‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 33 sur 198 · Tome I. — U · texte numérisé non relu

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de s'éteindre entièrement. Il pensait qne la réponse dn roi méritait d'être méditée; il demandait qu'elle fût distribuée aux bureaux de l'Assemblée : € Demain ou en € délibérera, ajoutait-il, ]> quoique le lendemain fût un dimanche, et probablement parce qu'il sentait l'urgence du moment. <i Cette opinion n'a pas de suite, porte le € compte-rendu officiel. La discussion tombe d'elle-même, c et il n'y a pas de délibération x>

A quelques heures de là, ce que nous appelons un coup d'État fournissait son premier acte par l'exil de Necker, et par la nomination au ministère de ces hommes que Mirabeau appelait le rebut du mépris public. Le baron de Breteuil était nommé président des finances, et de la Chaisière, contrôleur général; le maréchal de Broglie, ministre de la guerre, avec Delaporte pour intendant; Foulon était donné pour intendant au comte de la Luzerne, ministre de la marine, conserré au ministère avec ses eollègues

Le lendemain dimanche, l'archevêque Lefranc de Pompignan, alors président de l'Assemblée, se gardait bien de manquer à la sanctification du dimanche et de convoquer les députés. Beaucoup de ceux-ci, inquiets, même agités, s'entretenaient de la grosse nouvelle du jour, parlaient de la possibilité d'une séance. On n'a pas rapporté qu'aucun d'eux eût manifesté l'idée d'une simple copie de la séance du Jeu de paume. L'abbé Grégoire, qui a donné souvent les preuves d'un esprit élevé et d'un cœur courageux, a fait lui-même ces remarques : que l'Assemblée était incomplète, que le président était absent, qu'il n'y avait pas lieu à délibérer et que les ennemis du bien public regarderaient une séance actuelle comme illégale. On a im-

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primé qoû la léxmion avait adopté les vues sages dé H. Grégoire, et elle s'est séparée.

Pendant ce temps, la reine^ la ducliesse de Polignac», conduites par le comte d'Artois, toujours brave là où il &*spereevait pas le danger, remuant, enclin à se donne? de l'importance, allaient rendre visite aux soldats occo» pant l'orangerie de Versailles, exciter leur ardeur ek entretenir leur dévouement par des dons.

n y aura bien, à la séance du 13, comme des cris plaintifs, des lamentations ; cependant Mirabeau se taira, il r^ardera, il attendra peut-être, lui qui a tout prévU| tout compris, et qui n'a été soutenu par personne, que son heure revienne. Mais Mounier, ce grand bourgeois qui n'avait voulu que la substitution de l'aristocratie bour** gcoise à l'aristocratie nobiliaire, Mounier qui entrevoit actuellement l'écroulement de son rêve, tout en paraissant croire encore à la durée d'une Assemblée dont le term« était marqué dans les nécessités du coup d'État, prendra la parole, il isolera le monarque trompé, toujours trompé, il proposera longuement de l'éclairer par une adresse pour supplier le roi de rappeler Necker et les autres ministres renvoyés avec lui ; marquer la confiance dans ceux-ci, et la méfiance pour ceux restés et ceux nouvellement nommés, n rattachera même une question de crédit public pour i^outer que rAssemblce ne consentira jamais à la banqueroute qui menace.

Lally-ToUendal parlera aussi longuement, plus longuement; il présentera un tableau bien tracé de l'état désespéré de la France avant les États-Généraux, des améliorations déjà réalisées depuis, de celles de l'avenir et des obstacles que la régénération allait trouver dans

les circonstances dangereuses que les ennemis du bien public faisaient surgir. Comme Necker est devenu le héros du jour, Lally poussera l'éloge jusqu'à l'hyperbole surenflée, et comme il prévoit que l'adresse sera sans effet, il demandera qu'on y ajoute pour Necker et les trois autres ministres expulsés en même temps que lui un vote ou un témoignage de regrets.

