‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 156 sur 198 · LA RÉPRESSION DANS LE CALVADOS · texte numérisé non relu

LA RÉPRESSION DANS LE CALVADOS

Garactôre généreux et paciticateur des trois représentants de la Ck)nvention. — Odieuses révélations trouvées dans le portefeuille anglais. — État de la France. — Grandes difficultés pour les commissaires à rester modérés. — Ils ont ce courage. — Rappel de Duroy et de Bonnet. — Duroy est envoyé à larmëc du Rhin. — Ilambcrt et Tilly. — Importante discussion à la Convention. — Le soupçon est partout. — Robespierre s'en fait une arme empoisonnée. — Thuriot. — Courage de ses propositions. — Barère ; ses aperçus militaires. — Billaud-Varennes ; son projet d'une descente en Ânglelerre. — Existence du Comité de salut public menacée.

— Sa conservation par décret. — Conséquences de ce décret. — Simples paroles de Duroy.— Réponse injurieuse de Robespierre. — Duroy ne subit que la loi du plus fort.

— Robespierre aux Jacobins. — Robert Lindet achève de pacilier Caen. — Peur de cette ville au départ de son généreux prolecteur. — Les croquemitaines. — Exploit d'huissier.

Nous avons dû suivre ces récits comme à travers les épaves dispersées d'un grand naufrage, et il nous faut retrouver maintenant l'armée de la Convention et les trois représentants commissaires, rétablissant dans le Calvados l'autorité du gouvernement central.

Toutes les circonstances qui peuvent aggraver une situation se réunissaient, dans le sentiment de la ville de Caen elle-même, pour justifier des rigueurs qui se sont

LA HipBKSSIOS DANS LE CALVADOS

exercuc»! nilleunt avec beauconp mome de raison. A Caeo, il fiiut bien le rappeler, rien n'avait manqué ans mesnres les ploa caructi-riatiqueB d'nne insurrection sans scmpule dans ses procédés, implacable dans ses haines, délirante de meiiaoCA et de violences dans son langage et ses pn- Ui dit ions.

La réprossioii pouvait s'y étendre loin, car un décret de la Convention, pardonnant aux soldats, mais frappant 1m oflîciers, si l'ou peut parler ainsi, et dont il uVi^dt pas m^me besoia pour trouver de nombreux coupables, avait réputé cliefs de la révolte uon-seulement les membres des comités formés pour l'enrôlement, l'équipement^ Tarmement, la subsistance et la direction des insurgés, niais encore les prêtres, le» nobles, les hommes de loi, les officiers municipaux et les administrateurs ayuut pria pari s rinsnirection.

Que de pcraonnes compromises, et compromiees sans I excuse I Que de familles caeuaises, et des plus notables, iiiii'TCSM'c's diins cutto tfrrihU' (jucstiou de vie ou de mort! On comprend bien l'épouvante dont on rapporte qu'a été saisie une partie de la ville, eu voyant y rétablir le ponvoir du gouvernement central.

Mais le décret n'a reçu aucune exécution dans les mains de Hobert Lindet, de Duroy et de Bonnet. La Convention elle-même ne parut pas, quant alors, se plaindre de leur indulgence.

n est vrai que Louvet, qui invente si volontiers, et qui n'a pas d'ailleurs pardonné aox administrateurs du OlvadoB leurs dernières lâchetés, rapporte qu'ils n'en ont pal moins été ffmUotinés depuis. Vaultier lui reproche sa joie de mauvais goût, et eu détruit le fondement.

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De tous les hommes en effet qui ont pris part à l'insnrrection^ pas un seul n'y a trouvé la mort. Bougon de Longrais et Hicher n'ont péri que plus tard, pris dans Fétat-major d'une armée vendéenne, et Dom Manger également n'a été frappé qu'en l'an n, à Paris, par des causes autres que celle de l'insurrection normande.

La société des Carabots elle-même ne vit frapper aucun de ses membres. Il arriva seulement, et c'était bien le moins, qu'à leur retour au milieu de la Convention, Bomme et Prieur exposèrent que cette société monstrueuse, ont-ils dit, ayant d'ailleurs une organisation militaire que toutes les Législatives ont prohibées, exécutait elle-même ses arrêtés, paralysait le service de la garde nationale et l'action des autorités régulières, et œnstituait un état anarchique qu'il fallait détruire. La C!onvention rendit, en conséquence, un décret prononçant la dissolution de cette société, et déclarant ceux qui essaieraient de la reconstituer coupables d'attentat contre la liberté publique.

Dans la même séance, et sur la proposition du Comité de salut public, la Convention ordonne la démolition du donjon dans lequel deux de ses membres, arrachés à leur mission, avaient été retenus prisonniers, et, disposition qui ne fut pas exécutée, l'érection sur son emplacement d'un poteau indicateur des décrets de proscription des députés en fuite.

