‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 27 sur 198 · LIS TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIS TROIS ORDRES

qne raisonnes. La cour nageait dans nn bonheur sans mélange, que ne refrénaient pas encore les bruits qui commençaient à se faire entendre du dehors.

Qu'était-ce cela d'ailleurs ? Une foule La foule

populaire en effet bruissait comme les flots. Pourquoi

donc ? Elle accourait féliciter le ministre Necker

de n'avoir pas assisté à la séance royale. Mais le plus difficile était fait ; le roi avait dompté la rébellion de l'Assemblée nationale, et quant au reste, la force en aurait raison. Pourquoi, en effet, serait-on le pouvoir, si ce n'est pour réprimer l'insolence de ceux qui se croient être quelque chose dans leur patrie, et pour assurer l'ordre^ selon le mot consacré ?

Illusions des oppresseurs, pourrait-on dire; mais c'est pourtant toujours ainsi. Ce n'est pas seulement le 23 juin 1789 qu'on l'a vu en France, mais encore en juin 1792, alors qu'un général honnête homme ^, mais sans clairvoyance, engagé dans ime voie funeste par le patriotisme étroit et l'intelligence bornée de son entourage, jetait la menace de son armée à la barre d'une assemblée ' et recevait néanmoins l'absolution de cette démarche coupable, qui devait servir d'exemple à des imitateurs moins naïfs et moins honnêtes que lui ; également à la veille dn 29 juillet 1830, quand tombait des bouches royalistes ce défi qu'il nous semble encore entendre retentir à nos oreilles : « Viennent lés coups de fusil ! d et aussi à la veille du 24 février 1848, P quand une triste chambre des pairs, composée pourtant de sceptiques venus de tous

(4)Uray6tte.

(2) H<mitêur du 29 juin 179:^.

SONT «AumS EN COMMXTN 105

Baillj, homme que le respect public entourait à juste titre, accoutumé aux études silencieuses et méthodiques da cabinet, bourgeois de Paris n*ayant pas conscience de la douloureuse situation des campagnes, ne recherchant probablement pas l'application entière du programme contenu an cahier des électeurs qui Payaient élu; Bailly, ne comprenant pas que l'Assemblée n'avait d'autre force et d'autre espoir que dans le concours de la population, repoussait toujours cette force et cet espoir. La présence du public aux délibérations lui était importune, et, croyant peut-être les affaires nationales engagées dans une marche bien normale, bien ordinaire, il eût désiré réprimer les ai^Iaudissements dont les spectateurs soutenaient les députés aux résolutions mâles et énergiques. Bailly eût ootainement énervé la Révohition à son origine, et son eoorage, si grand mais si réservé, stérile en même temps, A'e&t pas empêché quelques soldats et un caporal de l'arracher de son siège; il eût protesté, sans aucun doute, et protesté en engageant sa vie dans son acte, mais protesté en maintenant la foule dans le plus parfait silence. Bailly, un de ces hommes si précieux à une époque normale, n'avait pas le sens d'une nation marchant à la revendication de ses droits. Des hommes comme Mirabeau sauvent alors une nation, et des hommes comme Bailly la perdent. Aussi rien , absolument rien de commun entre eux.

Ce jour-là encore, le 23 juin, une dissidence capitale les sépare. On a dit que Bailly pensait que l'inviolabilité des députés était suflBsamment établie ; mais il n'y a là qu'une explication, et une explication mauvaise, car on ne voit clairement ni sur quoi pouvait reposer l'inviola-

bflité qu!$ Min^beau voulait tout précisément faire dédurer par vote, m riDoouvépient qu'il pouvMt y avoir à la oott*» finner au moins par w acte spécial.

