ACCUSATIONS DE LECOINTRE
La loi de prairial rapportée. — Fouquier-TinYille à la barre de la Convention. —Accusations de Lecointre contre quelques membres des comités. — Complicité de Taliien qui reut un autre 9 tliermidor à son profit. — Ses prétentieuses déclamations. — Thuriot sait lui répondre. — Examen par article des lâches dénonciations de Lecointre. — Gloriflcation du Comité de salut public. — Quelques députés Tealent pacifier le débat. — Audace de Billaud-Varennes. — Vadier escalade la tribune et veut s*y tuer. — Tumultueuse séance.
— Le président, Merlin (de Thionnlle), en escamote la fin.
— La CouTention yictime de ce méfait. — Mais les accusateurs de la veille deviennent les accusés du lendemain. — Comment Legendre définit la parole d'honneur. — Lecointre, obligé de produire des pièces, n'eu a aucune. — La Gonveution déclare, par décret, les accusations de Lecointre calomnieuses. — Tallicu, vaincu, se retire du Comité de salut public. — Lui et ses pareils sauront bien poursuivre leur œuvre contre-révolutionnaire.
Il y a, dans la Couveiition, un bon nombre de Mont; gnards encore i)leins de colère de la mort de Dantoi r(mibre de Danton, i)lanant i leurs yeux, au 9 tliermidc ne les a pas rendus les moins ardents à renverser la juii sance de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just.
11 y a, dans le Comité de salut public, deux liomm qui, par des raisons non encore expliquées ou mal expi
AoonsAnoKS de LECODfrrBX 517
quées, se sont montrés résolus à la perte de Danton, à laquelle Robespierre a résisté d'abord, mais qu'il a su pouvoir retrouver au moment opportun, c'est Billaud- Yarennes et Camot. Il y a, à côté d'eux, deux autres membres du comité sans lesquels les adversaires de Danton ne seraient pas parvenus à le sacrifier et qui l'ont abandonné à Robespierre, c'est Barère et OoUot d'Herbois.
n est facile de raviver ces plaies dans les rangs de la Montagne elle-même, et même auprès de ce Legendre, si courageux quand il n'y a pas de danger, si lâche dans le péril, si bas dans ses sentiments, qu'il est le seul représentant en mission qui ait préféré la carmagnole à son costume officiel.
Mais il y a aussi dans la Convention un révolutionnaire ardent, que les uns ont appelé un inconsidéré, un imprudent, que d'autres ont dit être un fou ou un homme en délire et qui, comme tant d'autres, n'avait de règle de conduite que lorsque Danton lui en fournissait : c'est Lecointre (de Versailles), qui a, comme tant d'autres aussi, courbé la tête devant le dominateur, quand il a sacrifié Danton, qui s'est contenté d'en garder un ressentiment et qui est de plus un de ceux menacés par les exigences 4e Robespierre, lors de la rupture de celui-ci avec le Comité de salut public.
Lecointre n'a pas été au moins sans quelque liaison avec Fouquier-Tinville, puisqu'il l'a reçu à sa table. Il pouvait savoir que l'abominable loi du 22 prairial, œuvre de Robespierre et de Couthon, avait été l'objet des critiques de Fouquier-Tinville lui-même; aussi Lecointre eut-il la bonne idée de faire rapporter cette loi ; mais sa
A«eDUKotn DB :
proposition fut l'occagion inatte tation de Fonquier-TiDviHe. Aa an ureetstiOD et cherchant sa procès qui devait trop solliciter ] vit à la Convention pour lui ana iïuportAnte et oùceseaire à ea dé:
Tait fuire et on fît en efTet la ConTcntioD ne devait pas suivre qne pour lea autres individm devant le tribunal fju'i! devait
Maie Lecoùitre conviTttt en Fyuquicr, pour « que la Conï « eu bouche quels étoieut les « mouvoir. i> Non-seulement h décrétée, mais oucore elle fix quelque combinaison, née des h sions diiTérentes, qui commença
Foaqoiflr-Tinville, admis à 1 ses rapports, comme accueateur sûreté générale, plus exceptio salut public ou plutôt avec Bc butioDH duquel le tribunal réi Tout cela montrait l'usage bie:
avait iait de ses fonctions, maie et ce qui était la vérité, il e n'avait été qu'un instrument di racontait, et il s'efforçait d'étal à Robespierre : f lie citoyen Me
< tait-il, peut môme vous dire
< trouvait aussi le citoyen Lecc « pierre d'une maniâre déeavaii
AOCfUBATIONS DE LEOOINTBE 510
Sur ce, Merlin (de Thionville), devenu l'on des amis de Tallien, et que Ton a dit n'y avoir pas perdu comme fortune personnelle, demanda à Fouquier de s'expliquer sur la conspiration de Pétranger et sur celle du Luzembouig, et, à Bréard, sur Catherine Théot.
Tallien fit observer, avec raison, qu'il n'y avait pas lieu à un véritable interrogatoire. H avertit bien Fouquier que, quoiqu'il eût annoncé des choses importantes, il n'avait rien dit jusque-là qui fût digne d'être recueilli ; mais, quelle que fut l'ignorance de Tallien en affaires, il savait bien que Fouquier n'avait été qu'un hideux instrument, et pourtant Tallien ajouta : <c S'il a des déclarations c à &ire pour le salut de la patrie, qu'il les fasse sponc tanément, et un homme comme lui, qui a été initié c dans tous les mystères d'iniquités, doit savoir des c choses précieuses. »
Fouquier, mis sur la voie de l'affaire du Luxembourg, la reporta, probablement avec raison, au compte d'un agent de Robespierre, et prétendit que le projet de juger les cent soixante inculpés à la fois appartenait à Dumas, le président du tribunal, qui avait dit en avoir l'ordre du comité. Fouquier ne l'avait pas cru et en avait écrit au comité, mais c'était Robespierre qui avait décacheté sa lettre. Il alla le soir au comité. Qui s'y trouvait? < Je c me rappelle, dit-il, y avoir vu les citoyens Collot, Bilc laud, Saint-Just, Robespierre et un autre dont je ne c me souviens pas bien, mais que je crois être le citoyen c Camot, et il fut décidé que les cent soixante personnes c seraient mises en jugement en trois fois. Quant à c Catherine Théot. . . le comité était assemblé. Je remis € les pièces sur le bureau ; Robespierre s'en empara^ ety
520 ACCUSATIONS DE LECOIKTRB
c lorsqu'il commença à les lire, tont le inonde sorti c manière que je restai seul avec lui et Damas. »
C'est petit, c'est misérable; il en ressort pourtant < noms, peut-être trois, et en des circonstances, il est ' qui ne suffisent pas pour faire que les adversaûres de bespierre aient été ses complices, mais c'est peut assez déjà pour agiter deux noms et avoir les prol mènes d'une inculpation ; les interrogatoires de Fouq pourront peut-être apporter autre chose, qui sait? taupes, d'ailleurs, savent bien qu'il faut commencer galerie pour se faire un logement.
