‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 16 sur 198 · Tome l · texte numérisé non relu

Tome l

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parce qu'il en fut trouvé une copie, déposée par tmè main inconnue, sur leur bureau avant la séance èà 27 mai«

La situation ne pouvait guère se prolonger davantage, et pourtant on en venait encore à se demander s'3 lié convenait pas d'envoyer des délégués au Clergé, pour lé prier de continuer le rôle de conciliateur qu'on lui suj^iO^ . sait, et de tenter de nouveaux efforts auprès de la NoUessé pour l'engager à se joindre au Tiers-Etat et à commencet avec lui l'accomplissement de la mission qu'il tenait deé Communes de France.

Mirabeau ne s'y refusait pas, tout en faisant ses réserreé^ car le Clergé, partie expectante dans le débat, paraiaséîl , ne vouloir mettre personne contre lui, et attendre les événements pour se prononcer peut-être du côté du plué fort ou faire pencher la balance au moment opf>ortail t i < Adressons-nous à lui, disait Mirabeau, mais adressoiia^ ; « nous à lui d'une manière qui ne laisse pas le plus légei^ « prétexte à une évasion, y> et, joignant l'exemple an précepte, sans chercher aucune transaction dérisoire, il résumait nettement la situation avec une concisicm Hé laissant aucune refaite à ceux qui auraient voulu encore chercher un biais pour échapper à la logique et i Ul nécessité des choses. Il réduisait les arguments de li Noblesse à ce peu de mots : Nous ne voulons pas ndiiÉ réunir pour juffer des pouvoirs communs, et il disait quelle était la réponse très-simple du Tiers-État : Nous vauhm vérifier les pouvoirs en commun. Il faisait appel à la persé^ vérance et à la résolution des élus des Communes, ett ajoutant : « Je ne vois pas pourquoi le noble exemple <Sl c l'obstination, étayé de la déraison et de l'injustice^ né '

€ mnii point à Tosage d« la fiermeté qui t>laide poor 1« € râÎBdn ei pour la justice, y

Mais on était ainsi placé entre deux affinnatiens con<^

taires, nne sorte de cerclé vicieux dans lequel on ho

fopjmt rester toujours enfermé. Mirabeau le sentait, et co

l'était pas de ce moment seulement. Aussi^ quoique ne

Armalant pas encore une proposition décisive, il ramenait

de nouveau ses collègues à Tidée, qu'il s'efforçait de pro->

fâger, fue Timmobilité du Tiers-État devenait dangereuse

pont la eanse nationale : <i U më semble qu'il est temp»

€ sinon d'entrer en pleine activité^ du moiàs de nous

c préparer de maniète à ne pas laisset le plUs léger douté

c sur notre résolution, sur nos principes, sur la nécessité

< où nous sommes de les mettre incessammetit en pta*

c tique. Craignons qu'une plus longue persévérance dans

c wÀn immobilité ne coinpromette les droits nationaia en

€ profjagealit Tidée que le monai'que doit prononcer,

€ qu'au lieu de n'être que l'organe du jugement national,

€ il peut en être l'auteur, j)

La Noblesse, en effet, quand elle se croyait obligée à présenter des raisons, invoquait les précédents, et dans ces précédents on trouvait que, si les ordres ne pouvaient s'acoorder, un arrêt du Conseil devait prononcer sur le débat. Mirabeau trouvait cela déraisonnable, injuste, adieux; mais il savait que des prôueurs intéressés, selon 9Dn expression, propageaient cette désastreuse solution, qu'elle acquérait tous les jours des partisans et que la &tigue de la lutte et Tennui de l'immobilité lui attiraient des suffrages.

n proposa une dernière tentative, mais auprès du Clergé seulement, et non plus déjà en vue d'une trausac-

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tion avec la Noblesse : a: Je propose, dit-il, de décréter € une députation vers le Clergé, très-solennelle et trèsc nombreuse, qui, résumant tout ce que Messieurs de la c Noblesse ont allégué, tout ce que les commissaînsB c conciliateurs des Communes ont répondu, adjurera les € ministres du Dieu de paix de se ranger du côté de la c raison, de la justice et de la vérité et de se réunir k c leurs codéputés dans la salle commune. j>

Cette motion a été votée par acclamation et exécutée à l'instant même (27 mai 1789). Target rédigea l'invitation au Clergé dans les termes exacts et concis indiqués par Mirabeau ; il la porta et la lut au Clergé, à la tête de la députation ; puis, après quelques développements, il pria le Clergé de vouloir bien délibérer immédiatement sur cette invitation.

