‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 154 sur 198 · Tome II. — S · texte numérisé non relu

Tome II. — S

DIBSObCTION DE L'isaUBBZCTIOli

Ce n'était pas impoRslWe, puisqu'il a pu gsgoer 11 mer et s'y enibanjuer, iiiaia pour suivre d'uuttû* Ui^pintioue et rcucoutrer (i'ftutrea et plus wn^Tes di'ïueptioiu.

La ville du Caeu deveuait inhospitaliiire; Kervélégu promit, en la quittant, de rechercher pour tous ses amig, eur la» liords de la presqu'île de Brotagau, dont il étiût originaire, ou uu abri puiir les proâcrits, on une eanboroation k mouter. ,

Cependant les Bretons, indignas du placard affiché fV l'admiuii'trHtioii du Calvados, ayant d'ailleurs re4;a d« ontUi administration l'injonction de aortir de la ville, tie Toulurent pospartir sans avoir oÔert an moins au:<E députét (jiiondins des armes pour leur défense personnoUe.

Miiis, si armés qu'ils eussent été, ceux-ci ne ponvaiwit 8»U8 danger rester tiens Caen une heure après le dèpsrt ' de» bataillons bretons, et n'avaient d'autre resaourtx poiu' partir que do les accompagner; c'est ce qui se fit tout naturel lem eut, tout simplumeut, c'est-à-dire d'une antre manière que ie rapporte Lonvet.

Les Girondins, habillés, déguisés en gardes nationux, disons la mot vrai, se partagôrent en autant de gnmpei qn'il y avait de bataillons bretons, et, confondns dau

tère; loi sans laquelle ses facultés avilies laugulseent dans le rqm et le silence de la mort. . . . Tu retournes aui lieux où la Terto M prépare une demeure paisible et Torlunée, daus les champs fertile de l'honnête amëricaia, à l'abri de ses lois el sous l'ombrage de ses mœurs. ... La liberté individuelle y jouit en paix de tous les bicai

qui ne Dui^eot pas aux antres Oh 1 qui me transportera dans cet

heureux uile; quand pourrai-je y respirer l'air pur qu'on y residra, et ces douces odeurs de la terre parfumée, et ces suaTCS exbalaiioiii des prairies et des bois qui plaisent tant k mon cœnr.

(Buxot, Mimoires, page 186.}

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les rangs de ces bataillons, s'acheminèrent le long des routes vers des destinées inconnues.

On sait déjà que la cohésion de ces bataillons s'est trouvée rompue à Fougères, et que chacun d'eux ignorait alors s'il pourrait même rentrer dans son propre département. Selon Louvety un des Girondins parti sur Bennes aurait fait savoir à ses amis qu'il leur était facile de venir à Bennes, de gagner les rives de la mer et de s'embar* qi^er pour Bordeaux. Mais cet avis ne fut pas adopté, car ils suivirent les Finistériens pour chercher Kervélégan en Bretagne.

A partir de Fougères la route devenait de plus en plus difficile, parce que les populations devenaient de plus en plus hostiles. Toutes ces côtes de la Manche avaient bien eu des administrations qui avaient adhéré à l'insurrection, mais les populations les avaient forcées i des rétractations, même avant la déroute de Brécourt.

Morlaix transmettait à la Convention les pièces, papiers et publications que le chef-lieu du département adressait au district.. A Saint-Malo, on brûlait en place publique, et avec des démonstrations populaires, tout ce qui provenait de l'insurrection. Il y avait longtemps que le district de Dol avait réclamé la protection du gouvernement central.

Le bataillon du Finistère s'arrêta à Dinan, incertain de son propre sort et dans des déchirements qui faillirent amener un combat entre les volontaires eux-mêmes. La plupart d'entre eux s'imaginaient que leur danger s'augmentait de la présence des Girondins proscrits cachés dans leurs rangs; ces malheureux Girondins étaient devenus trop compromettants, ils semblaient même un

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obstacle à ce que les volontaires se dispersassent pour échapper à l'attaque des populations, et ces Bretons, après tout, ne se croyaient pas obligés à courir des dangers pour protéger des hommes dont on ne pouvait affirmer le dévouement à la monarchie . . .

