CHAPITRE XIX
'i THERMIDOR
La lisle Jo UuDiiarotli. ~ Discours do Roljesplerre. — Séu oragcnsc dir til Iticrmldor. — Itobespicrrc n'esl plne iua4 de l'AsBeiuHce. — Il va au» Jacobins. — Il y «si écoalt.- Trkcuiliun du 8 au 9 (hemiidur. — Les Jacobins ToDl I nouveau 31 mai. — Séance du 9 thermidor. — Tnlticn Ëon poignard.— Luttes mémorable». — La tribune empoi^ d'aasaul. — Roliespierre déerétë d'accusation. — Appelé, la liarre. — Boliespîerre jeuoe et Lebas. — Le Uoniltu
— Insurrection de la Commune et des Jacobins. — CoQliihl
— Heorint ivre. — Siège de la Convention. — Epoutari de i'ABBftmblce. — Héroïsme de Coilot d'Herbois. — | Convention se relève. — Klle envoie des dépotés >ui sa lions, I l'hAtcl-de -ville. — Sceau de IleurG de fys. -~ Vi BUrreclion eet vaincue, — l'.e qu'en deviennent les cliel
— Eiéculions !
Le Comité de salut public n'avait pas négligé d'éti les démarches et les paroles dn collègue dont il b' cru obligé de repousser enfin les exigences. Ses meni n'étaient pas hommes, et ils l'ont prouvé, à ne pas a une situation et ses conséquences, Â manquer de c d'œil jusqu'à ne pas voir venir l'orage qui se prépe et de résolution jusqu'au point de se laisser foudt faute d'avoir cherché un abri.
Bans ce comité, cinq et même six de ses membrca
suivi attentivement les événements qui se préparaient, et quelques-uns redoutaient même les déchirements qui pouvaient compromettre la destinée de la République, au moment où son horizon s'élargissait. Les noms de Carnot, Robert Lindet, Barère, Collot d'Herbois, Billaud- Varennes, Prieur, formant d'ailleurs la majorité dans le gouvernement, ne se prêtent guère à la supposition sérieuse d'une conspiration contre les républicains, quoiqu'on se soit depuis demandé si Barère n'était pas quelque peu orléaniste.
U est possible que cet homme, si pratique, si souple, trop souple assez souvent, à longues prévisions, ayant trop de sens pour n'avoir pas fait partie des politiques qui avaient déploré que la Révolution et ses institutions eussent été laissées aux mains de la dynastie contre laquelle elles avaient été faites, eût préféré une dynastie enfant de la Révolution et liée d'intérêts avec elle ; il est possible que, plus tard, déjà dans la tourmente, Barère ait considéré Philippe-Egalité comme une dernière ressource à opposer à l'émigration et à l'ancien régime. Il est au moins probable qu'il a eu quelques relations de ce côté, puisqu'il est vrai que, venu à Paris sous le règne de Louis-Philippe, il a eu une entrevue avec lui, et que celuici, qui savait que le désintéressement du conventionnel l'avait appauvri, a voulu que l'on prît sur les fonds secrets pour constituer une pension de deux ou trois mille francs au nom de M. Barère de Vieuzac ; mais, et malgré les reproches légitimes qu'on peut faire au caractère de Barère, tout cela ne prouve rien, ni sur le 9 thermidor, ni contre Barère lui-même, qui est, après tout, l'un des sauveurs de la nationalité française.
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A. cûté d« la Ditùorîté du Comité de eaJut pnblic, il fast bien placer le Comité de sûreté générale et surtout «es principaux membreB, t«U que Vadier, VoiiUuud, dont rarrextaitioD avait été detuatidée par Hobespierre, pui* Buurdou (de l'Uiae), Talliou, Foncbé, Legendre, Tliuriot, Caïubuu, Dubois-Crancé, et tous ceux qui se eeutaient perdub égalemc'ut, ai la puiseance de Robespierre n'était renveraée. Aesurémeut la question avait aasez d'importance, et ils n'oDt pas eu besoin, od èo l'imagine biea, de nouer les tila d'mie conspiration pour s'entendre 3UI bbs défeDse commQoe.
Que, dans tous ces préludes d'une lutte si décisive pour queJqaea-aus, on ait usé de ces procédés conunuuii i toutes les assemblées politiques, i?t qui ont pour objet de 8'attirer et de s'assurer une majorité par les iuHneDoea individaellue, c'est ce qui n'est pas douteux. Il fallut convaincre et encourager surtout quelques -nns d«a hommes influents sur tette misérable Plaine, qui donnuit la iiiiijurilé 1I1UI8 la Convention ; il fallait obteair Sieyès, qui pouvait être un trait-d'union entre la Montagne et ta Plaine, Boissy d'Âuglas et antres, qoi étu«it les bommes importants de cette faction ; la Plùne, ians initiative et sans courage, égoïste et servile, voyait qu'il ne s'agissait pas d'elle, mais encore de quelques têtes étrangères comme toujours à son groupe; elle ne sentait donc pas la nécessité de se faire une affaire avec le parti de Robespierre, qui n'aurait jamais intérêt à frapper les hommes de la Plaine. II était difficile de vaincre de tellei résistances, puis d'enlever les bésitations, pour obtenir enfin un appui certain ; les promesses faites étaient elle»mêmes peu sûres, mais les adversaires de Bobespîerre
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étaient dans cette situation que, s'ils pouvaient l'emporter avec le concours de la Plaine, ce concours leur manquant, ils n'en devaient pas moins faire des efforts désespérés ; perdus pour perdus, ils devaient essayer de se sauver.
