‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 30 sur 198 · LES PREMIERS CX)MPLOTS DE LA COUR · texte numérisé non relu

LES PREMIERS CX)MPLOTS DE LA COUR

Eléments patriotiqaes dans l'année. — Déllyrance des prisonniers de l'Abbaye. — Plan et préparatifs militaires contre Paris et l'Assemblée. — Insouciance de l'Assemblée. — Mirabeau révèle le danger. — Adresse au roi. — Réponse dérisoire de celui-ci. — Henyoi du ministère. — L'Assemblée est au-dessous de sa tâche. — Nouvelles alarmantes Tenues de Paris. — Le roi se refuse à conjurer le danger. — Testament politique de l'Assemblée. — Elle délibère longuement sur un projet de Constitution. — Bu20t fait préyaloir l'idée d'un comité de Constitution.

Le duc de Luxembourg, tout en entraînant la Noblesse à se réunir enfin aux autres ordres, n'avait pas cédé à une conviction personnelle ou même à un désir de conciliation, mais à un calcul tout d'actualité et à des dangers qui lui paraissaient s'accumuler autour de la personne du roi. Pour ce duc, la réunion des Etats-Généraux ne devait être qu'une réunion dérisoire trompant la nation par des apparences dont la réalité devait aboutir comme toujours à des fils retenus dans la main par la monarchie. Mais le vote par tête devait déranger le calcul si simple qui consistait à toujours écraser le Tiers-Etat, à deux voix contre une seule. Parlant à Louis xvi du pouvoir considé-

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rable des représentants d'une nation, le duc de Luxembourg lui avait dit : c Ce pouvoir sans bornes existe avec c toute sa plénitude dans les Etats-Généraux, de quelque c manière qu'ils soient composés ; mais leur division en c trois chambres enchaîne leur action et conserve la c vôtre. Béunis, ils ne connaissent point de maître; c divisés, ils sont vos sujets. :»

Avec une telle opinion des choses actuelles, le duc de Luxembourg était de ceux qui ne consentaient i la réomon des ordres que comme à ime nécessité du moment, pour éviter de formidables orages et se donner le temps de chercher, dans l'organisation de la force matérielle, le moyen de courber une nation qui marchait à son émancipation. C'était la grande, l'unique préoccupation de la monarchie, de la haute noblesse et du haut clergé.

On avait déjà fait des démonstrations armées, avertissement donné aux Etats-Généraux des derniers procédés dont on userait au besoin pour réponse suprême aux revendications qu'ils se permettaient.

Le roi croyait pouvoir compter sur la vigueur des chefs de son armée, tous intéressés, pensait-il, à réprimer le peuple, tous nobles, depuis le maréchal jusqu'au dernier officier ; car sous Louis xvi, les maréchaux Fabert et Catinat, plébéiens, n'eussent pu devenir même de simples officiers. Par une ordonnance du 22 mai 1781 ^, Louis xvi, plein d'un engouement insensé tout aussi bien pour la

(i) « Edit du roi du 22 mai 1781, qui doit paraître un anachro- BÎsme sous le règne de Louis xvi; il révoque celui du !•' novembre 17o0. déclare inhabile pour parvenir par la suite au grade de capitaine, tout officier qui ne sera pas noble de quatre générations, et interdit les grades militaires à tous les officiers roturiers, excepté aux fili^

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NoUeUe <pie pour le Clergé, avait anobli tous les oflfiniifcni de son armée.

JlaiS) parmi œs officiers, il y en avait im grand nombre réduits à la cape et à Tépée^ et qui ne ee trouvaient paa précisément dans les meilleures conditions pour défendre des privilèges dont ils n'auraient pae tout l6 profit que leurs aînés en retiraient.