L'homme, le seul homme pour lequel rinsurrection ait été une occasion heureuse, c'est Puisaye ; il ne s'était pas caché comme Wimpfen ; il n'avait pas perdu de vue les volontaires bretons, et, du milieu même de leurs propres déchirements, il trouva moyen de retirer l'effectif de deux bataillons qu'il mena à l'armée vendéenne, entrant daos ses rangs en général qui apporte le secours de sa propre armée.

Quant aux malheureux Girondins, cause humiliée des déchirements de Dinan, rejetés des rangs du bataillon du Finistère, ils furent réduits à chercher Quimper ou Brest, par les chemins de traverse, un peu au hasard : « à tra^ <r vers les landes désertes de la Bretagne, et sans res- <ï sources, » dit Buzot avec vérité, car ce n'était pas eux qui avaient enlevé les caisses publiques ; leur argent était épuisé, et ils étaient sans vêtements et sans linge. Il est vrai encore que, si les Girondins ont manié la calomnie, les uns par légèreté d'esprit, les autres animés par les fantômes d'une imagination soupçonneuse, d'autres aussi par une déplorable tactique ou le désir de la vengeance^ il faut reconnaître également que les proscrits abandonués par les insurgés du Finistère, et qui cherchaient Quimper, })uis Brest, puis encore Quimper, comme un lieu de salut douteux, le seul qui leur restât, avaient été calomniés quand on avait inventé, contre eux, qu'ils avaient arrêté un pacte avec l'étranger et en avaient reçu de Tor.

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Ancnn d'eux ne fiit vénal ou cupide, et aucune question d'argent n'a jamais sali leur caractère.

En Bretagne, ils ont retrouvé Kervélégan, qui n'avait probablement plus d'illusions sur les insurrections, et qui probablement aussi croyait peu au succès de l'insurrection bordelaise, si retentissante au loin. Kervélégan avait raison de penser que la Bretagne de 1793 pouvait fournir un abri certain à des proscrits, et on comprend qu'il ait combattu les illusions de ses amis, qui voulaient aller chercher dans la Gironde une insurrection qu'ils ne devaient pas y rencontrer.

Mais leur sécurité personnelle n'était pas ce qui les préoccupait le plus. On l'a vu bientôt, cette génération savait mourir avec une entière indifférence ou un profond dédain, souvent même d'une manière théâtrale. Les femmes aussi étaient grandes devant la mort. Alors il n'y eut guère que la Dubarry, qui donna le spectacle d'une lutte bestiale contre l'échafaud. Mais aussi, pourquoi les terroristes ont-ils eu la niaiserie de guillotiner une Dubarry? C'était vraiment déshonorer l'échafaud politique.

Les Girondins de Quimper étaient agités de bien autres sentiments. L'insurrection refoulée dans l'Eure, éteinte dans le Calvados, évanouie en Bretagne, ils crurent en retrouver une autre, et plus vivace et plus heureuse, dans le Bordelais, et y rencontrer les moyens de satisfaire enfin le besoin de vengeance qui les tourmentait. Telle était en ce moment la seule idée qui inspirât leur conduite; on n'en saurait douter, car Buzot lui-même le montre assez dans des passages qui sont empreints, il est vrai, d'une exagération qu'il faut pardonner à sa tête ardente, bouillonnante de colère, dans le

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réduit où il essayait d'échapper à la proscription et à la mort, mais qui n'en constatent pas moins im cours d'idées on de passions auquel la France n'était pas tenue de s'associer K

Us avaient pourtant mieux à faire, même avant de quitter Caen, car il y avait à Paris d'autres Girondins en prison, eux, sous le poids des événements, bien plutôt que d'une accusation fondée. Leur situation s'alloordissait et de l'insurrection du Fédéralisme, dont le nom si commode pour leurs accusateurs s'harmonisait trop bien avec de vieilles accusations, et aussi de la mort de Marat, dont

(1) Vengeance, j'implore tes fiers et terribles secours ! Soutiens les restes languissants d une vie consacrée à te servir ! Que je poisse toir les tyrans de mon pays abattus, qu'ils expient leurs for&its ptr un supplice digne d eux! Que je puisse, à forces égales, les oonbsitre et les faire punir par les lois ! Ou, si elles ne peuTent pas les atteindre et que Tintérôt et l'injustice n'osent pas les frapper après leur trahison, pnissè-je connaître les lieux qui les recèlent, le pays qvi les tolère ! Puissé-je d'un fer raortei leur percer le sein! Qu'ils sachent que le coup est parti de ma main, et qu'ensuite je meure! Pétion, Barbaroux, (luadet, Lcsage, Louvrt, et toi. Salles, et vous tous qui survivez à la persécution et à la tyrannie de nos persécuteurs, mes devoirs sont les vôtres, vos serments sont les miens 1 Le ciel en est témoin, nous saurons les remplir. (Buzot, Mnnoires, page 1*29.)

