlement, et qui se plaignaient hautement, peut-être avec injustice, de rencontra un mauvais vouloir qui cherchait jBecrèt^nent à c les punir d'avoir été patriotes, i> ne s'abandonnèrent pourtant pas au découragement quand ils virent que les régiments appelés par le gouvernement pour être dirigés sur le département de l'Eure se trouvaient tour à tour détournés de cette destination, pour des nécessités plus urgentes qui surgissaient sans cesse dans les complications du moment.
Une seule ressource s'offrait alors d'opposer la force des armes aux armes de l'insurrection, c'était un appel au courage des Parisiens, au dévouement des volontaires.
Déjà les Yernonnais, habiles autant qu'actifs, et aidés de Pont-de-l'Arche et des Andelys, qui n'avaient pas précisément besoin du secours des volontaires, mais qui en réclamaient néanmoins, avaient mis en mouvement le Comité de salut public, le ministre de la guerre et le Conseil général de Paris. Les sections avaient été saisies^
SOWHATBai M 8. LDTOKT ET DB DDBOT
loînt de vue <le la situation du département de l'Eure,
•~~u la lettre du ministre d« la guerre et de la proposition
I ^nseil général de fournir nn contingent de qnatre
■Esents volontaires à Pont-de-1 'Arche, Andeiya et Vemon.
I quatre cents premiers volontaires avaient éU- facïle-
^ it obtenus. On lee retrouvera plus tard à Vemon, oit
me juiàely« et Pont-de-l' Arche n'en réclamèrent pas leur
part.
Les Vernonnaiw, très-polis, très-reconnaissants, tréaressés à le marquer, eurent soin d'envoyer à Paris ■ députation spéciale chargée de présenter des remer-
V nentâ pnblicai à la ville de Paris, ce qui n'était pae I oncer à envoyer bientôt d'autres députations chargées -K tenir plus encore.
I r jusqu'alors, la Convention, le gouvernement, Is ville de Paris, les yeux fixés sur l'étranger et awr le Midi, avaient ajourné, probablement faute de moyeus d'action, ^^'l'attaque du gouvernement insurrectionnel formé en Normandie.
Celui-ci, menaçant toujours la ville de Paris, avait l&iesé croire que l'insurrection allait s'éteindre dans sa propre impuissance- Mais quand on le vît, toujours assis, procéder à l'organisation de ses services, disposer ses forces pour les diriger sur Evreux, y former le quartier général de son insurrection, quand on sut l'importance de l'artillerie que Wimpfen avait pu réunir, on comprit qu'il était temps enân d'organiser la force armée qne l'on demandait au patriotisme des sections. Le Comité de salut public s'adressa officiellement à la Commune, et le Con< seil général réuni prit enfin des diBi>osition8 répondant mieux À la situation présente.
La lettre du Comité de salut public fut imprimée, affichée, envoyée aux sections, avec une adresse qui révélait la nécessité de fournir encore des volontaires pour aller à Evreux, tête de l'insurrection normande.
Un arrêté du Conseil général de Paris ordonnait la formation de deux bataillons chacun de sept cents hommes, augmentés d'une compagnie de canonniers avec deux pièces de campagne. Chaque section devait fournir deux hommes par compagnie, mais acceptés avec précaution par souvenir probablement des quelques émissaires qui s'étaient offerts d'aller répandre la Constitution, et étaient allés au contraire prêcher l'insurrection.
L'arrêté portait que les volontaires de cette armée spéciale, leurs femmes et leurs enfants auraient les mêmes droits qui avaient été fixés par les volontaires précédemment enrôlés sous les drapeaux de la République. Quatre conseillers généraux devaient marcher avec eux; Enfin, le départ était fixé à six jours de la publication de l'arrêté.
H était bien temps ! Le même jour en effet (P' juillet), l'armée insurrectionnelle, déjà échelonnée depuis Caen jusqu'à Evreux, s'allongeait jusqu'à Pacy -sur-Eure, voisin de Vemon, l'occupait par une avant-garde munie de huit pièces de canon. L'alarme se répandait dans tous les environs, le tocsin hurlait dans les campagnes, et le tambour de Vemon appelait aux armes les volontaires et les habitants.
