LA BATAILLE DE BR]£C0I7RT
mais seulement pour y attendre le général en chef; c'est lui qui le dit.
Puisaye savait encore mieux qu'il ne disait, et ses oreilles restaient peut-être pleines du tocsin qui avait sonné derrière lui. Aussi, à peine arrivé à la Eivière- Thibouville, il trouvait d'autres prétextes pour aller plus loin, jusqu'à Lisieux, parce qu'il ne nourrissait pas la folle espérance d'une lutte impossible. U n'avait probablement jamais cru au succès d'une marche sur Paris et n'avait jamais pensé qu'à des actions d'escarmouches, portées çà et là, désormais impossibles au milieu de populations hostiles que la déroute de Brécourt rendait aggressives.
Il est de vérité que, par une impitoyable dérision des événements, le canon qui avait cassé des branches d'arbres sur le plateau de Brécourt avait tué du même coup la formidable insurrection dite du Fédéralisme dans les départements de l'Ouest.
Récits, fables et mensonges qui onl suîyî li déroute de flrécoiirt. — Réfutalion de loiites ces falsifications iutéressées.
— Les représeutants se rendent à Vernon, Pacy, Évr
— Leur eeprit de conciliation n'est exempt ni de fermelé ni de justice. — Rétabli s se ment de l'administration départementale iL Évreux. — Vernon coDBerre le district. — Modération de la U)nTCiLtloD. — Elle ratilie tous les actes de SCS commissaires.
Si on ne veat se rendre complice dea aaeeiiiooa étrangu, mensoDgères, et quelqaefois niaises, entrées pourtant dans les travaux historiqnes sur la déroute de Brécourt, il faut bien se résigner à rechercher ce qui s'est pusé après la fuite si désordonnée de l'armée inBarrectionnelle; mais il ne faut interroger pour cela aucun des fîiyanb, car tout ce qui pouvait se passer alors se passait nécessairement loin de leurs talons, et il n'y a pas apparence qu'ils soient revenus sur leurs pas pour vérifier l!état dD champ de déroute et se rendre compte de l'impresaira des Vernounais.
Les vainqueurs étonnés n'ont vu que de loin les Taiociu fuyant, et n'ont pas trouvé un seul insurgé. Qs ont recueilli deux pièces de canon abandonnées et quelqnei épaves ç& et là.
BBCTIFIOATIONS HISTOBIQT7E3 319
C'est à ce propos que Vaultier, qui a fui à Brécourt comme les autres, mais qui en a évidemment conservé une certaine colère qui bouillonnait encore quarante ans plus tard, élève une querelle dont il se serait abstenu s'il avait eu le soin de faire une vérification très-simple et dans les Affiches du Calvados^ journal qui soutenait Tinsurrection, et dans le Moniteur ^ journal officiel du gouvernement central : € Par une dépêche officiellement €[ adressée à la Convention, dit-il, il lui fut pompeusement <c annoncé que, sur les cadavres de quelques rebelles tués a: à Brécourt, on avait trouvé des sabres marqués de la
« légende vendéenne : Vive Louis xvii I d
n n'y a eu à cet égard aucune dépêche officielle annonçant pompeusement le fait dont parle Vaultier. Un député, Thuriot, a tout simplement annoncé qu'il avait reçu une lettre, dont il n'indique pas l'auteur, et dont il dit succinctement le contenu.
Quant au fiût lui-même, Vaultier en a oublié la moitié ou le commencement. Puisqu'il s'en occupait, il devait avant tout rappeler que les Âffi^ches du Calvados avaient publié, dans leur numéro du 18 avril, le bruit, répandu évidemment à dessein, qu'on avait trouvé dans la plaine de Brécourt quelques sacs appartenant à l'armée parisienne, sur lesquels étaient écrits ces mots : « Vivent Marat et le Conseil de la Commune de Paris ! > Vaultier est donc comme un homme parlant de la réponse, sans parler de la lettre elle-même.
Mais Vaultier, qui peut se tromper, qui se trompe quelquefois, qui se laisse entraîner par la colère contre amis et ennemis, qui croit encore au succès de l'insurrection dirigée par d'autres mains et d'autres caractères,
ultier est on honnête homme qui écrit pour rectifier
i measoDges et dod certaiaemeat poar maDf}iier ie ipule lai-mëme.
il n'en est pM de même des antres, dont la pln^mrt, intriganttt sans aocnne réserve, lâches dans le dangçr, bravaches impudente, n'ont pas hôsité à fabriquer les récite les plue fantasti'iuËs. Comme monuments de teU récita, rien n'égale ime dépèche datée de la Bivière-Thibouville et adressée par Puisaye à Wimpfen, et surtout ID compte-rendu signé de Puisaye, en date à Lisieus dn juillet} et adressé à l'assemblée centrale de l'iusunec-
Les bnlletins de bataille, les rapports et les récita îela des vaincus eux-mêmes sont presque toujours )régné8 de cet esprit de charlatanisme qui en impose kox badauds.
Kapolcon loi-mâme, parlant des bolletùis, a dit : a Ces c moniteurs si terribles, si i charge à tant de réputations, « ne sont constamment utile;» et fiivornbU'8 qu'à moi seulc C'est avec les pièces officielles que les gêna sages, les c vrais talents écriront l'histoire ; or ces pièces swt < pleines de moi, et ce sont elles qae je sollicite et que c j'invoque. »
Et il a ajouté, plus tard, qu'il avait fait dn Matiteir l'âme et la force de son gouvernement, son intermédiaire et ses commanications avec l'opinion publique da dedau et dii dehors, a C'était là, disait-il, le plus redoatable et le plus terrible de mes tribunaux *. »
(1) Reproduit par Maocel, dans Vaullier, pages 233 & 246. (i) Mimorial de Sainte-Hiline, tome x, page 137.
RIOTIFICATIONS HIBTOItIQUBS 321
Mais jamais impudent soudard n'a eu^ comme ce Puisaye, l'incroyable audace de fiibriquer un récit de bataille tel que celui qui se trouve dans la dépêche de la Rivière- Thibouville et dans le long compte-rendu de Lisieux. Ces deux documents méritent d'être recherchés et d'être imprimés comme curiosité du genre. Un long résumé ne les reproduirait que très-imparlbitement ; un résumé éeourté comme celui qui convient ici n'en peut donner l'idée. Essayons pourtant.
Quand il en est à la journée du 13 juillet, Pnisaye rapporte que son armée s'est mise en marche en bon ordre, sur deux colonnes, à onze heures.
C'est elle qui est allée chercher l'ennemi ; elle a obtenu des succès sur lui, on ne voit pas trop où, mais enfin elle est restée maîtresse du champ de bataille.
Elle a chassé l'ennemi du poste de Brécourt, et c'est ainsi qu'elle a été maîtresse du château, et a campé dans ime grande avenue.
Son dessein et les désirs ardents de son armée étaient d'en partir à deux heures pour marcher avec assurance sur Vemon; mais la fatigue, la chaleur et le besoin de rafraîchissements se sont fait sentir pour l'armée.
L'ennemi, parvenu à se rallier, en a profité et s'est avancé à portée de canon; mais quoiqu'il éprouvât des souffrances horribles, Puisaye les a oubliées, et s'est fait porter sur son cheval sans avoir pu mettre ses bottes.
Deux premières bordées de mitraille ont passé à dix pieds au-dessus de sa tête, mais d'autres coups mieux dirigés ont porté l'effroi dans les rangs, et une partie de la cavalerie s'est fait jour à travers l'infanterie qu'elle a entraînée dans sa fuite ; bientôt l'armée, à l'exception du