La vengeance, a dit Bacon, est une espèce de justice sauvage : voilà celle qui nous reste, si celle de la loi ne vient pas à notre aide ; an^i mille fois j'ai formé le projet de retourner à Paris, pour immoler à ma juste vengeance quelques-uns xles auteurs dos maux de mon pays et des miens. Ce ne sont pas les difficultés qui m'arrêtent, mais l'impossibilité où je suis d'exécuter un pareil projet. Point de passeports, sur une route ouverte à tous les surveillants; point de vOtements propres à se mettre en chemin sans être remarqué ; je ne ferais pas dix pas que je serais arrêté Cependant, je n'ai pas abandonne tout-à-fait ce projet. — Mais si je survis à la puissance de nos oppresseurs, à la persécution, n'importe où me conduira ma destinée, je promets de remplir toute ma tâche. {Ibid., page 180.

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les Girondins de Oaen paraissaient^ anx yenx de tout le monde, avoir été les instigateurs.

L'assassinat de Marat, acte si insensé d'an cervean malade, a dû être exploité, on le comprend bien, par les adversaires des Girondins. S'emparer d'un crime individuel, pour en charger tout un parti, est une tactique vulgaire qui a même sa lâcheté, mais à laquelle on n'a pas encore vu les gouvernements renoncer. Mais aussi la sensation produite par la mort de Marat a été vive et profonde dans Paris. Il faut qu'elle ait en quelque sorte dominé la situation, puisque des hommes auxquels Marat était antipathique se sont crus obligés à des démonstrations d'une sincérité au moins douteuse, ou à des actes ayant pour but évident d'acquérir une popularité qui ne devait pas être illusoire.

S'il est curieux d'étudier avec quelles précautions le spirituel Camille Desmoulins parle du divin Maratj dans le Vieux Cordelier^ et parvient à faire comprendre le seul côté tristement utile de cet homme dans la Révolution, il n'est pas moins curieux, au contraire, de voir l'empressement de Robespierre à exalter les vertus de Marat après sa mort. Quoique siégeant tous deux à la cime de ta Mon' tagne, Robespierre n'a jamais adressé la parole à Marat, et celui-ci, voulant se rendre compte de la valeur, de la portée et des vues de son célèbre collègue, n'a pas reculé devant une excentricité de plus : il est allé chess Robespierre, lui a posé des questions comme il en posait, sans réserve ni ménagement, avec l'indiscrétion d'un inquisiteur de la démagogie, puis il a laissé là Robespierre, et l*a jugé irrévocablement pour un incapable. C'est la seule fois que ces deux hommes, de tenue si opposée^ l'un

mSSOLUnON de L IKSDnBECTION

toiyonre soi^i tiommo an temps où od l'appelait M, de Holn'wjiierre, l'autre (L:brailli; comme un cyniqae, lûent échtuigé des paroles, et Mantt dirait que l'épreuve était «nftÎHante pour lui. Mais, Murât mort, Robespierre mctntre goii dévouement n la mémoire de Marat, peut-être aussi une uvauco A ne» partisans, i^iiaud il sY-crie : « Lu mémoire | d« Marat doit lUre di^fendue par la Convention et par touH les patriotes '.» I

L'assassinat de Marat reporté h la charge des Girondins, ' i l'aide des préventions, des soupçon:^ et des affirmations^ ' le lien qu'on pouvait établir dans les esprits entre Charlotte Corday et les Girondins de Caen, entre cenx-ci ' et les Girondi us de Paris , n'était donc pas rhose indifférente. LaiToix (d'Eure-et^Lnir), qui ne parait jamaiit donner de lui cette impression que la générosité fût lo fond de son caractère, l'a probablement senti quand, Bans en rien savoir encore, il s'est empressé de porter et de fixer l'accuBation le premier, en tséAnce de la Conven- | tiini, i|iiclquM liniires app'-^i la mort de Marat. par «■:< paroles audacieusement affirmatives : a II est important