La réponse da président du Clergé avait été courtoise^ mais réservée : a L'ordre du Clergé, avait-il dit, va s'occu- € per avec zèle d'une matière d'un si grand intérêt. » Les députés du Tiers-État y trouvèrent probablement une raison d'insister davantage. Ils arrêtèrent de rester réunis jusqu'à la réponse qu'ils avaient demandée ; à trois heures de l'après-midi, ils envoyèrent dire au Clergé qu'ils attendaient sa réponse et qu'ils l'attendraient jusqu'à minuit et plus tard même.

Sans aucun doute, il n'y avait guère à espérer du Août clergé; il y avait dans ses rangs beaucoup d'hommes aussi dépravés, aussi avides, aussi attachés aux abus que l'était le cardinal de Bohan, qui gagnait tous les jours, au milieu de ces honimes-là, une importance qu'il ne devait pas à ses talents. Mais il y avait aussi à la tête de ce bas clergé que ne dominait pas un intérêt égoïste des curés

liTATS-O^éRAUX DE I78§ 85

éclairés, lettrés, qui avaient suivi le mouvement philosophique de leur siècle et n^admettaient plus que Tidée chrétienne fût étouffée par l'orgueil, le faste, la cupidité et la domination de la légion des hauts dignitaires que l'organisation du catholicisme avait imposés aux populations. Là était un danger, non pas seulement pour la cause particulière des prélats, mais aus8i pour celle de hi Noblesse elle-même, puisque le Clergé pouvait se trouver entraîné à faire cause commune avec le Tiers-État.

L'invitation lue par Target avait été reçue avec l'acclamadon accentuée d'une partie du Clergé, parmi laquelle se trouvait même Lubersac, évêque de Chartres, et qui possédait des abbayes dans le diocèse de Luçon et le diocèse de Bourges. H proposa de se rendre, sans autre délibération à l'assemblée des élus des Communes; mais mi autre évêque s'y opposa, fit remarquer qu'on s'y rendrait non pour consulter, mais pour délibérer, et que dans cette délibération les voix seraient recueillies par tête. L'invitation faite au Clergé devenait ainsi, tout naturellement, l'objet d'une discussion ; la discussion entraînait des débats qu'on s'efforçait d'allonger, et, c'est au moment où les députt^ du Tiers-État envoyaient dire qu'ils attendaient, m^me dans la nuit, la réponse à leur invitation, que le riergé leur envoyait une doputation pour leur annoncer qu'il prenait en grande considération leur proposition et s'en occupait continuellement, mais que, la séance ayant duré au-delà de trois heures, elle était remise au lendemain.

La remise au lendemain porta ses fruits. La Noblesse n'eut rien de plus pressé que de s'affirmer davantage et de consacrer plus encore sa puissance par un nouvel

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ajrrété à^nm netteté plus grande que le preipior» ^ oouptitutif du droit de veto pour ehaque^ ordre, o'est^^diDi du droit, pour un ordre, de perdre la Ftanoe, comm^ la Teto individuel avait perdu la Pologne. La Noblesse e«| pourtant recours à ce misérable charlatanisme de qptoiai que ne manquent jamais d'employer les intérêts égoiatoit les privilèges, les aristocraties et les usurpationa^ n invoquant la constitution de TÉtat, et en ren^M^ hommage, s'il le faut, à la liberté ellorméme. I^a obamlva de la Noblesse, dit cet arrêté, considérant que, dana le PLOment actuel, il est de son devoir de ae rallia è la fX>Bstitution et de donner Te^emple de la fenneté, oo9li%t elle a donné la preuve de son désintéress^nent, c dédait f que la délibération par ordres, et la faoulté (fmf^nê^ f cher (sic) que les ordres ont tous divisément, atml f constitutifs de la monarchie, et qu'elle persévèren g œnstamment dans ces principes conservateurs du trÔAt c et de la liberté. ^