Elle parut ne vouloir rien conserver de l'édifice, puisqu'elle repoussa la proposition de Bomme de laisser une maisonnette au concierge, vieillard qui avait donné aux représentants, pendant leur captivité, tous les soins qu'il avait pu leur apporter. Tout ce que Bomme put obtenir.

La kSpbission daks lh caltados.

de sa proposition pour ce vieillard, c'est ane pensiou de trois cent* livres.

Les reprôsentanta, à Evreux, avaient déjà incorporé, dans l'année de la CooTention, la ]H>rtion des dragon» da la Iklanclie qui n'avait pas vodIu suivre l'armée iusurreotionuulle i^Tiieiiant la ville. Compli'tant cette mesure, le goiiveraeinout ordonna la r<.'}>artition de tous les dragons de la Manche dans les diffùrenta corpR de cavaiene de l'armée fram^aise.

Tels sont les seuls dikrets spéciaax que In CooTentioa ait imiKJsée k n&i comiiiî«»aircs, à Ca4>u, ce qni oe les (lispensait pas, il est vrai, de l'éxecution des dnsKts généraux, dout rapplicatlon possible épouvantait tnot fie familles.

Mais les trois représentants avaicut apport^!' dans le Calvados lo langage conciliateur et modéré qu'ils avaieat tenu dans l'Eure, et ^xâ faisait uu si grand contraste avec Iw ppédications toujours violentes, souvent sanguinaires de l'insurrection. Dnns leur lettre à la commune de Cnen, 28 juillet, ils lui avaient dit qu'ils venaient l'éclairer sur la situation, rassurer les bons citoyens, ramener les égarés, les inviter tous à la paix et à la rénnion. L'année de la Convention n'était-elle qu'une année destinée à donner la paix, à prévenir des malheurs, et & réunir les honunea, par des sentiments de fraternité î Dana lesr lettre du 31 mai, ils étaient revenus sur cette espressioa des sentiments et de la mission de leur armée ', et ils avaient prouvé qu'ils venaient travailler, de concert avec

(I] L'trmée ds Is République s'stsd», dsos le dép&rlemeDl da

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des concitoyens, à faire oublier des jours d'égarement et à en effacer les traces. Dans leur proclamation à Toccasion de la fête de Tacceptation de la Constitution , ils s'en prenaient aux malveillants qui excitaient l'effiroi, et se déclaraient, avec l'armée, les protecteurs des propriétés et des personnes, et ils parlaient de la démolition du donjon, en hommes qui ne se réservaient certainement pas d'en faire usage contre la ville ^

De tels documents ne justifient pas les lâches qui ont profité, plus tard, de moments troublés, pour s'en prendre à la personne de Robert Lindet et de Duroy, mais ils expliquent bien la reconnaissance qui se manifestait dans les rangs des anciens insurgés.

Aussi n'y eut-il bientôt plus de coupables dans la ville de Caen. Cette pauvre ville, encore plus innocente que la ville d'Evreux, avait été tout entière opprimée, terrifiée, placée sous le poignard assassin de la faction qui avait voulu dissoudre la Convention. Elle avait bien cédé, par contrainte, à des mandataires perfides qui ont souillé par leur présence une ville possédant des lumières et un pa^

GaWados, en continuant de mériter le nom d'armée de pacification que les citoyens d'Evreux lui ont donné.

(Lettre de Bonnet, Lindet et Duroy à la commune de Caen.)

(1) Depuis longtemps, les amis de la liberté sollicitaient la destruction de cette forteresse, effrayante par sa position hostile contre TOUS. Du temps de la monarchie, les généraux, les ingénieurs et tous les agents militaires s'y opposaient; les monuments de Tesclayage conyenaient à cette sorte de gouYernement. Aujourd'hui, de pareils édifices doivent disparaître ; dans un gouvernement libre, la loi seule doit commander aux hommes et aux cités.

(Proclamation du 9 août 1793, de Lindet j Duroy et Bonnet, aux habitants de Caen.)