Quoi qu'il eu aoit, I^ailly, qui présidait, i'oppoaa i 1» «lotioA de Mirabeau; mais Mirabeau, dout chaque moi avait uue port^, dout le geste était lui'^même éloquent «t dont les mouvemepte d\ine figure ravagée ajoutaient auaai ^ la parole, coupa court à tout débat, en répondant aveo abaleur à Bailly s a Vous ne savejs paa i quoi voua voua f e^pose^I Si vous ne portes pas le décret, soii^anto

< députés, et vous le premier, sere? arrêtés cette nuit* i^ Ht au vote, ce fut à la majorité de 493 voix contre 34, que l'Assemblée nationale termina cette grande jouméa par le décret suivant : « L'Assemblée nationale déclara % € que la personne de chaque député est inviolable ; quA « tous particuliers, toutes corporations (tribunal, cou? ou c commission) qui oseraient pendant ou après la présent^ « session poursuivre, rechercher, arrêter ou faire «nrètar, € détenir ou faire détenir un député, pour raison d'auounaa « propositions, avis, opinions ou discours j)ar lui faits au^ c États-Généraux ; de même que toutes personnes qui € prêteraient leur ministère à aucun des dits attentats, da c quelque part qu'ils fussent ordonnés, sont infâmes et

< traîtres envers la nation et coupables de crime capital, c --T. VAsisemhlce nationale arrête que, dans les cas susditai « elle prendra toutes les mesures nécessaires pour recber** t; cher, poursuivre et punir ceux qui en seront les auteurs, c instigateurs ou exécuteurs. »

L'effet moral de ce décret fut considérable, bien plua que nous ne le croyons à distance, quand nous n'avons pas l'occasion d'apprécier l'air ambiant qui environnailp

80HT B^mna Bar ocxmmun 167

rAssemblée ; sur elle reposait tont Tespoir de la naticaii naît le sentiinent de aa poissanœ et de aoa autorité était grand, peut-être même exagéré en Franoe. Pour beaujûoap, les députés étaient nos seigneurs de rAssemblée natiûmUêj <t on leur écrivait ainsi. Il y avait des députés qui en preDaîeat, par vanité ou par naïveté, un plus grand sentiment de leur pouvoir, et, pour maintenir oeux^ci dans tttts voie, qui était loin de les porter à s'abaisser devant k eomr, il ]r en avait d'autres qui, par ruse politique et pour utiliser même le mauvais oàté de l'esprit humalui poussaient à tout ce qui pouvait exciter l'orgueil, et par eda même Pardeur de leurs collègues (lettre de Thomas lindet). Les députés du Tiers-État furent oeux qui mon<trèfODit la susceptibilité la plus vive à œt égard. Un jour, le piocoiBur du roi de Falaise, admis devant l'Assemblée à propos de Tun de ces incidents que fsdsait naître la du parlement de Normandie, avait commenoé disoours par ces mots : Messieurs ; c'est du côté du Eers-État que partirent des cris pour l'avertir de remplacer ce mot par le mot : Messeigneurs.

L'Assemblée montrait elle-même, en face de la monardue, l'assurance d'un grand pouvoir, du pouvoir supérieur. Son dernier décret n'était plus seulement un acte de revendication du pouvoir légi8latif dans une de ses branches, mais un acte de puissance souveraine, unique, sans partage avec aucun autre pouvoir. Comme les rois, naguère, elle portait les lois de sa pleine puissance et mdonté souceraine; elle commandait au pouvoir exécutif de lui obéir.

Comme imprégnée des pensées de Mirabeau, chez lequel Taedon semblait si bien inséparable de la parole, elle

16S LBS TEOIS ORDRES

parut bientôt vouloir s'assurer les moyens matériels de communiquer directement et officiellement avec la France entière, au moment même où le premier soin de la cour était d'étouffer toute publicité.

La grande séance du 23 juin avait été renvoyée au lendemain. Mais l'esprit de la cour n'était en rien changé, car ce fut encore la porte de service, dans une rue de Versailles, qui fut laissée pour seule entrée aux députés; c'était bien assez pour eux, c'était trop encore pour le public, et la force armée eut ordre d'empêcher tout étranger d'entrer.