Un autre ressort se mettait en même temps m mouvement. Les députés des Communes s'en apercevaient au moment où, attendant la réponse, du Clergé, ils reoa*^ vaient une députation de cet ordre leur annonçant qu*21 venait de suspendre la discussion parce qu'il avait wçii ' du roi une lettre par laquelle celui-ci témoignait le déatf que les commissaires des trois ordres reprissent ka ^ eonférences, cette fois, devant son ministre, le garde det ' sceaux. Le Clergé voulait seconder les vues du roi.

Une pareille lettre avait été adressée à la Nobleaifl^ ^ d'abord, s^as au>re formalité, puis, sur sa réûlamatiilpn, . aveo toutea le^ foro^alités et le cérémonial en usage "^f^ irvis d'une Chambre constituée.

iTATS-oâï^RAUX DB 1781 g?

Pea d'instants après, une lettre parvenait anssi aux députés du Tiers-État, mais ouverte, et même sans adresse. Elle portait néanmoins nne date, celle du 28 mai. lie roi tonoigcait sa peine et son inquiétude, après avoir Tonlu s'oocaper de la régénération de son royaume, de voir une inaction qui, si elle se prolongeait, ferait évanouir les espérances qu'il avait conçues pour le bonheur de son peuple et la prospérité de l'État.

Cette première partie de la lettre rentrait dans les mofsns astucieux déjà employés, on Ta vu, pour dépopolariser les députés du Tiers-État. La seconde partie tenUt à rouvrir les conférences pour avoir Toccasion de dore le diflférend par un acte de la volonté royale. € Dans € œs circonstances, écrivait le roi, je désire que les com« c missaires conciliateurs, déjà choisis par les trois ordres, € reprennent leurs conférences demain, à six heures du c soir, et pour cette occasion, devant mon garde des € sceaux et des commissaires que je réunirai à lui, afin « d'être informé particulièrement des ouvertures de € conciliation qui seront faites et de pouvoir contribuer € directement à une harmonie si désirable et si instante. € Je charge celui qui, dans cet instant, remplit les fonc- € tiens de président du Tiers-État, de faire connaître € mes intentions à sa chambre. 9

Une telle lettre appelait nécessairement une délibération dont l'importance se faisait sentir sur le champ. L'opinion publique déjà si vive, puissant appui des députés du Tiers-État, surexcitée dans cette grande ville de Paris, qui a été le plus souvent l'intelligence politique de la France, devait exercer son influence sur les résolutions qui allaient sortir de la délibération. Malouet

88 érATS-GÉKéRAUX DE 1789

s'empressa de faire une tentative pour l'écarter : « Attendu, € dit-il, 1q nature et l'importance de l'objet soumis à la « discussion, je demande que l^n délibère en secret, et € qu'on fasse retirer les étrangers. j> Mais il ne recueillit de sa proposition qu'une rude apostrophe de Volney; celui-ci avait déjà eu un ouvrage brûlé par la main da bourreau au pied du grand escalier du palais de justice, en exécution d'un arrêt du parlement, et, par cela même, il savait la valeur des délibérations secrètes pour ceux qui recouraient à ce moyen, et l'importance de s'assurer l'opinion publique, pour ceux qui avaient à combattre les oppressions. La réponse de Volney n'était pas seulement vigoureuse, mais elle établissait aussi un lien, et conome une solidarité entre l'Assemblée et la population. « Des a étrangers ! s'écriait-il ; en est-il parmi vous ? L'honneur « que vous avez reçu d'eux , lorsqu'ils vous ont nommés « députés, vous fait-il oublier qu'ils sont vos concitoyens « et vos frères? N'ont-ils pas le plus grand intérêt à <t avoir les yeux fixes sur vous ? Oubliez-vous que vous <r n'êtes que leurs représentants, leurs fondés de pouvoir? « Et prétendez-vous vous soustraire à leurs regards, « lorsque vous leur devez un compte de toutes vos dé- € marches, de toutes vos pensées? Je ne puis estimer d quiconque cherche à se dérober dans les ténèbres ; le m grand jour est fait pour éclairer la vérité, et je me fais € gloire de penser comme ce philosophe qui disait que <r toutes ses actions n'ont jamais rien de secret, et qu'il <r voudrait que sa maison fût de verre. Nous sommes <r dans les conjonctures les plus difficiles. Que nos conci- « toyens nous environnent de toutes parts, qu'ils nous <L pressent, que leur présence nous inspire et nous anime!

