‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 48 sur 198 · FUITE DE VARENNES · texte numérisé non relu

FUITE DE VARENNES

éprouvèrent comme un soulagement de ne trouver que rhumiliation et plus d'abaissement.

Un de ces fuyards manquait pourtant au retour: c'était le comte de Provence, parti en même temps que son frère, mais qui, toujours plus avisé que chevaleresque, n'avait pas voulu augmenter les encombrements du voyage, et qui, parti seul par une autre route, avait tran* quillement franchi la distance, et était arrivé à Bruxelles, vraisemblablement lieu du rendez-vous pour tous.

Quand Tévaâion du roi avait été un hit acquis, les journaux de la cour s'étaient réfugiés dans le silence ; les autres journaux, répondant aux questions si naturelles de l'opinion publique, envisageaient les conséquences possibles de cette évasion ; les journaux qu'on pouvait appeler royalistes-bourgeois s'occupaient d'accusations banales contre les complices de l'évasion ; mais la presse patriote, qui n'était pas plus que personne prise au dépourvu par un événement attendu, s'en félicita hautement comme d'un fait heureux qui faisait disparaître les derniers et les moins dangereux obstacles que la Révolution eût rencontrés. La désertion d'un trop grand nombre de députés, dont la plupart croyaient peut-être augmenter la panique et préparer une débâcle, n'excita pas même la préoccupation publique, et c'est à peine si l'histoire a conservé une trace de ce fait remarquable attestant la complicité des uns et la lâcheté des autres.

L'arrestation de Louis xvi excita plus d'animation que sa fuite, tout précisément parce qu'elle remettait sa déchéance en question. Tous ceux, et ils étaient devenus nombreux dans l'Assemblée, qui avaient profité des produits de la corruption, ou qui, arrivés sur le théâtre poli-

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tique an milieu de la destruction de toute une machine goaTernementale et d'une vaste organisation de nouveaux pouvoirs publics, se préoccupaient de leur individualité et Toolaient asseoir leur ambition sur ces nouveaux pouvoirs, avaient été déroutés dans leurs calculs par la fuite du roi, mais ils étaient rappelés à leurs espérances par son arrestation et voulaient relever la royauté qui venait de s'évanouir. CTétait, comme trop souvent, la combinaison des intérêts individuels substituée à l'idée politique, et les personnalités égoïstes effa(;ant une question nationale.

Hais, en sens contraire, l'intérêt de la Révolution, probablement aussi d'autres ambitions, la fatigue de luttes incessantes contre une cour détestée, qui n'avait jamais été qu'un embarras quand elle n'était pas un danger, même le sentiment que, puisqu'on se passait bien du roi dqmis son départ, on pourrait tout aussi bien s'en passer encore: tout se réunissait pour donner à ceux qui voulaient maintenir la déchéance du roi une consistance qui obligeait la majorité de l'Assemblée à se replier sur elle-même et à suivre les procédés de la prudence.

Il n'est pas besoin de rechercher si une question si importante agitait les esprits dans les réunions politiques et dans les sociétés populaires. La société des Cordeliers, i la tête de laquelle apparaissait im homme si bien doué du sens révolutionnaire dans toute son étendue, mais aussi dans ses limites, Danton, posa la question nettement par une adresse où on lisait : a Nous voilà en même état € où nous étions après la prise de la Bastille, libres et € sans roi ; reste à savoir s'il est avantageux d'en c nommer un autre. t>

C'était en réalité la seule question que les honmies

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logiques, Traiment politiques et sages, pnsse&t se poser. Mais elle excita les fureurs des adversaires de la Hévolution, des hommes qui n'avaieut youIu la Réyolution que pour eux-mêmes et des ambitieux qui en tiraient profit. £lle excita aussi l'inquiétude des esprits timides et de la portion nombreuse qui voyait naïvement^ dans la Constitution qui se faisait, une transaction dont la mise en pratique ferait entrer le pays dans les voies d'un gouvernement tranquille et régulier. Mais on voyait aussi la société des Jacobins, un peu rivale des Gordeliers, refuser de suivre les voies de celle-ci et s'élever en nugorité contre la déchéance du roi, plus particulièrement par cet argument, dont la sincérité est souvent douteuse, que l'heure n'en était pas encore venue. A la place d'une solution naturelle et déjà faite, c'était s'ajourner aux hasards et aux désastres d'une révolution par les moyens violents ; mais les Jacobins ne paraissaient pas le comprendre, et ils poussaient assez loin leur intolérance sur la queBtion pour vouloir chasser Billaud^Varennes, qui s'était cru le droit de mettre en doute la monarchie. Robespierre, qui n'était pas encore républicain à cette époque, mais qui devait plus tard faire guillotiner, au nom de la République, ceux qui avaient été républicains avant lui, s'était montré au moins ému des conséquences possibles de la fuite de Louis xvi et, comme la majorité des Jacobins, avait trouvé plus d'assurance au retour du roi.

Danton, révolutionnaire, mais homme pratique, qui ne se nourrissait pas d'utopies, qui n'aimait pas à voir franchir les bornes du possible, recherchait par cela même les transactions qui pouvaient diminuer les frottements

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et faciliter lee transitions. Il avait voulu sincèrement rexécution de la Constitution, et il l'avait prêchée avec netteté, tout aussi bien à la société des Cordeliers qu'à Tadministration de Paris dont il faisait partie, et à la tète du bataiUon de garde nationale qu'il commandait. Maifl il avait peu compris d'un autre côté qu'on n'appliquât pas la Constitution à Louis xvi, tout aussi bien dans les dispositions qui l'obligeaient que dans celles qui lui étaient &vorables, et, arrivé à la nécessité si évidente de 8au?er la Révolution, il ne comprenait pas plus qu'on en compromit de nouveau le sort en faisant remise au roi de la déchéance qu'il avait encourue. U n'avait donc pas dû rester étranger aux manifestations républicaines de la société des Cordeliers, sur laquelle il exerçait une si grande et si légitime influence.

Néanmoins, devant les manifestations contraires des Jacobins, Danton trouva mieux de ne pas heurter des opinions qui ne discutaient pas, et s'imposaient. H ne laissa pas échapper le mot de République que Robespierre semblait ne pas comprendre, et que les Jacobins comprenaient si bien, qu'ils ne permettaient pas de le prononcer. Mais il persista à maintenir la déchéance encourue par Louis XVI, et sembla vouloir intéresser à la question les départements eux-mêmes par la solution inattendue qu'il ofirit. Son discours est resté ; il disait : d L'individu € déclaré roi des Français, après avoir juré de maintenir c la Constitution, s'est enfui, et j'entends dire qu'il n'est € pas déchu de sa couronne. Mais cet individu, déclaré € roi des Français, a signé un écrit par lequel il déclare c qu'il va chercher les moyens de détruire la Constituc tion. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force

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