< d'éclaircir cette affaire et d'apprendre que l'aseassin de

< Marat est une personne de Caen, envoyée exprès pai c leB révoltés pour consommer ce crime. i>

Qu'eût dit pourtant la Convention, si les (Girondins de Caen, au lien de s'en aller dans les rangs des débris d'one inanirection qui reculait et devenait par cela même saiu espoir, eussent écrit à l'Assemblée : < Nons appel<HU t menteurs ceux qui affirment que nous avons fait assas-

< siner Marat; d'un autre côté, il n'existe aucno lien e entre nos collègues prisonniers et nous, ponr ce qui c concerne l'insurrection ; nous ne fidsons donc que rem-

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€ plir un devoir, qnand nous revendiquons une respon- « sabilité exclusive dans les événements de Normandie. « Toute autre accusation contre les prisonniers est « absurde, et il est de l'intérêt de votre politique de les ce échanger contre nous, que vous pourrez charger du d poids d'une insurrection provinciale. Acceptez notre <r proposition de les laisser libres et de nous emprisonner <r à leur place. Nous n'aurons plus ensuite qu'à vous dire : « Vous êtes les plîis/artSyJrappez^nousf »

La Convention, qui sentait encore le besoin, à cette heure-là, bien plutôt d'éteindre que d'écraser l'insurrection, qui avait sur ses bancs et dans les membres du Comité de salut public des hommes influents qui pouvaient encore résister au courant qu'on établissait contre les personnes et qui se contentaient d'avoir expulsé la Gironde, la Convention eût pu sentir, dans les nécessités de la politique, le besoin de répondre à une démarche éclatante, en disant à son tour et aux Girondins de Paris, et aux Girondins de Caen : « Vous avez été les uns et les autres un dissol- « vaut dont le danger n'est pas passé; je vous assigne une « résidence dans une localité que je choisis : vivez-y en « repos, jusqu'au moment où je jugerai que vous pouvez « regagner vos foyers, sans danger pour la paix « publique. y>

Mais, après la désorganisation de l'insurrection à Caen, quelques-uns des Girondins, qui y avaient vécu au milieu de l'insurrection, se sont séparés de leur groupe; les uns ont rapidement gagné les contrées encore insurgées, les autres un abri sur cette terre de Bretagne qui était si bien disposée pour y garder des proscrits avec sécurité; à Quimper, le groupe amoindri des Girondins ne se composait

plas qnc de Bnstnt, Snllea, Lom Pétion et Bûrbaroiut. Li-sciild'eutM concevoir une dL-marchc de In ns indiqnpe, Boxot, avait, comme on 1 autant (]tm ses amia sur un projet c pus homme d'ailleurs h se remeb eiincQiii!, fit cenx-ci pouvaient aTi l'avoir janiiÙB rivant; il était bienl B'arrai'iier lu vie pour no laisser qQ de la proscription.

Cest ainsi (jn'ile ont qaittt^ Qi brick tjtii le» d-^Wrqna au Bec-d'Ai d« la Guroune ut de la Dordognï encore que les périlfi de !a proscrip^ tion qa'ila avaient r^vt'-e. Bordeaus le» oommi8«aire« de la Convention) tioiie, éorusic par les antres, ars muntenir VêxOotit^ dngvavernemi autre c^t*^', l'aristocratie et le haut cherchaient des merreimires pour î oonibuttants. . . La pitoyable fin ville de Bordeaux n'i^tait pas difflci

Les (ïiroiidius venus de Quimpe jusqu'à Bordeaux; dispersée et fu; eux a pu se floustraire à cette loQ qui s'est eDg:agée entre un proecri proie qu'il tlaire et des proscrita resBource que de ee cacher dans même dont ils ne peuvent Rortir.