Mais l'Assemblée avait pour ainsi dire dans ses rangs l'imprimeur Beaudoin, élu suppléant dans la députation de Paris. Elle le nomma immédiatement son imprimeur et décréta l'établissement d'une imprimerie à son siège, à Versailles ; c'était une bien autre publicité qu'elle allait avoir à son service, alors même qu'on parviendrait à empêcher les citoyens d'assister aux séances de leurs députés I

Difficulté plus grave, spécimen de ce qui devait s'exécuter au moment opportun, dernière raison des rois, les portes de communication intérieure avaient été fermées, et les députés se trouvaient enveloppés de troupes en armes disposées dans l'intérieur, à l'extérieur et dans les différentes avenues.

Les députés irrités trouvaient dans ces dispositions une atteinte à la libçrté de l'Assemblée et au droit qu'ils affirmaient pour elle d'exercer elle-même sa police intérieure et extérieure, quand Meunier constata l'importance de l'incident, en disant que si les troupes ne se retiraient) l'Assemblée serait dans la nécessité d'aller délibérer

SONT BixTNIS SN COMMUN 161

les régies, repoussait dédaigneusement les avertissements de Tun de ses membres ^ et levait la séance dans une quiétude parfaite ; 2^ lorsque le vieux soudard ' qui avait tué le député Dulong pour plaire à son maître, criait : c Ilfmd en finir avec les révolutionnaires. — Vous c sapez qu'en pareille circonstance je n^ai jamais été battu: € voyez si vous voulez me faire perdre ma virginité^ \ > 3® enfin, quand un ministre du roi^ télégraphiait à ses préfets ses assurances, croyant l'émeute sans danger et répondant de l'ordre, et qu'il persistait à ses invitations et à un dîner, que la République devait venir contremander à l'hôtel même du ministère. Oui, oui, c'est toujours comme cela ; il faut toute la sotte présomption des princes pour ne pas le voir.

Pourtant, au 23 juin 1 789, si la joie et l'assurance des privilégiés ne les abandonna pas, la colère dut bientôt feN)abler leur félicité. L'Assemblée nationale n'avait pas ibéi aux ordres du roi, les députés du Clergé ne s'étaient point séparés de ceux du Tiers-Etat; d'où le résumé concis et significatif de la situation, — mis probablement après coup dans la bouche de Sieyès : — « Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier ; délibérons I d et de £ût on s'était mis à délibérer.

La majesté royale était vraiment compromise, si l'on ne parvenait pas à faire quitter la place à ces rebelles. Premier moyen, suite de ce qui avait été pratiqué déjà, inventé

(1) M. de Boissy.

(2) Bageaud.

(3; Histoire de la Révolution de 1848, par Garnier-Pagès. Tome V, page 3.

(4) Duchâtel.

Tomel. — Il

162 LES TROIS OBDRBS

par les fortes têtes de la cour/ et que le roi Ini^^mémé semble avoir prévu dans son dernier discours : des ouvriers sont envoyés pour enlever les banquettes^ et l'Assemblée continue à délibérer* Deuxième moyen : des soldats en troupe traversent la salle, et l'Assemblée con« tinue à délibérer. Troisième moyen : les gardes du corps viennent se placer aux portes^ et l'Assemblée oontione à délibérer. Autre moyen : on va lui envoyer, pour la ooiw gédier, ce domestique de cour appelé le grand-maître dos cérémonie^. C'est là que le tableau devient intéressant; la France ne l'a jamais perdu de vue.