Les 8ous«officiers« pleins de mépris pour leurs st^>6rieurs^ n'éprouvaient aucun attacbement pour des iilstfr* tutions militaires qui étouffaient Témulation et écrasaient kmérite^ et ils soupiraient an contraire après un état de choies où le mérite et les services trouveraient leufe récompense*

L'armée tout entière avait sous les jeux le speetiob de chefs qui, depuis le maréchal jusqu'au plus simple officier, étaient, aux yeux les moins clairvoyants, l'orgaeil, la £inûu*onnade et Tignorance aristocratiques»

Et d'ailleurs, au milieu d'un ébranlement général^ il fallait tout Taveuglement des chefs militaires pour compter, aussi longtemps qu'ils paraissent l'avoir fait^ Sur le dévouement des simples soldats, pauvres plébéiens qui pouvaietit sentir que c'était contre leur propre cause qua Ton voulait diriger leurs armes, et qu'on leur donnaife non des ennemis à combattre, mais des compatriotes A ^rger. H y parut tout aussitôt que des hommes cxni^ i<geux et mâme ardents, parmi lesquels se fit remarqua

des chevaliers de Stint*Louis. Cette impolitique mesore ne fat pas étrangère à la défection de tant de bra?es militaires au moment de Ja réfululion. »

Le président Hénault, continué par Micbaud, de TAcadémie fran* (aise.

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le marquis de Yalady^ jeté dans les bras de la Révolation par une circonstance particulière, et qui se retrouva plus tard dans les rangs des Girondins, abordèrent les casernes, les postes et tous les endroits où Ton pouvait trouver des soldats à éclairer sur leurs devoirs envers la nation. Ces soldats comprenaient facilement et promptement cette vérité qu^ils appartenaient plus à la France qu'à un monarque.

Il y parut bien plus encore, quand le régiment des gardes françaises, composé d'hommes signalés comme plus instruits, et par cela même plus éclairés que les soldats des autres régiments, donna le premier l'exemple de la résistance aux ordres d'extermination.

Depuis la réunion des États-Généraux, la nation, l'œil fixé sur ses représentants, attendait d'eux sa régénération. Les esprits étaient inquiets, c'est vrai; on ne se faisait aucune illusion sur les projets de l'aristocratie et on savait qu'elle attendait de la violence le moyen d'avoir raison de la France, mais nul ne lui fournissait l'occasion ; Tordre matériel régnait partout, et les provinces, si intéressées à en finir avec un régime odieux, se bornaient à des adresses à leurs représentants.

La provocation vint du roi et de la cour, par Tinvestissement de la salle des séances, le 20 juin ; l'expulsion de leur salle des députés de la nation, — mais expulsion suivie de la célèbre séance du Jeu de paume, qui n'était pas entrée dans le programme royal, — n'avait pourtant pas eu lieu sans préméditations et sans mesures de précaution. Toutes les troupes avaient été consignées dans leurs casernes ce jour-là; mais elles perdirent bientôt patience elles-mêmes et se livrèrent à une démonstration

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Bignificative. Le 25, puis le 26, on en vit Bans armes, mais nombreuses, sortir en rangs de leurs casernes, se rendre au Palais-Boyal, fraterniser avec la population aux cris de Vive le Tiers-État ! et rentrer ensuite tran* quillement dans leurs casernes, sans autres désordres.

Les mêmes scènes se reproduisirent pour les troupes qui passaient par Paris. Elles allaient au Palais-Boyal, y étaient l'objet d'un accueil chaleureux, y échangeaient les cris de Vivie h, nation! et s'en retournaient avec la résolution de ne pas tremper leurs mains dans le sang de leurs concitoyens, au profit d'une aristocratie qu'elles détestaient. On vit ainsi au Palais-Boyal dans de telles dispositions des détachements de dragons, de hussards et des compagnies d'artillerie, même des suisses.