Ils ont parfois rencontré pourtan mente : alors mOme que l'académ

DissoLtmo» dtë L*mstmraecfWo» 879

coterie, qui à plus brillé par Tiinportance qu'elle s'est donnée que par l'élévation du cœur, a essayé de faire un grand homme, repoussait de sa porte son vieil ami, l'illustre Condorcet, devenu compromettant, un pauvre perruquier de Saint-Emilîon, nommé Baptiste Troquart, assurément bien étranger personnellement à des bonmies d'Evreux, de Chartres et de Marseille, donnait l'hospitalité et la nourriture à Buzot, Pétion et Barbaroux proscrits et dans le dénûment, et les gardait pendant cinq mois au milieu des périls qu'il appelait sur sa tête.

Les commissaires de la Convention dans la Gironde étaient Isabeau et Tallien.

Tallien, secrétaire de la Commune de Paris, quand il fut élu par le département de Seine-et-Oise à la Convention nationale, n'avait pas échappé aux accusations dont les massacres de Septembre ont si largement fourni l'occasion; mais les pièces de ce grand procès invoquées contre lui, une fois dépouillées d'interprétations trop faciles et ramenées à un sens raisonnable, sont loin d'établir les accusations dont il a été l'objet.

L'esprit reste plus incertain quand on étudie Tallien dans le mystère de la soustraction d'objets précieux ayant appartenu au garde-meuble de la Couronne. Bien que Sénart, agent du Comité de sûreté générale de la Convention, affirme l'existence de preuves authentiques^ il ne faut pas longtemps, quand on le lit, pour s'apercevoir qu'il donne le caractère d'authenticité à toute pièce, par cela seul qu'elle appartient à une administration, et regarde conmie une preuve ce qui n'est souvent qu'une dénonciation. Les Mémoires de Sénart doivent être réduits aux proportions de ce qu'il a vu et entendu par lui-mêmç.

Le soupçon, on ne peut dire pins, dirigé contre Tallîen se réduit à la possession, par lui, des clefs des armoires vidées sans effraction, mais cette détention même des clefs aurait dû porter Tallien, en le supposant complice, à choisir un autre moyen qu'une ouverture sans efiFraction; en ce cas, Teffraction était dans les nécessités de sa position, quel que fût Temploi projeté du produit du vol, pour l'armée, l'intérieur, l'administration, les dépenses révolutionnaires, ou la satisfaction de cupidités individuelles.

Mais où Tallien, homme sans passion politique, n'ayant pas plus appartenu sincèrement à la faction orléaniste, comme on l'a cru, qu'à toute autre opinion, dirigé par des passions et des avidités purement personnelles, commence à montrer et ses vices et ses intrigues, c'est dans sa mission en Vendée, en mars 1793.

Nommé commissaire de la Convention, il se mit en route et ne dépassa pas Tours, qui était, il est vrai, le lieu de passage, de correspondance, de rencontre et d'échauge des royalistes en insurrection ou en conspiration. Les fonctions publiques y étaient recherchées avec soin par leurs amis; c'était par Tours aussi que s'écoulait le numéraire que l'on faisait sortir de Paris quelquefois par l'intermédiaire de plus d'un représentant du peuple à la Convention nationale.

11 a existé à Tours de nombreuses commissions militaires qui ont fonctionné longtemps. Je ne sais si leurs I)apiers ou la plupart de leurs papiers peuvent se retrouver; j'en ai rencontré éj)ars, et je ne crois pas qu'un seul Je ceux que j'ai vus m'ait paru manquer d'intérêt. La dispersion et la perte des papiers de cette époque font, en

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général, qu'on ne pourra jamais savoir entièrement la vérité sur toutes les choses de la Révolution.

Si Tours avait cette importance, on peut s'expliquer que Tallien, envoyé en Vendée, se soit arrêté à Tours, y soit resté longtemps, toujours même si l'on veut.

On ne demande pas ce qu'il a pu y faire. Le secrétaire de la terrible Commune, le jacobin régicide, l'un des plus vigoureux du 31 mai et même du 2 jufn, a nécessairement apporté, à Tours, son ardeur révolutionnaire. Il est vrai que les royalistes du lieu, trop avisés pour lui en garder rancune, l'ont jugé meilleur homme au fond qu'on ne le disait, et que, de son côté, il ne les a pas jugés si dangereux qu'on le supposait. Ah! quand les hommes se connaissent mieux ! . . . . Tallien et les royalistes de Tours se connaissaient bien, paraît-il.

Mais le tourangeau Sénart sembla bien connaître aussi et l'un et les autres, quoiqu'il paraisse n'avoir été ni royaliste, ni jacobin, et encore moins thermidorien.