érATS-GÉ^^BAUX DS 1789 89

€ Elle n'ajontera rien au courage de rhomme qui aime < sa patrie et qui veut la servir, mais elle fera rougir le € perfide ou le lâche que le séjour de la cour, ou la pusil- € lanimité aurait déjà pu corrompre. i>

La proposition de Malouet ainsi écartée, les députés du Tiers-État se trouvaient enlacés dans une situation dont toutes les issues étaient également décisives et périlleuses.

Aussi le débat fut-il un débat de deux jours de durée, rif, passionné. Ceux qui demandaient la reprise si inutile des conférences établissaient qu'après avoir accepté l'entremise du Clergé, il serait indécent de repousser celle offerte par le roi, et prétendaient, ce qui était facile à dire, que l'intervention du roi n'avait rien de dangereux et que l'arrêt du Conseil, si redouté, serait nul et illégal s'il intervenait.

D'autres, comme l'ancien janséniste Camus, député de la ville de Paris, comme Buzot, ne voulaient pas fournir au roi l'occasion déjà manquée d'un coup d'autorité. Ils constataient Tinutilité de nouvelles conférences avec un Clergé qui s'enveloppait de voiles mystérieux et avec une Noblesse dont le dernier arrêté montrait toute Topiniâtreté.

C^ adversaires si décidés de rintervention rovale, dans un débat de si grande conséquence, ne pouvaient être en majorité, dans une assemblée encore tellement inipr''gnée du respect pour la majesté du trône, qu'il n'est pas inexact de dire que si Louis xvi, au lieu de reconrir à des mesures astucieuses d'abord, et despotiques ensuite, avait voulu rester en dehors des intérêts des trois ordres, il eût pu compter sur le dévouement du Tiers-Etat à la personne royale et à la monarchie.

90 ^ATS-O^iRAUX DB 1790

C'est encore Mirabeau qui indique le moyen le moins mauvais de naviguer au milieu des écueils. Ecoutona-le^ dans son langage respectueux pour le roi et plein de netteté sur Tacte : € Il est difficile de fermer les yeux sur € les circonstances où la lettre du roi nous a été remise. « n est impossible de ne pas distinguer les motifs de € ceux qui Tout provoquée du sentiment de Taugoste « auteur de cette lettre. Il serait dangereux de confondre « ses intentions respectables et les suites probables de < son invitation : un médiateur tel que le roi ne peut « jamais laisser une véritable liberté aux parties qu'il € désire concilier; la majesté du trône suffirait seule € pour la leur ravir. Nous n'avons pas donné le plus a léger prétexte à son intervention ; elle parait au mo« « ment où deux ordres sont en négociations avec le txoi* « sième, au moment où Tun de ces ordres est presque € invinciblement entraîné par le parti populaire. C'est € au milieu de la délibération du Clergé, avant aucun a résultat, après des conciliabules (je parle des assem- « blées nocturnes du haut clergé que la notoriété publique <L nous a dénoncées), que les lettres du roi sont remises « aux divers ordres. Qu'est-ce donc que tout ceci ? Un « effort de courage, de patience et de bonté de la part « du roi, mais en même temps un piège de la main des « druides; piège si l'on en défère aux désirs du roi, piège a si l'on s'y refuse. Acceptons-nous les conférences? « Tout ceci finira par un arrêté du Conseil ; nous seron.^i a chambrés et despotisés par le fait, d'autant plus infail- 4 liblement que tous les aristocrates tendent à Topinion 4 par ordre. Si nous n'acceptons pas, le trône sera ase siégé de dénonciations, de calomnies, de prédictions

