Tome n
- 858 NOmNATION DE B. LINDKT BT DB DUBOY
Conûtû de ealut public, qai a supporté avec ooiirag«, avec ' résolution, audace peut-étrt', avec patriotisme et iiit«Uîj gence, tont le poida de cha<jne jour et de chaque beoie i â'une situatioD terrible qui n'avait janiaÎB auparavant, et D'à janiaÎA depuis, peeé «me l'eDgloatir sur quelque goiivemeraent que eu soit.
Dea membres du préccdeut coiaité, deux, Barère et i B^bert Liodot, furent beulfl réélus. Canibou, Danton lai- 1^^ même n'y furent pas rappelés. Outre Barère et Lindet, membres du nouveau Comité de salut public furent : «leao-BoQ Saint-André, Gasparin, Couthon, Thuriot, int-Ju8t, Prieur (de la Marne), Hérault de Séchelles, Ce ne fiit que plus tard qu'y entrèrent Robespierre £t not, en remplacement de Gasparin et de Thuriot, que t de leur santé dépérissante éloigna des travaux do nité, et Prieur (de la Côte-d"Or), Billaud-Varenne* et -'UoUot d'Herbois, par suite d'un élargissement de pouvoirs et d'une augmentation de travaux.
liobert Lindet ne prit jiub immédiiitemeut sa place an c<»iiît^ ; il vint se poser à Mantes avec Dnro7 ; selon ki renseignements qui leur avaient été transmis, < les hMc tants des campagnes, ceux d'Evreux même, demu- « daient qu'on les retirât de l'oppression où les teiuiant « quelques administrateurs ; c mais cette disposition dei esprits ne rendait au gouvernement ni Evreux, ni le dé- i portement et n'empêcbait pas l'armée de Pinsorrectiai | de s'avancer &talement, pour ne pas s'afEaisser soi elle- | même.
Un choc était donc certain, inévitable, entre les forou que le gonvernement réunissait et celles que l'insurreetion avait organisées, choc plus dangereux pour l'insoi-
rection que pour le gouvernement, car, les forces conventionnelles battues, l'armée insurrectionnelle arrivée sous les murs de Paris, la capitale de la France n'eût pas succombé sous l'action d'une armée de quelques milliers d'hommes, qui n'avaient pu, sur leur long parcours depuis Caen, recruter de contingents à travers des populations qui ne se soulevaient pas. Cette armée insurrectionnelle, menaçant immédiatement Paris, trop peu nombreuse pour le dominer, n'aurait réussi qu'à y provoquer un immense soulèvement qui l'eût dévorée elle-même, mais qui eût aussi provoqué d'épouvantables scènes d'extermination des royalistes de l'intérieur. Puisaye le savait bien.
L'année insurrectionnelle, battue au contraire à la première rencontre, ne pouvait trouver à réparer ses pertes au milieu de populations qui ne voulaient pas lui fournir un seul volontaire. Elle était dans la nécessité d'abandonner le département de l'Eure, son champ de bataille naturel, et de se replier vers Caen, pour y essayer de tenir le gouvernement en échec, par une guerre à la manière vendéenne: guerre impossible ici, où elle ne pouvait s'alimenter du fanatisme religieux et de l'enthousiafime qu'il produit, quelques localités seulement de la Normandie, impuissante^ par leur dispersion même, se trouvant assez profondément dominées par le sentiment religieux pour égaler, sous ce rapport, les villages de la Vendée.
Les ravages de la guerre civile, voilà tout ce que pouvait produire, comme action directe, cette insurrection, HQxiliaire de l'étranger.
Forces trèa-problÉmatiques île l'insurreiition. — Bataillons bretons. — Maycos employés pour foucllor un eothousiasme qui n'existe plus. — Les cinq élourdis. — 7 juillet. — Charlotte Gorday. — Le Maratisme. — 130 BtipendiéE. — Mise en sc^ne du départ. — Marche sor ÉTreni:. — Wimpfen reste à Caen. — L'iosurrecliOR n'a presque plus d'Ccbo dans lEure. — Causes de ce changemeat. — Le tribunal criminel sommé par huissier. — Pain. — Pacy occupe par les dragons de la Hanche. — Custine et la prétendue prise de Pacy. — Puisaye arrÎTe à Èïr
Od vient de voir les deux représentantâ et les offiden supérieurs occupés à Mautes à la foimatîon et à la r^larÏBatîoii de l'année gouveraernentale qui allait marcher à la rencontre de l'armée insurrectionnelle. On a vu précédemment l'assemblée centrale siégeant à Caen se déterminer à une action militaire qu'elle avait mis beancoup trop de temps à organiser, et qu'elle ne pouvait pliu d'ailleurs retarder sans danger de dissolution.