En bonne position pour savoir, il rapporte des faits si précis, si nombreux, s'enchaînant si bien, que jamais accusation de trahison ne pourra être mieux établie que celle qu'il dirige contre Tallien ^

Mais si l'insurrection vendéenne a grandi, peut-être grâce aux hommes comme Tallien, la Révolution n'a pas voulu mourir. La guerre étrangère et la guerre intérieure ont passionné, exaspéré la lutte, et les efforts de la Révolution, malgré les traîtres qu'elle avait dans ses rangs, ont refoulé l'ancien régime qui revenait.

Dans cette lutte, Tallien a trouvé le moyen déjouer un

(1) Sénart, Mémoires^ pages 273 à 287.

882 tPiBSOUJTION t>t L INËGBHECTION

rôle, mais non de la rendre moiiiin lameut-ftble. Ce n'ast ■pan le lieu de rechercber ce qu'il a trouvé danit le manjemeot d'argent ni considérable dont k d thermidor l'a disiicuat^ de rendre compte.

Mais ou peut, pour coustattir son râle révolutionitaireà Bordeaux, consigner le cliiffre des cent «luaroute-detix têtes que l'échafaud y a déToréee sous Bon commisâariat ! Oh I Tallieo y a été un homme actif, vigilant, attectionaé, même d'uue ef&oyable finesse de limier de police. Isabeau et lui out découvert la retraite de ce pauvre Grange* □euvo, leur collègue, qu'ils conuaisfiaieiit bien, on girondin bieu borné, bien peu à craindre. Comment l'ont-ile découvert?. .. Ce ne peut être vrai, et d'ailleurs qoaud des faita non véhâés sont trop ignobles, ou est bien en droit de ne pas les reproduire. . , . Grangeneuve u été gnillctioé. Mois voyez ceci : U y u des navires dans le port de Bordeaux; parmi tous ces navires, il y en a qui soot en partance; ceux-ci surtout ont leur équipage au complet) maÏH tous les gens de l'équipage de chaque navire sont- Ua bien de véritables niatelotâ ?... Bi, parmi eox, il M trouvait un girondin proscrit ! . . . TaUien a eu de la prévoyance; aussi lui en amène-t-ou un. Où ? Sans aoa cabinet I Qui est-ce? Biroteau. Que pouvait avoir à loi dire TaUien ?. . . . Mais passons, et content(ni»-i)OQ8 de dire que, l'identité constatée, Biroteau a été goillotiiié quelques heures après.

TaUien sait pourtant que sa tâche n'est pas socomidid, puisqu'il reste encore des députés hors la loi. U sait qn'i la réunion de la Pordogne et de la Gironde, au Beod'Âmbez, se trouve l'habitation du beau-père de Guadet; les abords en sont bons à éclairer. Sept étrangers y ont

pjmohvnm DE xi'iNSïïigijvoTiJW 883

été débarqués par nn brick. Quels sont-ils ? Nous savons qu'ils viennent de Quimper, et qu'en débarquant au Beo^ d'AmbeZ| où ils croyaient arriver au milieu d'une insurrection puissante, ils ont abordé dans des contrées qui ont fait le vide autour de Bordeaux et Font laissé dans son impuissance. Ils n'ont donc trouvé an Bec-d'Ambe^ que la nécessité, augmentée par une imprudence de Guadet, de chercher une retraite plus sûre. Guadet, l'enfunt du pays, s'en est chargé et s'est rendu à Saint-Emilion où il est né, où est son père et sa famille. Pendant ce temps, des forces arrivent au Bec-d'Ambez; des troupes s^ massent; il s'agit évidemment d'une grande et importante capture; mais arrivent aussi des indications envoyées par Guadet ; ses amis peuvent se jeter dans une barque «t remonter, à la faveur de la nuit, le cours de La Gironde, 6t quand on fouille partout, on ne trouve personne nulle piwrt.