Un des moyens de Tallien, l'ancien terroriste moi gnard, et qui deviendra, ce qui est souvent ainsi, un roriste réactionnaire, un de ses moyens personnels, c l'attaque contre les personnes. Est-ce par la voie d calomnie ? Il ne l'avoue pas précisément, mais il laisse moins dans l'indécision.
Quand il est question de la presse, il y a trois systèi en présence : le j)remier, qui semble inventt3 par les pons, veut qu'on ne puisse rien dire ni prononcer cob les fonctionnaires prévaricateurs ; un honnête boni aura la preuve qu'un homme publie est un fripon e\ offrira cette preuve, ce sera le fripon qui fera condam riionnéte homme; il suffirait de quelques années d'; plication de ce système, pour faire, de quelque gouven ment (juc ce fût, un gouvernement de conciissionnai et de voleurs. Si le premier système, convenant si pari tement à Tallien et aux jrcns qui Tescortent, est comm( et facile, il emj)èche l'action actuelle que Ton suit, second système n'est ni moins commode ni moins faci et il ofire cet avantage qu'il va tout directement a
ACCUSATIOKS DB LSOOUrrBB 521
beBoîns du moment, car il faut, pour tons ces gens-là, se débarrasser à tout prix d'hommes an moins importnns; 06 second système, que Tallien développe en séance des Jacobins réffénérés^ le 6 fructidor an in, consiste tout simplement à donner à la presse le droit de tout dire, même de calomnier : quant à la loi sur la calomnie, il pense qu'elle ne peut pas exister, et il rappelle, en en attribuant, sans doute à tort, le mérite à Loustalot, un mot portant çtie la calomnie est peut-être utile en réfx>lii' tùm. C'est ce que Tallien appelle épancher son coeur. Quant au troisième système, celui des politiques intelligents et honnêtes qui veulent que la presse soit un frein et ofi&e une garantie tout à la fois, et qui a pour objet de tout permettre contre les hommes publics, à la condition de tout prouver^ Tallien n'en aurait pas voulu.
La théorie de Tallien va bientôt recevoir son application, et même sans danger pour les journaux qui veulent tuer la Révolution.
Lecointre portera un coup. Quels sont les instigateurs ? n sont probablement de trois sortes de gens : ceux qui veulent fidre le procès à la Révolution, ceux qui veulent Be substituer au Comité de salut public, et un peu aussi ceux qui cherchent un dérivatif favorable à Fouquier- Tînville. Dans tous les cas, il est certain au moins que Lecointre a communiqué son projet à Fréron, à Tallien et à Legendre, trois hommes alors en parfaite communion de sentiments et d'action. On peut bien admettre que Legendre a donné le conseil à Lecointre de ne pas suivre son projet, puisque Legendre l'a déclaré à la tribune en termes qui peuvent faire croire à sa sincérité ce jour-là ; mais on a eu tort de l'écrire aussi et de le répéter à pro-
poti de Tallien ; c'eBt mettre trop d'empressement à Im rendre un serrice qu'il n'a pensé Inî-méme à &e rendit quu le 17 fmctidor, trop tard, et en des ciroo&stanca telles qu'il a'a fait illusion à personne.
Donc, à la Beiince de la Convention natîoDale du 11 fructidor, Lecointre (de Versailles), parfaitement d'accord avec Tallieu, préparant anssi parfaitement la combituiison que Talliea sait, monte à la tribune et déclare que, le lendemain, à denx henres, il demandera la parole i>oa douutr lecture de faita précis contre trois membres da Comitti de aalut public et quatre membres du Comité de Bflretii goiiérale. Et, comme le soupçon ne doit paa planer sur tuua, il indique sea accaséa, qui sont Billaud-Varennes, Collot d'Herbois et Barère, puis Vadier, Voulland, Amar et David.
Pourquoi quelques^nns des membres des comité, et pas tous î C'est ce que jamais personne, ni Lecotntie hâméme, n'a bien expliqué. '
Quoiqu'il en eoit, aussitôt l'annonce faite, Legendrese h&te de dire que la Convention- décidera, demain, ti elle doit loi accorder la parole; mais Boordon (de l'Oiae), qui D'à pas encore peur de la réaction, qui ne f-harrfiw paa encore où ae tronvera le succès, qui n'en est pas enccn arrivé à se ûôre volontiers l'instrument du royalisme, et qai montrait quelquefois du jugement et de la droitnie, rappelle que, lorsque sept représentants ont été incnlpét, il &ut décréter que l'accusation sera entendue, pour que l'accuBatenr reçoive les éloges dus à son courage on la punition due à sa calomnie.
Il est ainsi décrété. Mais, sans qae rien n'en fomnisse m apparence l'occasion, Tallien, qui avait dit qu'il roolaît
rv
ACCUSATIONS DE LBOOINTRB 523
fidre, le 10 frnctidor, nne seconde édition da 9 thermidor, copie Robespierre an 8 thermidor; il monte donc à la tribune, lit tm discours, long travail rempli de lieux communs, de déclamations qui visent à des hauteurs c philosophiques, -» a-t-on dit, mais qui n'en sont pas moins ridicules.
n donne la définition d'une révolution, définition que sa vanité lui fait croire évidemment profonde; il recherche si le gouvernement révolutionnaire est le gouvernement propre i achever la Révolution, ou bien agissant à la manière de la Révolution; l'ancien terroriste montagnard arrive ainsi à la terreur : € Ses caractères méritent, dit-il, c d'être remarqués; la terreur est un tremblement habi- € tuel, général, un tremblement extérieur qui affecte les € fibres les plus cachées, qui dorade l'homme et l'assi- € mile i la brute ; c'est l'ébranlement de toutes les € forces physiques, la commotion de toutes les facultés € morales, le dérangement de toutes les idées; le renver- € sèment de toutes les affections; c'est une véritable € désorganisation de l'ftme, qui, ne lui laissant que la € fiusulté de souffrir, lui enlève, dans ses maux, et les € douceurs de l'espérance et les ressources du désespoir. € La terreur, étant une affection extrême, n'est susoepc tible ni de plus, ni de moins. La crainte des lois, au € contraire, peut être augmentée suivant le besoin. ]>
Quelle profondeur d'esprit I Tallien est décidément tm grand homme. Du moins la majorité le pense, aussi ya-t-elle demander l'impression du discours.