On a TU aussi qu'au moment de l'insurrectios le général Wimpfen lui apportait pour premières forces des régiments en formation ou en détachement, dragons dt la Manche, chasseurs de la Bretèche, d'autres chassenn à Falaise, et dont il semble avoir préparé de longue mûn
KABCHE DK l'ABMIÎS IKSnBRSCnONNSLLE 261
le corps d'officiers. Il apportait anssi nne artillerie importante, mais n'ayant encore qne le personnel des équipages, et de plus un approyisionnement riche en munitions de guerre, « premier fond de la force insurgée, » a-t-on dit. n faut 7 ajouter un bataillon qui avait été probablement recruté mystérieusement, qui filait alors sur la Vendée, que Ton fit rétrograder et venir se joindre à l'insurrection, et qui apparut aux yeux de la population sous le nom inexpliqué de sixième bataillon du Calvados. Ce sont les Vemonnais qui découvrirent à peu près l'origine de ce bataillon. Tout le surplus de l'armée insurrectionnelle ne pouvait plus se composer que de volontaires enrôlés dans l'insurrection.
Les efforts n'avaient pas manqué pour exciter Pardeur de l'enrôlement. On ne s'était pas borné aux écrits, aux publications, aux manifestes, aux proclamations, et on avait cru bon même d'essayer une copie plus ou moins chaleureuse des enrôlements parisiens, quand la patrie en danger \q% avait appelés à son secours, et cette mise en scène bruyante, avec le concours des corps judiciaires eux-mêmes, n'ayant produit qu'un maigre résultat d'enrôlés effectifs, avec un plus grand nombre qui juraient de partir, mais ne s'inscrivaient pas sur les registres, ou qui promettaient seulement de partir, mais s'en réservaient le moment, on avait eu recours au défilé des Caral)ots devant l'assemblée centrale, autre copie ; mais les terribles Carabots euxmêmes, qui devaient être un exemple, n'avaient réalisé aussi qu'un contingent d'enrôlés moins considérable que le noïnbre des jureurs et des prometteurs. Presque tout était en « espérances et en promesses, que personne ne se pressait de réaliser^ t> dit Yaultier.
ZtSt HARCaZ DB h'ARMÉK
Au moment du premier départ de Caen poor ÉTreui, tona lea eDrôléa n't'taieiit pas présenta, et peut-être en ftât-il mtmqué plun encore, si Ton avait retardé davantage. ute la tactique do moment consistait à écoaler sur reux le ploâ de forces possibles, mai^ quelles forcée! en nntairec. Le premier contingent caenais se composait ae 150 homme», mais, eu arrivant à Évreux, il s'appelait Caimnt-ijarile fia Caloadoe, et le journal de l'asBemblée centrale apprenait au Calvados que son avant-gaide avait été re^^ue avec enthousiasme à Évreux : n Le jour lie t son arrivée a été pour toute la ville un jour de fête; A < l'allégresae a été commune au peuple et à aea magis-
^( trata la bannière du Calvados a été saluée par
■ l'artillerie. »
^ A l'époque même de l'expédition de contingents vers reiL-f, aucun plan ne pavaiseait suivi; pour mieux dire, \U parait qu'il u'cn fut jamais Buivi. Vaultier s'en plaint', ^'At alors même que Puisaye marchait en avant et campait prés de Vcthou, il n'était pas autorisé encore à engager aucane action : du moins Wimpfen a fait entendre aoni des plaintes qui pourraient le faire supposer *. WimpfMi a gaxâé avec lui, à Caen, quelques forces ; bien pea a^ipsremment, puisque les volontaires bretons montraient tons à lem: arrivée de l'étonnement, de la déception. D^i le bataillon d'Ille-et^Vilaine, le premier orriTé & Cbea
(1) Le général occapait iaoessammeot l'assemblée de prajetade levées et d'orgaaiutiou qu'elle disculait soigaeusemsal, et qui finûsaient par tomber l'un sur l'autre, gans laisser d'autre résultat. (Vaultier, Insurrection normande, page 49.)