Il fallait de la mesure, beaucoup de mesure, car, si l'on eût attaqué Robespierre, si le comité lui-même s'était montré quelque peu agressif contre lui, la Plaine, effrayée de cette audace, aurait immédiatement obéi à la pression extérieure. H n'en était pas de même, si l'on se plaçait au point de vue d'une résistance, d'abord modérée, toujours calculée, à une attaque dirigée par Bobespierre contre des conventionnels, le Comité de sûreté générale et le Ck)mité de salut public lui-même ; la Plaine, effrayée d'un nouveau déchirement, pouvait, soutenue par quelques-uns des siens, se rallier avec plus de netteté au gou'^ vernement contre Robespierre,
Un travail dans oe sens, le seul qui pût se faire, oar on comptait si peu sur l'extérieur qu'on ne s'occupait même pas de le détacher de la cause de Robespierre, un travail dans ce sens a dû s'opérer. Aussi, peut-on s'expliquer un document presque inconnu, dont la source, certainement véridique, en fait un véritable document historique : la liste des conventionnels qui sont les auteurs de la chute de Robespierre au 9 thermidor. Cette liste a été dressée, évidemment sans intention de suivre aucun ordre, et seulement pour ne pas laisser éteindre ses souvenirs, par Buonarotti, si mêlé aux choses et aux hommes de la Révolution française, et mort à Paris en 1836 ou 1837 seulement. On pourra le retrouver plus d'une fois dans des récits de la vie politique de Robert Lindct; ceux qui l'ont connu n'ont partagé qu'en petit nombre ses
rêves politiques, qui tenaient ei pen compte^ Is&ailif i snivie par les société» humaines, mais ils ont toos BcoeptÂ, sur des faits acciriiplix, In parole toujours vûndiquo àe ce vieillard, La UsU- pur lui ilressée, revue, coQtràlée fitr MM iLiuis, a dû ^tre d'ailleura un éiément de cett« l'-poralion qit'iU voulaient faire, alors qu'ils e^sayaiuot da renverser lee tliermidorieus an pouvoir, et de recoaslîtDcr 1& Convention des Jacobine vaincus au 9 thunmdor. Or, void ce docTunent laissé dans son pêle-mêle : Si Bewbell, Merlîu (de Thionvîlle), Barras, Fréron, Rovù^ Ponltîer, Bourdon (de TOÎse), Tallien, Legendre, Geoffroy, Lccointre (de Versailles), Fouché, André Domoftl, Courtoia, Cltiuzel, Dubois -Crancé, Buamps, Vadier, Âmar, Jagot, Caruot, Billaud-Varenne», C'oIIot d'Herbois, Barère, Voullund, Cb. Duval, Bajie, Qranet, Mariboii tle Montault, Gamier (de l'Anbe), Thinon, l'atûs, Canibuu, 'nniriot, BentaboUe, Léonard Bouidon, r Robert Lindet, Merlin (de Donai), Bréral, Ëcbass^nMox, Cliar]i(!r, Diibarrau, Féraud, Goupillaud, Delraas, Elle Lacoste.
Robespierre devait donc rencontrer, dans la ConventÎMi, une coalition de quarante-sept membres résolos & la ifsistance, l'organisant enfin, dispersés çà et là parmi lenn ooUègnes, y concentrant des influences diverses snr oa point unique.
Tel est l'état des choses et des esprits, le 8 thermidor au matin, alors que BobcHpierre, maître à l'extérievr, vent être maître aussi à l'intérieur de la Convention.
Quand il aborde la tribune, le silence est complet. Il y lit un discours, un long discours, auquel, ditron, il ■ travaillé longtemps, un discours d'une grande inhabileté
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^ dans lequel Tesprit de dénigrement se montre trop à découvert, pour ayoir la prétention de s'imposer comme redressement d'abus reprochés à un gouvernement; il semble éprouver du dépit des victoires de la République, car, s'il débute en répondant au compte-rendu du comité: m Que d'wtres vous tracent des tableaux flatteurs, je viens « vous dire des vérités utiles. . ., d il va jusqu'à s'écrier plus tard : <c Pourquoi ces discours que l'on vous fait sur ^- € le succès des armées, qu'on vient décrire comme si elles « n'avaient coûté ni sang, ni travaux? Le système de <i Dumouriez est suivi dans la Belgique. . . l'administra- « tion militaire s'enveloppe d'une autorité suspecte! » Bobespierre ne connaît rien aux affaires de finances; d'un autre côté, la probité de Cambon est notoire, Cambon a constamment oublié non pas seulement son intérêt personnel, mais même son intérêt de parti, et, placé au point de vue élevé de l'intérêt financier, il a voulu, en combattant amis comme adversaires, rétablir la fortune de la France à travers des décombres ; Robespierre sait cela comme tout le monde, mais, soit excès d'audace, soit privation de jugement, comme il a voulu obtenir la tête de Cambon, il n'hésite pas à attaquer ses opérations sans les comprendre et à s'écrier : <c Dans les mains de qui € sont vos finances? Dans les mains de Feuillants, <c de fripons connus, des Cambon, des Malarmé, deà a: Ramel! y>
n attaque sans discernement les hommes, les choses, le comité de salut public, le Comité de sûreté générale, visà-vis duquel il montre assez peu de tact pour ne pas dédaigner, mais pour réveiller au contraire l'affaire dé Catherine Théot, qui se disait mère de Dieu, et qui appe^