ROBERT LINDET ET DUROY
tion se désorganisait; les troupes régulières que leur
général avait détournées de leur devoir, dont une portion
déjà, restée à Evreux, avait été même incorporée par Lindet
et Duroy dans Farmée de la Convention, paraissaient
disposées à y rejoindre leurs camarades; un détachement
de chasseurs à cheval, au lieu de suivre Puisaye, de la
Rivière-Thibouville sur Lisieux, avait trouvé mieux de ae
rendre à Bernay; un autre détachement de cent cinquante
hommes de la même arme, attiré par les habitants d'Orbec,
avait été aussi dirigé par eux sur Bernay. Les volontaires
eux-mêmes, devenus un simple noyau de rînsnrrection,
délibéraient trop et élevaient trop de plaintes pour ne pas
amener, eux aussi, une dissolution; cette dissolution avait
sa source dans une déroute et ses causes dans Pamoin-
drissement des forces de Tannée insurrectionnelle, dans
Tabandon de départements insurgés et dans Thostilité des
populations; surtout elle n'avait pas sa source dans les
millions que Danton, qui n'était alors que simple député,
faisait répandre à Lisieux, selon une des affirmations
parfois si faciles de Winipfen.
Mais Wimpfeii et quelcjucs-uns de ceux qui Tentouraieiit jugeaient bien de la position et crurent que la duplicité!' était encore praticable.
D'un côté, Wimpfen envoyait à l'assemblée centrale une dépêche pour lui dire qu'il avait reçu l'ouverture d'administrateurs sages, qui l'avaient consulté sur la possibilité d'uue conciliation; qu'il s'était chargé d'en faire part à l'administration centrale et de parlementer; il resterait dans les bornes qui lui seraient indiquées.
D'un autre cùté, et avant même que AVimpfen eût reçu une réponse de l'assemblée, les avant-postes de l'armée
DANS l'exjre 35â
de la Convention voyaient arriver un dragon accompagné de quatre officiers de volontaires et précédés d'un trompette ; le dragon s'intitulait héraut cP armes de l'armée de Wimpfen et était porteur d'une collection de proclamations de Wimpfen et d'une lettre ayant pour suscription : « Le général Félix Wimpfen au général de Varmée parisienne, i^ Les avant -postes envoyèrent le tout, hommes, lettres et proclamations, au général Sepher, qui lut ceci dans la lettre : « Voulez-vous la guerre civile ? « Avancez. Ne la voulez-vous pas ? N'enfreignez pas le « territoire du Calvados. Sous peu, l'on s'expliquera; en « attendant lisez les proclamations : j'ai voulu prévenir « de grands malheurs; les voudriez-vous faire naître? :»
Le commencement de la lettre était encore une fanfaronnade de Wimpfen ; la fin était une ouverture; mais ni l'un ni l'autre ne pouvait ou arrêter la marche sur le Calvados, ou même obtenir une réponse.
Ce qui offrait plus d'embarras à la situation et à l'esprit des représentants et du général, c'était la présence de ces hommes amenés par les avant-postes et à qui il était difficile d'appliquer une autre étiquette que celle d'insurgés en armes. Les représentants, hommes humains, avaient aussi des devoirs à remplir et, il faut le dire également, des ménagements à garder. Néanmoins ils renvoyèrent ces hommes sur la promesse qu'ils faisaient, avec beaucoup d'empressement sans aucun doute, d'éclairer leurs amis sur l'insurrection et la nécessité de mettre bas les armes; mais il serait assez intéressant, dans un cadre qui le comporterait, d'étudier les dépêches des représentants et du général sur cet incident et de voir par quelles précautions ils passaient pour faire comprendre la néces-
Torae II. — 33
ROBEBT LmD£T BT DUBOY
Bité de renvoyer parmi les leiirs le héraut d'armes et ses conipaguoQs. Seuliuuent le gôuiJral a voulu trop prouyer dans sa diipêche et Vce'û pÔDÛtiant du Comité de salut public 06 s'y fût pas trompé ud peu plus tard, quand l'iudulgeuct; u'ûtait plus appelée qu'uue faibleeae coqpnblu.
