‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 19 sur 198 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DÉCLARATIONS ROYALES DU 2a JUIN 1789

L'Assemblée nationale fait acte d*autorité législatiTe. — Création par rAssemblée de quatre comités, — fiarère au comité des subsistances. — Scission dans Tordre du Clergé. — Intrigues à Marly pour la dissolution de TAssemblée. — Annonce d*une séance royale. — Serment du Jeu de paume. — Proposition de Chapelier : adresse au roi. — Une partie notable du Clergé se réunit à l'Assemblée nationale, siégeant à Téglise Saint-Louis. — Séance royale. — Le Tiers-État attend à la porte. — Grand apparat royal. — Déclarations royales. — Leur analyse.

L'opinion, surexcitée par la réunion des États-Généraux et par les espérances qu'elle avait fait concevoir, s'était affaissée sous le poids d'une longue attente ; de l'inertie des élus du Tiers-État, pourtant calculée chez eux, mais peu comprise au dehors ; de la perte progressive de l'espoir si légitime d'en voir sortir au moins quelques réformes, et de la disette qui étendait ses ravages, sans qu'on se rendît compte de ses causes diverses, et dont une seule, l'accaparement, était accusée par une masse qui n'y voyait plus aucun remède, dès que ses députés semblaient s'endormir dans une inaction stérile.

Mais l'intérêt se réveillait et l'opinion se raffermissait tout aussitôt qu'une discussion importante montrait la

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vie au sein de rAssemblée ; les débats auxquels noOB venons d'assister avaient été suivis avec attention ; les Parisiens venus aux séanceB étaient entourés, questionnés, tout aussitôt qu'ils rentraient à Paris, et les impressions qu'ils rapportaient se répandaient rapidement de proche en prœke. Le nouveaa pas de l'AssemUée ds Y^roailles excita l'ardeur de Paris.

n faut dire toutefois que son importance s'augmentait des mesures qui l'avaient accompagné et qui avaient donné tout-à-coup sa véritable physionomie à une Assemblée nationale.

Ps*endre un titre, c'était peu, «n effst, si les actes ne répondaient pas au titre, msôs l'Assemblée nationale ne se contenta pas de motiver sa résolution et d'en ordonner la transmission au roi, sous forme d'adresse ; elle fit acte d'autorité législative, en s'emparant immédiatement de la question des impôts. Elle déclara illégaux ceux qui existaient, mais, pour éviter la désorganisation des services, elle autorisa la perception provisoire de ces impôts, pendent toute la durée de l'Assemblée^ à la condition qu'ils cessa» raient d'être exigibles si l'Assemblée cessait ses fonctioniu Elle se mettait ainsi, du moins en théorie, à l'abri d'um dissolution; mais elle s'assurait aussi la popdarité «m plaçant la dette publique sous la si^vegarde de la nation^ pour préveaùr la banqueroute. Elle s'assurait bien plus encore cette popularité, quand elle ajoutait à sa résolutiom ou déokrati(m votée : « Enfin l'Assemblée, devenue aotîin^ 4 recoxmaît qu'elle doit ses premiers moments à l'exaeciem € des causes qui produisent dans les provinces du royamw < la disette qui les afflige, et à la recherche des moyens € qui peuvent y remédier de la manière la plus effî^aoe et

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fia jlus proo^yte. En oo&séqueAcey elle a anêté de € nommer un oomité pour s'occuper de cet impc^tant < dget et Sa lli^sté sera suj^liée de fidre remettre à ce € oomité tous les resBeignements dont il pouiïait avoir cbesoîn. 3

yAsaemblée ordonna renvoi de ses imprimés dane toite^ les {Mt>vinces. Il s'en fit une distributicm à Paris et, ta bout de quelques heures, Imprimerie de Paris qui en était chmqi^ée se trouvait assiégée par une foule omsidénble qui en rédamait des exemplaires à tout prix, et disque eK€!tnplaire qui en sortait était emporté dans la fitade ville, lu tout haut tsa puUic, aux aoclamations l'Iule multitude qui j répondait par le cri de < Vipe r inemilée nattanàk. »