Cette avant-garde ne s'avançait pas davantage, il est vrai; elle s'établissait à Pacy et dans quelques communes environnantes. D était clair qu'elle attendait. La nouvelle de l'occupation de Pacy était connue tout aussitôt à
HOMIBATIOS DE B. LINDET 8T PB DUBOT
ie; une dvpntation de Pacy et une dépatatioB de 'QOQ, qui l'&cccitDpfignait, arrivaient aussi dans la c^- 1 et se préeentaieat à la barre de la Convention, ou liié de Balut public, à la Commaoe, appelant partout ne réiistance plus /'oergique.
m les royalistes de l'int^'^rienr oomprirent aussi in
latiuu; ]n faute qu'u\-ait wmmisu la Comœuae de faire
ter la lettre du conjit« qui en découvrait riniportance
*t «( Biinou^t les moyens à employer, avait éveillé l'atten-
ion. ïteparurent alore dnns lee sections les hommes qui
ient riiabitude de n'y venir que pour opposer des
-raves. Le Conseil général n'avait pas décréta des enrô-
aeuts forcés, et n'avait appelé que des Toloutalres.
ivait s'in&orire qui voulait, et eenx qui ne le voulaient
n'avaient qu'à s'abstxjuir, mais ils s'effori^jiieat d'em-
'hsT l'enrùlement. Us réussirent à jeter le trouble et le
ordre dans les sections.
Lu Comitt^ de ealut public ne concevait aucune inquiétude pour Puris; il savait bien qiif. si l'armée insurrectionnelle arrivait jusqu'à Fans, elle n'y serait pas aasez omsîdérsble, pour n'y être pas pronipt«ineiit étranglée. Hais tout en reculant devant des mesures qui pouvaient montrer le danger plus grand qu'il n'était réellemeat, le oomtté sentait qu'il y avait danger aussi dans une situation qui s'aggravait des plaintes légitimes et funestes A la fois de populations laissées sans protection contre une inaorrection qu'elles détestaient et qui les enraliisssît. Le ceBiité ou la fraction du comité, un peu disloqué alora dans son personnel, tombait dans une certaine perplexité. Ce fut alors que Robert Lindet, quoique membre de oe comité par sappléanoe, mais ému de l'état dans lequel
DB LÀ OONTZIfTIOir 251
était tombé son département, état qui était pour lui comme une notion noavelle, au letour de la mission qu'il venait de remplir à Lyon, résolut de porter à la tribune l'examen de l'insurrection de l'Eure et des nécessités qui en résultaient.
n avait vu Lyon dans sa préface insurrectionnelle, et sa personne avait failli devenir un otage dans la main de ceux qui 7 complotaient la guerre civile ; il n'en avait conservé aucun sentiment de colère, et on rapporte qu'il avait jugé la conciliation possible de ce côté.
Sans aucun doute, un homme comme Bobert Lindet a été de ceux qui ont voulu épuiser tous les moyens de couciliation avec les Lyonnais; il n'avait rien d'un extermi*natenr, mais il est douteux que sa perspicacité ne lui ait pas lévâé la situation véritable de Lyon; que la prudence et les nécessités gouvernementales lui aient commandé de ne pas donner encore une conséquence officielle au sentiment douloureux d'une situation soumise fatalement à une issue funeste, quelle qu'elle fût; que le comité tout mtîer, comptant sur l'imprévu lui-même, ait voulu faire toutes les tentatives possibles pour ramener Lyon au giron de la patrie, on ne doit que des éloges à de tels efforts, alors même qu'on les sait inutiles. Mais il est probable que, si l'on connaissait l'expression intime du sentiment de Robert Lindet, on y trouverait la conviction de l'impossibilité de concilier des projets exclusifs de la nécessité si triste de réduire Lyon par les armes.
Lyon avait bien quelques patriotes qui mettaient an service de la Révolution un dévouement sans réserve; on y voyait bien des hommes comme ce Bertrand consacrant à la cause de la République, avec une abnégatÛMi entière,
Bon énergie, sa ijersonne et sa grande fortnne, et qne l'on verra plus tard, sons le Directoire, périr victime dn plna aniiftcienx des crimes que des goavernants pubsent commettre.
Mais les patriotes lyonnais n'avaient jionr nppni, non flolidc a»surf'meut, dang-ereux pent-i^tre, qu'une portion de leurs compatriotes qni déclarait bien se i^'signcr i la Bépubliqae, mais n'ntaitpas une force pour elle, 8iirt«nt dans une ville vivant ordinairement d'ane industrie de Inxe, et pHrinsant de misère et de faîra, qnandson industrie se trouve paralysée par les grandes perturbations européennes. Du reste Lyon était le foyer des complots royalistes dont l'inspiration venait de l'iTOigration et de Tiitranger par la Suisse; là se trouvait un principe oombattant nn antre principe dans une guerre à mort, ft l'assassinat, des patriotes lyonnais en a bien assez démontré l'esprit; il n'y avait donc pas de coneiliarion A espérer, et ^ on peut croire, sanH trop de téiiuTité, que Robert. Lindtt Bavait bien qa'il faudrait réduire Lyon par les année.