Les Parisiens ne laissèrent pas échapper roccasion d'établir une sorte de solidarité avec les troupes. Quand deux compagnies des gardes françaises avaient refusé, le 23 juin, de tirer sur le peuple, plusieurs de ces soldats avaient été arrêtés secrètement, déposés à la prison de l'Abbaye et devaient, dans la nuit du 30 juin au \^ juillet, être transférés à Bicêtre, prison destinée aux plus grands criminels. Mais la révélation en est arrivée au Palais- Boyal, par une lettre qu'un commissionnaire a apportée au café de Foy. La lettre a été lue ensuite à haute voix au milieu du public, par un lecteur monté sur une chaise. <L Al ''Abbaye! à V Abbaye! d tel est le cri qui répond au lecteur, et ce cri, répété de bouche en bouche, devint le signal d'un mouvement vers la prison qui détenait les gardes françaises. On a évalué à 6.000 hommes le rassemblement qui s'est encore grossi en route ; des ouvriers s'y sont joints, et le magasin d'un marchand de fers i^

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fourni les engins nécessaires à l'attaque des portes de la prison.

En une demi-heure, elles ont été tontes forcées, et on a fidt sortir des soldats anx gardes, des soldats de la garde de Paris et quelques officiers également emprisonnés.

L'expédition était achevée, quand arrivèrent, le sabre à la main, une compagnie de dragons et un détachement de hussards. La foule, loin de fuir, alla elle-même au* devant de la cavalerie, saisit les rênes des chevaux, inter* pella les cavaliers, et ceux-ci, remettant le sabre an fourreau, acoeptèrent le vin qu'on apporta et burent à la mUùmf

Les bourgeois, car ce fut surtout une expédition de la bourgeoisie, fiers d'un succès complet, conduisirent au Falais-Boyal les prisonniers délivrés, qui y furent reçus en triomphe, que l'on fit souper au milieu du jardin et que Ton installa ensuite dans la salle des Variétés, où ils couchèrent sous la garde des postes formés par les citoyens, en même temps que des illuminations dans le quartier de l'Abbaye célébraient la délivrance des prisonniers. Ceux-ci furent ensuite logés à l'hôtel de Genève, où ils furent l'objet des mêmes soins et des mêmes précautions, jusqu'à la nuit du 4 au 5 juillet.

Défi le lendemain de l'expédition faite contre l'Abbaye, une députation de jeunes gens avait déposé à la municipalité de Paris une demande de l'intervention de l'Assemblée nationale, en faveur des prisonniers arrachés de TAbbaye, et que l'on déclarait sous la sauvegarde de plusieurs millions de citoyens.

La situation était difficile pour l'Assemblée, qui ne pouvait ni se soustraire à des principes d*ordre, que nul

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ne pouvait méconnaître, ni s'aliéner Paris, sauvegarde de l'Assemblée et de l'émancipation nationale, ni prêcher i l'armée la soumission aux ordres d'extermination, qui étaient la ressource de l'aristocratie.

La situation du roi et de la cour n'était pas moins difficile. Ils sentaient que ces premiers pas des soldats dans l'insoumission aux ordres de leurs chefs étaient d'un exemple funeste qu'il fallait réprimer avec la plus grande vigueur ; mais les moyens de répression s'évanouissaient, et il allait être constaté que le roi de France n'avait plus le pouvoir de punir quelques soldats récalcitrants.

Un terme moyen, triste ressource, fut trouvé. L'Assemblée nationale avait été sur le point d'adopter la proposition de Chapelier, qui demandait la nomination de six députés chargés de s'accorder avec les ministres sur le parti à prendre pour apaiser l'émeute de la capitale. Mais Chapelier avait trop clairement motivé sa proposition pour le tempérament de l'Assemblée, la timidité du Clergé qui redoutait les conflits, et la colère de la Noblesse qui, sans rechercher si elle en avait même les moyens, voulait que l'affaire fût jugée suivant les lois militaires : « Tl « serait dangereux, avait-il dit, de témoigner une insen- « sibilité cruelle pour ceux qui, dans toute autre circons- « tance, seraient coupables, mais qui aujourd'hui ne sont « que trop excusables. En effet, quelle est l'origine des « révoltes qui éclatent dans Paris ? C'est la séance royale, « c'est le coup d'autorité porté aux Etats-Généraux; « c'est cette espèce de violation, cette usurpation de « l'autorité exécutrice sur l'autorité législative, d

L'Assemblée se borna à un arrêté dans lequel elle déclara gémir des troubles de la capitale, protesta de son

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