Mais sa conclusion ? C'est un projet de décret sur les choses déjà décrétées ou inutiles, ou qui ne font pas la niatidre d'un décret, telles que le maintien du gouverne-
meut rârolotionnaire jusqu'à la paix et l'incompatO^ de lu rûuuiou annuelle des asaembléee primftïres arec;* goaverooineDt 1 l'urticlc S porte que la terrenr <)iu pi sur tons est l'arme la plus puinsantâ de la tyrannie; ^ la jnstice au contraire est la terreur des mécbsnta; EU flaiiii l'article 4, si Tallien ne reproduit pas sa théorie l la cftlomnie, il gi'uéralise et dit que les poursuites diri^ oantru lus tierivains qui ont librement écrit lears (qûod «ont des moyeua de terreur. {
Tallien ne se borne pas à rechercher les moyeati &ire attaquer, sans danger, par les journaux, les homtf qu'il veut renverser; il prépare les voies de la cxmd naisoQ à laquelle Lecoiutre donne son concours. Le dért que propose Tallien autorise son discoure, « nitStlitiS loq tutnpB. » Lu discour» autorise sinon de ridicules défis tians de la terreur, du moins & en parler ; la terre autorise tontcts les déclamations générales que l'àmc M eible de Tallien peut suggérer; eUes aatonaent i la tour un appel aux vengeaucos nu môme au besoin de a curité. Aussi dit-il que l'ombre de Robespierre plu encore sur le sol de la Itépublique, et que la Couventit a beaucoup fait, le 9 thermidor, mais qu'il lui reste enco beaucoup à faire. Une nouvelle secousse lui parait i préparer : elle a ses causes appareutes et ses causi secrètes, et Tallien, l'homme aux antécédents ignoble s'écrie avec audace : fl Les causes secrètes sont, d'un dt a l'aversion et le ressentiment excitée par les homm « qui ont partagé la tyrannie de Robespierre; de l'autr < Taversion, la crainte ou l'envie qui animent cont a ceux que l'on sait disposés à combattre ses émules i 4 tyrannie ou ses égaux eu cruauté. » Nul donte que o
ni
ACCUSATIONS DE LBCOINTBS 525
mots ne s'adressassent à tout homme qui ne se livrait pas à Tallien et ses semblables, ou qui ne montrait pas de l'admiration pour les vertus de ces gens-là; mais cette majorité, qui est réduite à faire de Tallien son héros, ne manque aucune occasion de montrer son admiration; elle demande en ce moment l'impression de son discours, qui fera suite à la prévoyante annonce de Lecointre. Voilà un bon point de départ pour aller plus loin, et arriver à un coup de majorité contre les adversaires de Tallien.
Pourtant, un député, Lefiot, encore étonné, à ce qu'il paraît, des gambades oratoires de Tallien, dit : <i H &ut < bénir sans doute la philosophie, dont l'étude rend les € hommes meilleurs et justes, mais j'observe que tel, c qui dans ce moment déclame à cette tribune contre le c système de terreur, vantait jadis à cette tribune l'utilité c de ce système. "»
Lefiot ne nomme personne, pas plus que Tallien ne l'a fSût, mais on le comprend tout aussi bien qu'on a compris Tallien, et on lui crie qu'on ne veut pas de personnalités : elles n'atteignent plus, il est vrai, le Comité de salut public, mais elles peuvent blesser la délicatesse de Tallien.
Lefiot, qui improvise, n'étale pas, il est vrai, les prétentieuses définitions dans lesquelles Tallien a montré les profondeurs de sa science sociale, mais Lefiot signale combien il est remarquable <i que, depuis quelques jours, € tous les écrits débités à cette tribune, ont répété qu'il € fallait enfin établir le règne de la justice. ]> Ce Lefiot a des méchancetés, il devient audacieux quand il prétend que tout le monde veut la justice, et surtout quand il s'empare de l'une des définitions de Tallien. Si on ne le
526 AOCoa^TiOKS de lsgoiktrb
rappelle pas à Vordre^ on peut bien au moins crier : Tor dM, jour! et) plus tard, on lui montrera qa^on se souTi de lui.
Thuriot, un vrai thermidorien^ lui^ mais qui n'est ] un exploiteur du 9 thermidor, adresse parfois des oom] ments personnels à Tallien, et les lui fait payer cher, trouve que Tallien aurait réuni tous les saflBrages, avait eu le courage de prononcer son discours six in plus tôt. Thuriot sait bien qu'il 7 a des hommes qui 1 des erreurs à se reprocher, mais il répond à Tidl qu'aucun membre de la Convention n'a été toigo exempt de faiblesse. Ce n'est pas par des attaques pai culières qu'on sert la République. Lorsque le sol marche à l'ennemi, s'il se retournait pour s'occuper d'i querelle privée, on le punirait de mort : c Eh faii € s'écrie Thuriot, ce que nous dirions à un soU c disons-le à nos frères égarés; empêchons qu'ils c retournent pour s'occuper de vengeances personneUefl Le mot est vif, mais il est applaudi, et Thuriot, < sait le prix de la liberté de la presse, mais l'aime ti pour en pervertir la théorie, est encore applaudi qua il ajoute : « Loin de nous Tidée de dire, à l'assasj 1 public, la liberté de la presse (assure la garantie « tes crimes^ et tu peux sans danger ravir V/umneur à U a les citoyens, »
Tallieu se le tient pour dit, ce jour-là du moins; il demande pas à répoudre à Thuriot, mais celui-ci ne p vient pas à faire rejeter Timpression du discours.
La séance du lendemain ainsi préparée, Lecointrt apporte ses dénonciations, développées en vingt-six ch d'inculpation. Les faits particuliers à des membres
ACOUSATIOKS DE LECOIHTBX 627
Comité de sûreté générale paraisBent n'être qu'au nombre de quatre, sous les n^ 8, 14, 15 et 16. Quand on lit cet acte d'accusation absurde ^ , on essaie,
(1) Voici le texte des accasations formulées par Lecointre : ÀBT. I. — D*aYOir comprimé par la terreur tous les citoyens de la République, en signant et faisant mettre à exécution des ordres arbitraires d'emprisonnement, sans qu'il y ait, contre un grand nombre d'entre eux, aucune dénonciation, aucun motif de suspicion, aucune preuve de délits énoncés dans la loi du 17 septembre 1793.
ÀaT. u. — D'aYoir étendu ce système d'oppression et de terreur jusque sur les membres de la Gonyention nationale, en souffrant et appuyant par un silence affecté le bruit que le Comité de salut public ayait une liste de trente membres de la Gonyention nationale désignés pour être incarcérés, et ensuite yictimes.
ART. ni. — De n'ayoir jamais proposé le remplacement des membres qui manquaient dans le Comité de salut public, et de s'être perpétués exclusiyement dans l'exercice de leurs fonctions, par la compression où ils tenaient la Convention : Barère, rapporteur, ne manquant jamais, après l'annonce de quelque yictoire ou succès, de proposer impérativement la continuation des pouvoirs des comités.
ART. IV. — D'avoir, de concert avec Robespierre, anéanti la liberté des opinions dans le sein même de la Convention nationale, en ne permettant la discussion d'aucune des lois présentées par le Comité de salut public.
Art. y. — D'avoir provoqué le rapport de toutes les lois favorables à la liberté et répressives des actes arbitraires qui s'exerçaient an nom de ces comités avec autant d'injustice que d'inbumanité.