(i) PolBafe ae croit gëitéral, Tentm'enleier une victoire. Il mard» contre la petite armée parisieuie. (Hkit <k WimpftA.)
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(3 juillet), arait manifesté pins que de Pétonnement : il était indigné (l'expression est de Vaultier) d*aToir été trompé par les orateurs de Tinsnrrection, Caille et Chaix* d'Est-Ange, envoyés à Bennes, et d'avoir cru à des forces insurrectionnelles si an-dessus de la réalité et à une puissante organisation, si loin de ce qu'ils avaient maintenant sous les yeux.
Ces bataillons bretons n'ont jamais dépassé le nombre de quatre; quoiqu'ils fussent de forces inégales, et que celui du Morbihan parût le plus considérable, ils ont été évalués à une moyenne de 300 à 400 hommes chacun. Le bataillon du Finistère n'est arrivé à Caen que le 13 juillet, jour de l'affaire de Brécourt, à quarante lieues de là. Un détachement du bataillon du Morbihan et un détachement du bataillon de la Mayenne ne sont arrivés à Évreux que le 14 juillet, lendemain de l'affaire de Brécourt. Le bataillon d'Ille-et- Vilaine était seul au complet à cette affaire.
On a déjà vu que, des populations du Calvados, celles à la droite de la Touque, Pont-l'Évêque lui-même, s'étaient élevées contre l'insurrection et demandaient des armes pour l'attaquer; Lisieux insurrecteur était prudent, et on n'aperçut jamais un seul de ses volontaires. Vire a fourni un petit contingent dont Wimpfen a été accusé d'avoir déprécié le chiffre, mais qu'il est difficile de croire élevé. Bayeux a fourni un contingent plus important, mais dont le chiffre n'a pas été indiqué. H était commandé par Leroy, député à l'Assemblée législative, venu se placer à Caen sous les ordres de Wimpfen, devenu ensuite vendéen avec Puisaye, puis colonel adjudant général des armées royales^ à cause de cela sans aucun doute nommé
le premier maire de Bayeux, bous le Conanlat, ce (jni était pluB logique que ne l'ont pensé les pauvres d'esprit ne sachant, ni lire ai comprendre. Il a été plus tard reccTenr de» financée de Bajeux et, sous la Restauration, nommé ciievalier de la Légion d'honneur par Louis svm, et chevalier de Saint- Louia par Charles X, ce qui était encore plus logique.
Somme toute, l'insurrection, si vaste à ses débats, se reluisait dans ses forces actives à dee résultats as^^ez maigres, et quelque suspectes que soient ordinairement les assertions de Wirapfen, il faut bien le croire quand il dît: «L'insurrection ne gagnait pas, , . les campagnes vexées pour les blés nous maudissaient, n Vanltier ajoute A propos des volontaires eux-mêmes : « La réflexion vint, et le danger de l'entreprise étonna les plue hardis. »
Aussi est-il arrivé que l'assemblée centrale, ayant onlimné un jour, pour le lendemain, le départ d'enrôlés inscrits ;'i diriger sur Evreux, une ving-tiiiue seulernsnt de cenx-ci s'est présentée pour aller démonstrativement, comme d'habitude, chercher le drapeau du détachement an siège de l'administration. L'avaut-garde du Calvados, OD s'en souvient, était à Evreux, et le corps d'armée de 20.000 hommes allait la rejoindre. . . Wimpfen, que l'on a tant accusé de n'avoir montré ni activité, ni résolution, ne parlait de rien moins que de faire fusiller les enrôlés qui refusaient de marcher; mais cette menace n'était pins de saison, a-t-on dit.