Mais viendra le comte de Virieu, le même que nous sommes exposés à rencontrer plus tard à la tête des bandes aristocratiques et cléricales plantant le drapeau de la guerre civile et de l'extermination au milieu de la malheureuse ville de Lyon. Il sera habile à prendre position , à se concilier l'Assemblée, à se faire solidaire avec elle jusqu'à s'engager, ce qu'il a oublié bientôt, à ne se séparer d'elle qu'après avoir affermi la Constitution pour laquelle elle avait été réunie par un roi qu'elle aimait; mais il sera habile aussi à énerver, à faire craindre en un pareil moment \à. fougue du peuple^ à ne montrer de véritables dangers que dans l'Assemblée, parce que les représentants de la nation rC avaient à redouter que les actes précipites auxquels la clialeur et rirritation pourraient entraîner leur coumge. Et de là, il réduira les propositions à un stérile tribut d'estime et de regrets pour les ministres renvoyés par le roL

Pourtant le comte de Clermont-Tonnerre se hasardera à demander qu'on les gratifie aussi d'une adresse de remerciements. Mais les propositions se multipliaient, se croisaient et jetaient l'Assemblée dans le tumulte et le désordre, quand Guillotin apporta une pétition des électeurs de Paris, demandant le rétablissement de la garde bourgeoise, mesure qui n'était pas, on l'a vu, dans le tempérament actuel de l'Assemblée.

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D'antres encore apportent les nouvelles de Paris et constatent qne tout semble présager les événements les plus affreux y d'où surgissent de nouvelles motions; ceux-ci, bien naïfs, il faut le dire, demandent des adresses ou des députations au roi ; ceux-là, sans coup d'oeil et sans portée, une députation à la ville de Paris, pour lui porter des paroles de consolation et de paix. Le comte de Custine, destiné à un rôle si brillant dans les opérations militaires delà Révolution et à une fin si lamentable, montre dès alors son jugement faux en voulant qu'on recherche le remède dans une Constitution qui ne pouvait être improvisée au moment où l'existence de l'Assemblée elle-même n'était plus qu'une question de quelques heures. Biauzat l'appuie pourtant, en constatant que, <t depuis le commencement, l'Assemblée n'a cessé d'être dupe et le roi dans l'erreur. "» L'abbé Grégoire y ajoute un tableau de tontes les entraves dont la cour a environné l'Assemblée, mais l'archevêque de Vienne, qui préside, trouve qu'il est opportun de faire une semonce au curé Grégoire, qu'il incrimine de s'être servi d'expressions trop fortes, ne convenant pas dans la bouche d'un ministre de paix. Il est vrai que l'Assemblée proteste, et que Gouy d'Arcy s'écrie : « Le despotisme rassemble autour de nous des troupes € étrangères, comme s'il méditait contre la patrie quelque 4 coup dont les troupes nationales ne voudraient pas se c rendre les complices. Hier, j'ai entendu le canon tonner, € j'ai vu le sang couler, des cadavres couvrir les plaines. « J'ai vu nos troupes françaises s'entr'égorger mutuelle-

4 ment . d mais Gouy d'Arcy se borne à conclure dans

le sens de la motion de Mounier.

Castellane ramène les esprits à une adresse au roi et

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à ladisonssion de la Déclaration des Droits j dont Lafayetfa avait saisi précédemment FÀBsemblée y comme prolégo mènes d'une constitution. Guillotin, qui veut quelque chose de plus actuel, de plus opportun et de plus utile i une résistance à Toppression , reproduit la pétitiofi de électeurs de Paris pour rétablissement d'une garde bonr geoise; mais les formalistes, qui se trouvent nombreux ei ce moment, lui opposent que l'Assemblée en a déjà décide puisque, dans la dernière adresse au roi, elle en a retran ché la partie par laquelle Mirabeau demandait pou Paris et Versailles une garde bourgeoise. Chapelier insisi tout à la fois et pour la création de cette garde bourgeoisi et pour un arrêté qui repousse les nouveaux ministres e consigne des regrets pour ceux renvoyés. Chapelier devien énergique même vis-àrvis de Louis xvi : c Tandi qu'ailleurs on récompense le crime, honorons au moins li vertu I » s'écria-t-il. Et pour ce qui concerne plus spécia lement Neoker, il établit que si le roi a pu le révoquer, i n'a pas eu le droit de l'exiler, avant qu'il ait rendu compt à l'Assemblée ayant seule le droit de le juger : <t Le roi dit-il, n'a pu l'exiler sans commettre une injustice. »