Art. VI. — De s'être entourés d'une foule d'agents, les uns perdus de réputation, et les autres couverts de crimes ; de leur avoir donné des pouvoirs en blanc ; de n'avoir réprimé aucune de leurs vexations et de les avoir au contraire soutenus.
Art. vu. — D'avoir rejeté et laissé sans réponse un nombre infini de plaintes et mémoires qui leur avaient été adressés contre les agents oppresseurs ; d'avoir pris leur défense, notamment celle de Héron, Sénar et autres ; d'avoir, à la tribune même de la Convention ^nationale, fait leur éloge, fût rapporter des décrets justement lancés contre eux, et d'avoir par là livré à la vengeance de ces monstres les citoyens qui avaient eu le courage de les dénoncer.
528 AGCU8ATI0N8 DE LBCOINTRB
mais souvent en vain, de faire nne distinction entre faits concernant le Comité de sûreté générale et c concernant le Comité de salut publie, le seul qui di
Art. VIII. — D'avoir ccavert la France de prûons, de mille i tilles ; d'avoir rempli de deail la République entière par l'incare tion injuste et môme sans motif de plus cinquante mille citoyens uns infirmes, les autres octogénaires, d'autres enfin pères de fan et même des défenseurs de la patrie.
ART. IX. — D'avoir induit en erreur leurs collègues en répan le bruit, depuis que la loi cruelle du 22 prairial a été rendue, cette loi avait été l'ouvrage du seul Robespierre, qui ne Ti communiquée qu'à Gouthon, tandis qu'ils avaient été avertis, m avant qu'elle passât, par des membres du tribunal rérolutionni des inconvénients graves qui en résulteraient.
Art. X. — De s'être opposés, lors de la présentation de cette à l'impression et à l'ajournement qui en avaient été demandés; uns, de l'avoir soutenue fortement, les autres, d'avoir fait croire, leur silence, qu'elle était l'ouvrage et le fruit des réflexions médii entre les comités au nom desquels elle fut présentée ; ce qui pro encore plus clairement que la loi du 22 prairial est l'ouvrage comité entier, c'est un arrêt de ce comité, en date du 29 floréal, en exécution dans un département, renfermant textuellement les i positions clecreloes par la loi sanguinaire du *'2 prairial.
Aur. XL — D'avoir, dans Tallaire d'Hébert, Vincent et auti arrêté reflet d'un mandat d'arrêt lancé contre Pache, qui devait t iiouimé (irand-Juge par celte faction; d'avoir intime à Fouqu: accusateur public, l'ordre non-seulement de ne pas mettre à eié tion le mandat d'arrêt, mais même de ne pas permettre qu'il i parlé de Pache, d'où il a résulté que la parole a été interdite i tcmoins (jui ont voulu parler de Pache. et même aux accusés, lu qu'ils ont demande ({u'il parût.
Aht. xm. — D'avoir, «lans les mêmes vues d'injustice, et alîn sauver les coupables, empêché (|u'il ne soit décerné des manii d'arrêt contre le général ilenriot, iMathieu, son aiile-de-canip, Lui juge au tribunal du l'f arrondissement, et (lobaut, substitut l'accusateur du tribunal criminel de Paris, tous impliques dans 1 l'aire d'Hébert, et qui, depuis, ont été guillotines comme conspi leurs, et cela, quoiqu'il y eût contre eux des charges graves i
AOOUBAl^IONS DE LEOOINTRlE Ô2d
réellement nous occuper ici. Les explications de Lecointre permettent seulement de comprendre que les n^ 1^ 2 et 19 86 rapportent exclusivement au Comité de sûreté générale.
furent commaniquées par écrit au Comité de salut public, où elles sont restées ; en conséquence, la parole a été également refusée aux accusés, comme aux «témoins, lorsqu'ils ont youIu parler de ces individus.
ART. XIII. — De n'avoir pas donné connaissance à la Convention nationale de la lettré écrite par Fonquier, le 15 germinal, lettre dans laquelle il exposait à la Convention que les accusés demandaient à ftdre entendre seize députés dont les dépositions prouveraient la fausseté des faits qu'on leur imputait, et qu'ils en appelleraient au peuple en cas de refus, et d'avoir substitué à cette lettre un rapport mensonger, duquel les comités ont fait résulter que les accusés s'étaient mis en rébellion contre la loi, ce qui a déterminé le décret qui déclare que tout prévenu de conspiration qui résistera ou insultera à la justice du tribunal sera mis hors des débats et jugé sur le champ.
Art. XIV. — D'avoir (Âmar et Voulland), en apportant eux-mêmes le décret, et en le remettant à Fouquier, dit : < Voilà de quoi vous mettre à votre aise et mettre à la raison tous ces mutins-là. >
Art. XV. — D'avoir, lorsqu'il s'est agi d'affaires importantes, permis et même ordonné un choix de jurés hors les sections qui étaient en tour, afin de prendre ceux qui étaient connus pour les plus dociles.
Art. XVI — D'avoir (Amar, Voulland, David et Vadier), lorsque ces jurés étaient à la chambre des délibérations et que le bruit se répandit dans le tribunal que la majorité était pour la majorité des accusés, passé par la buvette dans une petite chambre voisine de celle des jurés, et d'avoir engagé Herman à les déterminer par toutes sortes de voix à condamner à mort, ce que celui-ci, en entrant dans la chambre du conseil, a exécuté en parlant contre les accusés et en excitant ceux des jurés qui avaient voté pour la mort à menacer les autres du ressentiment des comités.
Art. XVII. — D'avoir plusieurs fois ordonné la mise en jugement de 50 à 60 personnes en même temps, pour des délits différents.
Art. xviu. — D'avoir ordonné à l'accusateur public de faire juger dans les 24 heures les prévenus de la conspiration des prisons, de
ToiiieU.*84
530 ACCUSATIONS DK LSCOINTEK
Tout le reste s'applique ou au Comité de salut puUk ou aux deux comités ensemble.
Quant au Comité de salut public, on ne troave gièn
sorte que 155 personnes, dénommées dans l'acte d'accosatioB è 18 messidor, defaient être jugées et périr le même jour ; mais, 1 crainte de l'opinion publique ayant fait naltre^quelqaes réflexioas, i fut décidé qu'on les mettrait en trois fois.
Art. XIX. — D'aYoir souffert que les mômes témoiaa entretc nus, nourris dans les mêmes prisons et connus Tulgaircment loo le nom de moutons, déposassent à charge contre les préTenss, c Ton distinguait, parmi ces témoins : Ferriêres-SauTe-Beove, ex noble, et Leymerie, secrétaire particulier d'Amar.
Art. XX. — D'avoir démenti formellement les dénonciations bite à la Convention contre Joseph Lebon, représentant ; d*avoir rapport infidèle sur sa conduite, et d'avoir déguisé ses cnuatéi la dénomination de fortnes acerbes.