Ce petit incident pouvait être gros de conséquences, aussi voulut-on le noyer dans une manifestation éclatante. Tout aussitôt l'assemblée centrale fit afficher dans la ville an arrêté aasez siogalier, dans lequel, reprenant un masque
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qui ne loi allait plas aux yenx des moins clairvoyants, elle sembla se séparer des aristocrates et s'adresser ^anx patriotes : forme ironique dans le goût de Pépoque, a dit ManceP.
La revue eut lieu avec un grand éclat, fut nombreuse même, la convocation ayant menacé les absents d'être signalés au Comité de salut public de l'assemblée centrale; mais les volontaires qui sortirent des rangs de la garde nationale ne répondirent pas, par le chiffre, à ce qu'on s'était promis. Loin d'écraser le petit incident, ils relevaient à la hauteur d'une situation.
Malgré toutes les excitations, cinq jeunes gens, qu'on a appelés le jour même les cinq étourdis, sortirent seuls des rangs pour se faire inscrire parmi les autres, puis çà et là douze autres, en tout dix-sept. . . Il était déjà tard pour l'insurrection de choisir un autre champ d'action.
Vaultier, qui a été des dix-sept, et qui dit pourquoi, donne lui-même un aperçu de cette grande déconvenue. Vaultier qui a ses affections et ses rancunes, chez lequel les souvenirs de Brécourt ravivent des colères, qui se trompe sur certains faits, qui n'a pas été partout à la fois,
(1) L'assemblée arrête à l'unaaimité que la générale sera sur le champ battue, que les batailloas de la garde nationale de Caeo se rassembleront sur le Cours national, pour trois heures de l'aprèsmidi; et comme il s'agit de former un bataillon pour combattre ['anarchie et les anarchistes, en volant au secours de nos frères de Paris, les aristocrates et les maratistes sont dispensés de se trouver à ce rassemblement, et les chefs de bataillon sont tenus, sur leur responsabilité, de remettre demain la liste des absents au Comité de salut public. Les patriotes sont prévenus que leur bataillon se formera par un appel qui sera fait au front de chaque bataillon.
(Arrêté publié par Mancel,)
lUBOHE Ol LA
n'a pas tout va, qni rapporte quelquefois ce qu'on hn lit et qu'il ii'h pas vérifié, Vaultier raconte honnêteit, et no recule pas à se sacri^er parfois lni-m£me «ir dire la vérité, et il la dit enr la revnc insurrectionnelle 7 jntllet. Néanmoins, il ne dit pas précisément s'il a les ciuq on des douze'.
arbaronx en pareil motoent, précisément le 7 juillet,
■éfl ces jours inquiets dans lesquels on a cherché ftv*c
it de peine les moycDB de raviver une inearrectios que
itle monde V()yait s'éteindre, se croyait peut-être babîle,
and il écrivait à Duperret, député girondin, son ami :
i tout va bien ; nous ne tarderons pas à être sous les
rs de Paris, it mensonge sans utilité, déplorable pur
conséquences, qui, loin d'éveiller la prudence de l'ia-
tmé Duperret, déjà trompé peut-être par le bnût
mdu alors dans Paris que l'armée de Caen s'életwl &
00 hommes, a contribué nécessairement k hii donner
1 ^surance dangereuse avec laqui^Ilc ou l'a vu provoquer
même les interrogations misérables de l'ancieD moine
Chabot, en séance de la Convention.
Mais À cette revue du 7 juillet se trouvaient des speetateors ; l'afflueuce des curieux était considérable, et parmi eux se trouvait une belle fille de 25 ans, < moins belle
(I) Il y ealmasiqiie, parade el beaut disconri, aprCs quoi legénM, ■llïisté de plusieurs membrcB de l'assemblée d'iusnrrectiiHi, passa devant les rangs, afin de recueillir les noms de ceux i]iii éUicBl disposés a partir. Le résultat fut misérable. Il 7 en eut dii-aept en toatl Je fasTandespremiers, et je dois dire que je Toyais les mesure) ri mal prises, que la circonspection eût pu me gagner eomme bst d'autres, si je ne me fusse cm engagé d'honneur par mes antéc^entt. Et ToiU ce que fut la grande parade de H. de Wimpfèo. {VauUier, page 31.)