Le dragon qui s'était qualiâé héraut d'armes de l'anntc âe ^V inipfeii était le président des Corabotâ. Interrogé par les repréBeutaute, il avait bien dit lui-même qa^il présidait la société populaire de ce nom; mais qu'étaient les Carabots pour Lindet, pour Duroy et pour Sepherî Us n'eu savaient paa encore même le nom exact, car ils avaient entendu et ils écrivaient CaraJxmx ; maia s'ils avaient connu les Carabots, s'ils avaient su le rôle twioriste de cette société militaire, ails avaient compris qu'ils araieut là, sous la main, Leuormand, le chef de la bonde qui avait exécuté le coop de main dirigé contre les deox I représentants Homme et Prieur, quel que fût le désir de Dunjy et du Liiiik't d'éloigner les occasions de répression, le devoir lui-même leur eût commandé de faire taire lenr ioàulgence personnelle, et ils ont dû s'estimer hennnix, plus tard, de l'ignorance dans laquelle ils avaient (^ mr les Carabots et leurs hauts foitâ.
Mais Wimpfen n'obtenait aucun résultat de ea tentatin et il recevait, d'un autre câté, de l'assemblée centrale, une réponse équivoque, quant à l'impression ressentie, mais nette, quant à la persévérance dans l' insurrection.
Pourtant Wimpfen ne pouvait plus se faire illosion, A sentait bien qu'une lutte désespérée n'offrait elle-m^e ancune chance de succès. L'armée amoindrie de rinsnrrection était travaillée de cet esprit énervant qui trouve
DAKa l'eure 855
ai facilement matière aux reproches dans Tinsnccès. Wimpfen crut peut-être trouver un biais favorable en jetant la question à la délibération des bataillons de volontaires et il ne fit que hâter la retraite^
Tout ceci se passait sans que Louvet et Barbaroux, qui étaient là, parussent s'en douter, puis en comprendre la portée ^.
Il en résulta d'abord l'évacuation de Lisieux, et quand les trois représentants Lindet, Duroy et Bonnet et l'armée de la Convention arrivèrent sur cette ville, ils n'eurent
(i) Le bataillon da Morbihan fut le premier consulté; sa réponse ne pouvait être douteuse. Les brares qui le composaient, persuadés dès longtemps qu'on les trahissait, et dégoûtés, en tous cas, de la manière dont les Normands entendaient et savaient conduire les insurrections, déclarèrent nettement : < que leur intention était de se retirer dans leur département, pour y défendre par eux-mêmes, et ainsi qu'ils l'aviseraient bon, leur liberté et leur territoire, laissant aux autres le soin d'en faire autant, s'ils le voulaient, chacun chez eux. > — Après le Morbihan, ce fut le tour des deux autres bataillons bretons : leur résolution, inspirée par les mêmes motifs, ne manqua pas d'être toute semblable. (VauUiery page 26.)
(2) Il faisait une chaleur excessive. Je trouve Barbaroux couché tout de son long sur le parquet de sa chambre, un mouchoir blanc étendu sur sa ligure. Il se soulève : « Ah I c'est toi, me dit-il, et « qu'est-il donc arrivé? — Eh ! mon Dieu, rien ; si ce n'est qu'on « vous trompe, que tout se désorganise, et que la cause est perdue. « — (k)mment I Est-ce que tout ne se borne pas à une simple surprise? < Voici Wimpfen qui arrive avec de l'artillerie. Il dit que demain « tout sera réparé. — A la bouue heure, je veux bien le croire; mais « aujourd'hui, en ce moment même, les bataillonâ délibèrent sur sa « demande, et déjà le Morbihan vient d'émettre le vœu de quitter « l'armée et de retourner dans son pays. — Qu'est-ce à dire? 11 est « donc fou le Morbihan ? — Je ne sais, mais cette folie est celle de « toute l'armée; ce soir, tous les corps auront émis le môme vœu. » — 11 ne fut pas prononcé un mot de plus. Je sortis d'un côté, et Barbaroux de l'autre. {VauUier, page 67.)
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qn'à y rentrer et à l'occaper à la place de l'insurrectioii retooruant sur ses pas.
Wimpfeu tt'éUJt replié but Caeu, avec l'intentioii, sioa eu cToit Louret, de fortifier Cueu, de déclarer cett« TÎÏfc en état de siège, d'organiser une anut-e un peu forte et de créer un papier-mounaie, qui aurait cours daiu le* départemeatâ restais à rinsurrection.
Wînjpfen, faisant sa défection, avait répondu, un jour, EUX Diiuistruâ : n Les éTénement^ sont plus forts que les ministres, » maie il voyait alors que les événementa i^otit aussi souvent plus fortfi que les traîtres.
Il parlait de fortifier Caeu, ce qui n'était pas diffiàle à cette époque; de déclarer la ville eu état de stége, ce qui était inutile, puisqu'il suffisait de continuer les services et les procédés des Carabots; mais il parlait aussi d'oi^ QÛier une armée, quand celle même qu'il avait daos la main BC désorganisait et qu'il avait constaté que l'insurrection De gagnait pas et que les campagnes maudissaient les insurgés. Mais il parlait également de la création d'un papier-monnaie, quand les populations faisaient l'iBolement non pas même autour du Calvados, mais autour de la ville chef-lieu, réduite à ses seules forces.
