NOTICE
Quand nous venons de perdre un ami, quand notre cœur a pleuré Tadieu, n'est-il pas consolant de voir comme revivre cet ami dans un livre où il se retrouve tout entier, pour ceux qui l'ont connu : esprit élevé et impartial, cœur généreux. Tel fut J.-N. Davy : son intelligence éclairait son cœur, et son cœur agrandissait son intelligence en la rendant accessible à tous ; d'une indulgence patiente pour ceux qui avaient besoin d'être enseignés et dont il fut l'apôtre, il était par exemple d'une sévérité inflexible
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pour ceux qui savaient et qu'il trouvait coupables ; il pardonnait vite l'impuissance de Tesprit, mais il condamnait irrévocablement les faiblesses de la volonté.
Dieu ne fait pas naître beaucoup d'hommes nos maîtres : il ne fut pas de ceux-là ; mais Dieu les fait naître tous nos frères : il comprit ce grand devoir, et il fut un des meilleurs. Aussi, maintenant qu'il nous a légué, pour ainsi dire, son testament politique dans ces deux volumes, dont nous devons la publication à des soins pieux, c'est à nous d'entourer ce travail de la juste reconnaissance qu'il mérite.
Toute étude honnête sur la Révolution peut paraître aujourd'hui : son heure de vie a sonné. Cette Étîide critique sur les ùii& principaux de la grande époque de notre histoire nationale, la révélation, pour ain^ dire, des causes dont beaucoup ne connaissent que les résultats, nous étonneraient d'abord si nous ne reconnaissions promptement la plume du légiste, l'examen de Vhoaaxkd du droit fouillant, oreusant, faisant de
laborieux efforts pour présenter sous son vrai jour la plus grande des causes, et prenant poiip devise de son travail la devise de sa yie tou^ entière : Vérité, Justice.
Trois grandes figures de la Conventioq, et qui appartiennent au département de l'Eure, lui ont servi de phare dans ces recherchei^ de bénédicn tin. Les étudier, c'était les glorifier. Cïoinme cea trois conventionnels, Buzot, Duroy et Robert Lmdetj quoique animés du méipe patriotisme, ont suivi des voies différentes, l'auteur dégage surtout, de Tensemble des faits, cewc auxquejb^ ils ont été particulièrement inélés. Ç'e^t ainsi que la grande Constituante de 1789 nous apparaît sortant des efforts du passé pour tracer le sillon de l'avenir ; c'est ainsi que les massacres de septembre sont expliqués comme une conséquence douloureuse des incertitudes et des trahisons de la royauté ; c'est ainsi que le groupe séduisant de la Gironde, dont Buzot faisait partie, nous attire par ses talents, sans permettre, toutefois, à notre conscience de se
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ranger soas son drapeau ; c*est ainsi que, sous un jour nouveau, rhistoire du Fédéralisme en Normandie nous fait connaître le grand rôle pacificateur de Robert Lindet et de Duroy ; c*est ainsi enfin que le 9 thermidor, ramené à sa véritable expression, nous apparaît l'œuvre de celui qui en devint la principale victime et le point de départ des mauvais jours qui suivirent.
Au reste, notre regretté Davy avait le don de sentir instantanément tout ce qui était grand et bon à faire ; cette intuition lui a donc permis de saisir sans incertitudes le caractère propre des hommes de la Révolution dont il s'occupe. Cette qualité, heureuse pour les autres, lui a-t-elle toujours été favorable à lui-même? Hélas ! non, car tout se paie ici-bas ; et cette généreuse initiative, qui le portait toujours à tous les dévouements, a pesé plus d'une fois sur sa vie. Nous l'avons vu souffrir, mais nous ne l'avons jamais entendu se plaindre. Il est vrai que, par son père, salpétrier de la Seine-Inférieure, homme d'une trempe antique, et qui
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1892, metaibfe dé là Soi^iétS fim A
b fretse. n M run ëcb sécrétai]^ de cette association dans le département de la Seine- Inférieure.
En 1840, il traita d'un office d'aroué à Evreux ; son intelligence des alffaires, son honorabilité parfaite, l'aménité de son caractère lui assurèrent immédiatement des sympathies très-vives, et mieux, des amitiés durables.
En 1847, le banquet du Neubourg, célèbre parmi beaucoup d'autres alors, lui fournit l'occa-
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$iûn d'un disoours qui mériterait d'être reproduit ici en entier, si le cadre restreint d'une simple notice le permettait, Ita bv*diQsse de ^eg idées, leur expression élevée, le révélerai tout çntier. En 1848, il refusa U préfecture de Dijon, pour rester dans le département de i'£ure qu'il aimait, et où il fut nommé commissaire général, I| ne voulut percevoir aucun Iraitemeut pour des fonctions qui lui semblaient, alors, deyoiir être absolument gratuites, et en ordonnança le mopt^t au profit des communes qui spulTniient le plus de la cri^e financière. Appelé k l'homieur de la députation, il fut élu à TAs^erablée con^titUAnte par 52,407 sugrages. Là encore, il figit un tra^ vailleur infatigable. U fit partie du Comité de législation, et fut coostaœment réélu secrétaire de ce comité. Saisi de la question de la réforme hypothécaire, le Comité de législation fornoa une commission de cinq noiembres chargée d'eu étudier et préparer le projet : Davy fut nommé membre de oette importapte commission. Son rapport sur le .dujri , hymt ppur oj^t la quj^^T-
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patriarche de Rouge-Perriers. (r Je lui fus, dit^il, c présenté à Rouen^ alors qu'il était magistrat c dans cette ville; j'étais tcmt enfant, j'avais c cinq an^. Il me regarda d'un regard que je c n'oubliai jamais, «et, me posant la main sur la c tête, il me dit : KT Mon enfant, vous avez pour c p^e le plus Jbonnéte homme que j'aie jamais c connu : souvenez- vous en . . . }> Il s'est aouvonu I . . .
VUI NOTIO£
Ce baptême républicain en fit un homme, un apôtre de la plus sainte des causes. Il aurait pu en faire un martyr, car, aux journées de juin, il fut un des représentants qui eurent l'honneur de défendre, sur les barricades, le droit et la Un. Il n'avait d'autre arme que son écharpe, insigne d'honneur qui, sans doute commandait le respect, mais le désignait aussi plus sûrement à la mort.
Car il avait tous les courages, et nous l'avons vu toujours aborder vaillamment les luttes les plus sérieuses de la vie. Quand un vent de malheur passa sur notre France, quand la proscription, sous l'Empire, s'étendit sur ses meilleurs amis, quand il fut lui-même interné durant cinq ans dans sa ville, ce furent peut-être ses plus douloureuses années.
Mais tout prend fin, même les plus mauvais
jours Au soir de sa vie, il crut qu'il lui
serait enfin permis de trouver un peu de bonheur dans un mariage longtemps désiré. S'il n'y reposa pas son esprit, toujours préoccupé des affaires de son pays, il y reposa son cœur.
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Û quitta, pour toujouis, sou foyer aimé ayant l'heure, hélas ! mais il avait tant travaillé pour la grande cause, tant combattu le bon combat, que sa tâdie était accomplie ici-bas. Les hontes de l'invasion et ses souv^rs marquèrent, pour lui, le terme &tal
Et maintenant une pierre, au cimetière d'Evreux, dernier hommage de ses concitoyens, garde son nom, les emblèmes de ses fonctions politiques et deux dates, celle de sa naissance et celle de sa mort : 1814-1874.
Il n'est plus I ! I Mais son livre dira que
son esprit est resté au milieu de nous.
Novembre 1876.