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qu'on ne l'a dit, n rapporte Yanltier, qui Ta vue souvent; c ses traits étaient on peu forts, > dit-il encore. Il peint sa phyaicoomie comme tout empreinte de calme, de décence et de gravité. C'était Charlotte de Corday d' Arment^.
Etait-eUe royaliste ou girondine, s'est-on demandé? Question oiseuse I Quelles fréquentations avait-elle à Caen, s'eet-on demandé aussi, pour savoir qui, selon Texpression employée, lui avait mis à la main le couteau dont elle a frappé Marat?
Des députés girondins, celui auquel elle a parlé le plua souvent, c'est Barbaroux, et elle ne lui a parlé que deux fois : la pr^nière, pour obtenir de lui une lettre de re* commandation, la seconde, à huit jours de distance, pour recevoir la lettre et ses commissions pour Paris. Des hommes de Tinsurrection, eUe a connu Bougon de Longrais, avec lequel elle a eu des relations d'amitié et de correspondance, et l'abbé Q-ohier de Jumilly, le volontaire de Brécourt, qui a été trop bi^i parmi les fuyards pour être accusé d'avoir oublié que son caractère lui défendait de porter les armes contre ses semblables et de répandre le sang humain. C'est tout ou à peu près tout; mais ce n'est pas suffisant pour expliquer l'idée qui devait diriger le couteau, et tout assassinat politique suppose nécessairement le désir d'un résultat politique.
(1) I] existe de Charlotte de Corday beaucoup de portraits, la plupart composés de fantaisie, et par conséquent sans aucun trait de ressemblance. — Le seul qui nous paraisse en avoir assez heureusement rendu lensemble est du peintre Brard, qui l'esquissa dans le trajet de la prison à l'écliafaud et lacheva ensuite de mémoire. Elle y est peinte dans son négligé de prison et déjà drapée de la chemise rouge des assassins. (VauHier^ page 114.)
Nous avons vu Loavel mourir emportant un secret, pensalt-oQ; mais il ne fallait pas raisonner beaucoup poar comprendre qne Louvel avait voulu éteimire une branche royale dont le règne représentait tout un système politique ; son poignard avait été dirigé par une idée ayant en vue un résultat positif.
Il semble d'abord qu'il n'eu puisse Être de même quant
Charlotte Corday, que l'on voit frapper nn homme dont 'Ift mort ne peut amener aucun changement politique.
ns un gouvernement représentatif, en effet, la mort n député, fût-ce mi^me l'un des chefs les plus im-
rtants d'un parti, n'éteint pas ce parti, et lui donnera itraire une plus grande force d'opinion.
Le crime de Charlotte Corday, bien apprécié, n^arait itre résultat que de débarrasser les Montagnards d'nn TDisio compromettant, de donner prétexte à une accasatioo jl^Qst« contre les Girondins réfugiés à Caen, d'ezdter des cliimiiurs et îles coîiVcs ilc toutes sortes, et d'augmenter les nuages déjà si oragenx qui environnaient la tète des malheureux Grirondins emprisonnés & Paris; le crime de Charlotte Corday ne révélait pas une idée, maifl on instinct brutal.
Pourtant, ne perdons de vue ni les G-irondioB, ni leur tactique, ni celle de l'assemblée centrale, ni le lieu où elle siège, ni surtout la revue du 7 juillet, car c'est de cet ensemble que se dégage le coup qui frappe Marat et qui le frappe préférablement à tout autre.
Robespierre et Marat étaient des maratistes ; les amis de Robespierre et Danton étaient des maratistes; It Montagne, adversaire de la Gironde, n'était composée que de maiatietes. Â Caen, la Convention, le Comité de
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saint public, le gouvernement tout entier, la ville de Paris, tout cela était maratiste, et marcher sous les drapeaux de l'insurrection, c'était marcher, avec les patriotes et les honnêtes gens, contre Marat et le maratisme.
Marat, toujours Marat, rien que Marat, voilà le mot dont les insurrecteurs s'eflforcent de remplir les esprits. Marat est donc la clef de voûte de tout l'édifice t A quoi tient-il donc que cet édifice s'écroule ? Charlotte Corday a pu, comme tout le monde, se poser la question; mais avec peu de jugement sans doute, avec un esprit faussé par les exemples mal appliqués de ses lectures, elle a résolu la question, et elle l'a résolue depuis longtemps déjà.