fliniatres. On répétera, avec plus de force, oe qu'on dit aiQGQid'hiû pour tuer Topinion par tête, que les Gom* munes, tumultueuses, indisciplinées, avides d^indépen* danoe, sans système, sans principes, détruiront Tautorité royale ; on proférera, avec plus de ferveur que jamais, cette absurdité profonde que la constitution va périr BOUS Vinfluence de la démocratie. Faisons route entre ces deux écueils : rendons-nous à Tinvitation du roi, maia fiôsons précéder les conférences d'une dé* marche plus éclatante qui déjoue Tintrigue et démasque la calomnie. Le roi nous a adressé un hommage rempli de bonté, portons-lui une adresse pleine d'amour, où noQi consacrerons à la fois nos sentiments et nos principes. — Je propose d'après ces motifs qu'il soit fait à 8. M. une très-humble adresse pour lui exprimer rattachement inviolable de ses fidèles Communes à sa royale personne, à son auguste maison et aux vrais principes de la monardiie, et lui témoigner leur respeo* tueuse reconnaissance ; que pour s'occuper de concert avec S. M. de la régénération du royaume, faire cesser la sollicitude dont elle a été pénétrée , et mettre fin à la malbeureufte inaction à laquelle cette Assemblée nationale est réduite par l'incident le plus imprévu, elles ont autorisé leurs commissaires à reprendre les « conférences; que, cependant, les Communes se voient « dans la nécessité de déclarer que la vérification des € pouvoirs ne peut être définitivement faite que dans « l'Assemblée nationale ; qu'en conséquence elles char- « gent leurs commissaires de s'occuper de tous les expé- € dients qui, sans porter atteinte à ce principe fondac mental, pourront être jugés propres à ramener la

02 érATB*G]£KéRAUX DE 1780

€ concorde entre les divers ordres et à réaliser les espé- « rances que S. M. a conçues pour le bonheur et la « prospérité de l'État. j>

De la longue délibération engagée sur cet incident grave, est résulté enfin une résolution qui écarta, pour ce jour-là, la proposition de rejeter les conférences et de se constituer, et accepta les nouvelles conférences à la condition qu'à la fin de chacune d'elles, il y aurait un procèsverbal signé de tous les commissaires, à la condition aussi qu'elles ne seraient reprises qu'après la députation au roi pour lui présenter l'adresse explicative dont avait parlé Mirabeau.

La Noblesse et le Clergé également avaient fait chacun une députation au roi, et ces deux députations avaient été reçues avec célérité, selon le mot alors prononcé; mais la députation des élus du Tiers-État n'eut pas le même avantage. On en avait écrit au garde des sceaux; le garde des sceaux avait répondu que le roi était au moment de sortir, ne pouvait la recevoir, mais fixerait ultérieurement le jour et l'heure auxquels il voudrait l'admettre, et le garde des sceaux ajoutait que les conférences avaient été remises à aujourd'hui (30 mai), six heures du soir.

Le but de la députation se trouvait écarté ; elle devait porter son adresse avant la reprise des conférences; on se crut obligé de se rabattre sur l'idée peu pratique de ne les laisser clore qu'après que le roi aurait reçu la députation ; puis la maladie et la mort du Dauj)hin firent encore ajourner, et la portée de l'adresse au roi fut définitivement transformée en une démarche banale.

Le choix des commissaires nommés par le roi n'avait rien de rassurant pour les prétentions du Tiers-État;

érATS-G^éBAtJX DE 1789 93

qpédalement sur la question agitée, il ne pouvait voir en eux que des adversaires , sans en excepter Necker loimême, le csélèbre banquier genevois, homme vain, sans portée réelle, qui a voulu jouer un grand rôle, s'imaginant probablement devenir le Colbert d^un autre règne et se eiovant de taille à se poser en médiateur d'intérêts nationaux en conflit. Ses publications sur l'administration des finances lui avaient acquis une grande notoriété; ministre une première fois, il avait trouvé le moyen de faire face aux frais de la guerre d'Amérique, malgré Tépuisement des ressources, et sa popularité habilement exploitée par les réformateurs s'était augmentée de ce que Galonné, détesté, avait été vis-à-vis de lui, ce que Necker amt été vis-à-vis de Turgot et de ce que Galonné avait fini p«r faire exiler Necker.