Le marquis de Brézé se présente et dit aux députés t c Messieurs, vous avez entendu les intentions du roi» m Mais Mirabeau est là, et c'est lui qui, sans rien disai* muler de la situation, apprend au roi la limite extrême à laquelle celui-ci doit pousser la violence pour avoir raison de la persévérance des députés qui comprennent jusqu'oè leur devoir les entraîne. C'est effectivement à œt ^'^«tnirt que, s'avançant vers Brézé et lui répondant par uns phrase souvent travestie ou du moins rapportée en des termes différents, Mirabeau s'est écrié, avec le ton et les gestes de l'indignation, selon la version du Monitmir^ qui parait la plus vraisemblable eu égard au lieu, ail temps, aux circonstances et aux personnes : « Oui, Mon- € sieur, nous avons entendu les intentions qu'on a sug* c gérées au roi, et vous qui ne sauriez être son organs « auprès des Etats-Généraux, vous qui n'avez ici ni « place, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous « rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute « équivoque et tout délai, je déclare que, si Ton vous a « chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander

SONT ftiUinS KV COMMUN 168

c des ordres pour employer la force^ car nous ue quitte*-

c lUDB noe places que par la puissance des baïonnettes. »

Le grand-maître des cérémonies se retira et ne réparât

Six mille hommes^ ont dit les uns^ dix mille, ont dit lis sntree, prenaient part à la démonstration dont Necàer itsit Tobjet) et remplissaient les cours, les terrasses, la galerie même des appartements du palais; l'émotion popnlaire, naturellement si surexcitée depuis quelques jours, n'7 trouvait pas une cause d'apaisement, loin de là; une telle démonstration et une telle surexcitation ne domnaiecit pas précisément l'avantage de l'opportunité à nu acte immédiat contre l'Assemblée. Mais cette pro^ tvtation, accomplie par le courage civil des plus intré^ pides défenseurs da droit national, n'eût pas ^tnpêché l'effet de la puissance des baïonnettes, si le nombre des bsîcRinettes eût été instantanément suffisant* La cour le eomprenût comme Mirabeau ; elle en prit son parti et laissa délibérer, mais elle n'oublia pas de se préparer à l'action.

Une assemblée délibérante n'est pas chaque jour et erastamment à la hauteur de son rôle. L'Assemblée cons^ titoante n'a pas échappé à l'infirmité commune à toutes les réunions d'hommes ; mais au 23 juin 1789, gràcè peut-être à Mirabeau, qui lui a imprimé le mouvement, l'Assemblée a été digue et de la grande nation qu'elle représentait, et du but qu'il fallait atteindre.

Brété renvoyé par Mirabeau porter à son maître une commission, -^ et quelle commission I Ce fut Camus qui fit, le premier^ la motion de déclarer que l'ABSemblée persistait sans aucune réserve dans ses précédents arrêtés

164 L£8 TROIS 0RDBE8

dont le roi venait de prononcer l'annulation. « Votre € démarche dépend de votre situation, ajouta Barnave; vos € arrêtés dépendent de vous seuls. Vous avez déclaré ce € que vous êtes, vous n'avez pas besoin de sanction : € Toctroi de l'impôt dépend de vous seuls. Envoyés par € la nation, organes de ses volontés pour faire une cons- € titution, vous êtes obligés de demeurer assemblés aussi « longtemps que vous le croirez nécessaire à vos com- < mettants. Il est de votre dignité de persister dans le « titre d'Assemblée nationale. ]>

Un autre, Glezen, un avocat breton, tout en faisant de Louis XVI le meilleur des rois, termine en s'écriant : « Que les aristocrates triomphent I Ils n'ont qu'un jour ; € le prince sera bientôt éclairé. La grandeur de notre € courage égalera la grandeur des circonstances.il faat € mourir pour la patrie ; vous avez pris des délibérations « sages : un coup d'autorité ne doit pas vous effrayer. >

Pétion, qui s'appelait alors Pétion de Villeneuve, député du bailliage de Chartres ; Buzot, qui devait périr avec lui; Garât, l'avocat bordelais; l'abbé Sieyès ; l'abbé Grégoire, soutinrent à l'envi ces propositions. Il y avait dans l'Assemblée émulation de dévouement à la patrie, et de courage pour la défendre. Quand on passa au vote, l'Assemblée fut unanime pour déclarer qu'elle persistait dans ses précédents arrêtés. j

Ce n'était pas assez pour Mirabeau : faisant encore un pas, ce qui était d'ailleurs dans la logique et la véritable sagesse du moment, il voulut élever un frein contre les conseils violents qui assiégeaient le trône et demanda à l'Assemblée de décréter l'inviolabilité de la personne des députés.