Art. XXI. — De n'avoir point prévenu la Convention de l'abseae de Robespierre du comité depuis quatre décades ; d'avoir sovAr que, nonobstant son absence, il ait continué de signer des acies d'avoir caché les manœuvres que ce conspirateur avait emploféei dans la vue de tout désorganiser, se Dure des partisans et niiier li chose publique.
Art. XXII. — D'avoir permis que le général Lavalette, Dufraiseci tant d'autres traîtres ou conspirateurs dénonces dès longtemps aui comités, ou frappés par des décrois de la Convention, soient restes à Paris, y aient obtenu de l'emploi, et de les avoir mis ainsi à porti^ de commettre de nouveaux forfaits.
Art. xxni. — De n'avoir pris, dans la nuit du 8 et dans la journée du y thermidor, aucune des mesures qui étaient nécessaires pour assurer la tranquillité publique et la sûreté de la Convention, évidemment compromise par le discours du tyran prononcé, le 8. à 1j tribune de la Convention, et, le soir, à celle des Jacobins, qui lui avaient promis secours, force et protection.
Art. XXIV. — De n'avoir pas t'ait arrêter, dans la nnit du 8 au 9. le général llcnriot, le maire et l'agent national de Paris, Lavallette. et tant d'autres principaux complices de Robespierre, qui tous leur avaient clé dénoncés par plusieurs collègues.
Aur. XXV. — De n'avoir pris, dans la journée du 9, aucune
AOOOSATIONS DE LECOIlirrEE 531
que le n^ 9 qui ait qnelqfue chose de peTBonnel à plusieun de ses membres : Billaud, CoUot, Barère et peut-être Camot; puis le n^ 26, à propos duquel Cunbon, du Comité des finances, est venu à travers la discussion revendiquer 8a part de responsabilité. Lecointre avait âbit, sous le n® 26, l'inculpation d'avoir employé des contre-révolutionnairee perdus de réputation, tarés, Beaumarchais, d'Espagnac et Haller, et de leur avoir confié des trésors immenses avec lesquels ils avaient émigré. C'était Lecointre lui-même qui avait fait décréter Beaumarchais d'arrestation, mais c'était lui aussi qui avait fait accueillir la réclamation de Beaumarchaifi et avait fait annuler le décret par la Convention ; d'un autre côté, on n*avait fait de marchés avec Beaumarchais qu'après avoir mis le séquestre sur ses Imub^ Mais aussi Cambon s'écriait que, si le £ût incriminé était un crime, Bobert Lindet, Delmas, Guyton de Morveau et lui-même en déchargeraient leurs collègues pour ea prendre la responsabilité personnelle, Topération ayant eu pour olget de procurer à la République les
mesure de rignenr afin que les décrets d'accosation lancés contre Robesipierre et tes compliœs fussent exécutés, et d'ayoir exposé, par cette BégUgence criminelle, la représentation nationale à être égorgée, puisque les satellites des conspirateurs ont pu, le même jour, arracher sous les yeux de la Convention nationale et de ses comités, dans le local de stireté générale, et sans aucune résistance, le traître Henriot, qui ayait été retenu dans ce comité.
Abt. XXVI. — D'avoir employé des hommes reconnus pour contrerérolutionn^res, perdus de réputation et de débauche, tarés, et Blême dans les liens de décret d'accusation, tels que Beaumarehais , EspagnaCy Haller et autres, et de leur avoir confié des trésors immenses appartenant à la République, trésors avec lesquels ils ont émigré.
Mtmiteur, séance du 13 fructidor an n (i*' septembre i794X
AOOUSATIONS DE LBCOIKTBB 533
D'antres faits, les n« 11, 12, 13, 17 et 18, relatifs à Foaqaier-Tinville, reposaient aussi sur les e^lications de celui-ci. On Pavait, disait-il, empêché d'exécuter un mandat d'arrestation lancé contre Pache, maire de Paris; mais Legendre, ami de Pache, s'élevait en ce point contre son autre ami Lecointre; Cambon révélait au contraire que BiUaud et CoUot étaient ceux qui avaient provoqué l'arrestation de Pache, et le discours de Saint- Just, du 9 thermidor, avait tout précisément formulé, contre la majorité du comité, un grief résultant de ce qu'il avait attenté à la municipalité dans la personne du maire.
On avait également empêché la délivrance de mandats contre Henriot, contre des conspirateurs impliqués dans l'afEBÔre Hébert; on n'avait pas donné connaissance à la Convention de la lettre écrite par Fouquier dans le coulant du procès de Danton, et c'était le' mensonge du rapporteur Saint-Just qui avait déterminé le décret mettant les accusés hors des débats ; mais ici on se rappelait que Fouquier lui-même avait avoué n'avoir jamais eu de rapports qu'avec Robespierre, et savoir que sa lettre, adressée d'ailleurs au bureau de police, n'était pas allée dans les autres bureaux du comité, et avait été ouverte tout naturellement par Robespierre, et non par un autre membre du comité.
On avait ordonné à l'accusateur public de faire juger dans les vingt-quatre heures, et en une seule fois, les cent cinquante-cinq prévenus de la conspiration des prisons, mais c'était la crainte de l'opinion publique qui les avait fidt diviser en trois sections. Ici on pouvait apprendre que le comité, ayant eu révélation, la veille, du projet de Fouquier, qui pouvait bien n'être alors, comme toujours^
534 A0CU8JLTE0KS DB LBOOIKTlUi
qu'un hideux instmment, âtait sorti de aon habitude lésenre en ce qui conoemait les attribations spéeiil de ses membres; cette fois, le comité indigné avait man raccusateur pid)lic et Tavait accusé de cam^ertir la jud en iauckeriê; c'était par suite que Fouquier-Tinvi avait renoncé à son projet, ou an projet qui lui avait i assigné. D'an autre côté, on apprenait aussi qoe le oom avait encore été obligé de sortir de sa réserve ou d'inti venir, quand un épouvantable insensé avait imaginé Dure dresser une guillotine dans l'une des salles q précédaient la salle d'audience du tribunal révol tionnaire, et, remarque bien triste autaat que sjmptoBi tique, l'intervention du comité avait été méoonnue : avait été obl^né d'ordonner une seconde fois, en réani générale, l'enlèvement de cette hideuse exhibition.
Assurément,* Lecointre lui-même devait tnmver que telles révélations ne conduisaient pas dineoiement à Vt solution de Fouquier-Tinville.
Mai8, de» explicationa de celui-ci, quelques atténnatio perwmnelles qu'il y eût cherchées, il n'eu j)onvait résull rien qui concernât le comité, mais seulement ceux de s membres qui avaient la {X)lice et le tribunal révol tionnaire dans leurs attributions spéciales.