Les conférences ouvertes de nouveau, en présence du garde des sceaux et des commissaires du roi, se sont ressenties jusque dans les détails du mauvais vouloir que le Tiers-État rencontrait partout; ses députés n'avaient pas le droit de s'intituler députés des Communes, ou du moins Messieurs de la Noblesse s'y opposaient ; les procèsverbaux ne devaient pas être signés des commissaires de la Noblesse, et le plus qu'ils pussent consentir, c'était qu'un secrétaire signât, mais ai>rès autorisation de leur ordre; quant à l'objet même des conférences, avant de procétler à l'ouverture de la conciliation, il parut convenable, ainsi que le garde des sceaux en soulevait la question, de discuter les principes, et on entendait clairement par principes les précédents en matière d'Etats- Généraux ; puis le comte d' Antraigues , au nom de la ^'oblesse, lut un mémoire établissant, en citant les dates

94 ' ^ATfr^âsiitAtnt dc iTSd

arec une exactitude assotément bien iniftile^ ({oe les Èkatm dont le» travaiut sont le plus connus n'ont pas délibésé en commun ; et^ allant encore plus loin (ce ^oi n'oarxlôi goàre une toie à la conciliation)^ il contesta aussi m zoi le droit d'intervenir par arrêt du Conseil^ chaque cbauibM des États ayant l'autorité suprême sur les membHMi quà 1* composaient. Enfin le mémoire de la Noblesse m terminait par la déclaration qu'il ne s'agissait pas d'établir une nouvelle constitution, mais de rétablir la constitutMMty appelant probablement ainsi l'ensemble des vieillerie^ imposées aux plébéiens.

Comme aux premières conférences, les députés du TlefV se sont laissé entraîner sur ce terrain discutant ^aveméli* la vérité ou la portée de tel ou tel précédent^ reoberehanêles procédés des anciens États. Tacite lui^^ême AxC discuté pour savoir s'il prouvait que de son tesips ofi é&t délibéré par ordre ..• é .

Les commissaires du roi, par Porga^e de Necker, Ofit? commencé par établir le droit du Conseil à intervenir dans le débat et à le vider par un arrê^ c'est au roi, seknir eux, que semblait appartenir en raison et en équité !# jugement final sur la question ; en proposant un moyen de conciliation, il avait fait une cession de ses prérogatives*' Kecker proi>osa donc que les ordres s'en rapportassent les uns aux autres pour la vérification des pouvoirs et êé^ contentassent de se communiquer leurs actes de vérifioa*> tion, pour en faire un examen rapide; que les contestationa iussent soumises à l'examen des commissaires des troitf ordres; qu'en cas d'opposition, l'affaire fût portée aui^oi^ pour qu'il rendît un jugement final.

Quoique Necker eût la précaution purement oratoire

de âédarcr qu^on pouvait ajouter, êî Ton voulait, que cette convention but la vérification des pouvoirs n'aurait aucune liaiBoii avec la grande question de la délibération par tête ou par ordre, il fidlait qu'il jugeât que les élus du Tiers^* État avaient Tintelligence bien épaisse, s'il espérait qu'ils se comprendraient pas qu'on voulait établir ainsi un point de départ subversif de tout projet de réforme.

Ges prcqpoBitions devaient être portées à chaque ordre par seii commissaires. Ceux du Tiers^État paraissent né pas s'être pressés et avoir voulu se laisser devancer paff ceux du Clergé et ceux de la Noblesse.

L'assemblée du Clergé, qui avait déclaré attendre la in des conférences pour prendre un parti, s'est néan- BMMiia Mtée de profiter de l'échappatoire, en acceptant inmédiatement les propositions des commissaires du roi^ ■ans aocmia réserve et d'en informer les deux auti^ cndrea.

