FUITE DB VARENNES
€ publique pour pourvoir à. Ba sûreté. Il faut ensuite « qu'elle lui présente son écrit ; s'il l'avoue, certes il est € criminel, à moins qu'on ne le répute imbécile.
<i: Ce serait un spectacle horrible à présenter à l'univers, € si, ayant la faculté de trouver ou un roi criminel, ou un « roi imbécile, nous ne choisissions pas ce dernier parti. € L'individu royal ne peut plus être roi dès qu'il est € imbécile, et ce n'est pas un régent qu'il faut, c'est « un conseil à l'interdiction. Ce conseil ne peut être pris € dans le corps législatif; il faut que les départements € s'assemblent, que chacun d'eux nomme un électeur qui € nomme ensuite les dix ou douze membres qui devront € composer ce conseil, et qui seront changés, comme les € membres de la Législative, tous les deux ans. d
Cette solution singulière, dont aucun terme n'était incompatible avec le maintien de la monarchie, menait cependant à se passer non pas seulement de Louis xvi, mais de tout roi. Ce pouvoir exécutif, qualifié par un mot discret, mais élu par les départements, revêtait la forme républicaine bien plus qu'une régence, selon le régime constitutionnel, en conséquence de la déchéance du roi actuel.
Danton fut compris, et personne autour de lui ne le soutint dans cette voie. La masse de la population comprenait ou au moins sentait la situation ; aucun de ces politiques spéculatifs qui dirigeaient alors les Jacobins ne parut apercevoir les dangers qu'ils contribuaient à amonceler autour de la Révolution.
Quant à l'Assemblée nationale, elle ne tranchait pas la difficulté présente. Le roi, ramené à Paris, allait rentrer aux Tuileries. A quel titre, ou plutôt pour l'exercice de quel
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pouToir ? L'Assemblée se bornait^ quant alors, à répondre par nn décret portant la création d'une garde mise sous raatorité du commandant de la garde nationale, et cliargée de veiller sur la personne du roi € pour sa sûreté et celle de la natiatij j> puis d'une autre garde pour la reine et le prince royal. L'Assemblée se réservait le droit de nommer un gouverneur à ce jeune prince. Provisoirement elle arrêtait que ses décrets n'auraient pas besoin de la sanction royale, et elle constituait les ministres pouvoir exécutif. Elle ouvrait aussi une sorte d'instruction judiciaire, car elle ordonnait l'arrestation et l'interrogatoire des personnes de la suite du roi, et provoquait les déclarations du roi et de la reine.
On a écrit que € ce décret n'était autre chose que la déchéance déguisée, mais une déchéance provisoire sans portée et sans grandeur, une espèce de châtiment infligé pour un temps à un fonctionnaire qui avait fait une esca- ' pade. » Mais s'il n'y avait pas de grandeur dans tout cela, la portée n'y manquait pas, car ce décret de déchéance morale n'était qu'un moyen de tourner une difficulté que Ton ne pouvait pas encore aborder directement sans quelque danger, et constituait en réalité un acheminement à la réintégration de Louis xvi dans l'exercice du pouvoir royal.
On ne s'y trompait pas dans Paris, et ceux qui voulaient la déchéance le comprirent si bien qu'ils n'abandonnèrent pas la question au courant que l'Assemblée Toulait établir. Les murailles elles-mêmes étaient courertes d'affiches qui agitaient la question au milieu de la population tout entière. Aux yeux de tous, le trône était au moins vacant, et quand Philippe d'Orléans faisait pla-
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ses préjugés et d'incessantes arrière-pensées, ne veut pas davantage.
n se résignera plutôt à tous les mensonges, à toutes les déclarations et à toutes les humiliations pour ressaisir son trône, et, quand il y sera de nouveau assis, il acceptera de nouveau aussi les institutions constitutionnelles; il s'engagera encore envers elles, il renouvellera des serments solennels, puis, suivant un à un tous les échelons de la dégradation morale, il arrivera à cette situation éternellement ignominieuse qu'après avoir consacré lui-même ces institutions et devenu leur gardien, chargé de les défendre, il complotera leur perte, ne reculera devant aucun moyen pour les renvef ser, et, roi, on le verra descendre jusqu'à teûter avec l'étranger, jusqu'à préparer l'invasion de sa patrie, jusqu'à vouloir faire souiller le sol national par les armées étrangères. Il pouvait descendre avec honneur, et il tombera révolutionnairement, avili par ses trahisons Quel triste service le maître de poste Drooet,
qui a fait l'arrestation de Louis xvi à Varennes, a rendu à la France !