Les députés continuaient leius travaux quand k garde des floeaux^ prier Bailly, le président, de se r^adre à la tiMiicellerifi,pour ]r recevoir une lettre du roi. L'Assemblée comprit probablement qu'il y avait là un nouveau ressort qu'on faisait jouer pour embarrasser la marche qu'elle suivait, et elle ne donna pas à Bailly la permission de s'absenter ; mais celui-ci, entre deux séances, alla prendre la lettre et revint en donner connaissance ; c'était une fettre adressée au doyen de Vardre du Tiers^Étai^ et dans laquelle le roi, tout en faisant une part à la Noblesse, établissait avec un grand esprit d'étiquette ses rapports a?ec les trois ordres et réprimandait en maître la conduite des députés : < Je ne refuserai jamais, écrivait-il, de rece- ▼oir aucun des présidents des trois ordres^ lorsqu'ils seront duffgés d'une mission auprès de moi et qu'ils m'auront demandé, par l'organe usité de mm garde des sceaux^ le moment que je veux leur indiquer. — Je désapprouve

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rexpression répétée de clafises privilégiées, que le État emploie pour désigner les deux premiers ordres. OeB expressions inusitées ne sont propres qu'à entretenir im état de division absolument contraire à l'avancement dn bien de TËtat, puisque ce bien ne peut être effectué que par le concours des trois ordres qtd composent les JÉXats^ Généraux, soit qu'ils délibèrent séparément, soit qu'ils le fassent en commun. j> — € La réserve que la Noblesse avait € mise dans son acquiescement à l'ouverture faite de ma € part ne devait pas empêcher Mordre du, Tiers de me € donner un témoignage de déférence. U exemple du € Clergé, suivi par celui du Tiers, aurait déterminé sans € doute l'ordre de la Noblesse à se désister de sa mùd^ € cation. Je suis persuadé que, plus Tordre du Tiers-État € me donnera de marques de confiance et d'attacbemeiity c et mieux leurs démarches représenteront les sentimenta € d'un peuple que j'aime, et dont je ferai mon bonheur € d'être aimé. i>

A ce moment, Louis xvi tenait évidemment pour lettre morte les votes de rAssemblée nationale ; il en revenait même à ses propositions aux trois ordres, ce qui était dire qu'autant valait pour le Tiers-État que ses députéà, absolument inutiles , retournassent chacun chez eux, et laissassent le Clergé et la Noblesse disposer à leur gré de la France et de son avenir.

Mais aussi, les députés ayant vu la Noblesse, inaugurant le charlatanisme des mots qui a été mis à un si grand usage depuis, parler de la liberté, en défendant le despotisme, pouvaient maintenant entendre le roi se plaindre qu'on appelât privilégiés les bénéficiaires des privilégeej le procédé était en progrès.

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Ces singolarités, qni se retronvaient dans la lettre royale, devaient sembler alors plus étranges qu'elles ne l'ont para plus tard à d'autres générations, qui ont vu les arentariers et les usurpateurs rendre hommage au principe de liberté, tout précisément au moment où ils s'en montraient les plus implacables et les plus méprisables ennemis. Aussi l'Assemblée ne s'occupa-t-elle pas de la lettre du roi ; elle en entendit la lecture et, sans qu'elle 7 prit autrement attention, elle passa outre et continua la délibération commencée.

Entrée dans cette voie, elle constata son pouvoir et le imt de ses premiers travaux, en instituant quatre comités dont l'un, comité de rédaction, devait s'occuper plus particolièrenient du récit et de la publication de ce qui s'était passé depuis la réunion de l'Assemblée; dont l'autre était chaigé des règlements nécessaires à la marche de l'As- Kmblée et à l'expédition des affaires. Un comité avait dans ses attributions l'examen et le rapport des pouvoirs restant à vérifier et des difficultés qui pouvaient s'y rattacher; mais le comité le plus significatif, parce qu'il embrassait un intérêt actuel et considérable, et parce qu'il faisait entrer l'Assemblée directement même dans les affaires administratives du pays, c'est le comité des subftifitances, ayant pour objet la recherche des causes et des remèdes de la disette des grains.

Barère de Vieuzac, conseiller en la sénéchaussée de Bigore, élu par elle aux États-Généraux, futur membre da deuxième, c'est-à-dire du véritable et célèbre comité de Salut public de la Convention, intervint dans cette question avec sa facilité d'élocution, son aptitude à embrasser toutes les matières et, peut-on dire, à les

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