La Noblesse aussi accepta les propositions royales, mais comme elle avait dans ses rangs des hommes plus féodaux que monarchistes et qui, conséquents avec euxmêmes, auraient plutôt élargi que rétréci leurs privilèges devant l'autorité royale elle-même, elle arrêta une rédaction qui donnait assez sournoisement à ces propositions une plus grande portée que celle qui avait été dans Tes* prit dn roi.

En même temps, le Clergé, s'emparant de la cherté des grains et de la misère des populations, se mit à déplorer que les débats soulevés entre les ordres empêchassent d'y ^jporter remède. Il délibéra et déclara prendre en considération un objet de si haute importance, puis il nomma une commission chargée d'inviter les deux autres ordres

96 ^TATS-GJÉNiKAUX DE i789

à s'occuper également du même objet. La Noblesse n'eot garde de récuser im moyen de popularité qui avait Tavantage de consacrer le mode de délibération et de votatioii qu'elle voulait faire prévaloir. Elle nomma une conoiini»sion chargée d'examiner avec les commissaires des autres ordres le moyen de remédier à la cherté des grains et à la misère publique.

Le roi aussi, recevant une députation spéciale qui lui portait l'expression des inquiétudes dont la chambre du Clergé se disait jt^r^^^J^ sur les besoins et les misères du peuple^ déclara que cet objet fixait depuis longtemps son intérêt et son attention.

Il n'avait négligé, disait-il, aucun des moyens propres à rendre moins funeste l'effet inévitable de Pinsuffisance des récoltes et il ajoutait qu'il verrait avec plaisir se former une commission des États-Généraux pour prendre connaissance des moyens dont il avait fait usage et s'associer aux inquiétudes qu'il éprouvait.

Les députés des Communes étaient ainsi mis en demeure de s'occuper de la misère publique et, pour s'en occuper, de cesser leur résistance au seul mode de délibération qu'on leur offrît. Mais, ruse opposée à la ruse, Bailly, qui présidait la réunion des députés des Communes, répondit immédiatement à la députation du Clergé qui apportait sa délibération, que le vœu le plus ardent des représentants du peuple était de venir à son secours, que l'arrêté du Clergé les autorisait à croire que cet ordre partageait leur impatience à cet égard et qu'il ne se refuserait pas plus longtemps à une réunion sans laquelle les malheurs publics ne pouvaient qu'augmenter.

L'ordre d'idées que Bailly avait suiW pour renvoyer an

irATS-O^N^RAUIlt DE I7to 97

Clei^ le piégé qu'il avait dressé pour le Tiers-État, eut pour cx^nséquenoe immédiate une adresse que l'assemblée ▼ota par acclamation et qui fut portée sans retard au deigé pour lui dire : Pénétrés des mêmes devoirs que vous, touchés jusqu'aux larmes des malheurs publics, nous vous prioufi, noua vous conjurons de vous réunir à nous dans Tinstant même dans la chambre commune, pour aviser iox mc^ens de remédier à ces malheurs.

Le Clergé, ainsi mis en demeure à son tour, éluda une réponse décisive ; il promit d'agiter sérieusement la question, il ajourna le débat à un moment où il serait plus nombreux, puis il n'en parla plus.

Mais on suscita du mécontentement dans le peuple et trois jours s'étaient à peine écoulés qu'on avait insinué diDs les rangs de la multitude que les députés des Commîmes avaient rejeté la proposition du Clergé sur la disette, pour favoriser les accapareurs de biens.

La voix de Mirabeau ne fut que Técho des réclamations d'an grand nombre de députés, quand il constata que les Communes ne pouvaient, sans s'exposer au plus grand danger, différer plus longtemps de prendre un parti décisif et, servant en quelque sorte d'introducteur à Sieyès, il annonça qu'il avait à développer et à proposer ime motion de la plus grande importance : c'était l'acte à faire porter par une députation au Clergé et à la Noblesse pour leur faire une dernière sommation que Sieyès consentit volontiers à transformer en invitation, qui, pour être modérée dans ses expressions, n'en était pas moins nette et décisive dans ses déterminations : <l Nous c sommes chargés par les députés des Communes de c France de vous prévenir qu'ils ne peuvent différer

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