CHAPITRE XVI
Les bataillons bretons et les bataillons normands se séparent.
— Buzot refuse de passer en Angleterre. — Revirement de la yille de Gaen. — Dure expiation. — Les Girondins se dispersent dans les bataillons bretons. — De toutes parts on les trouve compromettants. — Abandonnés, ils s'aventurent à travers les landes de la Bretagne. — Les Oirondins de Paris couraient d'aussi grands dangers. — Ce qu'auraient dû faire les uns et les autres. -^ Les fugitifs se divisent en plusieurs groupes. — Buzot et ses amis débarquent au Bec-d'Ambez.
— Gondorcet et l'académicien Suard. — Le pauvre perruquier Troquart. — Tallien. — Objets précieux volés au garde-menble de la couronne. — Importance de Tours comme point de jonction. — Ce que Tallien en mission a bien pu y faire. — Son rôle sanguinaire dans le Bordelais.
— Chasse aux proscrits. — Les grottes de Saint-Emilion.
— On V lance des chiens. — La maison de Guadet. — Deux cadavres retrouvés dans un champ de blé. — Six sur sept !
— Mon ami Louvet . . . Mon ami Tallien. . .
L'assemblée centrale, en se retirant de Caen, avait bien pu décréter que les forces départementales se rassembleraient à Rennes, mais elle n'avait pas la puissance d'entraîner avec elle les contingents normands : de ceux-ci, chacun rentrait chez soi, et elle le vit bien avant de partir ; elle pouvait mieux espérer des contingents bretons, et il n'était pourtant pas tout-à-fait certain que les vo^
lontaires qui les composaient, et qui rQtoarnaieat vas leurs foyers, n'y rentreraieut pan pour y rester.
NéanmoinB, les bataillons bretons arrivèrent à Fongèrea en assez bon ordre et peu inquiétéâ encore par les popa- Utions; uiaîa, à Fougères, les nouvelles abondèrent, toujours mauvtùses pour l'insurrection, car presque partout on avuit vot l'acceptatioii de la Constitution ; le bataillon (le la Mayenne, au lien de se diriger sur Rennes, se mit en marche pour Laval, son propre chef-lieu, et fiit uînai le premier à ae séparer des autres; celui d'Ille-et-Vilme et celui du Morbihan voulurent ctmtiuner la direction sur Itcnnea, bien qu'on apprît que la Constitution était acccptt'C là aussi, et qu'il n'y avait pins moyen d'y installer une administration iutiurrectionnelle. L'autre bataillon, le fiuiatérien, jetant naturellement sa rae sur Brcât, quitta Fougères pour Binan ou Dol ; c'est à Dinan quîl s'arrêta. L'ioBurrection était enân dissoute dans ses premiers ûiétsents.
Mais il faut, à ce propos, revenir aux Girondins régies à Caen. Wimpfeu n'avait pas été longtemps, après la retraite de l'année insurrectionnelle sur le Calvados, àlenr peindre leur situation sous des couleurs sinistres et i leur faire sentir la nécessité d'une détermination énergique. Lonvet rapporte que Wimpfen en est arrivé même à BÎmaler une comédie d'émeute contre eox et à Unr dire : c Je ne vois plus qu'un parti capable de nons pio- < curer sûrement et promptement des hommes, des annei, c des munitions, de l'argent, des secours de toute espèce : c c'est de négocier avec l'Angleterre, et moi j'ai im c moyens pour cela, mais il me faut votre autorisadon c et votre engagement, s On ne peut affirmer, sur k
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simple aesertion de Louvet, que Wimpfen leur ait fiût subir rhumiliation d'une proposition ainsi formulée; mais Louvet n'a pas été seul à parler d'une proposition qui reste obscure pourtant, parce que Buzot ne la présente que comme l'offre d'un moyen de fuite personnelle ei| Angleterre, et que, quant à lui, homme d'une imagina* tion moins aventureuse que celle de I^ouvet, mais d'un orgueil peu flexible, il eût accueillie autrement^ et aurait reproduit en termes plus vigoureux la proposition de Wimpfen, si elle lui avait été faite dans les termes rapportés par Louvet. Buzot n'a pas même voulu accepter la proposition de passer en Angleterre. H paraît en avoir été de même de Barbaroux ^
Mais ce qui s'était déjà produit à Evreux pour Buzot, sans danger pour sa personne qui était éloignée et enoore à l'abri, se produisait et se développait avec rapidité à Caen contre les réfugiés, et d'une manière plus lamentable et plus dangereuse.