Mais l'Assemblée? Elle avait bien inventé l'^n-
lèvement du roi et bravé les éclats de rire ; elle se prêtera bien au ridicule de ces comédies dont tout le monde connaît les ressorts.
Elle fait donc faire par Louis xvi des rétractations et des déclarations qui vont jusqu'à cette incroyable bouffonnerie non pas seulement que, s'il a quitté Paris, c'est pour faire tomber à l'étranger l'argument de la non-liberté du roi en France, mais encore que, s'il s'est dirigé vers la place de Montmédy, où il avait donné l'ordre à Bouille de protéger son passage, c'est qu'il aurait été plus à portée
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de s'opposer à tonte espèce d'inyasion dans la France, et de 66 porter partont où il aurait pu croire qu'il y avait quelque danger pour la nation.
Les Assemblées délibérantes, qui sont la liberté et la dignité d'une nation, ont aussi parfois collectivement les bassesses et les aveuglements des hommes. Pou]:tant on en a vu mentir à leur pays, sachant même que le pays ne s'y trompait pas, et se perdre ainsi en considération, comme le fait un homme qui est sur une mauvaise pente. L'Assemblée constituante en était là, et, dans cette malheorense politique suivie après le retour de Yarennes, elle ne faisait pas plus illusion à ses propres amis qu'à ses ennonis.
Mais ce qu'A y avait de plus déplorable, c'est qu'en désannant la Bévolution de ses propres ressources, en remettant de nouveau son sort aux mains de ses ennemis, en abreuvant de déception les patriotes et en énervant leur courage, elle exposait la France à subir l'effet des menaces que Bouille lui envoyait, a: Croyez-moi, disait-il
< dans sa lettre à l'Assemblée nationale, tous les princes « de l'univers reconnaissent qu'ils sont menacés par le « monstre que vous avez enfanté. Votre châtiment servira
< d'exemple mémorable à la postérité. Vous répondrez des
« jours du roi et de la reine à tous les rois de l'univers ;
« si OD leur ôte un cheveu de la tête, il ne restera pas
€ pierre sur pierre à Paris. Cette lettre n'est que l'avant-
« coureur du manifeste des souverains de l'Europe. j>
On sait bien que les menaces de Bouille se seraient
réalisées sans que l'Assemblée y pût rien, si la nation n'y
avait mis plus tard obstacle elle-même par des efforts qui
étonnent et effraient l'imagination. Il est vrai que la
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majorité de rAflsemblée riait à la lecture de la lettre db Bouille et à Fannonce du manifeste des rois étrangers; oui, elle riait I
Cependant il y avait bien, ne formant qu'une minorité, il est vrai, des députés qui ne riaient pas, eux^ et qtii Toyaient dans oe qui se faisait, non pas la clôture de la Béyolution, mais la cause des effroyables convulsions daiia lesquelles on allait Tentraîner. Buzot était du nombre^ et il n'était homme ni à vendre son opinion à une cour argent comptant, ni à rechercher les honneurs dans nùê monarchie, ni à sacrifier sciemment un grand intérêt à detf combinaisons individuelles, ni à accepter pour des réalités des mensonges officiels auxquels personne ne croyait, ni même à partager des illusions qui ne pouvaient reposer ^ue sur le défaut d'examen. Aussi Buzot voulait^il maior* tenir la déchéance encourue par Louis xvi;mai6, donnant l'exemple du respect dû au droit national, ne suivant pas kd voies des majorités usurpatrices, il demandait la ooxi-« Vocation d'une Cîonvention, chargée de représenter le droit de la France à disposer d'elle-même, et d'exprimer la volonté de la nation.
L'Assemblée précipitait le vote sur la question. On sentait bien que plus le temps s'allongeait, depuis la sus** pension des pouvoirs du roi, plus aussi la masse de la nation, appréciant par les résultats une situation qui, ain^» gulier riçprochement, n'avait jamais paru meilleure, se sentait entraînée au sentiment qu'on pouvait bien se passer de la monarchie, de ses charges, de ses embarras et de ses dangers. La démonstration s'en faisait par chaque jour qui s'ajoutait à ceux déjà écoulés depuis le commencement de l'interrègne, c'est-à-dire depuis
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bientôt on mois. Aussi les pétitions et les adresses tifflnaient^elles, et la province anssi se mettait à biffer partout le nom du roi, et à ne plus faire aucun acte officiel autrement qu'au nom de la nation. Retarder plus longtemps à imposer le vote désastreux par lequel on voulait lier la France sans son consentement, c'était encourager la latte des- factieux, disait la majorité, comme toutes les majorités qui se sentent dans le faux, et préfirent on Yote à tme nûson.