SONT RiuKIS SN OOMMUH 173

dont la plupart appartenaient aussi à la Noblesse. Seulement on peut se demander comment il a pu se faire que le cardinal Larochefoucauld, le promoteur Montesqniou, le secrétaire abbé Barmond, reçussent au moins sans sourire les députations de la Noblesse venant leur dire : c Puisse l'union qui règne entre les premiers c ordres, puisse le patriotisme qui les enflamme, mainc tenir la constitution du plus beau royaume de TuniverSy € affermir la couronne sur la tête la plus auguste, et c faire servir au bonheur de tous cette religion sainte c dont TOUS êtes les orgaiies fidèles, et cette noble c fermeté qui, depuis tant de siècles, est le partage de c l'ordre du Clergé et des gentilshommes français. >

Laissons-les dans cette enflure de la sottise, et ne nous traînons plus dans les détails de cette petite réunion ; à partir de ce moment, le Clergé est pour nous réuni à TAssemblée nationale, et c'est là que nous devrons le chercher désormais, quand nous aurons à parler de lui plus spécialement.

Les agitations et les démonstrations de Versailles, lattaque dont Juigné avait failli être victime, n'étaient pas les seuls symptômes de l'état révolutionnaire dans lequel le roi, la cour, les nobles et les prêtres jetaient le pays par leur résistance à tout changement dans la condition faite à la nation. La proximité de Paris rendait la communication facile avec Versailles; aussi vit-on des jours où, d'heure en heure, Paris était averti par des courriers de ce qui se passait à Versailles.

Paris, tête de la France, ne voulait pas que le mouvement émancipateur avortât. Les soixante districts qui avaient nommé, à titre de premier degré, les électeurs

174 LU TBOIB CÏÏOBJSB

chargés à leur tour d'élire définitivement le* députés, n'avaient pas cm devoir se séparer; ils continuèrent ma contraire à se réunir à des jonrs et à des henres fixes, pour donner des instructions à leurs délégués et surveiller les événements. C'était déjà une image des quarante-huit sections de Paris , de Paris que nous verrons plus tard signifier à tous les pouvoirs, dans les occasions déoisivef, l'opinion de la grande ville.

A son tour, le corps des électeurs de second degré, ^^ ceux qui avaient été chargés de nommer directement les députés du Tiers-Etat aux Etats-Glénéraux, — recevant d'ailleurs l'exemple de ses commettants, avait ccnoipria que tout n'était pas fini pour lui le jour où il terminait l'élection de ses députés, et avait établi sa permanence pour rester en communication avec ses élus et servir ea mâme temps d'intermédiaire entre les députés et Paiii. On avait vainement fermé le lieu des séances des ékM> teurs ; ils avaient siégé ailleurs et étaient parvenue enân à occuper une salle de l'hôtel-de-villei Paris allait lei voir bientôt, pouvoir populaire né spontanément, grandissant sans cesse au milieu des événements, prenant de lui^'mème des formes régulières et étendant son action jusqu'à radministration de la police, devenir la Gom^ mune, cette Commune de Paris dont Tinfluenee detait peser si fortement sur les destinées nationales.