L'homme de procédés exacts et scrupuleux auquel on doit la publication de l'écrit de Yaultier a constaté quel besoin de justification emportait alors ses concitoyens, par les motife d'excuses qu'ils présentèrent, leurs rétracta-
(1) À la Yeille de quitter Gaen, Barbaroux me disait, en présence de Duchàtel : < Si nous nous décidions à passer en Angleterre, Wimpfen assure qu'il nous en fournirait les moyens. >
(Vaultier, page 44.)
A mon retour à Gaen, je ne revis Barbaroux que deux ou trois fois. Il était triste et découragé : « Wimpfen, me dit-il, nous offre de c passer en Angleterre, mais nous n'acceptons pas, ce serait donner « à la Montagne l'occasion de nous accuser d'intelligence avec l'é- « tranger; > d'autres disent autre chose. {Ibid.f page 65.)
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tiona et len prociidés de la ville elle-même se replaçant Bou» l'adminÎHtration du gouvernement central '.
1/émente oontre les Girondins, dont Wimpfen leur Hurait imrlé, n ''■té peut-^tre plus réelle que Louvet ne l'a cru. On ]K)arrait au moins le supposer, quand on connatt les nouvellos dispositions de Cacn upiès la retraita de l'armée insurrectionnelle.
L'écrit publié pour la justification de cette ville innocente, républicaine et trompée par deii! mandataires ii^ dt}feB et judtemcnt proscrils, tend A prouver que la vérit* perçait sans l'arrivée de députés proscrits qui avaient employé ane ^(oquence perfide poor exalter les têtes. Les Guadet, Buxot, Pétion, Oorsas, etc., continuaient leurs calomnies, quand les sections, leur arrachant leur ma^^vd ih/poerite, ne virent plus en eux que des ennemis nupriaables et acceptèrent la Constitution.
n est vrai qu'en faisant ainsi, des Girondins, le boac d'Israël chargé de toutes les iniquités de la tribu, on trouvait moyen d'excuser tout et tout le monde, mËme le conseil général.
D est vrai aussi que les gens qni composaient ce conseil général reconnaissaient, comme on l'a va dans leur lettre à la Convention, leur erreur et l'avouaient de bonne foi, et qu'ils donnaient une nouvelle preuve de leur eiviamt en traitant actuellement comme des pestiférés les dépat^ auxquels ils avaient affecté avec tant d'éclat, pou
(1) La collection de ces rctraci allons, conserrces aux archivea di Calvados et aux archÎTes municipales de la tille, composerait i eUc seule un dossier énorme. Klles sout loules résumces dans un écrit qne les habitants crurent devoir publier quelque temps après pour leur justification. {Vaultier, Annotation dt lianoet, page 250.)
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résidence, l'hôtel de rancienne intendance, et dont ils s'étaient fait nn si brillant drapeau.
Non-seulement les membres du conseil général et de l'assemblée d'insurrection, délibérant, arrêtèrent leurs rétractations et, les réalisant, n'en firent rien connaître aux réfugiés, mais encore, sans les en prévenir, ils firent euxmêmes afficher, sur la porte de l'intendance, le décret qui frappait de mise hors la loi les hôtes de l'intendance, et qui donnait, à partir de la publication, au premier individu qui passait, le droit de les tuer comme on tue un chien enragé. Les Carabots eux-mêmes n'eussent pas eu autant de lâcheté; mais le personnel de ce conseil général, qui avait voulu faire dévorer sa patrie par la guerre civile et par l'étranger, était bien digne de la cause qu'il servait. • •
Mais aussi, pour Buzot et ses compagnons, lisant cette publication officielle sur le portail de leur résidence, quelle révélation et quelle expiation surtout I . . •
Pour Buzot, âme austère et républicaine, que l'orgueil et la vengeance ont aveuglé jusqu'à le jeter dans les bras d'une cause qui n'était pas la sienne, on comprend bien ses aspirations au moment de quitter Caen, et on ne peut les relire sans regretter que le prescrit n'ait pu franchir l'océan, et leur donner satisfaction au milieu des petitsfils de Whasington ^
(!) En quittant la France pour n'y plus revenir, je le sens, mon
pays me sera cher encore! Oui, mon pays m'est cher encore,
mais jamais monarque français ne sera mon maître, et, ne pouvant plus être citoyen, je tâcherai de redevenir homme, et pour cela tout pays m'est bon, hormis la France. — 0 Liberté! Liberté! âme des grands travaux et des grands cœurs, consolation et soutien de la vie; toi sans laquelle l'homme perd toute sa dignité, sa force, son carac-