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c à la dernière extrémité, et il doit avoir lien dans tonta € les villes, le même joar. A tont événement soyez prêts, « avec votre partie choisie, pour le 10 ou le 16 août. Les € mèches phosphoriqaes sont suffisantes : on peut en € donner cent à chaque ami fidèle, sans danger, vu que € chaque centaine ne forme qu'un volume d'nn ponoe c trois-quarts de circonférence, et de quatre pouces de c long. Nous aurons soin de pourvoir chaque ccmité de , c ces mèches avant le temps, i»

Aux instructions pour Fincendie s'ajoutent les instnictiens pour l'assassinat : c Nous espérons que les assas- € sinats se feront avec prudence. Les prêtres déguisés et c les femmes sont les plus propres à cette opération. »

La révélation des documents saisis dans le portefeuille anglais a excité partout, en France, une indignation considérable; elle était telle qu'on ne se trouva guère ni satisfait, ni rassuré, du décret ordonnant Parrestatioii immédiate de tous les étrangers qui se trouvaient en France, et on remarquait avec raison que l'étranger n'avait pas que des étrangers pour agents en France. L'incendie et l'assassinat, crimes qui se préparent et s'accomplissent dans le mystère, et dont il est si difficile de se garantir, élevés à l'état de système par un gouvernement puissant, effrayaient les imaginations, et les contemporains, — notre génération l'a vu, — en ont conservé, contre le gouvernement anglais, une impression de colère et de mépris qui a ravivé profondément les vieilles rivalités nationales.

On attribua au système anglais les incendies de Douay, dont il paraissait même être question dans les instructions anglaises, de Valdliciennes, de Lorient, de Bayonne et

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des parcs d'artillerie ; on attribua aussi au système anglais et les tentatives qui avaient eu quelque retentissement, et les deux assassinats de Lepelletier-Saint-Fargeau et de Marat. On ne savait pas alors que le prétendu Paris pouvait bien être Teller ou un autre Lepelletier, deux noms pour un même individu, et que le suicidé de Forges* les-Eaux pouvait être un voyageur assassiné et volé; mais on supposait que, quel qu'il fût, Tassassin de Lepelletier- Saint-Fargeau avait été un agent anglais. On supposa aussi que le couteau de Charlotte Corday était un couteau anglais et on le pensait souvent à Caen, quand on parlait du portefeuille anglais.

Si la ville de Tinsurrection appelait davantage en ce moment Tattention publique, ce n'est pas tant à cause de ces familles anglaises, dont il a presque toujours existé quelques-unes à Caen, qu'à cause des révélations spéciales à Caen, et résultant directement du portefeuille anglais. On avait lu en effet, dans les instructions datées du 29 juin, cette phrase : « Faites venir 0. . . de Caen ; > et cette autre phrase : « Envoyez 50.000 livres à Rouen, et 50.000 livres à Caen ; » puis encore cette indication : « A l'ami d'O. . ., il sera la personne la plus propre à être associée avec lui. Que l'argent ne soit pas épargné. » On avait lu aussi, dans une note de souvenirs : <( Juillet 2, envoyé G. avec M. à Caen. 60.000 livres. i>

Caen était donc bien évidemment l'une des stations des agences anglaises, et personne n'avait la simplicité de croire qu'elle fût restée, ou devînt actuellement sans aucune action sur les événements dont cette ville avait été le berceau; mais aussi personne ne parlait plus de modération quand il s'agissait des Anglais, de leurs agents ou

400 t-A BiPHKSSIO!! DANS LE CALTADOB

d« leure complices. Lindet, Daroy, Bonnet, sentaient éïidemnitot la difSculté de leur position olars. Ds eussentpn la Himiilifier, s'ils avaient voulu, comme d'antres, ourrir la porte aux répressions violentes ; mais, soit par système général, «oit par esprit local, ei l'on vent, ces trois proconsuld nonnundit tîtaient moins les juges que les protveteurs de leurs compatriotes.

Cependant la criRO se renouvelait terrible pour la Fronce, au mois d'août 1793.

La perte de ilaycuce et la perte de Valencienow n'titaicnt eUea-mêmea que symptomatiques, car l'invasion étrangère débordait par tous les points à la fois, alorsque la guerre civile n'était pas éteinte à l'intérieur, et que la tTahJHou, organisée partout, allait montrer, eu lÎTrant Toulon aus Anglais, qu'elle ne reculerait devant ancim crime.

Les ressources de la France ne lui faisaient pas défanl, elles s'étaient augmentées depuis 17â9, et la cuttare elleméiiie avait doiiblt'- i^es produits; mais les cîioses de première nécessité manquaient pourtant, et la popnlatioii était atteinte de faim et de misère.

C'était au moment où, sur une question d'ordre du joor, rftpre Billaud-Varennes allait crier à la Conventicm: Vorére dujour e^ le aalut de la patrie?. . .

Le recrutement en masse se faisait pour oppoaer une digne de chair humaine à l'Europe, se précipitant anr It France comme des avalanches de barbares. Une gnene d'extermination se faisait entre le gouvernement et lea insurrections. Une armée révolutionnaire s'organisait pour assurer les subsistances et faire la police à rintérieni; dans le désir du moment, un conventionnel demandait

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