Elle repoussait en conséquence tout ajournement pottt svoir phu fiudle à trancher la question au fond, en faveur dnrm.
Pourtant il était clair pour toute la partie de la nation qoi savait lire que la protestation laissée par Louis xvi^ •a moment de son départ, contre la Constitution qu'il avait jurée, protestation qui était bien au moins xm% i^itractationde son serment, le constituait en état d'abdioa^ tkm à partir de ce moment. A peine de violer manifeste* ment la Constitution, Louis xvi n'était plus roi ^.
11 ne suffisait donc pas d'établir, comme le rapporteur 8'effor(;ait assez misérablement de le faire, que, le roi ayant été arrêté en France, rien n'établissait son intention d'en •ortir; c'était presque de même force que l'idée si longtemps caressée de l'enlèvement du roi, mais on trouvait ainsi un prétexte, non même spécieux, pour se réfugier dans la fiction de l'inviolabilité royale, en l'isolant des cas d'abdication, et quoique les deux dispositions fussent corrélatives.
C'est de cette manière que la question d'inviolabilité
(1) Constitution de 4791, tit. m, chap. 2»,sect. l^, art. b, in fine.
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s'est trouvée débattue sous une fiuse inattendue dès la Constituante, qui ne paraissait pas comprendre qu'elle tuait elle-même une des principales institutions de la monarchie constitutionnelle, en lui donnant arbitrairement une extension qu'une raison ferme devait repousser.
On accusait dès alors Bamave, peut-être à tort, et ce serait heureux pour sa mémoire, d'un véritable acte de duplicité; on l'accusait, lui, commissaire de l'Assemblée, d'avoir rédigé les déclarations du roi. On voudrait pouvoir douter, mais on ne le peut plus aujourd'hui, qu'il eût fait partie de ce conciliabule coupable, qui a été signalé sous le nom de Comité autrichien. Il est certain d'ailleurs que Barnave avait abandonné sa religion politique, entraîné par les séductions que la reine avait exercées sur son esprit. Aussi se distingua-t-il parmi les plus imprudents défenseurs du roi, ayant fait une constitution, et montrant les premiers comment on pouvait la fausser et la violer.
Ils rencontrèrent, il est vrai, des adversaires quelquefois sans ménagements, inflexibles dans leur logique, ou rudes comme Vadier, qui parlait des introducteurs de l'étranger sur le sol national, et qui demandait à Barnave, àDuport: « Lorsqu'il s'agira de l'exécution de vos lois contre les « traîtres, sera-ce au nom d'un parjure, d'un transfuge, « que vous la réclamerez ? t>
Quant à Buzot, comme Pétion, comme Brissot, comme Condorcet, il était aussi sans ménagements pour le roi : « Toute la nation, disait-il, a vu avec indignation le roi « devenir parjure ; d et, sans vouloir s'en faire juge luimême, il demandait, on le sait déjà, que le peuple en
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jugAt par le moyen d'une Convention : € Elle dira^ ajontait-il, ce qu'elle pense d'un parjure qui se retirait au milieu d'un camp^ qui se jetait dans les bras de Bouille et de ses complices, qui se retranchait auprès des frontiàres où peut-être les étrangers préparaient leurs projets hostiles. En examinant les ordres donnés par le roi, sa déclaration, les séductions exercées auprès des soldats, elle jugera si l'on peut se promettre, sous on tel prince, l'ordre dont nous avons besoin K » Buzot, comme tous les hommes indépendants et de bon sens, était dans le vrai. Mais aussi ses dispositions, on le Bidt, étaient bien loin d'être favorables à la cour, et ne permettent pas de croire que Buzot eût la plus %ère tendance à substituer le comte de Provence à Louis XVI ; il est évident qu'il n'entrait pas davantage dans sa pensée de provoquer une mesure favorable à la fiurtion de Philippe d'Orléans qu'il détestait ; d'un autre côté, on ne retrouve nulle part, chez Buzot, la trace d'une seule allusion au règne du jeune prince royal. On peut donc admettre, sans témérité, que dès alors l'admirateur de la république américaine nourrissait l'espoir d'une république fédérative, expression vraie de son opinion personnelle, quoique encore voilée dans ses manifestations extérieures.
Bencontrant l'objection tirée de l'inviolabilité royale, il l'acceptait dégagée même des raisons qui la rendaient inapplicable à l'événement ayant donné naissance à la discussion engagée; il réduisait Tinviolabilité aux cas administratifs appartenant aux fonctions royales, et pour
(1) Boxot, Discours à la Constituante (15 juillet 1791).