Où sont donc les proscrits ? TalUen ne sait pea qui ils sont. Il sait qu'ils sont sept, que Guadet est nécessaire^ ment parmi eux, et que, nécessairement aussi, ils sont encore dans le pays. A lui de faire la capture ; un autre ae fût dit qu'il n'avait pas beaucoup à perdre à ce qu'ils se sauvassent, s'en allassent ailleurs; mais Tallien est un jacobin trop sincère et trop fidèle, on le sait ; il sera un jour un trop grand homme, on le sait aussi, pour se £Guxe ces petits raisonnements des esprits étroits. • . • Yoit-on bien d'ailleurs cette grande situation pour Tallien ? Fouquier-Tinville, qui n'avait eu ni le mal ni le talent de les capturer, en avait eu d'un seul coup 22 ; Tallien en a déj^ eu 4, mais en détail, et s'il en avait 7, d'un seul coup aussi, quel efi'et 1 7 et 4 ; 11 1 et 28, 33 1 Fouquier-Tin-

ville et Tallien auraient extenniné, à eux deux, presqae tous les députés proscrits.

Mais où sont ceux du Bec-d' Ambez ? Se sont-ils échappés par terre ou par eau ? Par eau, auraient-ils regagné la pleine mer et abordé quelque navire ? Aucun renseignement ne l'affirme. D'ailleurs, et pour plus de pradenoe, il est bon de reporter sa vue et de chercher des indices de l'autre côté de Bordeaux, à Saint-Emilion, siège de la famille Guadet. Ce côté devient bon à explorer ce semble, car un indice apprend, un peu plus tard, qu'on a cra reconnaître Q-uadet vers Libourne.

Nous savons que les sept proscrits étaient tous réfugia à Saint-Emilion : deux, Guadet et Salles, dans la maiâ<Hi du père de Guadet ; les cinq autres, chez la belle-sœnr de Guadet. Peut-on bien dire chez elle ? Ils étaient à trente pieds sous terre, dans une cache à laquelle on accédait par un puits. Toutes les recherches n'avaient pu les fiûie découvrir. Tallien était convaincu qu'ils étaient là, mais il ne pouvait les saisir.

La Convention avait bien en ce moment des commissaires en mission, des représentants à rarmoe ; ces représentants à l'armée n'usaient pas seulement de leurs grands pouvoirs pour s'occuper, avec la fiévreuse activité de l'époque, de remplir les cadres, de les habiller, de les armer et de les nourrir, de d('^*ouer les trahisons ou de relever les courages, de communiquer leur promptitude d'action à toutes les mesures, ou de pourvoir à toutes les nécessités d'urgence ; on les voyait aussi, à cheval, dans les rangs des volontaires, ou à la tête des divisions, au chant de la Marseillaise y ou aux cris de Vive la Rcpvhlique! courir à l'ennemi et entraîner dans leur propre enthousiasme

DlBSOLUnOK DE L'lKSITRR£Cn01^ 385

les en&nts de la France combattant pour la patrie et la liberté. . . Tallien aussi a monté à cheval, accompagné d'une escorte de cavalerie ; et le représentant du peuple, commissaire de la Convention, investi de pleins pouvoirs sur le Bordelais, montra qu'il savait, sans aucun doute par amour de la patrie, descendre des hauteurs de son rôle pour diriger en personne une expédition d'estafiers de police. Saint-Emilion, laissé un peu en repos, fut tout-à-coup, un soir, enveloppé, cerné, occupé militairement et fouillé à la manière de la police, sous la direction personnelle de Tallien.

On ne découvrit pas les proscrits qu'on cherchait ; mais Tallien ramena à Bordeaux quelques suspects qui devaient se trouver bien malheureux de la déconvenue de Tallien.

Les sept débarqués du Bec-d'Ambez étaient pourtant à Saint-Emilion ! Aussi cherchait-on toujours, et recom-> mençait-on toujours les visites domiciliaires, la maison Ouadet étant fouillée chaque fois; mais chaque fois aussi, ne trouvant pas les proscrits, on se rabattait sur les suspects. On n'avait pas encore compris parmi eux la famille Guadet, dont il était préférable de surveiller les pas et d'étudier les actions ; mais la crainte en vint à cette famille; des avertissements lui en arrivèrent, et la bellesœur de Guadet dut craindre pour elle-même et par cela même pour les cinq fugitifs exposés à mourir de faim dans leur cache souterraine, si leur généreuse protectrice était arrêtée.

Il fallut aviser. Guadet et Salles restèrent bien dans la maison Guadet, mais les cinq autres furent répartis chez diverses personnes, sans pouvoir rester longtemps au

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