On sait en effet, et il n'eut pu en être autreinent, qi pour son organisation intérieure, le Comité de sa! public avait dû diviser ses travaux en attributions sp ciales entre ses membres ; chaque division eut mér ses bureauxparticuliers, sauf quelques exceptions, comi] les affaires étrangères, qui étaient alors i>eu diplomatique et qui se rattiwîhaient tantôt aux approvisionnements d armées et tantôt aux bureaux de la guerre.
ÀOOUSÂTIONS Dl LBCOINTBl 535
C'est ainsi que, dans cette organisation, Billand- Yarennes et Collât d'Herbois enrent les affaires intérieures et snirireat cette énorme et difficile correspondance départementale à laquelle on est étonné que deux hommes aient suffi. C^est dans cette pratique des difficultés de répoque que Billaud-Yarennes a probablement puisé sa grande idée de la création de notre Bulletin des lois, sans lequel notre législation serait tout-à-fait engloutie dans le chaos, par suite de Faccumulation insensée de lois qui se reportent les unes aux autres.
(Teat ainsi également que Camot eut la guerre; Baràre, les affidres étrangères ; Bobert Lindet, le commerce et les subsistances ; Prieur (de la Côte d'Or), les approrisionnements militaires : quatre hommes dont les noms derraient être inscrits, à nos frontières, comme un grand souvenir de la défense d'une nationalité.
C'est ainsi enfin que Robespierre et Saint-Just eurent 1a direction de la police et du tribunal révolutionnaire, et, s'il est vrai que les inculpations de Lecointre devaient en général se reporter sur Bobespierre et Saint- Just, on voit combien il est naturel que, malgré la volonté de généraliser, il s'en soit trouve, dans ces inculpations, dont il n'j ait pas eu moyen de changer le caractère, et qui aient dû conserver, malgré tout, une signification personnelle à Bobespierre.
n en a été ainsi des n^ 12, 13 et 18, relatifs à Fouquier- Tinville; il en a été également ainsi des n^ 6 et 7, qui se rapportaient à des agents du bureau de police de Robespierre en contact avec des agents du Comité de sûreté générale, et du n^ 16, relatif au roulement des diverses sections du jury.
àCCïTSàTIOKS DK LBCOINTBB
Four tons le» mitres imméros de ses inculpation Leoointre ne pouvait expliquer pourquoi il accosait a^ cialement BiUtiacl, CoUotet Barère, pourquoi troU, et sa pas tona. '
II est VTtâ, eu efTet, que ces inctilpationB de deux otdH d'idrât embrassftititit ou des faiU généraux qui pcnivaût rappeler soit l'influence du comité gor l'a^sembl^, soi la domination personnelle de llobespierre, ou des U^ gi^néranx qui teusieut à la taetiqui; que le comît*; an cru devoir suivre via-à-vis de lui.
Dans le premier ordre d'idées, ou peut classer lesn"! 4, & et 10, iuculpant le comité do s'i^tre per|>>'tué dai l'exercice de ses fonctions, — Barêre ayant profité 4 l'aRRODce de quelque victoire pour faire continoer cbaqi mois les pouvoirs du comité ; — d'avoir anéanti la libeil des opinions dans la (Jouventiou ; d'avoir provoqué 1 retrait de toutes les lois favorables à la liberté et répreg BÎTen des actes arbitraires, et d'être l'auteur de la loi é 22 prairial , qui, hlAmée par tout le monde . servait Lecointrp de moyens différents d'attaques.
C'était le procès fait à la Convention, et peut-être à l Bévolntion elle-même, plutôt qu'au comité, et pinti encore qu'à Billaud, Barêre et Collot; mais c'était I reproche, à la Convention, d'avoir, par la prorogaliœ meuBuelle de son comité, montré le bon sens qui permet taitl'eaprit de suite dans les moyens de sauver la France
Quant an reste, c'était bien le comité qui était aocus tantôt d'avoir fait, tantôt de n'avoir pas fait. Les n" 21 à 25 l'incriminaient cfTectivement d'avoir déguisé le cruautés de Joseph Lebon sous le nom de /ormes acerUt et d'avoir permis que Lavalett« et autres traîtres restassen
AOCnSATIOKS DE LEOOINTBE 537
i Paris et y enssent même de Temploi ; de n'avoir pas révélé rabsence de Bobespierre du comité ; de n'avoir pas, le 8 et le 9 thermidor, pris des mesures pour assurer la tranquillité publique et la sûreté de la Convention, compromises par le discours de Bobespierre aux Jacobins, et de n'avoir pas fait arrêter, dans la nuit du 8 au 9, le commandant de la force armée, le maire, l'agent national, liavalette et autres.
Tout ce qu'on a vu montre que, dans de telles inculpations, l'intelligence et la prudence du comité se trouvaient aux prises tantôt avec la perfidie, tantôt avec la bêtise humaine.
Mais l'accusation formulée rencontrait tout à la fois et les représentants qui, sincèrement affligés d'un débat injuste envers les hommes, avilissant pour la Convention, voulaient le fidre repousser, et d'autres représentants qui, perfides et lâches, se trouvaient heureux de l'accusation et, voulant l'empêcher de péricliter dans le débat, trouvaient bon d'empêcher ce débat et de garder pour leur combinaison l'effet des accusatio^s publiques non réfutées ; deux sentiments contraires convergeaient. ainsi vers un vote semblable.
Aussi, Lecointre ayant donné lecture de ses inculpations, à la tribune, et ayant demandé que lecture tdt donnée aussi des pièces à l'appui, qu'il annonçait être aux mains des secrétaires, et qu'il ne disait pas se composer principalement d'une lettre anonyme, des déclarations et d'un mémoire de Fouquier-Tinville, un député étranger aux partis, désintéressé dans le débat, revenant des armées, ignorant la cause et l'origine des combinaisons qui se nouaient dans le sein de la Convention, monte à la
538 AocvBAnoKS dk LBOonncu
tntnme paar B'oppo&et à la suite d'an débst qui h paraisMuit tendre, oomme le disoonrs de TalUen, à i'afi litsement de la Convention. C'était (Joujon, qui dédanù ne pas entrer dans la question de culpabilité parce qui pour loi, s'il avait eu des pièces à la charge de membre investis de la confiance de la Convention, il ne les aniai
' apportées i la' séance que le cœur navré de dooleur € Que je vois, ajoute-t-il, un spectacle bien différent c Arec quel sang-firoid on vient plonger le poignar € dans le sein d'hommes recommandables à. la patri c par les services qu'ils lui ont rendnsi Remarqua c citoyens, que la plupart des reproches qu'on leur fin c portent sur la Convention elle-màme. Oui, c'est m € penple firançais qu'on fait le procès ; c'est la Oonven c tion qu'on accuse, puisqu'elle a souffert la tyrannie d c l'infime Robespierre. Jean Debry nous le disait tout c à*rhenre ; ee soiU les aristocrates qui eammamdmâ fk € font tout eela^. . . Us ont cherché au milieu ds von « une main qui pût tenir le poignard qu'ils dirigen <ï contre la liberté : que cet homme soit crédule, ignoran a ou trompé, qu'importe ! c'est à vous à l'arrêter, c'es (C à vous à empêcher le déchirement qui pourrai!
a s'opérer Quelle confiance pouvons-nous avoir dan:
a les agents des scélérats que nous avons renversés ? Quell <r créance mérite Fouquier-Tinville, cet homme qui i ((. intérêt à plonger le fer dans le sein des membres d( <L la Convention afin de se sauver? Je demande que li <( discussion cesse à l'instant. »
(I) Quelques voix. — Kl les voleurs! {Moniteur du [\ fruclido an II.)