D 7 avait déjà plus de quinze jours, en effet, que le directoire du département de l'Orne, toujours opposé i rinsurrection, ayant contre-carré les membres du couseO général qui s'étaient rattachés à l'assemblée de Caen, avait lancé dans toutes les communes de l'Orne, qui n'avaient d'ailleurs fourni aucun contingent à l'armée insurrectionnelle, une circulaire pour les maintenir dans le même esprit et les empêcher de reconnaître aucun autre pouvoir que le gouvernement central. H n'est pas
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besoin de demander si ces commnnes avaient par suite voté l'acceptation de la Constitution.
Le département de la Manche, que Cherbourg, qui en &it partie, n'avait même pas imité dans l'adhésion à l'insurrection, venait aussi d'accepter la Constitution et n'avait pas attendu pour cela la nouvelle de la déroute de Brécourt ; puis, ayant fourni un contingent qui n'avait pas dépassé Caen, il le rappelait et rappelait aussi son député à l'assemblée centrale.
Des cinq départements de la Normandie, il n'y avait donc plus que le Calvados qui fût en insurrection; mais une portion du Calvados, composée de l'arrondissement de Pont-l'Evêque et d'une partie de l'arrondissement de Lisieux, avait énergiquement repoussé dès l'origine l'insurrection du chef-lieu, et maintenant les autres villes du département acceptaient aussi la Constitution. Caen se trouvait insurgé tout seuL
n y avait bien encore Lisieux, que son zèle n'avait pas poussé jusqu'à participer à la formation des contingents, mais d'où Wimpfen avait écrit la lettre désespérante adressée à l'assemblée centrale La réponse de l'assemblée centrale à Wimpfen n'était pas le produit d'une délibération unanime, car le conseil général du Calvados, préparateur patient de l'insurrection, son organisateur ensuite, élément principal de l'assemblée d'insurrection, vigoureux promoteur de toutes les mesures violentes du mois de juin, père de l'assemblée centrale, le conseil général faisait scission avec celle-ci dès le 20 juin et s'occupait des moyens de faire sortir ses membres de la situation dans laquelle ils avaient engagé leur département, leurs administrés et leurs amis.
Une petite (Vaction des Caralmtii, anssî avisée ou t«noe an counuit de l'ôvolution qui Be pr^pnnvit, uvait lacéré le» regictreH do la société et déclaré la Confltttation parinitemeut, acceptable. Mais la majorité, cscitée par les ploâ compromis et les royalistes, prit de« arrêtés pour Toner i l'infainiu la miDorité, sommer l'accusateur public de les poursuivre et plncarder leurs boius dans les sectious de Ca«ii, an Comité de salut public, au Comité de surreillaace, ponr inviter l'assemblt-e centrale, ses fonctionn^res 8t le général Wimpfen à dérrouvrir et poursuiTre les agîtftteurt), la sociôté offrant comme toujours de faire, pour cet objet, tel service que le bien public exigerait.
D'antres arrêtas iiomniaieiit des commissaires prés de rasHcmblt'w centrale, des corps admiuîstratilà, des sectiofis tt. du ^néral «n chef ponr déclarer la persistance è, Vm- «urrection, et de« commissaires prés des chefs militaires, des vokmtairos, des forces militaires, de la gendarmerie l MWfii, [wmr leur notifier la résolntion prise et leor d&manikr leur ndhésiou.
Tons ces arrêtés étaient affichés dans la ville, et nn jonmal, que l'on disait être celui des Canibots, e'écriùt énergiqnement : a Le Maratisme vent lever sa tête c Bangniuaire dans cette ville, mais la pmdence et le « bon esprit des autorités constitoées surveillent cette « lie d*homme8 qui ne veulent que sang et pillage, et < les braves Carsbots sont armés de la massae contre- « anarchique et leurs bras sauront assommer cette cai saille populaire \ »
(1) Afficha du Calvados, numâro du 21 jnillel.