On s'explique donc bien qu'il ait entrevu les mêmes et terribles nécessités pour son dépaxtement, et qu'il ait vouln les prévenir, en étouffant dans son berceaa, par tme prompte action armée, la bruyante insmrrectios normande qu'il semblait urgent d'attaquer enfin.
Pour soulever le débat, Robert Lindet profita de l'admission à la barre de la Convention d'une députation des cliaBseurs qui s'étaient soustraits à la défection de leur régiment.
Robert Lindet, à la tribune, fit le procès de la Convention elle-même, pour l'insouciance qu'elle paraissait montrer vis-à-vis de rinsorrection : presqne tous les citoyens
de rEore, disait-il, auraient puni les administrateurs de leur audace, si la Convention eût secouru les citoyens ; loin de là, elle n'a pas secondé leur zèle et n'a pas essayé d'arrêter les progrès de l'insurrection, alors même qu'on a vu les chefs des rebelles intimider les patriotes par les menaces, ou même les proscrire, accaparer les subsistances et tenir les citoyens sous la crainte de la famine, associer l'aristocratie à l'insurrection et annoncer, en séance publique, le concours de tous les aristocrates. <c Si vous € ne prenez des mesures vigoureuses et promptes, disait < Lindet, les départements de l'Eure et du Calvados € ressembleront bientôt à la Vendée. ]> Et il ajoutait, circonstance pleine d'autorité : a: Hier, vous avez appris € qu'une force armée s'était emparée de Pacy ; Vernon € craint d'être attaqué ; si cette ville est prise, les subsis- € tances ne pourront plus arriver à Paris, ni par eau, ni € par terre. -» H s'en prenait aussi au Comité de salut public, et demandait qu'il fût tenu de déclarer quelles mesures il avait prises pour écraser l'insurrection. Ce qui était d'une évidence qui devait écarter toute contradiction, ce n'était pas seulement l'existence même d'une insurrection, mais ses développements; car, d'insurrection de l'Eure, elle était devenue insurrection de l'Eure et du Calvados; d'insurrection de deux départements, elle était devenue insurrection normande, et, d'insurrection d'une province, elle était devenue insurrection normande et bretonne, ayant son gouvernement dans l'assemblée centrale de Caen, qui représentait Faction unique de toutes les forces des deux provinces. La Convention n'avait pas à délibérer longuement sur un état de choses clair pour tout le monde ; elle voulut qu'un prompt remède y fût
çpfirté; elle fit {ireaque un comik^ dans ]e comité poar Mtte occaBioD, car elle prît dans son soin qoatre membres qae leurs coimaist^Euic^B des localités rendaient plus aptes i suivre l'instirrectiou de l'Eure et à la combattre, et les «^'oignit au Coniité de suint public : c'ét&ieut lïobtrrt Lindet, faisant di'jii partie du ce coniité, mais à titre de suppléant seulement; Daroy, iiussi représentant de l'Enre: Franca^tel, élu eappléaat A la Conveutiou par le département de l'Eure, et appelé à siéger en remplacement de Bczot; Lacroix (d'Eure-et-Loir), originaire du département de l'Eure, de Pont-Audemer, je crois.
Une série de décréta apporta autant que possible des bataolee à l'action de rassemblée iuBttrrectianuelle.
Ile-ci avait pria les caisses publiques, et ne payait pas fonction nairea du gouvernement; le gouvernement 'envoyait bien, par les moyens les plus praticables, l'argent Biécessaire an traitement de ses agents, mais cet argent était arrêté en route et servait de subsides à l'insurrection : ou Miispeuilit tout fcuviii d'argent. Les inipôts étaient perçue par l'insarrection : la Convention décréta la sn*pension des impôts et la nullité des versements qae ks contribuables feraient pendant la durée de rinsarrection. Les échéances des versements du prix des biens nEUiionuix, autre ressource de rinaurrecUon, furent également aupendues et les versements prohibés. On sentit que l'action «liait remplacer une lenteur qui avait eu pendant un temps son habileté et des hésitations qui devenaient nuûntenant dangereuses.
Les Vernonnais trouvaient que Robert Lindet avût bien parlé, et que leur persévérance avait ses méritée. Dès le lendemain, une députation de Vernon et de Pacy ee
COHMISSAIBES DE LA CONVSKTIOK* 255
présentait à la séance du Conseil général de Paris, dont il fallait réveiller l'activité, pour renouer les propositions d'enrôlement englouties dans le trouble des sections. Real, le futur conseiller d'Etat de l'Empire, plus vigoureux de tempérament que républicain de conviction, alors jacobin et membre de la terrible Commune, Béai, populaire dans les sections, fait le tableau de la situation, en signale les dangers, montre que l'heure de l'insouciance est passée, et demande que les membres du Conseil se partagent sur le champ les sections et leur portent, de leur personne et de leur parole, l'appel pressant de la Commune à la ville pour que des bataillons puissent s'or* gajiiser dès le lendemain et marcher au secours des patriotes du département de l'Eure.