AOGOSATIOKS BB LBaonflBB 580
ûbnjon est iatemnnpTi par Billand^YarefiiiieB Ini^méme, qui l'oppose à la dôtnre de la discussion. Gkmjon comprend bien •que ceux qai ont été accusés veuillent se défendre, et il STOue que, n'étant point préparé pour la discussion, il aura grand'peine à faire adopter son opinion, mais il demande au moins la nomination d^une commission.
BiUaud-Varennes insiste, et il en profite pour marquer le caractère de Taccnsation qui est parfois une copie des rqirodies de Robespierre et de Saint^ust contre le comité ; il signale Lecointre comme ayant gagné cinquante mille livres à la Révolution; il va plus loin, quand, reproduisant le mot prononcé d^à dans la discussion, il dédare que c si les intrigants et les voleurs pouvaient avcnr le c dessus, » il 8^ assassinerait lui-même.
Mais ce n'était pas seulement les intrigants politiques, les ttipotears d^affaires et les contre-révolutionnaires, qui appcntaient de Tintérét à un tel débat; Lecointre n'avait pas seidement pour but, qu'il ne méconnaissait guère, d'atténuer la sîtuatkm de Fouquier-llnville ^, on lui supposait aussi l'intention de tirer vengeance de la mort de Danton. Les amis de Danton pouvaient donc être, an milieu de ces passions diverses, un élément concourait au succès de l'accusation.
Pourtant, l'indomptable Billaud-Varennes, qui ne sait jamais transiger, n'oublie pas cette difficile situation, n'essaie pas de la tourner, et, la regardant ou la défiant en &ce, s'enveloppant dans son orgueil, il s'écrie : ^ On
(1) Louchet : J'interpelle Lecointre de déclarer si, le jour où Fouquier-'nnyille parut à la barre, Lecointre ne dit pas en le voyant : « Voilà un braye homme, un homme de mérite. >
{Uo^^vUsur du 15 fraolSdor ta o.)
540 AC0UBATI0K8 DE LEGOINTBB
€ a parlé de Danton. Eh! qui ne roit qu'on veut saoîfier € les meilleurs patriotes sur la tombe de oe oonspiratear. € Si le supplice de Danton est un crime, je m'en aocase, € car j'ai été le premier à dénoncer Danton; j'ai dit que, € si cet honmie existait, la liberté était perdue. >
Ces expressions audacieuses, défi aux amis de Danton, furent recueillies dans le silence, et ce fut aussi dans le silence qu'on entendit Billaud terminer par ces fières paroles : € Je demande qu'on lise les pièces : il est temps que les coupables soient connus, il est temps que la Godvention les frappe. »
Cambon, aussi fougueux qu'il est sincère et probe^ Toit un piège dans l'accusation ; indigné, il ne s'aperçoit pas que repousser cette accusation, sans qu'elle ait été discutée, c'est tomber dans un autre piège. H établit la saccession des accusations imaginées depuis 1789, et U en Toît aujourd'hui une, d'un genre nouveau, dirigée contre des hommes qui n'ont fait autre chose que ce que leurs collègues ont fait. Il demande que, s'il est passé à la lecture des pièces, raccusatiou soit étendue à tous les membres des deux comités. Et, sur une interruption, il y associe toute la Convention, qui a constamment tout ai)prouvé, en prorogeant, chaque mois, unanimement, les pouvoirs de ses deux comités. Cambon termine en concluant que l'ordre du jour doit être prononcé sur les accusations de Lecointre. Goupilleau ajoute un rapprochement : a C'est, « dit-il, (lue la (.'ommune insurgée avait j)romis des cou- (t ronnes civi(|ues à ceux qui apporteraient la tête Je (f ceux qu'on accuse aujourd'hui. y>
Mais les inculpés, leurs amis, Duhem, membre du 0»mité de sûreté, ne veulent pas accepter un ordre du
* AOCUSÀTtOKS DB LBOOIKTRE 541
jour sans débat; leurs adversaires se rattachent an contraire avec ardeur à l'ordre du jour pur et simple, et le désordre devient extrême. Vadier, président du Comité de sûreté, vieillard plein de vigueur, de dureté d'esprit même, escalade la tribune, un pistolet à la main; on a rapporté qu'il avait voulu s'y tuer, si l'Assemblée refusait la discussion ; mais Y adier est environné, enlevé par des représentants, sans que le tumulte diminue ; c'est l'une des scènes désordonnées où on sent le souffle de la Révolution s'enfler à travers les menées de ses ennemis.
Le président lève la séance, et, quand il la reprend, Duhem insiste de nouveau. Amar, qui fait aussi partie du Comité de sûreté, demande également la parole; Thuriot, esprit sensé, qui sent la difficulté et croit peut-être qu'elle ne peut être levée en entier, propose un moyen terme : il dit que l'intérêt du pays veut qu'on rejette avec indignation les inculpations, et que l'intérêt de la justice ▼eut que le soupçon ne plane pas sur les inculpés.
n croit satisfaire ce double intérêt en formulant une proposition : c Déclarons, dit-il, que nos collègues inculc pés se sont toujours comportés conformément au vœu € national et à celui de la Convention; ajoutons que la € Convention rejette avec la plus profonde indignation € la dénonciation de Lecointre et passe à l'ordre du c'jour. ]>
Au milieu des réclamations et du bruit, Merlin (de Thionville), qui préside, qui s'est donné entièrement à ce qu'on appelle le parti thermidorien et qui est maintenant dévoué à Tallien, saisit l'occasion, fait voter la proposition de Thuriot et lève rapidement la séance, sans consulter l'Assemblée.
S4Z «CDVKATioss DE usoocrntE
Ce qoQ I'm tnit prûvu se réaluait inimédîat«meit^ l'on w Utait de répftadtv datts Paris la uouTelle da val 11 ébut, ime heure nprès, commeutû, t-xpUqaé : la Uh v«utû)n arutt eu peur ponr elle-mtlme île la leotore A liiècen «t dtt) TÛvélutiona qui ud devaient résulter, tt 4 dVUùt rendue complice des nrcato^H en saurant à cetixH 1& preuve publique de faitti ct.HipaE>les. D'antres aecoaaid Ift Couveutiou d'avoir évita le débat pour ne pM bM LecolatTtt à &ir« connaître lee aotna des homnua f l'aviuent ]>oiU8ê & jeter Hea iucuIpatioDS tm milieu dal Cuiiveution.