Cependant l'insurrection a fait tant de bruit, elle a eu tant d'éclat, elle est secondée par tant d'autres insurrections, la France tout entière se lève avec tant d'énergie contre le maratisme, qu'il n'y a plus à douter qu'il va être tout aussitôt exterminé I Bougon de Longrais n'en fait aucun doute, si bien qu'il y a engagé sa personne.
Mais le temps s'écoule et l'explosion qui devait engloutir le maratisme le laisse encore debout : on s'agite sans agir, le mouvement s'affaisse. Est-ce que cette agitation et ce mouvement vont reculer devant le maratisme, qu'on pourrait si bien détruire à sa source? « Citoyen « Pétion, vous méjugez aujourd'hui sans me connaître; a: un jour vous saurez ce que je suis, d dit Charlotte Corday à Pétion, faisant un compliment badin à la belle aristocrate qui vient solliciter la lettre de recommandation de Barbaroux.
Il est vrai, cependant, que l'assemblée centrale ne désespère pas encore du succès, puisqu'elle convoque la
nie nationale et lu population à auo grande revue, pom* recruter les volontaires qui vont marclier contre les muratistes.
Miiis tant d^excitatioQB n'aboatissent qu'i one liste de
dix-sept voloutaireH Od ne fera rien, rien avec tant
de dùfiulliuice, rien iivec des insurrections, rien avec des
amit^fs mais le bras d'une femme forte tuera d'an
Btiul coup Hlnrat et le maratisme. s II suffisait de In maio « d'une femme : » ces molâ appartiennent à Charlotte jCiwday. Ohl oui, c'est bien par ironie, peut-être même wfifK nne ironie amère, que, dans sou étrange lettre & Barvux, elle a dit : s J'avoue que ce qui m'a décidée touth« à-fait, c'est le coui-age avec lequel nos volontaires se W Bt^nt enrôlés dimanche, 7 juillet. Vous vous souvenez
! comme j'en étais dianuée I »
■» Donc, à la rcvnc du 7 joillet, mêlée dans la foule, im- Bytoétrablc dans son calme, ferme dans eon esprit faussa, CSiarlotte Conlay, aprè^a des hésitations qui ont dÛ gabir, c't'Ht bien naturel, quplfjups reviremcutp!, en revient à 1* logique de son raisonnement. Elle partira sans ploB de retard, et, quand elle pénétrera auprès de Marat, quand elle eausera. avec lui, quand elle verra inscrire le nom de Bougon de Longrais et des antres cheâ caoïaii partis i Evreux, quand elle entendra Marat dire qu'incessamment il les fera guillotiner tons à Paris, elle ooncevra encore ce qu'elle a tant entendu répéter sons tontes les formes, qne cet homme est la seule puissance du momrait, est tout à lui seul. Charlotte Corday frappera Marat, parce qu'elle croira tuer le maratisme, et qu'il snffîrs de la main d'une femme pour réaliser ce qne l'insurrection devient impuissante à faire. Voilà l'idée ; idée produite
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par un jogement faux, mais idée enfin, sans laquelle Charlotte Corday n'aurait été qu'une fille vulgaire aux instincts sauvages.
' Mais oette conséquence inaperçue alors de la revue du 7 juillet ne rehaussait pas le résultat qu'on s'était promis, et qui se produisait si triste et si misérable.
Pourtant, il fallait bien au moins un détachement pour rejoindre l'avant-garde ! On eut recours à un expédient peu défini, peut-être à un raccolement à prix d'argent, et on obtint ainsi encore cent trente hommes, mais seulement cent trente hommes, c'est Yaultier lui-même qui le dit 1.