Béai avait eu raison; l'insouciance faisait place à PentiioQsiasme, car une proposition, dépassant le but, demandant que le Conseil général donnât l'exemple en partant tout entier le fusil au bras, le sac au dos et l'écharpe au cou, fut vivement applaudie et faillit être adoptée.
Deux membres du Comité de salut public, qui devaient tous deux précéder les volontaires parisiens dans leur marche vers l'Eure, se présentent aussi à la séance pour confirmer les nouvelles affligeantes concernant ce département et demander un eflfort qui étouffe la guerre civile, menaçant de s'étendre jusqu'aux portes de la capitale. Tout aussitôt, les membres du conseil se distribuent dans les sections ; ce n'est plus la même opposition qu'ils y rencontrent ; la tactique est changée : les opposants ne sont pas des opposants ; ils veulent même l'extermination du fédéralisme et du royalisme, et sont prêts à partir, mais à titre de démonstration civique, en masse, pour ne
pas exposer quilques-uus ù sneoomber, et pniir ('*fTn*er leji rebelles sous une avalanche de patriotes. Ou comprit bi«H que demander que tout le monde partît, c'était vouloir aboutir à ce que persouue ne partît, et le tumaltc auÙHsiût de ces sortes de propositioas cUeB-nu'meâ.
Cependaut la section du Luxembourg, pour en finir »vec de telles jiropositiona, lee prenait au mot, et, àè6 le lendemain, envoyait une déjiutâtiou à ta Convention pour annoncer le départ de la section et réclamer les mesures opres aux besoins de sa mise eu marche. On accepta ffie de cette section; on était certain probablement 'elle n'avait pas dan^ ses rangs de ces gens si redouoles alors, toujours bruyants au départ, mais disposé* pousser plus tard à la désertion, à la panique et à la 3Ute.
lia compagnie de cauouniers de la section de Gia- •.ta, imitant la section du Luxembourg, se mit ausfi en mesure de partir en entier, offre acceptée avec d'autant plus d'empressement que l'on savait l'amiée insurrectionnelle ricbe en canons et en munitions.
Mantes fut fixé, avec raison, comme lien de rassemblement de ces forces et des nouveaux volontaires qui seraient enrôlés dans les formes indiquées par l'aiTêté de la Commune de Paris, ou qui seraient recrutés parlav(»e du tirage au sort ; le général Sepber et l'adjudant génénl Boulanger furent nommés au commandement du rassemblement en formation à Mantes ; le cbef de br^ade Imbert ou Humbert commandait déjà le détachement^ quatre cents hommes envoyé ù Veruon, qu'on a eu tivt de regarder quelquefois comme une avant-garde de l'armée conventionnelle, et qui était destiné à prot^a
cette ville, quelque route que les circonstances dussent forcer rarmée elle-même à suivre pour entrer en Normandie.
Bobert Lindet et Duroy forent les commissaires spéciaux de la Convention pour cette force armée; leur mission s'appliquait au département de l'Eure, principal objectif alors, et s'agrandissait des pouvoirs les plus étendus ; mais on comprend l'avantage pour un département, à un pareil moment, d'avoir ses propres députés et des hommes d'un esprit élevé pour juges, ou, disons mieux, pour pacificateurs d'une situation formidable.
Lacroix (d'Eure-et-Loir) et Francastel lui-même, le suppléant de Buzot à la Convention, eussent été plus rudes au département.
Au même moment, l'autorité personnelle de Robert Lindet s'augmentait de la position que lui faisait le renouvellement du Comité de salut public.
Depuis le 2 juin surtout, ce comité, surpris par les événements, amoindri dans son propre personnel, enveloppé dans une situation qui paraissait inextricable, incertaine, hésitant parfois comme Danton qui en faisait partie, et qui, voué aux grandes luttes des partis, n'en avait pas il est vrai les rancunes, mais n'en avait pas davantage la persévérance et l'esprit de suite, le Comité de salut public, qu'on avait eu le tort de ne pas renouveler comme les autres comités, après le 2 juin, s'écroulait sous les mécontentements et les attaques d'origines et de causes diverses. La Convention dut faire enfin le renouvellement de ce comité.
De là est né, comme personnel nouveau, ce que l'on a appelé le deuxième Comité de salut public, ou le grand