Id séance du lendeinuin (13 fructidor an n) derrài ressentir de l'câet produit par la séance de la veO A»t(0i, U'iHX (de la Haute- Marue), eo g«rdiint an langH cahuo, uie^unî, aans rappeler lu^me de •juclle nuoiâral préfiideat avait eulifvé, lu veille, le décret d'ordre da jol 4)t levé la séance, deuiaudu. (juc lu CunreutioD ordonnât J lecture des pièces et entendit lee obsenrations pour f«| DOBOfv déliniiiTenient ensiute.
Dohem, toiyoïurs pressant, ineœuaede, ne sa bccae jm ànppeln le fSOcéd da président ; il vent qae eëm-* ■oit taua c d'interpeller ceux des meaahiea qw. vaylenl < Booteaii l'accnuatioa de Lectùntre, de déclarer « qn'ili c ont à dire, » et Duhem ne dissimole pu qs'il •> en n» tes c hommes qui se cachent derrière Lecointre, »
CcfiMulant Lecointre, qui a to^inirB anaouoé dm pièm probautes, déclare qu'elles sont ches loi et conaest i aUsE les prendre immédiatoneni, sauf ane, qu'il a reaÙM la veille à FréroD, qui l'a donnée au préaident.
lalliattt l'homme «u diseoora provocateur de FanotyeiUe, et qui a pour cette foie manqué son but, exécute
ACCDSATIONB DB LSCOIKTRE 543
une de ces gambades oratoires qui sont la triste res- •ouroe des politiques méprisables; il faut beaucoup de talent pour y réussir et obtenir l'absolution de l'opinion publique^ maïs le contraste était trop grand pour que Xallien pût le masquer suffisamment. Dès le début^ c*est un homme qui a eu la candeur de croire qu^on ne revien>diaît pas aigourd'hui sur la discussion de la veille; il espérait que la division que l'on avait voulu semer dans la Convention était étouffée. Une voix déjà impatiente lui crie : Cesù toi çtd la bernes. H dit qu'il répondra, mais il a'en est bien gardé. Turreau lui dit à son tour : € U n^y a que lespeusùms qui ne sont pas tranquilles ieî^ > et Tallieft de répliquer qu'il répomdra, mais qu'il établira, avant tout, les principes. Tallien, homme de principee I CTest une Msea; grande nouveauté pour qu'il excite la curiosité fraimi tant d'hommes d'expédients, et il trosve dans les principes que les accusés n'aient pas le droit de répondre aux aœnsateurs, que des pièces compromettantes soient •JUiODcées sans être lues et que l'opinicm publique leur puisse supposer une portée considérable. H va plus loin, lui qui sait ce que valent les pièces anncmcéee avec tant d'audace, attendues avec tant de curiosité, qui sait de quelle hauteur cette curiosité tombera, si elles sont lues; il se prémunit contre l'effet qu'en ressentira l'opinion pobUque, en annonçant qu'il demandera l'audition de témoins. C'est, à l'Assemblée, une menace de complications nouvelles; mais il fait aussi la menace, si l'on veut ouvrir la discussion, de dévoiler tous les faits.
Legendre aussi s'oppose au rapport du décret d'ordre du jour, et s'oppose à la discussion, parce qu'il est écrit dans le oode des nations que tout peuple qui, après avoir
AOODSAIIOKS DS UBDOOmOE
&it une réTolution, a regardé derrière lui, i Atteint le but. Mais Legeadre eu profite poar B Tullicu toxa ce rapport que, quand Lecoiotre a'eét adr4 à Legeodre pour le consulter sur la dénonciation, oellû l'en avait dêtourm-, Legendre ajoute nettement : « E « oointre m'avait donué sa. parole d'IiooDear qo'tl « tairuit, et cependant il y a manqui^; Lecoinixe ne ri ( donc pas qu'uuu parole d'honneur est un billet ' < porteur î »
Tallien et Legendre réussissent, car le président cm tate qvie l'Assemblée maintient son d<'-cret. Les luurmin éclatent; Duliein fait entendre quelques mota au mili du bruit et Vadier reprend la parole, puis on vol*' nuuvuiu et, eette fois, l'ordre du jour est rejet*^.
Main uù eu est-on maintenant? Quelle résoluti prendre ? Bîlluud-Varennes demande tout d* abord qa\ liée les ptècee. Goi^on se demande si ce qu'on a ajipt une accusation es est véritablement une. Thoriot, k^ point de vue, veut qu'on examine d'abord si l'accusatii doit être adniiHe. 11 se demande eu effet sur quoi jwrt* les chefs d'accusation, et il répoud : « Sur autant i i clioses qui ont été faites eu exécution des lois; et, « vous le demande, si l'on s'était écarté un peu des It « pour soutenir le gouvernement révolutionDaire « sauver la patrie, enverriez-vous h l'échoiaud ceux q « auraient sauvé la liberté ? Tous les actes que l'on voi t a cités sont autant d'actes du gouvernement que « Convention a scellés par ses lois, et c'est lorsque vo « avez tout approuvé par vos décrets qu'on vient voi « proposer de dire que vous n'avez rieu fait î » Thuri( quis'estplacéaupointde vue de la logique et de la raiso
AOCUSÀTÎONS DB LËCOtNTBE 545
ne paraît pas se rendre assez compte de la manière dont la question a été engagée, des combinaisons et des intrigues des hommes et des partis, et il demande que Ton examine d'abord si la dénonciation de Lecointre est de nature à occuper la Convention et à exiger la lecture des pièces.
Un autre, Mathieu, qui voit dans la dénonciation la mise en accusation non pas seulement de l'Assemblée, mais de la Bévolution elle-même, en fait une question politique pour la solution de laquelle il demande la nomination d'une commission. 11 est clair, pour tout le monde, que, dans rétat des choses, une telle commission se condamnerait à l'impuissance, ou serait obligée de proposer des mesures énergiques pour arrêter le débordement.
Mais Thibeaudeau, ce voltigeur de la Bévolution et de la réaction, de la liberté et du despotisme, et qui est une espérance pour tous les partis, homme de la situation tout aussi bien que Tallien, signale l'état d'anxiété dans lequel on est tombé depuis la dénonciation, et les mou^ yements qui se produisent contre le gouvernement de la Convention. Il veut qu'on en finisse par la lecture des pièces et l'audition des accusés.
Bréard ajoute au tableau par des paroles ironiques :
€ Déjà les aristocrates se réjouissent; j'ai vu parmi € eux de bons citoyens, des hommes qui naguère étaient € à la Vendée, de ceux qui désorganisaient nos armées € en criant : Sauve qui peut ! des marquis, des comtes, c des gens qui, la veille du supplice de Bobespierre, € adoraient cette idole, et qui sont venus ensuite vous « féliciter sur votre énergie; j'ai vu ces gens dans les € sections, dans les groupes. ]>