DANS l'bure 359
Le rédacteur de ces arrêtés, pris par les Oarabots, était le constituant Boutidoux (d'IUe-et-Vilaine), dont l'opinion royaliste ne peut être mise en doute puisqu'il a appartenu à l'armée vendéenne, et que, par suite, il a été même l'un des signataires de ces traités de paix, œuvre de duplicité de la part des Vendéens, d'ignominie de la part des pouvoirs départementaux qui y ont participé ^
Mais le bruit et la menace des Carabots n'avaient pas la puissance de galvaniser une insurrection dont le conseil général, qui ne s'y trompait pas, sentait les dernières palpitations ; mesure oblique, ce conseil général écrivait au Comité de salut public une lettre, qui était une ouverture comme en eût fait Wimpfen, qui arrivait à ce comité le 27 juillet, évidenmient antidatée au 23, et qui annon'çait qu'on allait mettre en liberté les représentants qui étaient au donjon et présenter la Constitution & racceptation des assemblées primaires. Il n'est pas besoin de dire qu'aucune détermination ne répondit au but de cette lettre.
Wimpfen et les restes de son armée se repliaient donc sur Caen pour s'y retrouver au milieu de dispositions contradictoires qui étaient loin de favoriser les projets du général sur la résistance et la défense de la ville de l'insurrection.
n n'est pas même bien certain, quoi qu'en ait dit Louvet, que Wimpfen ait tenté de réaliser un projet quelconque à Caen, et qu'il n'ait pas eu, dès Lisieux^ l'inten-
(!) J*ai souvent entendu charger son nom d'épithètes peu convenables, suivant l'usage de l'esprit de parti ; pour moi, je lui déclare qu'il n'a jamais perdu mon estime * (Puisaye).
* L*estimede Puisaye, est-ce bien suffisant? (Mancel.)
aOBEBT tJHDET ET DUBOY
tton de se mettre à l'abri d'nne arrestation, car c'est en purlaot de Lisieox que, mentant ù l'égard des restes de Bon armée, il dit, dans son récit : « Tons désertent, et moi je me cache à Baveux jnsqu'aprt's le 0 thermidor. » Wimpfcn lui-même ne pensa [>eul-être pas à otfrir one retraite au général Fouray , l'insigaifiant conmiandant de Coutances, qai m brûla la cervelle. . . .
Quant â l'assemblée centrale, abandonnée des conseiUerg généraux da Calvadoa, entourée d'hommes qoi ne U considéraient plus comme un danger, elle prit ne arrêté pour ordonner aux /orées départementale* de se rendre à Rennes, et dénlarer qu'elle va les accompagner fit y tenir ses Héances. Dés le lendemain, l'ancienne aasemblée générale d'insurrection, débarrassée de l'aseemblée centrale, prenant les allures d'nue assemblée qui n'avait jamais fuit que suivre les ordres du peuple sonrerain, rendait un arrêté qui invitait la municipalité h. conr voqner immédiatement les sections pour s'en remettre à la ilécisioii des ciroyciis, et -tawir ^'Ua pi:rsistc?it ô licmmrer en état etiasurrectùm ou s'ils y renancetà..
Mais, de même que les Garabots avaient entravé par leur arrêté le plan que voulaient suivre les ooneeillen généianz, de même aussi la résistance se fit sentir dans lee sections, et l'une d'elles combattit pendant plosienn jours les tendances qni se produisaient enfin pnbliqoeroent.
Cependant les représentants, qui n'avaient pins trooré ni armée, ni insurrection à Lisieus, qui y avaient réorganisé les administrations, ne voulaient pas, en marchant aar Caen, manquer à leurs habitudes d'action conciliatrice.
Us écrivirent, le 28 juillet, au corps municipal de Caea,
DANS l'eube 361
pour loi faire un appel bienveillant, sans se douter que leur dépêche allait trouver des gens si bien disposés à la recevoir.
Les sectionnaires, gens du commun, masse sur laquelle certaines responsabilités ne pèsent pas, avaient fini par ne plus continuer à compromettre MM. du conseil général, par leur faciliter même le moyen de se représenter comme ayant éteint l'insurrection; les sections étaient devenues unanimes, elles n'étaient plus en état d'insurrection ; elles se rétractaient, et, à leur suite, se rétractaient aussi et le conseil général, et le district, et la municipalité, et le corps judiciaire, et les fonctionnaires de l'insurrection, grands ou petits; tout le monde se rétractait, et on se promettait d'écrire à la Convention, comme on le fit doucereusement dès le 30, pour invoquer ces preuves de ewisme^.
On avait mis beaucoup plus d'empressement à capturer Bomme et Prieur, qu'on n'en mettait à leur rendre la liberté. On attendait peut-être la réponse, qui n'était pas venue, à la lettre datée du 23, adressée au Comité de salut public. Peut-être aussi espérait-on faire des deux prisonniers un moyen de transaction ; il a dû être curieux
(1) Nous ayons reconnu notre erreur, et nous tous Tayons ayouée de bonne foi. Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre... Partout le peuple respire l'amour de la liberté, et sent le besoin de se rallier à l'autorité suprême de la Convention nationale. Entraînés par le premier mouvement d'effervescence, les fonctionnaires publics sont rentrés dans les limites de leur devoir. Nous espérons que ces preuves de civisme vous engageront à accueillir favorablement notre rétractation.