On les mit en route le lendemain, drapeau en tête^ dit-il encore; mais il n'ajoute pas, quoiqu'il y fût et partit avec eux, parmi les dix-sept, quelle incroyable mise en scène employa l'assemblée centrale. La mise en scène est parfois réputée habileté, mais elle n'est qu'une maladresse ridicule quand elle a pour objet d'environner de proportions héroïques une déconvenue évidente connue de toute la ville à laquelle on veut donner le change. Les dix-sept volontaires et les cent trente stipendiés, corps d'armée qui allait rejoindre l'avant-garde de cent cinquante, ont eu toute la solennité des grands départs des armées, si l'on en croit du moins le journal oflEîciel du gouverneur insurrectionnel. Ils sont allés chercher leur dra^
(1) La ressource des enrôlements Yolontaires manquant, on te décida à la former par corvée {sic)^ au moyen de quoi on arriva à réunir environ cent trente hommes, qu'on mit en route le lendemain, drapeau en tète, sous les ordres d'un chef de bataillon, pour aller, à Ërreux, rallier le premier contingent qui les y avait précédés.
{Vaultierj page 22.)
372 lURCHS DK l'asmée
pefta, paie ils se août rcudna sor la place de la Liberté, où s'est rendu aussi le corps municipal ; k l'assemblée « entiiire est veniie i son tour vers la municipalité et € les braves volontaires, n Le jirésident leur a adressé c un discours ajialogue aux circonstances, suivi de ces « acclamatioue unanimes qui sont dans toutes les rela^ < tJons officielles : le serment de venger l'attentat com- « mis contre la souveraineté du peuple est prêté avec f transport, et le bataillon se met eu marche précédé de a deux pièces de canon, caissons et autres instrumente « militaires; rassemblée les conduit aux barrières. »
Cependant, inquiète des dispositions des populations que vont travereer ces détacliements, raasemblée centrale les fit pr(5ci5der d'une proclamation qui eut, dit^on, un grand retentissement; enâont sa voix il l'importance d'un pouvoir qui a des forces suffisantes pour faire respecter ses ordres, l'assemblée y parle bien de son désir de fraterniser avec les liopuliitions c-t d'en imposer seulement aux &ctieux par sa contenance ferme et tranquille; mais si, en voyant passer ces i)halange8, ces populations souffrent que des monstres altérés de sang s'établissent an milieu d'elles pour s'opposer au passage, si des attroupements se forment au son lugubre du tocsin, coiifondos parmi ses ennemis, l'assemblée centrale ne pourrait plas les distinguer.
Wimpfen aussi, qui va enfin partir engv/erre^ Wimpfen gai se revêt encore de son titre révoqué de commandant en cbef de l'armée des côtes, mais qui y ajoute le titre de général en cbef des forces armées départementales du Nord et de l'Ouest, lance < à pleines mains, i a-t-on dit, sa proclamation.
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Il s'adresse aux bons citoyens, et il se plaint € des méchants, » exemple qu'il imite de tous les aventuriers qui n'avaient jamais manqué, dans Taccomplissement de leuris méfidts, à se dire audacieusement les bons et à signaler les ennemis de leurs entreprises comme des méchants. H a sauvé déjà la République, et il va la sauver plus efficacement encore. Il marche vers Paris, pour Paris et pour le salut de la Eépublique. Il marche par le vœu du peuple, du peuple de la majorité des départements, du peuple souverain, et il commande les Normands et les Bretons. H veut bien fraterniser, mais ses ordres portent de combattre tous ceux qui inquiéteraient sa marche ; il les combattra, il les vaincra, et justice sera faite.
Evidemment, les insurrecteurs, qui n'ont pu réunir les forces nécessaires à leurs projets, ne rencontrent plus seulement l'indifférence des populations, mais ils se débattent aussi dans les étreintes du sentiment public qui se manifeste même auprès d'eux, autour d'eux.
Wimpfen ne part pas, il reste encore à Caen; il va seulement envoyer en avant son lieutenant Puisaye. Il le faut bien, car tous les détachements disponibles sont à peu près partis, et, sauf le bataillon du Finistère encore attendu, mais non encore arrivé, sauf quelques forces peu importantes que Wimpfen garde avec lui, sauf une forte artillerie dont il n'a détaché que ce que ses équipages ont pu emmener, c'est dans le département de l'Eure, à peu de distance de l'ennemi, que se trouve tout ce qu'on peut appeler l'armée insurrectionnelle.
C'est sur Evreux, lieu de rassemblement de cette armée, qu'ont été dirigés les détachements envoyés de Caen. Les commissaires civils de l'armée centrale se sont