Les électeurs de Paris avaient dans leurs rangs des hommes de haute portée et de grande résolution, tels <fQ!k Nicolas de Bonneville, dont nous avons déjà parlé comme compatriote et contemporain de Buzot, et qui allait donner, au 13 juillet, le plan de la milice bourgeoise; l'intrépide Moreau de Saint-Méry, Garran de Coulon,

SONT BÉmîB mf COMtfUK 17(

(pi deTÎetidra grand sénéchal de la Hatite-Ciour d^Orléansi et qu'on retrouTera sur les bancs de la Convention! Ihanot de la Bozièrei qu'on Teverra aussi à la Con* Fsntion, patriote indépendant, ferme et vrai| souvent écouté de ses collègues; Oanilh, que la France apercevra peadaBl de longues années, et sous tous les ré|gimeS| parmi ka défenseurs de sa liberté.

Indqiendamment de la réunion des électeurs et de la léonion des dJatrictS| les lieux publics, et plus particu<» Uèreznent le Jardin du Palais-Boyal, appartenant au doe d'Orléans, étaient des sortes de clubs en plein vent, 9& venaient se discuter chaque jour, au milieu d'une fihile animée, les grands intérêts agités à Versailles*

Quand, le 7 mai, le lendemain même de la réunion des fitats-^énéraux, la volonté d'étouffer tonte publicité i*étsit manifestée par un arrêt du Conseil supprimant le Jmmal deà EtaU^ Généraux^ feuille dans laquelle Min^ beau avait eu la prétention, sans autorisation r(^ale, de rendre compte à ses commettants des séances des Etats, Mirabeau s'était cru seul pour protester contre cette atteinte à ses droits. Il l'avait fait énergiquement, à ses Diques et périls, daus une lettre qui se terminait par ces iQots en tous points dignes de ce que Mirabeau allait être, eu effet, au milieu de ses collègues : c S'il est vrai que t l'on n'a assemblé la nation que pour consommer avec

< plus de facilité le crime de sa mort politique et morale^ € que ce ne soit pas du moins en affectant de la régénérer*

< Que la tjrranuie se montre avec franchise, et nous

< verrons alors si nous devons nous roidir ou nous enve- « lopper la tête. Je continuerai le Journal des Etats-

< Grénéraux. 2> L'opinion publique, à Paris, n'avait pas

176 LIS TBOIS OBDRKS

manqué de laisser éclater ses murmures contre le procédé dont la feuille de Mirabeau venait d'être Tobjet, et par suite les électeurs de Paris^ réunis en séance^ avaient apporté leur blâme contre Tarrêt du Conseil par une délibération rendue publique et portant : <c L'assemblée da c Tiers-Etat de la ville de Paris réclame unanimement < contre l'arrêt du Conseil qui supprime le Journal des c Etats- Généraux et en défend la suite^ et qui prononce c des peines contre l'imprimeur^ sans néanmoins entendre c par là approuver ou blâmer ce journal. Elle réclame en c ce que cet arrêt du Conseil port« atteinte à la liberté c publique^ au moment où elle est le plus précieuse à la c nation ; en ce qu'il viole la liberté de la presse réclamée c par la France entière. Et en conséquence, rassemMée c du Tiers-Etat a unanimement résolu que le, présent c arrêté sera présenté aux Chambres du Clergé et de la c Noblesse, et qu'ils soient invités à se réunir au Tien c pour faire révoquer le dit acte du Conseil, et pour proc curer à l'Assemblée nationale la liberté prO/Visoire de c la presse. »

Sans aucun doute les électeurs s'étaient trompés d'adresse dans leur réclamation et l'avaient rédigée en termes très-modérés ; mais, alors qu'ils n'avaient encore que quelques jours d'existence, ils avaient fait un acte qui était l'exercice du droit d'examen sur les décisions d'une juridiction supérieure et les actions du pouvoir exécutif. Et à la suite de cet acte, bien convaincus de la nécessité et de la fréquence de leur intervention, ils avaient déclaré leur permanence en quelque sorte officiellement.

On sent actuellement combien ces excitations et ces

Page 1