{Lettre des corps administratifs et judiciaires du Calvados à la Convention,)
BOBERT USÛKT Kl DUSOT
dn reste, pour le« syectatettra, de snivre les débat» de Ift société de* Ctimbota, des sections et des corps administratif« qui délibéraient pendant de longs janrs bot la mise en liberté des deux prisonniers dn donjon.
La Bitiifttion s'aggravait, on le sentait bien, et on fit enfin, anpr(-a de ceux-ci, quelques démurelies pour lenr fliire comprendre qu'île étaient libres de sortir, ton» it nuit, par prudence, et pour éviter tout bruit dana tine sfTaire qui n'en avait fait que trop dtyà.
Mnis ïtomme et Prieur, dont la dignité s'offeosEÛt des finRS><eries des gens qui leur Rvaient enlevé leur liberté dans nn guet-apens, répondirent que, prisonniers an donjon, ila n'en sortiraient que de joiu-, au milieu de la journée, en représentants dn peuple, saluée par les caaone de la place, et escortés de tous les fonctionnaire» de la ville, de la garde nationale et de la forée armée disponible.
C'était un programme imposé : il n'y avait pas à diacBtor sur son étendue. En eonséqnenwj le 29 juillet, 4 midi, fiu niilipu d'une fnule immense iittirée pivr ce spectacle tout nouveau, et qui j applaudissait, Bomme et Prieur sortirent du donjou de Caen, avec la solennité indiquée, après cinquante jours de captivité, et la municipalité de Caen envoya immédiatement une dépntation Bux représentants, à Lisienz, pour les informer da nouvel état des choses et les prier de bâter leur arrivée à Caen.
Les CWnais durent trouver, dans la réponse bienveillante et modérée des représentautâ, une raison de bannir l'épouvante qui avait, dit-on, saisi une grande partie de la ville. Les représentAuts avaient même promis de précéder l'année à Caen, mais, retenus encore par la complète désorganisation dans laquelle l'insurreotioii
DANS l'bubs 365
avait jeté chaque localité qu'ils trayersaient, ils laissèrent leur petite armée les devancer à Caen, où elle fit son entrée un soir, mais à la clarté des illuminations d'une ville qui se rassurait.
Bonnet, Robert Lindet et Duroy arrivaient le lendemain, le 4 août, pour rencontrer une difficulté qu'ils eurent raison de vouloir briser immédiatement.
Le château et le donjon de Caen, travaux de fortifications logiques avec la tyrannie, élevés comme si souvent ailleurs plutôt contre la ville que pour la défendre d'uû ennemi, la dominaient et constituaient un danger permanent. Les représentants de l'Etat n'avaient pas à discuter sur la possession du château et du donjon, qu'on paraissait ne pas vouloir remettre à leur armée; ils en exigèrent la remise immédiate, et ils y trouvèrent des approvisionnements et 87 pièces de canon soustraites par Wimpfen à la défense des côtes de la Manche.
Ainsi l'insurrection, mise en déroute à Brécourt, ayant évacué précipitamment Evreux, son quartier général, refoulée dans le Calvados, ayant évacué aussi Lisieux, lieu de ralliement de son armée, venait de perdre Caen à son tour et de reculer son siège jusqu'à Rennes : il n'y avait plus d'insurrection normande.
L'insurgé Vaultier a dit : « L'insurrection du Calvados, « dans la réalité des faits, ne fut qu'une vaine et ridicule <c échauffourée. Conduite autrement^ elle eût pu devenir « toute autre chose. En se liant, quant à son objet, aux « mouvements plus ou moins analogues qui se manifeste tèrent alors même, à Rennes, à Nantes, à Bordeaux, à <c Toulouse, à Marseille, à Toulon et à Lyon, et, en coïn- <c cidant par le fait, quoique sous d'autres couleurs, avec
noBBST uimBT sr DUBOY DAss i.*nntB
c la grandf insurrection de la Vendée, elle pouvait « arriver à no immense résultat. »
Eu développant lea élcmenta de succès de rinsorrectioii, Vaultier oublie les causes vraies de sa chute, mais il oublie ansBi de comprendre, dans les causes du eocoèg Mp^ré, et de signaler comme résultat le malheur pour la France d'une invasion étrangère, et c'est là précisémeat que, sana acception de couleur girondine, fédéraliste oa royaliinte, se trouve le crime, le grand crime d'une tài» insurrection.
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