‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 31 sur 198 · DX LA COUR · texte numérisé non relu

DX LA COUR

respect pour Tautorité royale et invoqua la clémence du roi en faveur des personnes qui auraient pu être coupables.

Une députation de seize membres de l'Assemblée fut chargée de porter l'arrêté au roL II écrivit une lettre annonçant que la liberté des militaires prisonniers leur serait rendue immédiatement après le rétablissement de l'ordre. Le programme fut suivi. Les militaires se réintégrèrent à la prison dans la nuit du 4 au 5 juillet, et ils en sortirent le jour suivant, de par la clémence royale. Mais les Parisiens goailleurs disaient bien que la clémence royale n'avait pu agir autrement, et les soldats sentaient cimentée leur solidarité avec la société civile.

Pourtant Louis xvi voulut essayer de reconstituer la force militaire qui lui échappait. Saisissant l'occasion des premiers troubles de Paris pour colorer le prétexte du rassemblement d'une armée, il avait fait venir de Lorraine le maréchal de Broglie, alors gouverneur de Metz. En le recevant, le roi lui avait dit : « Que je suis malheureux ! € J'ai tout perdu ; je n'ai plus le cœur de mes sujets^ et je < suis sans finances et sans soldats ! d Mais le maréchal se croyait, comme tous ses pareils, une influence irrésistible sur les soldats et une vigueur capable d'avoir raison d'une société qui voulait se débarrasser d'un joug qui pesait sur elle.

Cependant les incidents et les manifestations militaires qu'on a vus se produire devaient amener de la réflexion dans l'esprit de tout homme (fût-il général) ayant un peu de jugement, et le maréchal de Broglie dut comprendre enfin, lorsque, se présentant aux troupes et les excitant au combat, elles lui répondirent par ce cri : € Où est r ennemi ? y>

U est vrai que, dans son aveuglement, dans sa colère contre rAssemblée nationale et les réformes qui allaient en sortir, l-aristocratie comptait sur les troupes étrangères, irlandaises, suisses, allemandes. De telles troupes ne devaient pas sentir ce trouble de la conscience que doit éprouver tout soldat appelé à tuer ses compatriotes, et leur hésitation, si elles en éprouvaient, ne devait pas s'augmenter de celle entièrement nulle de chefs appartenant à ces familles cosmopolites, ayant un pied partout, et ne pouvant avoir un véritable patriotisme nulle part.

Il en était ainsi du maréchal de Broglie, du prince de Lambesc et du marquis de Bezenval.

On fit venir des frontières tous les régiments étrangers, et on déploya à Versailles même un appareil militaire plus grand encore que précédemment. Quand trente-oinq mille hommes se trouvaient déjà répartis entre Versailles et Paris, on annonçait aussi l'arrivée prochaine de vingt mille autres, suivis de trains d'artillerie et de toutes les armes tirées des garnisons de l'Est ; on traçait des camps, on fixait la position des batteries d'artillerie, on s'assurait des communications, des chemins, des ports, et on plaçait partout des postes militaires ; on n'avait pas d'argent pour feire face aux services publics, ni même pour remédier à la rareté des subsistances qui pesait sur la population; un ancien intendant des finances^ pouvait bien dire : Si le peuple rCapas depain^ qyCil mange du foin; mais on trouvait bien de l'argent pour les énormes frais de l'armée qu'on rassemblait contre la nation et ses députés.

Un plan d'agression et d'extermination était évidem-

M) Foulon.

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ment artété ; nul n^en doutait. H est raisonnable de croire que des détails qui ont été donnés snr ce plan il en est beaacoup qui sont inexacts, personne n'ayant eu à cet égard les confidences du maréchal de Broglie, du princt de Lambesc, du baron de Bezenval et de leurs complices dans la conspiration ourdie contre la représentation nationale et dans l'attentat qui se préparait.

Le coup de main, conséquence naturelle et immédiate de la séance royale du 23 juin, et qui, selon Mirabeau, devait s'exécuter dès la nuit suivante, avait échoué grâce à rénergie que ce grand politique avait inspirée à l'Assemblée par le décret qu'il lui avait fait rendre, et qui engageait la responsabilité de tous ceux qui seraient tentés de prêter leur concours à l'attentat, grâce aussi aux démonstrations populaires et à l'attitude des troupes françaises, La revanche de cet échec ne pouvait être longtemps différée sans que la cour fut obligée d'y renoncer entièrement. C'était seulement une question de jours.

On a cru que la nouvelle date choisie était la nuit du 14 au 15 juillet, et que le prologue du drame serait rexpulsion de Necker, cette enseigne trompeuse d'un mouvement d'idées auxquelles il était opposé , puisqu'il n'y avait pas de petites tricheries auxquelles cet homme, qui n'avait recherché qu'un rôle, n'eût eu recours pour arriver au vote par ordre. On a cru également que l'impatience extravagante du comte d'Artois et du baron de Breteuil avait fait avancer l'expulsion de Necker au Il juillet. Ce qui est vrai, c'est que le renvoi prématuré de Necker a donné l'éveil et a été comme l'annonce du moment solennel où une nation renverse ses tyrans ou est écrasée par eux.

La première attaque ne devait pas être dirigée contre rAssemblée : P Assemblée n'avait de forces que par Paris; établie à Versailles comme dans une sorte de souricière, quelques soudards pourraient en avoir facilement raison, malgré les Yersaillais et leur patriotisme, alors qu'on serait certain que Paris ne pourrait plus intervenir.

C'était donc à Paris qu'il fallait s'en prendre tout d'abord. On avait prévu, on avait arrangé les choses de manière que, dès la première émotion, les Parisiens se porteraient aux Invalides, grand dépôt de canons et de toutes armes. Le gouverneur résisterait, c'était dans son rôle, mais il résisterait avec du canon, pour que le bruit de la canonnade servît de signal aux forces disposées en difierents lieux.

A ce signal, les régiments suisses de Salis-Samade, de Chàteauvieux et de Diesbach devaient se diriger sur les Invalides, en même temps que des troupes légères exécuteraient un coup de main sur l'hôtel-de-ville et enlèveraient le corps municipal.

Le prince de Lambesc, à la tête de Royal-Allemand et d'autres régiments de cavalerie, se chargeraient de balayer la rue Saint-Honoré et d'occuper la place de Grève. Les régiments de Provence et de Vintimille, campés à Neuilly, et les régiments Royal-Cravates, Helmstadt et Royal- Pologne, occupant Sèvres et Meudon, devaient aussi fondre sur Paris. Quatre régiments de chasseurs se porteraient à la porte Saint-Antoine, et trois régiments allemands avec leur artillerie à la barrière d'Enfer, pendant que les régiments de Besançon et dela.Fère prendraient les hauteurs de Montmartre et écraseraient Paris sous cinquante pièces d'artillerie.

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