Mais Chapelier est interrompu par l'arrivée d'un cour rier du commandant de Paris, qui écrit au président pou l'informer que la foule est immense au Palais-Royal, qu plus de dix mille hommes sont armés et annoncent qu'il vont attaquer les troupes des Champs-Elysées, puis aller Saint-Denis, s'y joindre aux régiments et se rendre Versailles ; — que toutes les barrières du nord ont été sacca gées et que celle du Trône est en feu; — que les armuriei ont été pillés, et que chacun prend la cocarde verte; que Paris va être en feu, mais que, quant aux prisoni

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VeimilleB a été mal instruit, puisque, au contraire, on vent punir les bandits et les garder dans les prisons.

Une telle communication devait faire comprendre à TAssemblée, qui s'était laissé pousser dans une impasse, qae tout an moins Earis, la grande ville, qui se chargeait des conquêtes de la liberté nationale, allait barrer le passage au coup d'Etat qui s'accomplissait : l'Assemblée ne parut pafl comprendre encore, et Mirabeau continua à garder le silence. On lit dans le oompte^rendu officiel : c Ces nouvelles jettent l'épouvante et l'horreur dans tous ka cœurs. > La consternation et l'effroi tiennent pendant quelques minutes l'Assemblée dans le silence de la stupeur. Mais peu à peu les esprits se réveillent, et chacun en parlant à son voisin se soulage de ses tristes pensées.

n en résulte la nomination de deux députations, l'une pour aller demander au roi l'éloignement des troupes et le retour des ministres, moyen double et nécessaire pour i«tablir le calme et prévenir les malheurs les plus grands, et l'autre députation pour porter à Paris la réponse du roi, dans le cas où elle serait sage et juste, c'est-à-dire conforme à la demande de l'Assemblée.

Mais la réponse du roi rendit inutile la seconde députation. n Je vous ai fait connaître, dit-il, mes intentions « sur les mesures que les désordres de Paris m'ont forcé « de prendre. C'est à moi seul de juger de leur nécessité, « et je ne puis à cet égard apporter aucun changec ment, d

Louis XVI fut bien l'objet de manifestations indignées dans l'Assemblée, mais de tous ces incidents il ne sortit qu'un arrêté simplement déclaratif qui rallia, paraît-il, l'unanimité, probablement parce que les plus purs féodaux

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le jugèrent eux-mêmes dépourvu de sanction et de portée sérieuse.

Ses termes sont pourtant incisifs.

€ U Assemblée^ interprète de la nation,

c Déclare que M. Necker, ainsi que les autres ministres c qui viennent d'être éloignés, emportent avec eux son c estime et ses regrets;

c Déclare qu'effrayée des suites funestes que peut c entraîner la réponse du roi, elle ne cessera d'insister c sur l'éloignement des troupes extraordinairement c rassemblées près de Paris et de Versailles, et sur l'éta- € blissement des gardes bourgeoises;

« Déclare de nouveau qu'il ne peut exister d'intermé- € diaire entre le roi et l'Assemblée nationale ;

c Déclare que les ministres et les agents civils et « militaires de l'autorité sont responsables de toute entre- € prise contraire aux droits de la nation et aux décrets « de cette Assemblée ;

<{ Déclare que les ministres actuels et les conseils de « Sa Majesté, de quelque rang et état qu'ils puissent <L être ou quelques fonctions qu'ils puissent avoir, ^ont <L personnellement responsables des malheurs présents et « de tous ceux qui peuvent suivre ;

a Déclare que, la dette publique ayant été mise sous la <L garde de l'honneur et de la loyauté française, et la « nation ne se refusant pas d'en payer les intérêts, nul « pouvoir n'a le droit de prononcer l'infâme mot de ban- « çiteroute; nul pouvoir n'a le droit de manquer à la foi € publique, sous quelque forme et dénomination que ce « puisse être.

a: Enfin, P Assemblée nationale déclare qu'elle persiste

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